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Full text of "Chronique de Michel le Syrien, t. 2 (translation)"

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CHRONIQUE

DE

MICHEL LE SYRIEN

-»«-

1MP. ORIENTALE A. BURDIN ET Cie, ANGBRS.

CHRONIQUE

DE

MICHEL LE SYRIEN

PATRIARCHE JACORITE D'AINTIOCHE

(1166-1199)

Éditée pour la première fois et traduite en français

par

J.-B. CHABOT

Ouvrage publié avec Vencouragement et sous le patronage de
tAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres.

TOME II

PARIS

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR

28, rue bonaparte, 28

1901

LIVRE VIII

En appelant a notre aide le Christ Notre-Seigneur qui a entrepris d'accom-
plir la loi du huitième jour et viendra le huitième (jour) renouveler toute
chose1, nous commençons le huitième LlVRE qui commence au debut du règne
d'arcadius et d'HoNORIUS, empereurs des romains, et de yezdegerd, fils de

Sabhour, (roi) des Perses.

[CHAPITRE Ier]. — Dans le chapitre premier se trouve Vhistoire de Mar Jean,

Chrysostome.

En l'an 708 des Grecs*, commencèrent à régner dans l'empire des Romains,
en 41e lieu, Arcadius et Honorius, fils de Theodosius [164] qui, avant sa mort,
les avait associés à l'empire. En mourant, il leur laissa l'empire à tous les deux.
Arcadius régnait à Constantinople et sur l'Orient; et Honorius, âgé de neuf ans,
à Rome.

Arcadius bâtit le grand2 sjxêoXov qui est devant le prétoire, et il érigea le £*]po-
Xoçov1. Il bâtit aussi Arcadiopolis, qui est en Thrace.

Eudoxia*, sa femme, érigea une statue d'argent dans le voisinage de Sainte-
Irène6.

Gaina se révolta contre l'empereur Arcadius; le tyran ayant engagé le combat
fut vaincu et mis à mort, sous le consulat de Stilichon* et d'Aurelianus7.

A Qârkîda* l'empereur Arcadius étant entré dans le temple pour prier, beau-
coup de gens s'étaient rassemblés pour le voir. Après avoir prié dans le temple
de saint Acacius, il sortit, et tout le peuple avec lui, de manière qu'il ne restait
pas dans le temple un seul homme de toutes ces foules : alors le temple entier
s'écroula subitement, et chacun crut que le peuple avait été sauvé par la prière
de l'empereur. — Il pratiquait des œuvres admirables de justice, et possédait
de nombreuses vertus : au point que sous la pourpre et sous le manteau royal,
il enveloppait son corps d'une chemise de crin; car il aimait la vie monastique.

* Note marginale : Cette année est Van 5902 depuis Adam; l'an 392 depuis Notre Seigneur; 708
selon le comput (des Grecs).

1. Ces expressions se rapportent aux idées mystiques des Syriens. — 2. Lire : l~=>j. — 3. Sic
les noms sont p.-ê. pris à l'accusatif. Sur la colonne d'Arcadius, cf. Legrand et Th. Reinach,
Descr. de Véglise des SS. Apôtres de CP., p. 47 et suiv. — 4. Cf. Socrate, VI, xvin. — 5. Sic
ms.; Socr. : Eo<pîa. — 6. Ms. : Estilinos. — 7. Jacob. Edess., ad ann. 76. — 8. Ce mot syriaque
est celui qui désigne la ville de Carthage. Il faut probablement corriger : loi'o = Kapua, d'après
Socr., VI, xxm, d'où est tiré le récit.

II. 1

2

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Quand le tyran Gaina se révolta, il s'empara de lui, et ne le tua point. —
Il se révolta de nouveau : les Barbares qui l'accompagnaient voulurent piller
[165] l'argent qu'on changeait dans les boutiques, mais ils le ne purent. Ils jetè-
rent le feu dans la ville pendant la nuit. Des anges apparurent sous l'aspect de
soldats, ayant l'empereur au milieu d'eux. [Gaina envoya d'autres Barbares
pendant les autres]1 nuits : ils eurent la même vision et s'enfuirent. La nuit
suivante Gaina vint lui-môme avec eux, il vit la même chose et prit la fuite. Il
s'en alla en Orient et rassembla une armée. Les Barbares n'ayant point trouvé
de navires firent des radeaux et de petites barques2 et se mirent à passer*. Mais
les navires des Romains les atteignirent : car le vent d'ouest souffla et les
navires des Romains avançaient facilement, tandis que les Barbares et leurs
chevaux faisaient naufrage.

Gaina* fut atteint et mis à mort par l'armée des Romains5.

Après cela, les Huns passèrent le fleuve Ister6; ils pillèrent et dévastèrent
les villes du pays de Thrace. Par la prière de l'empereur Arcadius, une grêle
tomba sur eux et tua la plupart d'entre eux : le reste prit la fuite7.

Après cela Arcadius mourut, laissant comme empereur son fils Theodosius
le Jeune, enfant âgé de huit ans.

Honorius n'avait point de fils. Gomme il ne leur restait que cet (enfant), on
craignit pour lui qu'on ne lui tendît des embûches. C'est pourquoi Arcadius fit
un testament dans lequel il écrivit : qu'il faisait le roi des Perses curateur de
son fils et de ses affaires. Yezdegerd accepta le testament et s'occupa très
soigneusement de Theodosius; et pour ce motif, les Romains jouirent d'une
paix profonde. Yezdegerd envoya comme précepteur à Theodosius un homme
éloquent appelé Antiochus, et écrivit à tout le sénat en ces termes : « Arcadius
est mort; il m'a laissé comme curateur de ses affaires. Si vous tendez des
embûches à Theodosius, nous vous ferons une guerre sans trêve. » — Theodo-
sius et sa sœur Pulcheria8 étaient élevés près de leur oncle Honorius.

Le christianisme croissait parmi les Perses ; surtout parce que Marouta
de Maipherqat servait d'intermédiaire entre eux9. — Ce chapitre est aussi fini.

En ce temps-là, en Palestine, dans le Au commencement du règne d'Hono-

village d'Emmaùs, naquit un enfant rius, le 38e évèque de Rome fut Inno-
qui  depuis le nombril  et au-dessus        cent[i]usl0, pendant 16 ans.

1. La phrase, mutilée dans le texte, est à restituer d'après Sochate, VI, vi. — 2. Lire: Ut"
<TXe2toc. — 3. Le détroit de Chersonèse. — 4. Ms. : Gaînos. — 5. Sogr., VI, vr. — 6. Ms. : Istros. —
7. Theodoret, V, xxxvrr. — 8. Ms. : Pulichria; et ainsi habituellement. — 9. Entre les Romains et
les Perses. Socr., VII, vm.

10. Socr., VII, ix; Theod., V, xxnr.

LIVRE VIII. CHAP. 1

3

était partagé en deux poitrines [164]
et deux têtes; quand l'un mangeait,
l'autre ne mangeait pas; quand l'un
dormait, l'autre était éveillé. Parfois ils
jouaient l'un avec l'autre ; ils pleuraient,
se réjouissaient ; [au bout de] deux ans
l'un mourut, et après quatre jours
l'autre mourut aussi.

En cette année, les Huns envahirent
le territoire des Romains, au mois de
tamouz (juillet). Ils pillèrent et dévas-
tèrent toute la Syrie et la Cappadoce1.

Alors florissait Theodorus de Mop-
sueste de Gilicie, qui interpréta les li-
vres de l'Eglise2.

[Extrait] du Livre VI de Socrate :
« Nous commençons (à écrire) ce qui se
passa de nos jours, (craignant) que les
choses que nous écrirons ne plaisent
pas; car, selon le proverbe, « la vérité
est vexante pour plusieurs ». Peut-être
aussi les zélés qui sont dans l'Eglise
nous blâmeront de ne pas appeler les
évêques « amis de Dieu », ni les empe-
reurs « divins » et « majestés ». J'ai la
preuve dans les livres que, chez les an-
ciens, l'esclave avait coutume d'appeler
son maître par son nom3. »

A cette époque, les Novatiens avaient
à Constantinople un évêque éloquent,
doué d'une aptitude naturelle pour la
rhétorique ; il s'appelait Sisinnius*. Il
était blâmé de ceux qui  le voyaient

[Alors] brillaient par la parole [164]
et par les œuvres Epiphanius de Cypre,
Acacius d'Alep, Antiochus de 'Akko,
Severianus de Gabala, et aussi Marouta
de Maipherqat qui fut envoyé comme
ambassadeur près de Yezdegerd, roi des
Perses5. Là, de grands prodiges furent
opérés par ses mains, comme le montre
le livre des Histoires des martyrs orien-
taux 6.

Histoire de Jean1. — Après la mort
de Nectarius de Constantinople, il y eut
une discussion au sujet de l'évêque.
Theophilus d'Alexandrie voulait ordon-
ner Isidorus, son prêtre, pour le motif
que voici : Tandis que l'empereur luttait
contre les tyrans8, Theophilus envoya
Isidorus avec des présents et des lettres
et lui prescrivit de les offrir au vain-
queur; mais le notaire d'Isidorus prit
les lettres et s'enfuit. Theophilus était
rempli de crainte, et s'efforçait de faire
ordonner Isidorus afin que celui-ci lui
gardât le secret ; mais l'empereur Arca-
dius et les évêques envoyèrent à Antio-
che chercher le célèbre Jean9.

Celui-ci était originaire d'Antioche ;
son père s'appelait Secundus, et sa
mère, Anthusa : c'est cette Poplia (?)
dont il est écrit qu'elle fit profession
dans un monastère et instruisait les
vierges. Ce grand Jean fut célèbre dès
sa jeunesse; il fut instruit dans les

1. Chr. edess,, n° xl ; cf. Land, Anecd. syr., I, 8. — 2. Chron. edess., n° xlvi; Jac. Edess., ad
ann. 78; cf. Socr., VI, m; Theod., V, xl. — 3. Socr., VI, Proemion. — 4. Ms. : Sisînos; Jac.
Edess., ad. ann. 72.

5. Socr., VII, vrir. — 6. Les Syriens lui attribuent la rédaction d'une Histoire des martyrs de la
persécution de Sapor. Cf. Duval, La littér. syriaque, p. 132; voir aussi O. Braun, De S. Nicaena
Synodo, p. 1 sqq. — 7. Résumée de Socrate et de Théodoret. — 8. Contre Maximus. — 9. Socr.,
VI, n.

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

parce qu'il était continuellement vêtu
de blanc. Il répondit : « Où est-il écrit
que nous devions nous vêtir de noir? Sa-
lomon m'a donné ce conseil, en disant :
« Que tes vêtements soient blancs' »; et
Notre-Seigneur est apparu à ses Apôtres,
sur le mont Thabor, vêtu de blanc3. »

— Jean, évêque de la ville, dit un jour
à Sisinnius3 : [i68] « Il n'est pas possible
qu'il y ait deux évêques pour une seule
ville. » Sisinnius répondit : « Aussi
n'en a-t-elle pas deux. » Jean offensé
reprit : « Vois, comment tu veux être
seul évêque! » II répondit : « Pour toi
seul je ne suis pas évêque, ni toi pour
les autres. » Jean lui dit : « Je ferai en
sorte que tu ne prêches pas. » Il répon-
dit : « Et moi je te donnerai une récom-
pense pour m'avoir épargné celabeur*. »

— Fin.

sciences profanes près du sophiste Li-
banius; et il écouta les leçons du philo-
phe Andragathius5.

Il était sur le point d'être compté
parmi les avocats8, quand, considérant en
lui-même l'iniquité [168] des tribunaux,
il y renonça et commença a lire les livres
de l'Eglise. Il était assidu à l'église.
Theodorus de Mopsueste étudiait avec
lui, ainsi que Maxim[in]us de Séleucie et
Diodorus de Tarse, qui à cette époque
étaient moines, et venaient fréquem-
ment le trouver7. Cet élu, Jean, à l'âge
de 18 ans, entra dans un monastère.
Diodorus et Carterius8 lui enseignaient
les Ecritures. Il jouit de la familiarité du
grand Basilius de Césarée. A l'âge de
21 ans il fut fait lecteur par Zenon de
Jérusalem ; et il composa des traités
contre les Juifs et contre les ouveiaraxToC.

Il s'en alla dans la montagne près
d'un célèbre vieillard et apprit de lui à combattre les démons, pendant quatre ans.
Il s'enferma pour se livrer à l'ascétisme, pendant deux ans. Etant tombé malade,
il rentra dans la ville. Meletius10 le fit diacre à l'âge de 27 ans, et il composa un livre
sur le Sacerdoce. Ensuite Evagrius, qui succéda a Paulinus11, le fit prêtre. Alors il
composa le commentaire de l'Evangile et de l'Apôtre", à l'âge de 28 ans. Il était
acerbe dans son zèle pour la continence, et la colère l'emportait chez lui sur la mo-
dération13; confiant dans ses œuvres, il était imprévoyant de l'avenir; il était facile
dans sa simplicité; il se servait sans scrupule d'un langage incisif, et s'appliquait,
en enseignant, à être utile à ses auditeurs; il paraissait arrogant à ceux qui ne le
connaissaient pas1*.

A l'âge de 50 ans, il devint évêque de Constantinople. Dès qu'il prit le gouvernail
[166] de l'épiscopat, il abolit les festins des églises et fit des homélies contre la glou-
tonnerie et l'avarice. Il ne s'occupait pas seulement de sa ville, mais de toute la Thrace,

1. Eccles., ix, 8. — 2. Luc, îx. — 3. Ms. : Sisîânos. — 4. Socr., VI, xxrr.

5. Ms. : Androgothis. — 6. ay^okctaxifO'- — 7. Le sens est tout autre dans Socrate, VI, m. —
8. Ms. : Qartôrios, — 9. Litt. : les habitantes; mulieres subintroductse. — 10. Ms. : Milîtos. —
11. Ms. : Flaviana. — — 12. C'est-à-dire des Épïtres de saint Paul. — 13. 6u(i.û [aSàXov i\ aîSoî
lyapi&To (Socr., VI, ni). — 14. Socraté, VI, ni.

LIVRE VIII. CHAP. I

5

de l'Asie et du Pont *. Par ses soins, le reste des idoles fut détruit. Il arma2 des moines
et les envoya dans toute la Phénicie3.

Il s'occupa des Scythes, qui inclinaient vers l'arianisme; il ordonna des prêtres,
des diacres et des lecteurs de leur langue et leur donna une église; par ceux-ci il
gagna tout le peuple des Goths. Il allait, lui-même, leur parler par sa prédication et
les amena à la connaissance de la vérité*. Il était plus sévère qu'il ne convient pour
ceux qui étaient placés sous lui, et corrigeait durement la vie des clercs. Comme il
se montra dur dès le début, plusieurs le détestaient, et la haine fut excitée contre lui5.

Ils le blâmaient de ce qu'il lisait les livres d'Origène, que Theophilus et Epipha-
nius avaient anathématisés6. Acacius d'Alep, Antiochus de 'Akko, et Severianus de
Gabala7 conçurent de la haine contre lui pour le motif que voici : Antiochus de 'Akko
était versé dans la rhétorique; il monta à Constantinople, y enseigna, et recueillit
de l'or. Severianus l'envia et y monta à son tour; bien qu'il parlât grec, sa pronon-
ciation était syrienne; il fit des discours et fut accueilli par Jean. Or, Jean étant allé
à Ephèse, il y ordonna pour évêque son diacre Héraclidès : mais ils ne l'acceptèrent
point, et il fut contraint de s'attarder là. Severianus commença à être pris en consi-
dération par les grands. Alors Sérapion, diacre de Jean, lui envoya des lettres et
excita en lui une grande émulation. Ce Sérapion était arrogant et méprisait tout le
monde. Il se trouva que Sérapion étant assis, Severianus passa devant lui sans qu'il
lui rendît l'honneur qui convient à un évêque. Severianus ne le supporta point; mais
il s'écria' : « Si Sérapion meurt chrétien, le Christ ne s'est pas fait homme. » Séra-
pion, cachant la première partie, fit savoir à Jean que Severianus avait dit : « Le
Christ ne s'est pas fait homme »; et Jean, sans examen, chassa Severianus.

L'impératrice Eudoxia blâma Jean et fit revenir Severianus. Jean ne consentit pas
à se réconcilier avec Severianus. C'est pourquoi l'impératrice vint à l'église des
Apôtres et amena avec elle son fils Theodosius qui avait été baptisé et levé des fonts
par Jean; elle le jeta aux genoux de Jean en le conjurant ; mais à peine fit-elle entre
eux une paix extérieure'.

L'impudence de Sérapion accroissait la haine contre l'évêque. Devant les clercs
assemblés il dit à l'évêque : « Tu ne pourras jamais les diriger, si tune les chasses
tous avec le bâton. » Et sans tarder, il en chassa plusieurs de l'église. A cause de
cela, ils formèrent un parti contre lui et l'accusèrent devant le peuple. Ils apportaient
comme démonstration, pour être crus, qu'il ne voulait manger avec personne et
qu'il n'allait pas aux repas. Les uns disent qu'il était malade et se nourrissait diffi-
cilement; d'autres (disent) qu'il était glouton10.

La haine de l'impératrice s'accrut encore parce qu'il blâmait continuellement les

1. ïheod., V, xxvin ; Socr., VI, iv. — 2. vbpoi;.... ô«AÎ<raî PaaiXtxoïç (Theod.). — 3. Theod., V,
xxix; Jac. Edess., ad ann., 76. — 4. Theod., V, xxx. — 5. Socr., VI, tv. — 6. Socr., VI, x. —
7. Ms. : Gabaula. — 8. Lire : l^>. _ 9. Socr., VI, xt. — 10. Ibid., iv.

G

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

femmes avec âpreté1, parce qu'il fit renverser la statue de l'impératrice qui se trou-
vait près de l'église2, et parce qu'il la comparait ignominieusement à Jézabel à
cause de la vigne qu'elle avait prise à une veuve. Mais le peuple lui était fortement
attaché à cause de son enseignement.

Il brillait par la doctrine ; il augmenta les prières des hymnes 3 de la nuit à
l'encontre des Ariens. Ceux-ci avaient disposé des antiennes dans lesquelles ils répé-
taient : « Où sont ceux qui disent que trois (choses) sont une seule puissance4? »
Jean, pour éviter que les simples ne fussent entraînés5, fit rassembler ses partisans
pour chanter en deux chœurs les hymnes de la nuit. Ils tombèrent les uns sur les
autres, et il périt beaucoup de monde des deux côtés. Alors on interdit aux Ariens
de célébrer leurs offices surles places publiques6.

Quand le Scythe Gaïna demanda à l'empereur une église pour ses partisans, l'em-
pereur le fit savoir à Jean, et lui fit connaître la rébellion qu'il méditait dans son
esprit, disant : « qu'il fallait lui donner une église pour le retenir ». Jean dit : « Appelle-
nous tous les deux, et je lui répondrai. » Gaïna étant entré se mit à demander
l'église. Jean lui répondit : « Le pieux empereur n'a aucun pouvoir sur les choses
ecclésiastiques. Toutes les églises sont devant toi, entre dans celle que tu voudras. »
Gaïna dit : « J'ai beaucoup combattu en faveur des Romains. » Jean répondit : « Tu
as été récompensé au-delà de tes labeurs; tu es général et tu as obtenu la toge
consulaire [167]. Tu dois considérer ce que tu étais et ce que tu es. » Et Gaïna se tut \

Quelque temps après il se révolta et dévastait la Thrace. Personne n'osait aller
près de lui en ambassade. Ils demandèrent à Jean d'y aller. Celui-ci, sans considérer
qu'il l'avait combattu, y alla. Quand le tyran apprit cela, il fut dans l'admiration. Il
sortit loin au-devant de lui; il prit la main droite du saint et la plaça sur ses yeux;
il amena ses enfants aux genoux du saint» Ainsi peut la vertu exciter le respect
même chez les plus audacieux8.

Or, la jalousie ne supporta pas l'éclat de la sagesse de Jean ; elle priva la terre tout
entière de la source de sa doctrine. — Pour moi, voulant raconter l'iniquité qui fut
commise à l'égard du bienheureux, je suis confus à cause des autres vertus de ceux
qui péchèrent contre lui, et je cacherai leurs noms à moins que je ne sois contraint
de les dévoiler pour que l'exactitude ne soit pas pervertie9.

Theophilus, entraîné par la passion humaine, excita aussi le zèle d'Epiphanius de
Cypre10. Celui-ci se laissa prendre avec simplicité. Il vint à Constantinople et ordonna
des diacres dans l'église de Mar Jean, sans la permission de Jean Il anathématisa les
livres d'Origène à l'instigation de Theophilus, de Methodius d'Olympe et d'Eusta-
thius d'Antioche    parce qu'ils ne comprenaient pas les choses profondes qui s'y trou-

1. Cf. Socr., VI, xv. — 2. Cf. x\iu. —3. Lire : I s-U-a*!.*. — 4. oî Xlyovteî xà tpi'a pc'av ôuvajxtv. — 5.
Lire : ,^9;^'. —6. Socr., VI, vin. — 7. Theod., V, xxxii. — 8. Theod., V, xxxrii. — 9. Thkod., V,
xxxiv. — 10. Socr., VI, x. — 11. Cf. ibid., VI, xn. — 12. Cf. Socr., VI, xiri; la construction de la
phrase forme un anachronisme. Lire : « et à Vexemple de Methodius, etc. ».

LIVRE VIII. CHAP. I

7

vent. Ils voulurent anathématiser au milieu de l'église les moines ariens et jeter le
mépris sur Jean. Jean fit dire h Epiphanius : « Tu as transgressé les canons, tu as
officié dans mon église sans ma permission et tu y as même fait de plus l'ordination.
Je t'ai invité à demeurer avec moi et tu n'es pas venu. Prends garde maintenant qu'il
n'y ait de l'agitation parmi tout le peuple. » Epiphanius en entendant ces choses fut
pris de crainte et s'en alla1.

Theophilus anathématisa les livres d'Origène d'une manière qui n'est pas louable.

Il y avait une discussion à Alexandrie'. Des hommes simples disaient que Dieu a
des yeux et des oreilles; et d'autres, conformément à la vérité, disaient que Dieu est
au-dessus de toute figure ou image. Theophilus lui-même prêchait ainsi, et pour cela
des moines se rassemblèrent çn grand nombre et vinrent pour tuer Theophilus. Celui-
ci usa de ruse et leur dit : « Voici que je vois vos visages comme le visage de Dieu » ;
et par ces paroles il calma leur zèle. Ils dirent : « Anathématise donc les livres d'Ori-
gène qui dit que Dieu n'a pas la ressemblance humaine. » Et il anathématisa.

En ce temps-là, il y avait quatre frères, moines vertueux, qui étaient surnommés
Longs. Theophilus [fit] l'un d'eux qui s'appelait [Dioscorus] évêque [d'Hermopolis]3,
et institua les trois autres économes. Quand ils virent que Theophilus s'appliquait à
ramasser de l'or et se délectait dans les richesses, quand ils virent que leurs âmes
subissaient du dommage depuis qu'ils avaient abandonné la solitude, ils résignèrent
leurs fonctions et s'en allèrent d'auprès de lui. Theophilus fut transporté de haine
contre eux. Il disait aux moines, à leur sujet : « Ceux-ci ne confessent pas que Dieu
a des mains, des yeux, des piçds. » Il arma contre eux les Barbares et à peine purent-
ils s'enfuir \

Ils montèrent à Constantinople. Jean les fit participer à l'office seulement, mais non
aux mystères. Theophilus entendit dire qu'il les avait aussi fait participer aux mys-
tères. Et la haine s'accrut dans le cœur de Theophilus contre Jean. Theophilus chassa
le prêtre Isidorus qui, lui aussi, monta se réfugier près de Jean9.

Epiphanius était ami de Theophilus parce qu'il considérait grossièrement Dieu
comme ayant la forme humaine. Ils tinrent un synode et anathématisèrent les livres
d'Origène. Ils écrivirent à Jean de faire de même ; mais celui-ci n'y fit point attention,
non plus qu'à tout ce qu'écrivit Theophilus à ce sujet. Mais il était assidu dans la
prédication6.

Il fit une homélie et il vitupéra toutes les femmes. On écrivit cette homélie et on la
montra à l'impératrice en lui insinuant que c'était elle qu'il avait flétrie. A cause de
cela elle manda à Theophilus de rassembler un synode. Severianus insistait ainsi que
ce Cyrinus qui appelait Jean orgueilleux7. C'est le même Cyrinus dont Marouta de

1. Socr., VI, xn, xiv. — 2. Socr., VI, vir. — 3. Il manque une ligne dans la colonne; nous
suppléons le sens d'après Socrate. — 4. Socr., VI, vu. — 5. Socr., VI, rx. — 6. Socr , VI, x. —
7. Socr., VI, xv, xix.

8

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Maipherqat foula le pied et qui resta à Chalcédoine ; il dut subir plusieurs incisions1.

Quand Theophilus arriva, il ne fut pas reçu [168] avec empressement par les évo-
ques. — Ils convoquèrent Jean, mais il ne vint point; il refusa (de venir) et en appela
au concile universel. Ceux-ci le convoquèrent rapidement par quatre fois, sans qu'il
vînt, et, pour cela, ils prononcèrent sa déposition, sous prétexte qu'ayant été convo-
qué il n'était pas venu*. Le peuple tout entier s'agita. Ils étaient prêts à en venir au
massacre et à ne pas l'abandonner. Mais le saint usa de ruse et sortit à l'heure de
midi sans que personne s'en aperçût. Après son départ, Severianus fit un discours
dans lequel il l'injuria en disant : « L'arrogance de ses manières suffisait pour sa dé-
position. Tous les péchés peuvent être pardonnes, mais Dieu résiste à l'orgueilleux. »
Quand le peuple entendit cela, il se souleva; ses ennemis se rétractèrent et disaient
que cet homme avait été calomnié. Toute la ville fut troublée; encore un peu, et le
massacre commençait. L'empereur lui-même s'émut. Il envoya promptement pour le
faire revenir. Il revint d'en face Nicomédie. A son retour, il ne voulait pas rentrer
avant que sa cause eût été examinée. Mais le peuple s'irrita et le fit entrer de force
avec pompe ; malgré lui on le fit asseoir sur le trône; il fit une homélie et donna la
paix*.

Theophilus prit la fuite dans la stupeur. — Plus tard Theophilus lui-même lisait les
livres d'Origène. Comme on l'en blâmait, il dit : « Je cueille les fleurs et je m'écarte
des épines*. »

Peu de temps après, Jean fut de nouveau enflammé de zèle à cause de la statue
d'argent que l'impératrice avait érigée près de l'église. Il arma sa langue contre ceux
qui avaient ordonné de faire cela. L'impératrice prit pour elle ses paroles. Elle
ordonna de nouveau de rassembler un synode. Quand il le sut, il fit une homélie en
ces termes : « Hérodiade est en furie. De nouveau elle danse, de nouveau elle de-
mande la tête de Jean dans un bassin. » — Quand les évêques furent réunis, on dit
que, pour avoir pris place sur son siège avant que sa cause ne fût examinée, il était
digne de la déposition. — Jean répondit que ce canon avait été porté à Antioche par les
Ariens contre Athanase. L'empereur décréta l'exil contre lui; et il quitta son église*.
—¦ On mit à sa place Arsacius, frère de Nectarius

Après le départ de Jean, survint une grêle violente; le feu prit à l'église, et elle
brûla1; l'impératrice mourut; chacun s'écriait que ces choses avaient lieu à cause
de la déposition illégitime de saint Jean*.

Peu de temps après, Arsacius mourut aussi et on établit à sa place Atticus, homme
vertueux'. — Epiphanius mourut (en route), comme Jean avait prédit de lui qu'il n'en-

1. Tel paraît être le sens. Cf. Socr., VI, xix. — 2. Socr., VI, xv. —3. Socr., VI, xvi. — 4. Socr.,
VI, xvii. — 5. Socr., VI, xvm. — 6. Socr., VI, xix;cf. Ja.c. Edess., ad ann. 78. — 7. Socr., VI,
xvni. '— 8. Socr., VI, xix. — 9. Socr., VI, xx ; Theod., V, xxxiv.

LIVRE VIII. CHAP. I

9

trerait pas vivant dans son siège. Et lui aussi, dit-on, avait dit de Jean qu'il mourrait
en exil1.

Jean mourut à Comana*. Il vécut 50 ans, dont 5 années dans l'épiscopat et 3 en
exil. — On dit de lui que depuis qu'il avait reçu le baptême, il ne fit ni ne fit faire de
serment; il ne maudit ni ne mentit; il ne calomnia ni ne tourna personne en dérision;
il ne but jamais de vin ni ne mangea jamais avec personne. — Innocentius de Rome
et Flavianus d'Antioche ne consentirent pas à la déposition de Jean et écrivirent des
lettres de blâme et de récriminations au clergé.

Il fit des instructions et de sains commentaires des Livres saints, qu'on peut dire
sans rougir copieux comme la mer. Il est facile à ceux qui aiment la vérité de con-
naître par son enseignement le merveilleux de cet homme. J'ai trouvé que David,
écrivain oriental, dit avoir vu dans les livres réunis à Bagdad par le roi des Arabes,
Mahdi, que : lorsque Jean sortit pour aller en exil il écrivit sur la porte de l'église
Anastasie, à Constantinople : « Je laisse à l'Église, de ce que Dieu m'a donné,
huit cents volumes, commentaires, discours, homélies et autres écrits. » -— Que sa
mémoire nous soit en aide, et que sa prière nous accompagne dans les deux mondes.
Amen !

Du temps d'Honorius, il y avait à Synnada, ville des Phrygiens, un évêque nommé
Theodosius. Il avait chassé les partisans de Macedonius, non par zèle pour la reli-
gion, mais par avarice. Il persécuta leur évêque Agapitus*, et se rendit à Constanti-
nople afin de ramener contre eux une armée, pour les dépouiller. Alors Agapitus con-
voqua ses partisans et leur persuada d'adopter la foi du « consubstantiel ». Il se rendit
à l'église, prit place sur le trône de Theodosius, et fit l'union dans le diocèse.
Quand Theodosius revint avec l'armée, [169] tout le peuple le chassa. Il retourna
trouver Atticus pour obtenir du secours contre Agapitus*. Atticus était un évêque
ami de la paix, il lui enseigna à préférer ce qui était avantageux pour beaucoup à ce
qui l'était pour lui-même. Il écrivit à Agapitus de garder Pépiscopat avec confiance
et sans crainte5.

A cette époque, il y eut à Constantinople un incendie à côté de la grande église;
beaucoup de maisons furent brûlées et des édifices importants furent détruits. A cause
de cela, il y eut une sédition et beaucoup de gens furent tués6.

A cette même époque parut un signe céleste, qu'on a coutume d'appeler comète,
tel qu'on n'en avait jamais vu de pareil auparavant7.

A cette même époque florissait le prêtre 'Absimia, fils de la sœur du docteur Mar
Ephrem, qui était un écrivain. Il composa de nombreux traités sur l'invasion des
Huns qui sortirent à cette époque1. Il les composa sur le mètre de Mar Ephrem9. —•
Fin de ces récits.

,  1. Socr., VI, xiv. — 2. Socr., VI, xxi. — 3. Ms. : Aigoupta. — 4; Ms., Agipa. — 5. Socrate,
VII, ih. ~- 6. Socr., VI, xvni. — 7. Cf. Eist. du Bas-Empire (éd. Saint-Martin), XXVII, xvm (t. V,
p. 212). — 8. Chron. edess., n° xlvii. — 9. C'est-à-dire en vers de 7 syllabes. Cf. Duval, Litt. syr., p. 338.
II. 2

10

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

CHAPITRE II DU LIVRE VIII. — De l'époque du commencement du règne

de Theodosius le Jeune1.

Lorsque Theodosius commença à régner, à l'âge de huit ans, on vit des re-
belles dans les pays des Romains. Un homme dont le nom était Alaricus Afri-
canus* assembla une armée et vint en Italie, et, n'ayant trouvé personne qui
s'opposât à lui, il fit beaucoup de mal. Le consul Stilichon fut même tué.

L'empereur Honorius mourut à Rome; Constantius, père de Valenti[nian]us
commença à régner et fut tué. Jean, un des scribes, usurpa l'empire et envoya
(une députation) à Theodosius pour qu'il lui donnât l'empire. Celui-ci emprisonna
les messagers et envoya le général Ardaburius* combattre le tyran. Le tyran
vainquit Ardaburius, s'empara de lui et l'emprisonna. De nouveau, Theodosius
envoya Aspora8, fils d'Ardaburius, avec une armée. Par la prière du pieux em-
pereur, un ange apparut sous la figure d'un berger et leur fit traverser à pied
(sec) le lac d'eau»; ils trouvèrent les portes7 de la ville [170] ouvertes; ils firent
sortir Ardaburius de prison et tuèrent le tyran Jean 8.

Alors Theodosius proclama César Valenti[nia]nus9 qui était fils de sa tante ; il
l'envoya à Rome avec sa mère; et quelque temps après, il lui envoya la cou-
ronne impériale1*. Valentin[ian]us régna pendant 32 ans.

Theodosius, bien qu'il eût été élevé royalement, persévérait cependant dans
la prière, le jeûne et l'abstinence. Le mercredi et le vendredi, il prolongeait le
jeûne jusqu'au soir. Personne ne le vit s'irriter. Comme on lui demandait :
« Pourquoi n'as-tu pas décrété la mort contre ceux qui ont fait le mal ? » il dit :
« Puissé-je faire revenir à la vie ceux qui sont morts !» Et à un autre qui l'in-
terrogeait il dit encore : « Ce n'est pas grand'chose que de faire mourir un
homme qui est mortel ; mais Dieu seul peut faire revenir de la mort celui qui
est mort. » — Lorsqu'il avait décrété la mort contre quelqu'un, aussitôt après
il s'empressait d'annuler (l'arrêt). — Quand l'évoque d'Hébron mourut, l'empe-
reur prit sa tunique, et bien qu'elle fût sordide, dans sa foi, le victorieux et or-
thodoxe empereur s'en revêtit pour en être béni11. — Fin de ce [chapitre].

En ce temps-là, à cause de la déposi-
tion du grand Jean, tous les diocèses
des églises   d'Orient  et d'Occident

A propos d'Epiphanius de Cypre, il
faut que nous fassions savoir que, bien
qu'il se fût trompé humainement dans

1. Le ms. porte par erreur « le Grand ». — 2. Ms. : llarikos Afriqaya. 3.Ms. : Valentios. —
4. Ms. : Adarbôrios, et partout ainsi. — 5. Ms. Aqeppora, rest. : l»aa«o|. — 6. Au lieu de, I>-*-m?»
corriger : = ty) 'PaSêvvri (?). — 7. Lire : W}L au pluriel. — 8. Socr., VII, xxur. — 9,Ms. : Va*
lentinos. — 10. Socr., VII, xxiv. — 11. Socr., VII, xxrii

LIVRE VIII. CHAP. II

11

étaient plongés dans le trouble. La terre
mugit pendant sept jours; et les trem-
blements de terre ne cessèrent, dans la
ville impériale, ni la nuit, ni le jour,
quatre mois durant. Et chacun disait :
« C'est une vengeance de la part de
Dieu qui châtie la ville avec la verge de
colère, à cause de la déposition illégi-
time de saint Jean. »

Alors saint Proclus, évêque de Cons-
tantinople, persuada à l'empereur Theo-
dosius de ramener le corps du grand
Jean dans la ville impériale. L'empereur
fit ramener ses restes de Comana; l'em-
pereur les reçut en grande pompe avec
Pulcheria, et ils déposèrent ses osse-
ments dans l'église des Apôtres; et par
là furent apaisés et ramenés à l'union
ceux qui s'étaient séparés à cause de sa
déposition1.

En ce temps-là (vivait) Theodorus de
Mopsueste. Des moines vinrent annon-
cer à l'empereur Theodosius [170] qu'il
était hérétique ; et ils se plaignaient de
lui.

Mais le peuple d'Alexandrie se com-
plaît plus que [tout autre] dans les sédi-
tions. Or, en ce temps-là un maître
d'école étant entré là où se donnait un
spectacle, les Juifs s'écrièrent : « Celui-
ci est venu pour exciter du trouble » ;
et Orestes* fit jeter Hierax3 dans les
tourments. — Cyrillus ayant appelé les
chefs des Juifs et les ayant menacés, afin
qu'ils ne fissent pas de nouvelles sédi-

l'afFaire de Jean, il était cependant très
éminent en vertu ; il était Juif d'origine ;
il fut baptisé à l'âge de seize ans, se fit
moine et reçut le don de faire des mira-
cles et des prodiges ; il chassait les dé-
mons. A l'âge de soixante ans il devint
évêque, et remplit l'office de pasteur,
pendant cinquante-cinq ans. Il mourut
à l'âge de 115 ans. On dit qu'il ne con-
sacrait ni ne baptisait sans que cela lui
eût été révélé. 11 avait baptisé les em-
pereurs Arcadius et Honorius*.

Le 49e évêque de Jérusalem fut
Prôilios6.

Le 34e évêque d'Antioche fut Porphy-
rius'; — le 7e de Constantinople fut At-
ticus 7; — et le 28ed'Édesse fut Diogenès8.

Theophilus d'Alexandrie mourut,
au bout de 28 ans, de la maladie de la
pierre9. Trois jours après, fut installé
Cyrillus, pendant 33 ans.

A Rome, après Innocentius, qui fut
évêque pendant 16 ans, vint Zosimus,
pendant 8 ans ; il est le 399. Après lui
vint Bonifacius, pendant 3 ans; [170]
puis Celestinus, pendant 9 ans 10.

A Antioche après Porphyrius, le
35e (évêque) fut Alexandros, pendant
10 ans. Celui-ci ramena à l'union tous
les orthodoxes d'Antioche, qui avaient
été divisés pendant 45 ans. Il fit la paix
entre les Orientaux et les Occidentaux11,
au sujet de Paulinus11, en réunissant les
partis de Paulinus1'et d'Evagrius. Il
rassembla son clergé et s'en alla à l'en-

1. Socr., VII, xlv. — 2. Préfet de la ville. — 3. Ms. ; Irîkôs — cIépa$, nom du maître d'école.

4. Cf. Act. Sanct., 12 mai. — 5. IlpauXtoç; Theod., V, xxxvm. — 6. Socr., VII, ix. — 7, lbid.,
VI,xx. —8. Chr. edess., n° xlviii; et tome I, p. 321. — 9. Socr., VII, vir; \rfictpyi-x.S> uâ8ei. —10. Cf.
Socr., VII, xi. — 11. Ces mots semblent faire allusion au lieu où se tenaient les assemblées. Cf.
Theod., V, xxxv. — 12. Ms. : Flavianos.

12

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

tious, ceux-ci se donnèrent mutuelle-
ment un signe; ils se mirent (au doigt)
des anneaux de feuille de palmier, et
pendant la nuit ils crièrent : « Voici
l'église qui brûle » ; et tandis que les
chrétiens se précipitaient, les Juifs les
tuaient. Ils se montraient les uns aux
autres le signe de l'anneau. A cause de
cela, tous les Juifs furent chassés
d'Alexandrie et leurs synagogues furent
détruites*.

Hypatia la philosophe, qui avait pris
l'école de Platon, était chaste et sans
reproche ; l'envie l'accusa de ne pas
laisser Orestes" se réconcilier avec Cy-
rillus. Quelques clercs [l'épièrent]3, et,
comme elle allait chez elle, ils la saisirent
et la conduisirent]4 à l'église [appelée]
Cœsarea ; [ils la tuèrent et jetèrent son
corps] dans le feu8.

En ce temps-là, au lieu qui est appelé
Amas6, entre Qennesrîn et Antioche les
Juifs inventèrent un jeu : ils prirent un
enfant, le crucifièrent, le couvrirent
d'outrages et le tuèrent. Et lorsque cela
fut connu, les Juifs furent jugés et beau-
coup furent tués7.

En ce temps-là, un Juif vint trouver
un évêque, fut baptisé et reçut de l'or ;
et étant venu vers Paulus, (évêque) des
Novatiens8, pour qu'il le baptisât, celui-
ci le rangea parmi les « auditeurs » du-
rant deux [171] mois; en même temps
il jeûnait. Ensuite ils remplirent d'eau

droit où ils étaient réunis ; il les con-
duisit et les amena à l'église au chant
des cantiques spirituels. Tout le diocèse
fut uni. Il écrivit le nom de Jean dans
les dyptiques, comme avait fait à Cons-
tantinople Atticus, qui, voyant que l'é-
glise était divisée, avait fait mémoire de
Jean, et beaucoup de ceux qui étaient
séparés se convertirent.

Atticus prenait soin des pauvres non
seulement de sa ville, mais encore d'au-
tres villes. Il écrivit ceci9 : « Atticus
à Calliop[ius] : salut en Notre-Seigneur.
— J'ai appris qu'il y a des myriades
de pauvres dans la ville, qui ont faim
et ont besoin des aumônes des fidèles.
J'ai dit des myriades, à cause de leur
multitude, que je ne définis pas exac-
tement. Puisque j'ai reçu de Celui qui
donne à pleines mains aux bons dispen-
sateurs et qu'il y a des gens (pauvres)
pour éprouver ceux qui possèdent et ne
donnent point10; pour toi, très cher,
prends ces 300 dinars et distribue-les
où il convient. Je désire que tu donnes
à ceux qui ont honte de demander l'au-
mône, et non à ceux pour qui, pendant
toute leur vie, l'avidité est un négoce.
Ne considère pas, en ce qui concerne
cette aumône, s'ils sont d'une autre
religion. Il faut te préoccuper unique-
ment de nourrir les affamés et non de
rechercher s'ils appartiennent ou non
[171] à notre religion. »

1. Socr., VII, xrrr. — 2. Ms. :Astres; rest. : «s<i^»»o1. — 3.      o^». — 4. «<£*aol. — 5. «^°o
ojao. Cf. Socr., VII, xv. — 6. Socr. : 'Iv^sarap. — 7. Socr., VII, xvr. — 8. Rest. *. ai^,|o^.
9. Socr», VII, xxv. — 10. Restituer : sOôakij [^ûu.ooi]Vaj|, d'après Socr. : o-jpigaîvsi 81 -riva;

à7topet<j8ai 8oxt(j.a<7c'a; x*Plv T&v Ix^vxwv.

LIVRE VIII. CHAP. III

13

les fonts sacrés : mais ils furent trouvés
vides. On crut que (l'eau) s'était écoulée.
Ils les remplirent une seconde fois : et
aussitôt ils furent à sec. L'évêque dit :
« Ou tu agis en perfide, ou tu es
trompé1, ou tu as déjà été baptisé. »
Lorsqu'on l'examina on trouva qu'il
avait été baptisé peu de temps aupara-
vant par les mains d'Atticus*.

Un prêtre dont le nom était Philip-
pus, écrivit, en XXXVI Livres une his-
toire ecclésiastique, qui contient mille
Traités*. Lorsque mourut Atticus, il
espérait qu'on l'ordonnerait à sa place
comme évêque de Constantinople ; mais
la chose n'étant pas arrivée selon son
attente, et Sisinnius, miséricordieux en-
vers les pauvres, ayant été ordonné, il
mêla à son histoire des blâmes contre
plusieurs (personnes) ; et, à cause de
cela, ses écrits ne furent pas reçus*.

Après Atticus fut établi Sisinn[i]us,
qui prenait soin des pauvres.

Lorsque mourut l'évêque de Cyzique,
Sisinn[i]us institua Proclus; mais les au-
tres établirent Dalmatfius], et Proclus
resta dans la ville impériale. Quand
mourut Sisinn[i]us, les uns demandèrent
Proclus, d'autres Philippus, puis ils les
abandonnèrent tous les deux, et deman-
dèrent que (l'évêque) vînt d'Antipche,
espérant qu'il serait à la ressemblance
de Jean. On appela Nestor[ius], homme
éloquent et doué d'une belle voix, (ori-
ginaire) de Germanicia. Lorsqu'il eut
pris possession du siège de Constanti-
nople, il commença à semer la doctrine
hérétique et se montra l'adversaire des
saints8. — Achevé, par la force de celui
qui fortifie ceux qui sont absolument
sans force.

CHAPITRE III DU LIVRE VIII. — De Vépoque du règne de Vempereur

Theodosius II.

En ce temps-là Yezdegerd, roi des Perses, mourut. Son fils Varahran régna
pendant 22 ans. La paix cessa entre les empires. Les Romains et les Perses
s'armèrent les uns contre les autres ; et lorsqu'ils combattirent, les Perses furent
vaincus. Les Romains firent captifs les Perses appelés chez eux « immortels ».
Après cela la paix fut faite6. Cependant, la persécution contre les chrétiens ne
cessa pas, en Perse, de tout le règne de Varahran. Après la paix, les Perses osè-
rent monter contre Res'ayna et ils en revinrent dans la honte, grâce aux prières
de l'évêque Eunomius qui s'y trouvait7. De nouveau les Perses montèrent pour
dévaster tout le pays depuis l'orient jusqu'à la mer. Or, ils furent vaincus, et

1. Socr. : « ou, sans le savoir (àyvoàjv), tu as déjà été baptisé ». — 2. Socr., VII, xvir. —
3. Socr., VU, xxvu. — 4. Socr., VII, xxvi.

5. Socr., VII, xxvi-xxrx.

6. Cf. Socr., VU, xvm, xx. — 7. Theod., V, xxxvir.

14

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

les Romains firent prisonniers dans le pays d'Arzoun les sept mille hommes
qu'Acacias d'Amie! racheta et délivra1.

En ce temps-là, le peuple des Barbares appelés Burgondes* [se convertit] ;
ils vivaient de [172] la charpentene* et demeuraient en paix. Les Huns les fai-
saient prisonniers. A cause de cela, ils eurent recours au Dieu des Romains,
afin qu'il les secourût. Ils vinrent dans l'une des villes de la Gaule4; pendant
sept jours ils jeûnèrent et, le huitième jour, ils furent baptisés; après cela, trois
mille d'entre eux partirent contre les Huns et en détruisirent dix mille. Ainsi ils
devinrent fermement chrétiens5.

En ce temps-là, Nestorius6 devenait impie et blasphémait ; et, comme on dit :
« le vin ne manque pas à l'ivrogne », ainsi, Nestorius qui menaçait de chasser
les autres fut lui-même chassé7. — L'empereur Theodosius ordonna, en effet,
qu'un concile œcuménique s'assemblât à Ëphèse.

En ce temps-là, Acacius, évêque
d'Amîd, voyant les captifs que les Ro-
mains avaient amenés du pays d'Arzoun,
rassembla ses clercs et leur dit : « Sa-
chez, mes fils, que Dieu n'a besoin de
rien, et peut être servi sans coupes ni
patènes d'or et d'argent. Vendons donc
le trésor de l'église, et rachetons nos
frères captifs. » Ils accomplirent son
ordre, et donnèrent (le prix) aux Ro-
mains pour les prisonniers qu'ils déli-
vrèrent. Il les fit reposer, les nourrit,
les vêtit, et les renvoya en Perse. Le roi
de Perse, en voyant ces captifs, se ré-
jouit beaucoup de leur retour; il admira
et loua le zèle du bienheureux, et il
désirait le voir8.

Nestorius fit une homélie à Constan-
tinople, et il y dit, devant l'empereur :
« Donne-moi, ô empereur, un pays
purgé d'hérétiques, et moi en échange

En ce temps-là furent trouvés les os-
sements de saint Etienne, prémices9 des
martyrs.

En ce temps était célèbre le bienheu-
reux Mar Siméon qui se tenait sur une
colonne dans la région d'Antioche, sur
les confins d'Alep. Dieu fit par ses mains
des miracles et des merveilles très
grandes, comme (autrefois) par les mains
des Apôtres, élus et saints 10.

En ce temps-là aussi, le trois fois
bienheureux et illustre en vertus, le
grand parmi les élus et les parfaits,
notre seigneur saint Mar Bar-Çauma11,
était célèbre, sur la limite de la Petite-
Arménie et de la Syrie, dans la région
de Samosate, dans la montagne de Clau-
dia. Dieu opéra par ses mains et en son
nom des guérisons, des miracles et des
prodiges très grands. Jusqu'à ce jour,
du sépulcre qui renferme ses ossements,

1. Socr., VII, xx. — 2. Ms. : Burganzios. — 3. téxtovë; ei<nv. — 4. Ms. ; Galila. — 5. Socr.,
VII, xxx. — 6. Ms. : tantôt Nestor, tantôt Nestoros ou Nestorios. — 7. Socr., VII, xxxi.

8. Socr., VII, xxt. — 9. Litt. : «premier-né ». Cf. Niceph. Call., H. E., XIV, rx. — 10. Cf. Act.
sanct., 5 janv. ; et la vie syriaque (Assemanî, Act. martyr., II, 268; Bedjan, IV, 507). — 11. Cf.
Assema.ni, Bibl. or., II, 1-18.

LIVRE VIII.

je te donnerai les cieux. Renverse-moi
les hérétiques : et je te renverserai les
Perses. » Ces paroles [172] déplurent à
l'empereur, et à beaucoup de personnes,
parce qu[elles montraient]1 sa violence
et sa vanité, au point qu'il n'avait pu at-
tendre un peu pour dire cela; mais,
comme on dit : « avant même d'avoir
goûté l'eau de la cité, il se montrait son
ardent persécuteur*. >>

En l'un de ces jours, Anastas[ius],
prêtre de Nestorius, se mit à faire l'ho-
mélie * et osa s'écrier ouvertement :
« Que personne n'appelle Marie mère
de Dieu ; parce que Marie est une femme :
et Dieu ne peut naître d'une femme. »
En entendant de tels blasphèmes le
peuple pensait que Nestorius anathé-
matiserait aussitôt Anast[asi]us ; mais,
voyant qu'il ne l'empêchait point, il com-
prit qu'il avait parlé par sa permission,
et toute la ville fut remplie de tumulte.
Pour ce motif, on comprit le besoin
d'un concile universel ; car Nestorius
était naturellement éloquent et réputé
savant, bien qu'en réalité il ne fût pas
instruit. La divinité, en effet, est unie à
l'humanité dans le Christ Notre Sei-
gneur; et à cause de cela, le Seigneur
Jésus n'est pas deux, mais un. Nesto-
rius ne disait pas, comme Photinus et
Paulus de Samosate, que le Christ était
un homme ordinaire; mais partout il le
disait « personnel » *.

C'estpourquoi l'empereur Theodosius

CHAP. II 15

découlent continuellement des secours
pour les hommes.

Praylius5 fut évêque de Jérusalem
pendant 5 ans, et après lui Juvénal6 pen-
dant 40 ans.

En ce temps-là, à cause de la paix qui
régnait entre Theodosius et Yezdegerd,
[172] roi des Perses, les chrétiens se
multiplièrent en Perse. Lorsque Yezde-
gerd mourut et que Varahran lui suc-
céda, la paix cessa; il y eut une persé-
cution contre les chrétiens de la Perse,
et il y eut de nombreux martyrs7, pour
la raison que voici8 : Un évêque, dont
le nom était 'Abda, renversa le temple
du feu qu'ils adorent. Le roi s'empara
de l'évêque, et le condamna à rebâtir le
temple qu'il avait détruit. Il ne le voulut
pas. Le roi s'irrita, ordonna la destruc-
tion des églises, et l'évêque fut mis à
mort. Reaucoup d'évêques et de prêtres
et de nombreux (chrétiens) furent cou-
ronnés dans un glorieux martyre. Entre
autres : Sâhîn9, Abba Manidès 10 (?),
Benjamin11, diacre et docteur, et beau-
coup d'autres. Aux uns ils excorièrent
les doigts, aux autres le dos, à d'autres
la tête.

Beaucoup de notables et de seigneurs
des villes et des villages furent privé s
de leurs biens et n'apostasièrent pas,
mais furent couronnés par le glaive.
Tous les chrétiens des contrées de la
Perse furent plus ou moins persécutés
en ce temps-là, et eurent à supporter

1. Lacune de deux ou trois mots; sens d'après Socrate. —- 2. Socr., VII, xxrx. —- 3. Socr., VII,
xxxn. — 4. IvvTridTaToç (Socr.).

5. IlpauXco;; ms. : Proailos. —6. Ms. : Iobinilos, et ainsi habituellement. — 1. Socr., VII, xvni ;
Theod., V, xxix. — 8. Le récit suivant est tiré de Theod., V, xxix, qui le rapporte au règne de
Yezdegerd. — 9 ^out)vyi;. — 10. Corruption de 'OpiAtaSYjç (?). Cf. ci-dessous, p. 17. —11. Cf. p. 17.

16

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

ordonna qu'un concile œcuménique fût des supplices violents et très cruels,
assemblé. Parfois, ils les entouraient de roseaux

fendus en deux1, en appliquant la par-
tie coupée contre leur corps; puis ils les
ceignaient de liens très sen*és de la tête aux pieds, et en tirant, ils arrachaient les
roseaux de dessous les liens de manière à leur causer une cruelle douleur ; ils les
jetèrent dans des fosses, avec de gros rats, afin qu'ifs devinssent leur proie*.

CHAPITRE IV DU LIVRE VIII. — De Vépoque du premier synode d'Éphèse.

En l'an 21 du règne de l'empereur Theodosius, qui est [173] l'an 742 du comput
des Grecs, et l'an 423 de Notre-Seigneur, fut rassemblé le premier synode
d'Ephèse. Il y avait à ce synode, d'après ce que dit Zacharias le Rhéteur*,
193 évêques connus et une multitude d'autres Pères, docteurs et gardiens de
la foi orthodoxe. Ils prononcèrent la déposition de Nestorius qui fut chassé en
exil à Oasis4.

En ce temps-là, l'empereur Theodosius fit pope5 [A]ntiochus son précep-
teur, qui était grand chambellan6 et patrice, et il s'empara de tout ce qu'il pos-
sédait. — Il établit une loi pour que les eunuques ne puissent s'élever à la dignité
du patriciat7.

A cette époque le préfet Cyrus restaura le mur de Constantinople ; et les
citoyens se* mirent à le louer en disant : « Constantin l'a bâti, et Cyrus l'a
rebâti. » Quand l'empereur entendit cela, il eut peur et il dépouilla Cyrus de
sa dignité en disant : « Voici que Cyrus pense comme les païens8. »

L'empereur Theodosius donna sa fille Eudoxia pour femme à Valentin[ian]us
et, pour ce motif, Valentin[ian]us vint à Constantinople et reçut Eudoxia9.

En ce temps-là les difficultés s'accrurent entre l'empire des Romains et celui
des Perses, pour le motif que voici : Comme les chrétiens de la Perse étaient
persécutés à cause de la foi, beaucoup d'entre eux s'enfuirent et vinrent dans le
territoire des Romains10. Comme les Perses les réclamaient, et qu'ils ne les ren-
daient pas, les Perses furent amenés à faire [174] la guerre avec les Romains.
Beaucoup de soldats furent tués dans le combat, des deux côtés, des Perses
aussi bien que des Romains. — Fin.

1. ^phopoi, — 2. Theod., V, xxxrx.

3. Land., III, 100. — 4. Ms : Aosa. — 5. papa. — 6. Corr. : ua*g**9û3| ;3 = TipaimiaiToç (?).
Antiochus était prsepositus sacri cubiculi.— 7. Cf. Hist. du Bas-Empire, XXX, xxxvit (t. V, p. 481).

— 8. Ibid. XXXII, xxv (t. VI, p. 124); Ckron. pasch.,P. Gr., xcu, 809. — 9. Cf. Socr., VII, xmv.

— 10. Cf. Socr., VII, xviu.

LIVRE VIII. CHAP. IV

17

En ce temps-là apparurent ces sept
jeunes gens qui ressuscitèrent d'entre
les morts, [173] à Ephèse1.

(Extrait) du chapitre 1er de Zacharias
le Rhéteur2, qui dans ce livre dit à pro-
pos des enfants qui ressuscitèrent : Leurs
condisciples les observèrent, et au mo-
ment des sacrifices, où chacun paraissait
devant les idoles, ils entrèrent et les
trouvèrent seuls à la maison, le corps
étendu sur la cendre et le visage pros-
terné contre terre : de la boue s'était
formée des pleurs de leurs yeux. Ils allè-
rent les accuser devant l'empereur, en
disant : « Pour la paix de ton empire,
tu fais offrir des sacrifices même par
ceux qui sont au loin : et voici que ceux
qui sont proches les méprisent et les
détestent, et professent en secret la re-
ligion des chrétiens. Leur chef est Aqlî-
dos3 de race préfectorale. » Alors l'empe-
reur s'empressa 'de les faire amener
devant lui. Leurs larmes remplissaient
leurs yeux. L'empereur leur dit : «Pour-
quoi ne restez-vous pas avec nous pen-
dant les sacrifices? Maintenant accom-
plissez les sacrifices. » —Archélides4
répondit : « Dans les cieux est le Dieu
véritable, à qui nous sacrifions l'encens
de notre confession. » Quand l'empe-
reur les eut tous interrogés et eut en-
tendu  leur   confession   véridique, il

Hormizd, fils du préfet de Hamadans,
reçut du roi l'ordre de renier [173] le
Christ. Le saint répondit :« Si celui qui
renie ta royauté est digne de châtiment : à
quels supplices sera donc livré celui qui
renie Dieu, créateur et seigneur de
toutes choses! » L'empereur le priva de
tous ses biens, et le condamna a con-
duire les chameaux, nu, n'ayant qu'une
ceinture autour des reins. Quelque
temps après, il le vit brûlé par le soleil,
et couvert de poussière. Il l'appela près
de lui, le revêtit d'une tunique, et se
mit à l'exciter à apostasier. Mais le
saint, dans son zèle, déchira les vête-
ments et dit : « Reprends ton cadeau. »
— Aussitôt (le roi) le livra ainsi que sa
femme à un certain esclave méchant;
mais il demeura inébranlable dans les
supplices6.

Il s'empara aussi du diacre Benjamin
et le fit jeter en prison7. Deux ans après,
la paix fut faite et l'empereur des Ro-
mains demanda qu'il fût délivré. Le
Persan dit : « S'il promet de ne pas prê-
cher la foi des chrétiens aux Mages, je
le relâcherai. » Mais le bienheureux n'y
consentit point. L'envoyé eut beaucoup
de peine à le faire sortir. Benjamin
se mit à capturer les Mages pour la vie
(éternelle). Au bout d'un an, le roi l'ap-
prit; il le fit venir et lui ordonna d'apos-

1. Cf. 1.1, p. 195. Pour la légende orientale, voir surtout Guidi, Testi orientali inediti sopra i Sette
Dormienti di Efeso (R. Accad. dei Lincei, 1885) ; comp. aussi sur la légende musulmane, Clermont-
Ganneau, Bec. d'arch. orientale, III, p. 293. — 2. Land, Anecdota syriaca, t. III, p. 87 et suiv. —
3. Contraction de Archelidès. Land; uxu^ssl, — 4. Ms. : Aikilos.

5. est probablement une corruption du grec àx£[Aevî5r)ç àvif)p. Theod., V, xxxix. — 6. Cette

phrase est mal traduite de Théodoret qui rapporte (ibid.) que le roi condamna Sourjvyj; (et non
Hormizd) à devenir esclave du plus méchant de ses propres esclaves, et donna en mariage à ce
dernier la femme de Souenès. — 7. Theod., V, xxxix.

18

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

prescrivit de briser leurs ceintures1, et
leur laissa le temps de réfléchir. Decius
s'en alla vers d'autres villes. Ces bien-
heureux prirent de l'argent de la mai-
son de leurs parents et le distribuèrent
auxpauvres secrètement et ouvertement.
Ils s'en allèrent dans la montagne afin
de s'y adonner à la prière jusqu'au re-
tour de Decius. Ils montèrent dans une
caverne du mont Ankîlos ». Ils envoyèrent
l'un d'eux, [174] nommé Dionysius,
leur chercher de la nourriture. Celui-ci
ayant changé d'habits entra dans la ville.
Il apprit que l'empereur était revenu, il
prit en hâte un peu de pain et retourna
avertir ses frères. —Alors ils se mirent
à prier et ils prirent la nourriture dans
la douleur et les larmes. Ils se livrèrent
au sommeil et s'endormirent, et, par la
permission de Dieu ils moururent3 tous.
— Le lendemain matin on les rechercha.
L'empereur, ayant appris qu'ils se ca-
chaient dans une caverne, ordonna d'en
fermer l'entrée afin qu'ils descendissent
vivants dans lesêôl. Alors, les eunuques
Athenodorus4 et Domnus5, qui étaient
chrétiens en secret, écrivirent l'his-
toire 6 des confesseurs et la placèrent
au milieu de la maçonnerie.

Et après 188 ans7, en la 38» année de
l'empereur Theodosius, il y eut une dis-
cussion au sujet de la résurrection des
morts; pluieurs admettaient ce qu'O-
rigène écrivit sur la destruction du
corps, à savoir que le corps ne serait

tasier ; comme il n'y consentit point, il
lui fit enfoncer des roseaux sous les on-
gles des mains et des pieds, un autre dans
le membre génital, et ils lui faisaient
entrer et sortir dans l'anus8 un bâton
noueux. Le bienheureux termina sa vie
dans de tels supplices par un glorieux
martyre. La paix, en effet, nous rend
lâches et négligents : la lutte, au con-
traire, aiguise l'esprit et nous fait mé-
priser la gloire du siècle.

Or, [174] au mois de haziran (juin),
un premier synode s'assembla à Ephèse,
sur l'ordre de l'empereur Theodosius 9.
Les chefs 10 en étaient : Celestinus de
Rome, par ses envoyés ; Cyrillus d'A-
lexandrie, Memnon d'Éphèse, Juvénal de
Jérusalem, Acacius de Mélitène, Theo-
dotus d'Ancyre ; et à la place de Celes-
tinus étaient venus de Rome les évoques
Arcadius et Pro[je]ctusu, et le prêtre
Philippus. Quant au reste des Pères
qui se réunirent là, nous n'avons trouvé
leurs noms dans aucun manuscrit.

Nestorius vint le premier à Ephèse;
Cyrillus et Juvénal vinrentaprès Pâques ;
Jean d'Antioche tarda; c'est pourquoi
Cyrillus agita la question concernant
Nestorius. Celui-ci blasphémait contre le
Christ, disant : « Moi, je ne confesse
pas comme Dieu celui qui a été âgé d'un
mois ou de deux mois. Et je ne compa-
raîtrai pas devant vous. » Ayant été
convoqué quatre fois, il ne vint pas,
mais il méprisa ignominieusement les

1. En signe de dégradation. — 2. Restituer : (Land). — 3. Lire : o(*. — 4. Ms. : Att-

doros. — 5. Land : Rabanos. — 6. Litt. : « la cause, l'affaire ». — 7. L. : « environ 120 ans »>.

8. Lire : ovatasaa, ôià tyj<; êSpaç. — 9. Cf. Socr., VII, xxxiv. — 10. |lî-*«j, primores, principales. —*
11. Ms. : Prôqtios.

LIVRE VIII. CHAP. IV

19

pas réel1 à la résurrection, parce qu'il
est composé d'éléments, mais seulement
une apparence, comme fut la vision de
Notre-Seigneur sur la montagne et de
la même manière que Moïse et Elie ap-
parurent aux trois disciples. D'autres
affirmaient la réalité de la résurrection
des morts, d'après le prophète Ézéchiel,
d'après la résurrection du Christ dont
les Apôtres palpèrent la chair, d'après
l'Apôtre qui écrivit aux Corinthiens sur
la semence*, et d'après les écrits de Me-
thodius d'Olympe, d'Eustathius d'An-
tioche et d'Epiphanius de Cypre. L'em-
pereur était perplexe au milieu des
paroles contradictoires. Dieu voulut
dissiper le doute et manifester la vérité.
Il inspira à Aladios3, propriétaire de
l'endroit, de bâtir une bergerie pour
ses troupeaux. En enlevant des pierres,
la caverne se trouva ouverte tout au
soir, et Dieu insuffla la vie aux dormants4
qui se levèrent comme d'un sommeil.
Ils dirent au jeune Dionysius : « C'est
le moment de la nourriture; lève-toi,
fais diligence et informe-toi de ce qu'on
aprescrità notre égard. » Il sortit, ayant
à la main une pièce de monnaie an-
cienne. En voyant les pierres de la
bâtisse, il fut dans la stupéfaction ; il mar-
chait en cachette pour n'être pas re-
connu ; il parvint à la porte de la ville;
il vit la croix qui y était fixée et fut dans
l'étonnement; la ville parut changée à
ses yeux; il passa par une autre porte
et il y vit aussi la croix. Il croyait voir

évêques. Ses blasphèmes étaient connus
de tout le monde, tant par les paroles
de sa bouche que par ses traités impurs.
Ils prononcèrent justement sa déposi-
tion.

De leur côté, Nestorius et ses parti-
sans prononcèrent la déposition de saint
Cyrillus et de Memnon d'Ephèse.

Jean d'Antioche ne voulant point sous-
crire à la déposition de Nestorius, re-
tarda son arrivée. Il vint deux jours après
[175] avec ceux qui l'accompagnaient.
S'étant irrité contre Cyrillus, on re-
connut qu'il était lui-même partisan de
Nestorius, et ils le déposèrent aussi.
Jean avait avec lui 26 évêques et l'adhé-
sion de tous les Orientaux, excepté de
Rabboula d'Edesse et d'Acacius d'A-
lep. Nestorius en voyant ce qui était
arrivé dit, comme à regret et de force :
« Que Marie soit appelée Mère de Dieu ! »
— Mais son repentir simulé ne fut pas
accepté, car, par ordre de l'empereur
victorieux, il fut chassé en exil à Oasis6.

Jean, et ceux qui l'accompagnaient
tinrent vainement un synode, et Theodo-
retus de Cyr, qui partageait manifes-
tement la croyance de Nestorius, fit une
réponse aux douze chapitres de saint
Cyrillus; mais le docte Cyrillus fit une
réponse aux paroles de Theodoretus et
le couvrit de confusion.

Jean et ses compagnons ayant de nou-
veau été convoqués par trois fois sans
qu'ils vinssent, on prononça contre eux
la déposition, jusqu'à ce qu'ils fissent

î. Litt. ; « reconnaissable ».
les autres recensions. — 4. L
5. Socr., VIT, xxxiv.

— 2. I Co?\, xv, 36 sqq. — 3. Sic ms. et Land ; usais»!, Adolius dans
: «. Lire î d'après toutes les recensions.

20

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

toutes ces choses en songe;'il se palpait
et était plongé dans la stupeur. Quand
il entra sur la place et entendit jurer
par le nom du Christ, il demanda quel
était le nom de la ville. On lui répon-
dit : « Ephèse. » S'empressant de sortir
pour venir faire connaître (la chose) à
ses compagnons, il s'approcha pour
acheter du pain. Quand ils virent sa
monnaie ancienne, ils se dirent les uns
aux autres à mi-voix : « Ce jeune homme
[175] a trouvé un trésor. » Et lui pensait
qu'ils l'avaient reconnu et allaient le
conduire à Decius. Saisi de crainte, il
dit : « Que la pièce soit à vous, et je ne
demande pas de pain. » Alors ceux-ci
mirent la main sur lui, s'emparèrent de
lui, et lui dirent : « Montre le trésor

pénitence et reconnussent leur faute.

On avait aussi défini dans ce premier
synode d'Ephèse qu'il n'est permis à
personne d'établir une autre définition
de la foi, en dehors de celle qui fut éta-
blie dans le synode de Nicée par les
318 Pères ; et que celui qui oserait éta-
blir une autre définition serait rejeté et
destitué de son ordre, soit qu'il fût
évêque, soit qu'il fût prêtre.

Quand le synode fut dissous, Jean
d'Antioche s'en alla avec les Orientaux
qui l'accompagnaient, ayant été desti-
tués8 par [176] le synode.

L'empereur ordonna que (des évo-
ques) des deux partis montassent à la
capitale et qu'on fît un examen diligent.

que tu as trouvé ; nous y participerons

avec toi, et nous te cacherons. » Plongé dans la stupeur, il (se) dit : « Ce que je ne
redoutais point1 s'est encore ajouté pour ma terreur. »

Tandis qu'on l'entraînait la foule se rassembla pour le voir. Ils disaient : « C'est
uu étranger. » Lui regardait de tous côtés pourvoir quelqu'un de sa connaissance, et il
n'y avait personne. La chose parvint jusqu'au proconsul de la ville et jusqu'à l'évêque
de la ville qui se trouvait près de lui. Il ordonna de l'amener. Le jeune homme pen-
sait qu'on le conduisait près de Decius. Quand on l'introduisit dans l'église, il fut
saisi d'étonnement et devint comme muet. L'évêque et le proconsul lui dirent : « Où
est le trésor dont tu as pris cette pièce ? » Il répondit ; « Je n'ai pas trouvé de trésor. »
Ils l'interrogèrent de nouveau : « D'où es-tu, et de qui es-tu fils ? » Jl répondit : « Je
suis d'Ephèse », et il dit les noms de ses parents, que personne ne connaissait. Ils lui
dirent : « Tu es un menteur. » D'autres disaient : « Il est fou », et d'autres : « Il si-
mule la folie afin d'échapper. » Le proconsul lui dit: « Comment te considérerions-
nous comme fou? ou comment te croirions-nous? car voici la marque de la pièce qui
dépasse deux cents ans, antérieure à l'empereur Decius ; c'est pourquoi je vais te
faire jeter dans les liens. » Alors il se prosterna sur le visage et leur dit : « Je vous
en prie, dites-moi où est l'empereur Decius? » L'évêque dit : « Il est mort depuis

.  1. Lire : wi»» «*©i.

2. Ou : sans avoir pris part au synode (?); ^o>^>, littér. : vacui; peut-être à corriger : <çô»»ao'
« s'étant séparés ;> du synode (?).

LIVRE VIII. CHAP. V

21

longtemps. » Alors il continua et dit : « Je suis donc pris de vertige ; et ma parole
n'est pas croyable. Venez avec moi, et je vous montrerai mes compagnons dans la ca-
verne où nous nous sommes enfuis de devant Decius. » L'évêque comprit qu'il s'agis-
sait d'une révélation. Ils allèrent avec lui à la montagne. En entrant, ils trouvèrent la
cassette, l'ouvrirent et lurent que : « de devant Decius s'étaient enfuis les confesseurs
Aikîlos1, Dionysius", Stephanus, Probatius1, Sebastius*, Cyriacus5. » En lisant ils
furent saisis d'admiration, et, quand ils entrèrent, ils trouvèrent les confesseurs tout
resplendissants, et ils apprirent d'eux tout ce qui était arrivé. A l'instant ils le man-
dèrent à l'empereur qui vint en toute hâte. Les confesseurs se précipitèrent à sa ren-
contre, et l'empereur tomba à leurs genoux. Il pleurait en disant : « En vous voyant,
il me semble voir le Christ roi appelant Lazare qui sortit du tombeau ; et déjà j'entends
et je vois dans mon esprit son avènement glorieux, lorsque les morts sortiront du
tombeau à sa rencontre, en un clin d'œil. » Akîlios* dit à l'empereur : « Sache, ô
empereur ! que le Seigneur nous a réveillés avant le temps de 4a résurrection à cause
de toi. Pour nous, à l'instar de l'enfant qui vit dans le sein de sa mère, insensible à
l'honneur ou au mépris, ainsi étions-nous silencieux. Donc, demeure en paix dans
l'intégrité de ta foi. » Quand il eut dit ces choses, ils furent pris de sommeil, s'en-
dormirent et rendirent l'esprit, tandis que l'empereur et les nobles les contemplaient.
L'empereur resta debout [176] en pleurant. 11 étendit sur eux son manteau impérial
et ordonna de leur faire sept châsses d'or. Mais, la nuit même, ils lui apparurent en
songe et lui dirent : « Nos corps sont ressuscites de la poussière et non de l'or; laisse-
nous donc en place sur la poussière, dans la caverne. » Alors l'empereur donna des
ordres : on fabriqua des pavements7 d'or au-dessous d'eux, et ils furent laissés là. Un
temple fut bâti au-dessus d'eux. Que leur mémoire soit en bénédiction, et que leur
prière nous soit en aide. Amen !

CHAPITRE V DU LIVRE VIII- — De l'époque du premier synode d'Éphèse.

A cette époque, le roi de Perse s'empara de marchands chrétiens et prit leurs
marchandises. Le roi des Perses trompa quelques ouvriers fondeurs d'or8 qu'il
avait loués, et il ne leur donna pas leur salaire. A propos de cela, les
Romains descendirent en Arménie, et ils dévastèrent et pillèrent les régions
des Perses. Pour ce motif, les Perses montèrent furieusement contre les RoT
mains. [Ils engagèrent] le combat et les Perses furent vaincus. Ardaburius, gé-

1. Land, u»o»^3l. — 2. Land ajoute ici usuaJ^I, Eugenios. — 3. Lire : '^.^ootS. — 4. Land :
«Att^aco, Sabatius. — 5. Les noms varient dans les différentes recensions. — 6. Sic ms. — 7. U>o3oo
= xtfSo; ; le contexte paraît demander le sens que nous indiquons.

8. Gr. : xpwp^xrat (Socr., VII, xvin).

22

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

néral des Romains, et Areobindus1 et Vitianus* tuèrent sept généraux persans;
et dans le fleuve de l'Euphrate se noyèrent surtout les Arabes qui étaient
venus au secours des Perses3.

Après cela la paix fut rétablie entre les deux empires, et la persécution contre
les chrétiens se calma dans le territoire des Perses4.

Après cela, les Barbares sortirent de nouveau et firent de nombreux captifs
dans le pays de Thrace et d'Illyrie.

Une comète apparut. Il y eut de grandes sauterelles, et des perturbations5 en
tous lieux. Beaucoup disaient que la fin du monde6 approchait, à cause des
signes qui se multipliaient.

A cette époque florissaient comme
écrivains ecclésiastiques Eusebius, un
autre Eusebius, et Philippus, le diacre,
de Constantinople.

Il y eut un grand tremblement de terre
le 7 de nisan (avril) et le 6 de tamouz
(juillet) : la poussière tomba du ciel7.

A cette époque commença l'hérésie de
ceux qui disentque le péché estirnplanté
dans la nature8.

Le feu tomba h Constantinople et con-
suma le demosion avec beaucoup de mai-
sons 9.

A cette époque, Eutychès, prêtre et
archimandrite del'un des monastères de
Constantinople, était très connue cause
de ses œuvres.

Nestor[ius] fut déposé parce qu'il af-
firmait deux natures dans le Christ après
l'union et la préexistence de l'enfant qui
fut formé dans le sein de la Vierge, appe-
lant celui-ci Jésus; il pensait, comme
Paul, Diodorus et Theodorus, que le
Christ était venu plus tard habiter en lui ;

Quand des évêques des deux partis
furent montés à la capitale sur Tordre
del'empereur Theodosius, lorsqu'on dis-
cuta, lesOrientaux furent vaincus ; ceux
qui étaient avec Cyrillus remportèrent
la victoire, et le synode fut confirmé.
Alors, surtout par ordre de l'empereur
et sous des menaces violentes, à peine
consentirent-ils à confesser comme le
synode et à faire l'union avec Cyrillus.
Ils se restituèrent mutuellement leurs
sièges, et firent une paix qui n'en était
pas une, car, dans leur cœur, ils
croyaient comme Nestor[ius],

Theodoretusde Cyr, Andreasde Samo-
sate, et Alexandros de Mabboug étaient
les champions de la doctrine de Nesto-
rius et les adversaires de saint Cyrillus.
Irenseus10 de Tyr,Jean d'Égées en Cilicie,
Eutherius de Tyane et d'autres parmi
les Orientaux étaient les partisans de
leurs blasphèmes.

Quand Nestorius partit, l'Eglise or-
donna le vertueux Maximianus

1. 'ApsoêtvSo;; ms. : Adârôbanidis. — 2. Btxtavôç; ms. : Dqtianos ; rest. ; ^oj^oo. — 3. Socr.,
VII, xvm; Jac. Edess. ad ann. 78. — 4. Socr., VII, xx, s. f. — 5. Des tremblements de terre (?).—
6. xrjç otxou[iÉvY]ç. Cf. Hist. du Bas-Empire, XXX, lvii (t. V, p. 506).

7. Cf. Chron. pasc., P. Gr., XCII, 789(?). — 8. Les Pélagiens. — 9. Chr. pasc, P. Gr., XCII,
799; Socr. VII, xxxix> — 10. Ms. : Arînôs. — 11. Socr., VII,xxxv.

LIVRE VIII. CHAP. V

23

il n'appelaitpas la Vierge Marie « mère de
Dieu », comme les docteurs véridiquesl.

Mais Eutychès, en voulant établir
qu'il n'y a qu'une nature dans le Christ,
nia la réalité du corps que Dieu le Verbe
a pris de la Vierge. Il enseignait qu'il
était comme l'air qui se solidifie par le
vent et devient pluie et neige, comme
l'eau qui, par l'air froid, devient glace.
[177] Mais il établissait un dogme
inexact, car il n'était pas instruit. Quand
sa honteuse doctrine se fut répandue,
elle fut poursuivie par Eusebius de
Dorylée, qui était alors à Constantinople,
et qui la signala à Flavianus*, évêque
de l'endroit. Eutychès fut invité par les
évêques à rendre raison de ce qu'il pen-
sait, mais il ne vint pas, prétextant
tantôt qu'il était dans une réclusion per-
pétuelle, tantôt qu'il était malade, af-
faibli et âgé. Ayant été contraint de ve-
nir près d'eux, il ne renonça pas à son
opinion; mais il avait coutume de dire :
« De même que vous, vous enseignez3
qu'il y a deux natures dans le Christ ;
de même moi je dis (qu il n'y en a
qu'une). » Et après avoir dit beaucoup
de choses, comme il est écrit dans les
Actes* de cet endroit5, ils prononcèrent
sa déposition. D'après les accusations
(portées contre lui6), d'après les inter-
pellations 7, et surtoutd'après les paroles
échangées entre lui et Eusebius, les
« deux » (natures) étaient clairement en-
seignées8, à peu près comme dans la

A Rome, après Celestinus, vint Xystus
pendant 8 ans, et après lui ce Léon
fameux parmi les hérétiques, pendant
21 ans. — A Edesse, le 25e (évêque) fut
l'hérétique Ibas 9.

Le vertueux Silvanus, qu'Atticus avait
ordonné pour l'église[177] de Philippo-
polis, l'abandonna au bout de trois ans,
à cause du froid, parce qu'il était d'une
faible constitution, et il se fixa à Cons-
tantinople. L'humilité de cet évêque
était si grande qu'il circulait en sandales
par la ville. Quand l'évêque de Troie
mourut, Atticus lui dit : « Maintenant
tu n'as plus de motif de fuir la charge
d'une église. A Troie, il ne fait pas
froid. » Quand il y alla, des hommes se
disposaient à mettre une barque à la mer
et ils ne le pouvaient, parce qu'elle était
retenue par l'opération du démon ; il
pria, puis, avec quelques clercs peu
nombreux, il la prit et elle entra promp-
tement dans la mer. Chacun loua Dieu10.

Quand on demandait Proclus pour
Constantinople, quelques envieux s'é-
criaient qu'il avait déjà été ordonné
pour une autre ville. Alors l'empereur
Theodosius fit connaître la chose à
Cyrillus, à Celestinus de Rome et à
Jean d'Antioche. Ils répondirent que
l'Eglise ne se préoccupe pas si un
évêque passe d'une ville à une autre
quand il y est appelé par l'élection. Ils
firent donc passer Proclus à Constanti-
nople, où il parut comme un grand doc-

1. Land, III, 99 (II, n). — 2. Ms. : Paulinos\ rest. : — 3. Lire : ,j£kx>. — 4. «£7tpaY[Jtiva.

— 5. Cf. Manst, VI, 495. — 6. ©£soaà^ (Land). — 7. 8iaXaXY]<7iç (?) ; corr. : u»o>JS£» (Land)
= BtaXaXîaç (?). — 8. Par les évêques du synode. ,£k>o aussi chez Land.

9. Chron. edess., n» lix (ann. 746) ; Jac. Edess., ad ann. 78. — 10. Socb., VII, xxxvii.

24 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

teur *. C'est lui qui fit ramener le corps
du grand Jean dans la ville impériale,
et fit l'union parmi le peuple

A propos de ce que les évêques pas-
sèrent et passent d'une ville à une autre
quand la nécessité l'exige, le canon
xvin prescrivait8 : « Si un évêque ayant
reçu l'imposition des mains pour une
église quelconque ne va pas à l'église
pour laquelle il a été ordonné, non par
sa faute, mais par le refus du peuple,
sans qu'il y ait donné lieu de son côté,
il doit avoir l'honneur du ministère seu-
lement, pourvu qu'il ne cause aucun
désagrément à l'église dans laquelle il
officie. Qu'il attende l'examen du sy-
node de la province, qui décidera comme il lui paraîtra bon. » — Pour cela,
lorsque ce fut nécessaire, plusieurs évêques passèrent d'une ville à une autre.
[Pe]riginès9 de Patras10 n'ayant pas été accepté par les gens du diocèse11, passa à
Corinthè, qui était veuve, sur l'ordre de l'évêque de Rome ; Grégoire le Théologie ,
évêque de Sasimes, passa à Nazianze, puis à Constantinople, et retourna ensuite à
Nazianze ; Meletius de Sébaste fut transféré à Antioche; Dositheus de [Séjleucie "
fut transféré à Tarse ; Palladius 13 d'Helenopolis1* fut transféré à Aspuna15 ; Alexan-
dros, aussi d'Helenopolis, fut transféré à Adriana18; Theosebius17 d'Apamée fut
transféré à Eudoxiopolis ; Polycarpus d'Axita18 fut transféré à Nicopolis de Thrace ;
Hierophilus 18 fut transféré de Trapezopolis de Phrygie à P[l]otinopolis de Thrace ;
Optimus fut transféré de Agdamia" de Phrygie à Antioche de Pisidie ; Silvanus de
Philippopolis fut transféré à Troie11; Anthimus de Tr[ébizonde]" à Constantinople;
Barsê de Harran à Edesse"; Proclus de Cyzique à Constantinople. Nombreux sont
ceux qui passèrent ainsi légitimement d'un siège à un autre**. Mais de même que
ceux qui passèrent légitimement, du consentement des évêques et du peuple, par

1. StaXaXs'a. — 2. Texte : Patr. lut., LIV, 713; Mansi, V, 1014. — 3. Pair, lat., LIV, 743; Mansï,
V, 1251. — 4. Patr. lat., LIV, 755; Mansî, V, 1265. — 5. Land, III, p. 101.

6. Socr., VII, xl. — 7. lbid., xlv. — 8. d'Antioche; mais le can. xxt interdisait positivement les
translations d'évêques. — 9. Rest. : -«eui^Jâ, nsptylvYiç. —10. Ms. : Pâtlârâ. — 11. Sic, ms. Rest. :

« de la ville », d'après Socrate. — 12. Rest. : ^o^*». — 13. Ms. : Philemos. Rest. ;
— 14. Lire; u»^û9ûi^,|._ 15.Ms. : Aspania. —16. Ms.: Ariana.— \T. Gr. : ©5691x0;. —18. Gr. :

àiza Se$avTckp«jT(DV. —19. Rest. ; *eà*SoU. —. 20. Ms. : Agdomnis. — 21. Ms. : Troada___22. Lire :

^o£îi (BH). — 23. Cf. t. I, p. 277. — 24. Cf. Socr., VII, xxxvi.

doctrine de Nestorius. L'interpellation1
de Flavianus dénote la même chose.
Et quand Eutychès eut été déposé par
les partisans de Flavianus, il envoya un
libelle à Rome à Léon, demandant que
ce qu'il avait enseigné fût examiné dans
un autre synode'. Lorsque les partisans
de Flavianus l'apprirent, ils écrivirent,
eux aussi, à Léon3. Léon répondit à Fla-
vianus par cette lettre appelé le Tome*
dans laquelle il y a beaucoup de cha-
pitres répréhensibles ; aussi fut-il blâmé
par Dioscorus et par le grand Timo-
theus qui succéda à Dioscorus6.

LIVRE VIIL CHAP. VI

25

force et par nécessité, ne sont pas blâmables, de même, ceux qui sans être élus
s'empressèrent de ravir un diocèse pour leur agrément, sont blâmables et privés de
la grâce; et ceux qui osent (le faire) sont dévoilés *.

CHAPITRE VI DU LIVRE VIII. — [178] De l'époque du second synode qui
eut lieu à Ephèse du temps de Theodosius.

L'empereur Theodosius, en apprenant les choses relatives à Flavianus et à
Eutychès, ordonna que le concile qui s'était tenu à Ephèse se rassemblât de
nouveau, en l'an 760 des Grecs, qui est l'an 39 de Theodosius, 18 ans après le
premier synode d'Ephèse —Cent vingt-huit évêques* se rassemblèrentavec saint
Bar-Çauma qui tenait la place des supérieurs des couvents et des monastères
de tout l'Orient. Les principaux4 étaient : Dioscorus d'Alexandrie, Juvenal5 de
Jérusalem, Domnus6 d'Antioche. — Ils prononcèrent la déposition de Flavianus7
de Constantinople, d'Eusébius de Dorylée et aussi de Domnus8 d'Antioche,
parce qu'ils furent reconnus comme professant la même chose que Nestor[ius].
— Ils déposèrent pareillement Theodoretus et Ibas; et ils acceptèrent Entychès
parce qu'il fit croire qu'il recevait la définition des 3189. — Fin.

[178] A cette époque10 parut en Crète
un séducteur qui trompa les Juifs, (en
leur faisant croire) qu'il était Moïse,
venu pour les délivrer et leur faire pas-
ser la mer Rouge Il conduisit beaucoup
d'hommes et de femmes au bord de la
mer, et leur dit de s'y jeter la tête en
bas : « Ainsi, disait-il, la mer vous rece-
vra et se divisera pour vous. » Ils se
précipitèrent d'un rocher. Les uns fu-

[1781 Quand saint Cyrillus mourut,
saint Dioscorus devint évêque d'Alexan-
drie, pendant 8 ans

A Constantinople, après saint Proclus,
vint l'hérétique Flavianus, à propos du-
quel le second synode se réunit à Ephèse.

Copie de la lettre de l'empereur*3: « Les
empereurs, Césars, Theodosius et Va-
lenti[nia]nus, victorieux, illustrés par
de grands triomphes1*, vénérables, Au-

1. Sic, ms. : mais il faut peut-être corriger ^s^»so et traduire : « ceux qui osaient dire cela
mentaient » ou poi ôoxoûtnv àX-rçôeOuai, o\ tote toùtcc Xsysiv Im^EipTJcravTeç (Socr.).

2. Les documents relatifs au Latrocinium Ephesinum qui existent en syriaque ont été publiés
par S. G. F. Pekry, sous ce titre : usooea^Va k*ir>LV* ^LtLt u»oW»ûo seu Secundam synodum ephe-
sinam. Oxonii, 1880. Cf. P. Martin, Le pseudo-synode connu sous le nom de Brigandage d'Ephèse,
d'après ses Actes retrouvés en syriaque. Paris, 1875. — 3. Nombre exact; cf. Manst, VI, 503.
Land : 188 év. — 4. U-*-o, notables, chefs. — 5. Ms. : Youbînîlos. — 6. Dômânos. — 7. Flabianos,
— 8. Domnos, — 9. de Nicée.

10. Socr., VII, xxxvnr. — 11. Sic ms. ; corriger : « la mer de Cypre ».

12. Cf. Jac. Edess., ad ann. 114; Land., III, 102. — 13. Mansî, VI, 588. — 14. Mauvaise traduc-
tion de TpoitatoO^oi, néyiatoi; corriger : J-ajo*; cf. p. 179, 1. 25 du texte.

II. 4

26

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

rent brisés, les autres noyés, quelques-
uns surnagèrent. Des chrétiens qui les
virent, coururent dans des barques et en
retirèrent quelques-uns vivants. Quand
cela fut connu des autres Juifs, ils cou-
rurent de tous côtés pour capturer le faux
Moïse, mais ils nele trouvèrentpoint. On
pensa que c'était le diable qui les avait
trompés, et pour ce motif beaucoup
d'entre eux se firent chrétiens.

A cette époque, Gensericus 'se révolta
dans le pays de Carthage2 et d'Afrique;
et il y eut de grandes sauterelles3.

L'empereur Theodosius donna des
lettres à propos du second concile d'E-
phèse. — Relativement à Stephanus,
homme arrogant, il prescrivit ceci :
« Pour Stephanus4, le principe du mal,
ne s'abstenant d'aucune action à moins
qu'elle ne soit juste... » —Pour le com-
monitorium d'Elpidius, l'empereur écri-
vit0: « A Elpidius, illustre comte du sacré
consistoire • » et un peu plus loin : « Nous
prescrivons qu'un second synode se
tienne à Ephèse; car nous avons souci
de couper complètement la racine du
mal, de manière que, ayant chassé de
toute part [179] les troubles dogma-
tiques, nous conservions parla prière la
rectitude de nos pensées, et que cela
tourne à la prospérité du gouvernement
et au bien des hommes. Nous t'avons
choisi ainsi qu'Eulogius, le tribun et no-
taire du prétoire, pour le ministère de

gustes : à Dioscore, pape, archevêque
d'Alexandrie. —Chacun sait que la régu-
larité de notre gouvernement7 et toutes
choses humaines sont affermies et main-
tenues par l'excellente piété envers Dieu ;
attendu que quand le secours divin nous
accompagne, les affaires ont coutume
de marcher   facilement   comme nous
voulons. Ayant donc obtenu de régner,
par la providence divine, nous devons
nécessairement prendre  soin, autant
qu'il convient, de la piété et de la pros-
périté8 de ceux qui sont sous notre au-
torité; de manière qu'aussi notre piété
sincère et notre gouvernement brillent,
étant appuyés sur le culte de Dieu et la
foi. Or, comme dans le temps présent
il s'est élevé quelque doute funeste au
sujet de la conservation de la doctrine
catholique et apostolique de notre foi
orthodoxe, qui, comme d'ordinaire, at-
tire et excite des opinions diverses9, et
de plus, trouble les sentiments et les
âmes des hommes ; il nous a paru indé-
cent de négliger cette affaire honteuse,
de peur qu'en agissant ainsi on ne croie
[179] que c'est par mépris pour Dieu.
C'est pourquoi nous ordonnons qu'en ce
lieu se réunissent les hommes vénérables
qui possèdent un grand zèle pour la reli-
gion et la foi orthodoxe, et, quand la
chose aura été discutée soigneusement,
toute tentative schismatique cessera et
la foi véritable, chère à Dieu, sera confir-

1. Ms. : Gezîrtnkos. — 2. Ms. : Qartagena. — 3. Lire : U-~i. — 4. Sic ms. Mais il y a évidem-
ment une erreur. Il faut sans doute restituer... ow U^ao U. Cf. p. 180, 1. 2 du texte. — 5. Mansi,
VI, 595. — 6. tu •rcspiëXÉTCTO) x6[xy)ti toO Ost'ou cruveôpcou.

7. 7toXixsia. -— 8. Gr. : eùtreêîaç re xal sù^payi'a?. — 9. Le grec, mal traduit, dit : r\ tiç, w; sîxbç,
Siayopoi; Ivvotat; àvÔéXxouaa, SiaxapâtTEt te xa\ duy^eï x. t. X.

LIVRE VIII. CHAP. VI

27

la foi, comme des gens parfaits en toutes
choses et qui pratiquent pieusement
celles de la religion. Vous devrez gar-
der et accomplir fermement nos instruc-
tionset nos préceptes. Vous ne laisserez
aucun des deux partis exciter du trou-
ble. Que tout ce qui regarde cette affaire
se passe dans l'ordre, etc. »

Libelle a"Eutychès adressé au synode1.
— « Au saint et pieux synode assemblé
à Ephèse : de la part d'Eutychès, archi-
mandrite. — Je loue le Dieu très-saint en
ce moment où, grâce à vous, la religion
reçoit de nouveau une grande liberté.
Je fais connaître au synode ce qui a été
fait à mon égard, c'est-à-dire contre la
foi orthodoxe. Mon désir était depuis
ma grande jeunesse de vivre dans la so-
litude, renfermé en moi-même, jusqu'à
ma vieillesse, et de me tenir en dehors de
toute agitation. Je n'ai pas mérité de
jouir d'un tel dessein ; mais, par la malice
des autres, je suis tombé dans un grand
péril. Maintenant', et dès le début, j'en
ai appelé au jugement de Votre Béati-
tude. J'atteste devant le Christ Jésus,
qui a rendu devant Ponce-Pilate un té-
moignage [180] glorieux, que je crois,
que je pense, que je raisonne conformé-
ment à la foi que nous ont enseignée
les saints Pères qui se réunirent à Ni-
cée et qu'ont confirmée les saints Pères
dans le premier concile d'Ephèse. Si
quelqu'un pense autrement que cette
foi, je l'anathématise; conformément à
leur   décision3,  j'anathématise4 aussi

mée. Donc, conduisant avec elle dix des
évêques métropolitains placés sous ta
juridiction, et dix autres pris parmi ceux
qui brillent par la conduite, la parole
et l'orthodoxie de la foi, que Ta Sain-
teté arrive à Ephèse, métropole d'Asie,
le 1er du mois de 'ab (août) ; que per-
sonne, en dehors de ce qui a été dit plus
haut, ne moleste le synode5. Et que per-
sonne ne prenne sur soi de mépriser le
synode tellement nécessaire et cher à
Dieu, et de ne pas venir au lieu indiqué.
Car si quelqu'un évite l'assemblée : né-
cessairement son âme doit être affligée
d'une conscience qui n'est pas bonne.
Nous ordonnons que Theodoretus de Cyr,
à qui nous avons déjà prescrit de rester
dans son église, ne vienne pas au synode,
à moins que cela ne plaise à tout le sy-
node et qu'il ne le convoque. Si quelque
division surgit à son sujet, nous sanc-
tionnons que le synode se tiendra sans
lui. »

Julianus, représentant de Léon, dit :
« Les empereurs ont envoyé un sembla-
ble édit au pape de Rome. » —Jean, prê-
tre et chef des notaires8, dit : « Je suis
porteur d'un autre édit (adressé) à Dios-
corus. »

Juvenal7 de Jérusalem dit : « Qu'on le
lise et qu'il soit aussi placé dans les
Actes ».

« Les empereurs, Césars, Theodosius
et Valenti[nia]nus, illustrés par les vic-
toires, grands, vénérables, Augustes : à
Dioscorus8. — Il est parvenu à l'enten-

1. Mansi, VI, 629. — 2. Maksi, VI, 644. — 3. Lire : ^ow^,. —4. Mansi, VI, 633.
5. Gr. : [xtiSsvbç l-rlpou ôyiacxSy) rcapà touç upoeipYiiiévouç ttj ày. <ruv68a> •rcapsvo^AifaovToç. ^— 6* 7ipwToç
votapc'wv, primecerius notariorum. — 7. Yobinilos. — 8. Mansi^ VI, 593.

28

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Mânî et Valentinus, et encore Apollina- dément de Notre Sérénité2, que beau-
rius, et de même Nestorius, avec tous coup d'archimandrites orientaux ainsi
les hérétiques jusqu'à Simon le Magi- que les peuples ont des difficultés avec
cien, etc. \ » -r- Fin. les évêques infestés de nestorianisme,

et combattent pour la foi orthodoxe. C'est
pourquoi, s'il plaît à Votre Sainteté3,
l'ami de Dieu, le prêtre et archimandrite Bar-Çauma, qui brille par la pureté de sa
conduite et sa foi orthodoxe, viendra à la ville d'Ephèse, comme représentant des
archimandrites de tout l'Orient. Que Ta Piété veuille donc, en considérant toute
(notre) sollicitude pour la foi orthodoxe, recevoir cordialement * le dit pieux archi-
mandrite et le faire participer à votre synode ».

Juvénal dit : « On m'a aussi écrit de la part de notre empereur victorieux au sujet de
l'archimandrite Bar-Çauma. Il convient donc qu'il soit admis dans le synode. »

Et saint Bar-Çauma monta au second synode d'Éphèse ; car il florissait à cette
époque, illustre par ses œuvres et sa doctrine orthodoxe, par l'opération de miracles
et de prodiges, comme les saints Apôtres.

A cette époque florissait dans l'ascétisme Jacques le Juste, le maître de Siméon
le Stylite.

Le comte Elpidius [180] donna des instructions au synode en ces termes s: « Jamais
Satan, prince des Mauvais,ne ralentit les attaques contre les saintes églises ; ni jamais
le pieux empereur ne cesse de lutter justement avec celui qui attaque, pensant correc-
tement que Dieu combattra pour son empire,, s'il s'arme lui-même pour les combats
en faveur de la religion. Il n'a point à se reprocher de penser ainsi. Dès le commen-
cement8, en effet, plusieurs choses ont été réglées par Lui, plus que par les armes.
C'est pourquoi il condamne avec vous l'arrogance de Nestor[ius] qui, institué pour
le ministère de Dieu, est devenu le père et le docteur d'enseignements impies.
Les choses que l'empereur nous a prescrites et qu'il vous a écrites : à l'instant
même je vais vous les faire connaître et j'ajoute ceci, en tant que je suis un de ceux
que la religion orthodoxe retient à bon droit sous votre autorité: Aujourd'hui le
Seigneur de l'Univers, Dieu le Verbe, Sauveur, se livre à votre jugement, et doit être
honoré par l'autorité de votre jugement. En voyant que vous jugez selon la justice
ce qui le concerne, il vous honorera ici-bas et vous confessera encore devant le
Père. »

Jusqu'ici, c'est-à-dire jusqu'à cette époque, écrivaient Socrate et Thjéodoretj et ici
finissent les livres de leurs Chroniques.

A partir d'ici commencent les Chroniques de Jean d'Asie et de Zacharie le Rhéteur.

1. Grec aj. : xoù toù; XÉyovtaî ?r\v sâpxa toO Kvpîov, xai toO @so0 ^[acov, i. X. è£ oùpavoy xatêXr,Xu6svai.

2. s£k**M est à corriger en : Ntû»*o» — yaXï]v6tr)T0,;. — 3. tr) l^e-rlpa 6ei6ty]ti. — 4. ey[i.evwî. — 5.
Mansî, VI, 619. — 6. avwOsv. Corr. : Ua*. ^ « du- ciel » (?).

LIVRE VIII. CHAP. VII

29

[Extrait] de la pétition d Eutychès à Vempereur pétition qui l'excita surtout à
réunir le second synode: « En tout, après Dieu, votre piété a été pour moi la mani-
festation du salut et de la vérité, car elle n'a négligé en rien de faire examiner ce
qui concerne la foi, et la poursuite (dirigée) contre moi. »

Quand le synode fut assemblé, Eutychès ayant écrit qu'il approuvait Cyrillus et
le premier synode d'Ephèse, fut reçu jusqu'à ce qu'ensuite il fût dévoilé.

Comme ce second synode ne fit pas une nouvelle définition, mais accepta en toute
chose le synode précédent, on ne lut point le Tome de Léon, qu'avaient apporté ses
légats, afin de n'avoir pas à prononcer Tanathème contre son auteur et de ne pas
exciter du trouble dans les églises. C'est pourquoi Léon garda rancune à Dioscorus
pour n'avoir pas fait lire son Tome. — Ce [chapitre] est aussi fini.

CHAPITRE VII DU LIVRE VIII. — Des choses qui furent accomplies dans le

second synode d'Ephèse.

Copie de la lettre du synode2 à tempe-
reur3. — « Si quelqu'un appelle Votre
Majesté pure et aimant le Christ, la
source de la piété et de la solide con-
fession de la foi, il n'outrepasse pas la
vérité; ainsi même il est vaincu, car il
n'a point de paroles assez convenables
pour pouvoir louer la grandeur de la
piété qui se trouve en vous, ô glorieux
et victorieux empereurs. C'est de vous,
en effet, ô pieux, que découle continuel-
lement le canal de la vraie connaissance
de Dieu vers ceux qui sont sous votre
autorité. Que Votre Sérénité ne cesse
jamais de répandre ce flot spirituel et
bienfaisant sur toute la terre, de ma-
nière à [181] conserver* perpétuelle-
ment la domination impériale, non pas

Ce second saint synode de cent vingt-
huit évêques se réunit donc à Ephèse.
Les chefs en étaient Léon de Rome, par
ses représentants; Dioscorus, pape d'A-
lexandrie ; Juvenal de Jérusalem; Dom-
nus d'Antioche ; Eustathius de Bei-
rout; Thalassius5 de Césareé de Cap-
padoce ; Eusebius de Séleucie. — Le
bienheureux Bar-Çaûma, le prince des
ascètes6, fut aussi convoqué et s'y ren-
dit.

L'empereur envoya des écrits ainsi
conçus 7.

Copie de la lettre de Vempereur qui
fut lue par Jean, protonotaire : « Les
empereurs, [181] Césars, Theodosius
et Valentin[ian]us, victorieux, illustrés
par de grands triomphes,8, vénérables,

1. MANsr, VI, 764.

2. Perrt, p. 298. Ce document n'existe plus en grec, que je sache. — 3. Lire : aux empereurs^
d'après le contexte. Toutefois Perry a partout le singulier, et la lettre est adressée <c à l'empereur
Théodose ». — 4. Lire : kuo lowL (Perry).

5. Ms. : Tâûlîsos. — 6. Peut-être : « archimandrite ». — 7. MANsr, VI, 597 ; Perry, p. 275. —
8. Cf. p. 25, n. 14.

30

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

tant par la force des armes que par le
service de Dieu. Par celui-ci en effet,
vous avez prévalu et vous prévaudrez
toujours contre les ennemis; car le Roi
des rois élève en   votre   faveur une
prière1 invisible, à cause de votre vigi-
lance pour la foi orthodoxe : et ce bien-
fait conserve  inébranlable le sceptre
de votre empire et rend craintifs ceux
qui s'élèvent contre vous. Vous avez
l'autorité* : non seulement pour délivrer
le genre humain des attaques des Bar-
bares, mais pour le  conserver intact
contre la nouveauté des paroles de ceux
qui pensent tout à fait autrement3, et
qui lancent, comme le poison mortel
dont sont enduits les traits de l'impiété,
la corruption sur les âmes des simples :
elle ne transperce pas le corps, mais elle
introduit la mortdans l'âme. Il estconnu
que de tout temps, ce désir fidèle et cher
au Christ a excité4 votre piété et votre
zèle pour le Seigneur, et, encore main-
tenant, lui a très justement inspiré de
saisir le glaive et le bouclier, selon la
parole du prophète5, pour se lever au
secours de notre foi orthodoxe et imma-
culée ; et ceux qui s'appliquaient à la
troubler furent arrêtés sans retard6. Il
fut démontré par les faits qu'ils disaient
aux disciples du Christ des choses étran-
gères7 et leur prêchaient une erreur
nouvelle.

Pour cela, vous avez ordonné dans
vos saintes lettres que nous nous réu-

Augustes, au saint synode d'Ephèse. —
Nous  aurions  voulu   que les saintes
églises fussent en dehors de toute pertur-
bation, que vous-mêmes, dans vos saintes
églises, vous continuassiez selon les cou-
tumes à célébrer8 les fonctions du minis-
tère divin, et que tout ce labeur et cette
affliction ne vous incombât pas. Mais,
parce que l'évêque aimant Dieu9 Flavia-
nus voulait agiter quelque chose con-
cernant la foi sainte contre le révérend
archimandrite Eutychès, et ayant réuni
un tribunal10, commença à faire quelque
chose, nous envoyâmes plusieurs fois
vers l'évêque aimant Dieu11, désirant ré-
primer le trouble qui s'était élevé; car
nous savions que la foi que les Pères
ont exposée à Nicée et que le synode
d'Ephèse a confirmée, nous suffit. Mais
ayant à plusieurs reprises insisté auprès
de l'évêque aimant Dieu, pour qu'il aban-
donnât une telle question, afin de ne pas
donner lieu au trouble de tout l'univers,
il n'y consentit point. Jugeant qu'il n'est
pas prudent11 pour nous qu'une telle
question, concernant la foi, soit agitée
en dehors du synode de vous tous, évê-
ques de tous lieux, il nous a paru néces-
saire qu'un synode se rassemblât, afin
que Votre Sainteté connaissant les choses
qui ont été faites ici et toute la question 12
qui a été agitée, coupe dès la racine la
fraude diabolique et chasse de l'Eglise
ceux qui sont les émules des blasphè-
mes de Nestorius.»

1. Perry : |ia2Vw.l"**i, « lève des armées célestes ». — 2, Perry: U-^^û* « du zèle ». —

3. Perry : £>j&>o U***> U» *-*>^ — 4. Lire : (Perry). — 5. Ps. xxxv, 2. — 6. Litt. : « furent
tenus de près ». — 7. Litt. î aliéna,

8. îspoupysïv. — 9. Rest. : = OsoipiXéerratoç. — 10. xptTvjptov. — H. aux «ffçaXlç. —12. Lire :

LIVRE VIII. CHAP. VII

31

nissions à la ville d'Éphèse, que nous
accourions près de Jean, le Théologien1
avec lequel déjà auparavant, les Pères
avaient amputé, par le glaive spirituel,
la langue2 de Nestorius, qu'il avait ai-
guisée contre la gloire du Christ, alors
qu'ils avaient comme conducteur dans
ce brillant combat le bienheureux
Cyrillus notre père spirituel, et évêque.
Aussi, quand les écrits de Votre Séré-
nité, comme une trompette à la voix
puissante, nous ont invités au combat
pour la foi : chacun de son côté,
celui-ci de très loin, celui-là de près,
cet autre3 du milieu, tous nous accou-
rûmes de toute part à la ville de Jean
et de Timothée. Et lorsque nous fûmes
tous réunis, et que nous nous fûmes
rendus à l'église de Sainte-Marie, afin
que ce lieu soit aussi le témoin et le
mémorial de la science divine et vé-
ritable, nous appliquâmes nos esprits à
l'examen 4 des faits.

Or, le révérend archimandrite Euty-
chès passa et se tint au milieu, et il
nous présenta une supplique, par écrit,
dans laquelle il définissait, [182] pre-
nant le Christ à témoin de ses senti-
ments et de ses paroles, et disait : qu'il
avait appris dès sa jeunesse la sainte
confession des Pères et de la foi de Ni-
cée, et l'a gardée inviolablement jus-
qu'ici; qu'il n'a jamais ébranlé5 aucune
des choses qui sont d'accord avec elle;
que pareillement, il est demeuré attaché

Dioscorus dit : « L'empereur a pres-
crit qu'on ne fasse point de symbole : ce
que nos Pères ont déjà fait; mais qu'on
examine si les choses qui ont surgi6
sont d'accord avec les prescription des
Pères. Voulez-vous donc changer la foi
des Pères? » — Le synode répondit :
« Que celui qui innoverait soit ana thème •
que quiconque la pervertirait7 soit ana-
thème. Nous gardons la foi de nos Pè-
res8. »

Dioscorus reprit : « Pour la satisfac-
tion de tout le monde, la.stabilité de la
foi, la destruction des choses qui ont
surgi, j'examinerai ce que [182] lesPères
ont établi à Nicée et à Éphèse. » — Le
synode répondit : « C'est là le salut de
l'univers, c'est la confirmation delà foi ! »
— Dioscorus dit : « Bien qu'il y ait deux
synodes, ils ne professent qu'une seule
foi. » — Le synode répondit : « Les
Pères ont parfaitement établi toutes
choses. Que celui qui transgresserait ces
choses, qui y ajouterait ou qui les dimi-
nuerait, soit anathème ! ». —Dioscorus
dit : « Dieu lui-même reçoit vos paroles,
et vous vous admettez qu'elles sont agréa-
bles à Dieu et sincères9. Que quiconque
enseigne autre chose que ce qui a été dé-
fini à Nicée et ici, soit anathème ! » —Le
synode répondit : « Au gardien suprême
de la foi, à l'archevêque Dioscorus : lon-
gues années10 ! »

Après que beaucoup de choses eurent
été dites, on lut l'Action11 dans laquelle

1. L'Apôtre. — 2. ou^. — 3. Lire : [>^\ |ûo.jx> (Perby). — 4. Lire : iLj» IL<&. (Perry). — 5.
Lire : (Perry).

6. Ta àvaçuévra. — 7. Sic, ms. ; Corr. : onvo, « discuterait » = êm^epyâÇsTCU. — 8. Mansi, VI, 621.
— y. Lire : v-là* et sjJ'»». d'après le grec. —10. Mansi, VI, 625-628. — 11. icpdéÇiç.

32

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

et a acquiescé aux choses qui ont été
décrétées antérieurement dans la ville
d'Ephèse par le synode qui s'y est ras-
semblé. — Du moment où ce prêtre expo-
sait ces choses et où ceux qui l'avaient
jugé étaient présents, nous devions né-
cessairement faire l'examen de ce qui
s'étaitpassé. D'ailleurs, plusieurs paroles
de votre autorité nous avaient prescrit
de le faire.

Or, nous lûmes soigneusement les
Actes, afin que la vérité fût manifestée,
et plusieurs de nos collègues blâmèrent
les choses qui avaient eu lieu alors' à
Constantinople, et réprouvèrent comme
des calomnies les paroles qui leur étaient
attribuées, attendu que les choses ne s'é-
taient pas correctement passées2. Nous
omettons de répéter, résumant la lon-
gueur de l'affaire, pour ne pas être h
charge à cause de cela.

Ayant trouvé que l'archimandrite
Eutychès, tant par les choses qu'il con-
fessa de vive voix que dans le libelle
qu'il nous présenta, tenait la foi ortho-
doxe et n'avait point accepté d'intro-
duire quelque chose de nouveau dans
la foi, nous le louâmes pour la fermeté
de sa foi orthodoxe. — En conséquence
nous statuâmes aussi qu'il jouirait du
sacerdoce comme auparavant. Mais
nous pleurâmes non pas tant sur ce
qu'il avait été condamné iniquement,
que sur ceux qui s'étaient condamnés

les partisans de Flavianus avaient tenu
des discours3 contre la vérité4. L'une de
ces interpellations était celle de Basilius
de Séleucie qui dit5 : « Le Christ doit
être reconnu en deux natures » ; et pa-
reillement Julianus de Côs6, et Eudoxius
de Bosphoros, et Seleucus d'Amasia7.
Et quand on eut lu ce qu'ils avaient dit,
le synode dit : « Personne ne dit que
Notre Seigneur est « deux » après l'in-
carnation; que l'indivible ne soit pas
divisé. » —Dioscorus dit8 : « Pourquoi
blâmez-vous Nestor[ius] ? Voici mainte-
nant que les Nestoriens sont nombreux ! »

[Ex trait] des Actes9 : «Flavianus10 (dit):
« Eutychès confesse-t-il que l'union a eu
lieu !/, §ûo çuaewv en un seul 7:p6ao)7uôv et
une seule hypostase oui ou non? » — Eu-
tychès dit : « Oui ; je dis ex Siio. » — Eu-
sebius de Dorylée dit : « Confesses-tu, ô
Mar archimandrite, hùo <pûa£tç après l'in-
carnation? dis-tu que le Christ est b^ooû-
atoç y)[Juv xaxà aâpxa ? »

Quand on lut ces choses11, le synode
dit: « Enlevez, brûlez Eusebius! qu'il
soit brûlé vivant ! qu'on le mette en deux !
qu'on le partage comme il partage (le
Christ) ! » — Dioscorus dit : « Cette
parole est-elle agréable à vos yeux: ^exà
tyjv evav9pwTUY)<7tv Sûo çiîuetç sîirsiv ? » ¦— Le
synode dit : [183] « Anathème soit ce-
lui qui le dit ! » Et après plusieurs autres
choses, ils anathématisèrent quiconque
« divise » (le Christ).

1. Lire ; ^1 (Perry). — 2. Si le copiste n'a rien omis, Michel a résumé avec trop de con-

cision le texte : « Ils disaient que ces choses avaient été dites par d'autres et qu'on avait changé
leurs paroles, comme si les choses n'avaient pas été faites convenablement » (Perry).

3. 8ictka.Ha.. —4. C'est-à-dire les Actes du concile de Constantinople en 448. Cf. Mans r, VI, 495 ; 649
et suiv. — 5. ibid., 685. — 6. Ibid., 691. — 7. Ibid., 693. —8. Ibid., 685. — 9. ôuoixv^axa, Mansî,
VI, 737. — 10. Ms. : Paulinos. — 11. Au conciliabule d'Ephèse.

LIVRE VIII. GHAP. VII

33

eux-mêmes c'est-à-dire sur ces accusa-
teurs (?) et ces juges surprenants1. Ce
n'est pas en cela seulement qu'ils pé-
chèrent : quelque grand que fût ce
péché il était facile à réprimer2; mais
ils osèrent mettre de nouveau en avant
la doctrine de Nestorius. Un précédent
synode avait défini que personne ne
pourrait établir une autre foi nf même
la discuter ou la refaire ; que ceux qui
feraient cela seraient privés : les évêques
de l'épiscopat, les clercs de la clérica-
ture, les séculiers de la participation
aux saints mystères. C'est une chose
connue et certaine, comme ayant été
dite par l'Esprit saint, pour ceux qui
sont enrichis* de la parole doctrinale,
que « de disputer en paroles sans utilité
conduit surtout à la perversion de ceux
qui entendent* », comme dit le sage Paul,
qui dit aussi ceci8 : « Abstiens-toi des
paroles vaines et inutiles, qui font sur-
tout croître l'impiété. Leur discours
gagne comme la gangrène. [183] De
leur nombre sont » Flavianus et Euse-
bius, « qui s'étant écartés de la vérité »
sont déchus le sacerdoce, et sont deve-
nus étrangers à tout honneur de l'épis-
copat.

Or, de notre consentement à tous, ils
furent condamnés; comme d'une seule
voix et d'une seule langue le décret de
l'assemblée fut porté contre eux, en tant
qu'ayant transgressé ce qui avait aupa-

Basilius et Seleucus se rétractèrent
et anathématisèrent ce qu'ils avaient
dit6. Ils exposèrent qu'ils adoptaient la
confession d'une seule nature du Verbe
fait homme. — Tous les évêques du sy-
node depuis Basilius de Séleucie jusqu'à
l'archimandrite Bar-Çauma tinrent des
discours7; ils reçurent Eutychès, et an-
nulèrent les décisions portées contre
lui. Ils condamnèrent et déposèrent Fla-
vianus et Eusebius qui ne demandèrent
pas pardon comme leurs collègues qui
furent reçus8. Ils prononcèrent aussi
la déposition de Domnus d'Antioche et
de sept autres : Irenseus de Tyr, Aquili-
nus9 de Byblos, Theodoretus de Cyr,
Ibas d'Édesse, Sophronius de Telia,
Daniel de Harran10.

Nous rapportons ceci ici afin de mon-
trer plus clairement la xataaxaatç11 des évê-
ques depuis le premier synode d'Ephèse
jusqu'à la mort de l'empereur Theodo-
sius et au règne de Marcianus'* :

A Rome, après Celestinus vint Léon
pendant 20 ans et 43 jours13.

A Alexandrie, après Cyrillus vint Dios-
corus, pendant 8 ans et 3 mois.

A Constantinople,après Proclus, vint
Flavianus, pendant 6 ans. Lorsqu'il fut
déposé, vint Anatolius. Par la suite,
celui-ci fut aussi trouvé hérétique.

A Antioche, après Jean, vint Domnus,
qui fut déposé; Maximus fut mis à sa
place.

1. Up paraît être un mot corrompu. Perry : ]x»j lov^oC^o Jj^I^û l-**^ — 2. Sens de l'au-

teur. Perry: U^,, lovgw rlii.=>] Uos « maintes fois un péché est facile à guérir ». — 3. Lire :

(Perry). — 4. II Tim., n, 14. — 5. lhid., 16-18.
6. Cf. Mansi, VI, 828, 832. — 7. SiaXaÀîa. Cf. Mansî, VI, 830-928. — 8. ibid., 908. — 9. Lire :
»i»aiAaû|. — 10. Le nom qui manque est celui de Sabinianus de Perrha. — 11. Lire : *L+£*£t*£o
(Land). — 12. Land, III, 102; Cf. Jac. Edess., adann. 114, 116. — 13.

ii. 5

34

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

ravant été défini à Ephèse et décrété à A Jérusalem, Juvénal fut évêque pen-

Nicée, et s'étant faits les approbateurs1        dant 36 ans ; c'est pourquoiil fut présent
et les docteurs de questions schismati-        aux trois synodes7. — Fin de ce (chapi-
ques; et de plus, comme ayant excité tre).
contre les Eglises une violente tem-
pête, ayant jeté un grand trouble et une

grande perturbation dans l'esprit des fidèles ; comme ne sachant pas penser * très
convenablement et habilement. On peut leur dire : « Marchez au feu de votre visage3,
et à la flamme de votre incendie ». Ceux-ci donc « mangeront et se rassasieront des
fruits de leur voie et se nourriront de leur impiété », comme il est écrit*.

Pour nous, nous avons défini, relativement à notre foi, des choses en conformité
avec ceux qui se réunirent à Nicée et avec nos prédécesseurs a Ephèse ; car nous avons
appris des divines Ecritures ceci5 : « Ne changes jamais le terme que tes pères ont
fixé. » 11 n'y a en effet rien à y ajouter, ni rien à enlever à ce qu'ils ont fait. — C'est
pourquoi, nous demandons à votre autorité invincible d'avoir pitié de nos corps qui
sont vieux, qui ont fort peiné dans le cours de la route et dans les dangers de la mer,
et qui maintenant sont affaiblis et abattus surtout par la mauvaise condition de l'air
d'Ephèse ; et d'ordonner avec sollicitude que nous partions d'ici, a cause du grand re-
tard6, et principalement pour que quand chacun parviendra à son Eglise, il offre des
prières pour Votre Majesté pieuse et aimant le Christ. »

Et tous signèrent ces (lettres) chacun de son nom. — Ce [chapitre) est aussi fini

CHAPITRE VIII DU LIVRE VIII. — De Vépoque de la fin de la vie de Vempe-
reur victorieux Theodosius.

Quand le second synode d'Ephèse fut terminé, l'empereur Theodosius se
rendit en Asie. Il visita8 les saints Jean et Timotheus ; il visitait aussi les temples,
priant Dieu et les saints de lui faire connaître [184] qui régnerait après lui, et
fit de nombreux bienfaits au peuple. Il retourna à la ville impériale.

Or, il arriva que, monté sur un cheval, comme de coutume, il sortit à la cam-
pagne9, pour son agrément; tandis qu'il chassait, il se trouva fatigué et tomba :
les vertèbres de son cou furent brisées et on le plaça dans une litière 10. Voyant
qu'il était gravement malade et approchait de sa fin, il appela Pulcheria, sa sœur,
et lui fit savoir que Marcianus régnerait après lui. Sur son ordre, Marcianus

1. [iit^tM (Perry). — 2, Ukfe&. — 3. Cf. Is., l, 11; le sens est sans doute : « à votre propre feu »;
Perry : ^jA—9], Uoiua; Vers. Peî>. ; >ûSoj> Hwp « à la lueur de votre feu ». — 4. Prov,, r, 31. —
5. Cf. Deut.,xix, 14. — 6. Perry : Ua|» û«|;»û« lî-oa*. "^fr».

7. Aux deux d'Ephèse et à celui de Chalcédoine.

8. Litt. : « il fut béni par... ». Il s'agit des tombeaux de S. Jean et de S. Timothée à Ephèse.—
9. xatxitov (?). — 10. Cf. Hist. du Bas Empire, XXXII, lxxxiv (t. VI, p. 203).

LIVRE VIII. GHAP. VIII

35

entra près de lui. L'empereur lui donna ses instructions et lui dit : « Prends soin
de diriger le gouvernement selon la religion. » Et deux jours après il mourut.

II vécut en tout 50 ans, et en régna 42; car il était âgé de 8 ans quand Arcadius,
son père, mourut. De son temps l'Eglise fut administrée dans une paix profonde
et dans la tranquillité, et les chrétiens jouissaient de bienfaits abondants, comme
aux jours de son père et de son grand-père Theodosius. Que leur mémoire soit
en bénédiction! — Fin de ce chapitre sur la mort de Vempereur victorieux
Theodosius.

Après que le second synode d'Ephèse eut été congédié, les envoyés représentants
de Léon retournèrent à Rome et lui firent savoir que son Tome n'avait pas été
accepté. Il fut rempli d'indignation et de colère, et il en conçut de la haine, de la
rancune et de l'inimitié contre Dioscorus.

A cette époque, la femme de l'empereur Theodosius et Pulcheria, sa sœur, mon-
tèrent prier à Rome. Valenti[nia]nus régnait alors à Rome. Comme elles parcouraient
les églises, elles vinrent pour entrer au temple des Apôtres, .[184] accompagnées de
l'empereur Valenti[nia]nus lui-même et de sa mère. Le diacre qui gardait le temple
se leva et ne voulut pas écarter les portières1, comme de coutume. Les personnages
impériaux en furent étonnés. Ils lui ordonnèrent de les écarter *, mais il n'y consentit
point. Ils entendirent à l'intérieur la voix de Léon; ils passèrent, entrèrent et
le trouvèrent à genoux et pleurant. Ils l'engagèrent à leur en faire connaître la
cause. Il dit: « De vos jours le trône apostolique a été méprisé; les canons aposto-
liques ont été foulés aux pieds, à cause du synode d'Ephèse et des choses qui y ont été
faites. » — Ayant appris de lui ce qu'il désirait, chacun d'eux écrivit et adressa une
lettre à l'empereur Theodosius pour l'engager à réunir un concile œcuménique et à
annuler celui d'Ephèse 3. L'empereur leur répondit* que le second synode d'Ephèse
avait été tenu en toute crainte de Dieu, dans la foi vraie et orthodoxe, et n'avait lésé en
rien les canons des Pères. « Je me suis moi-même soigneusement rendu compte de
toute chose. Vous ferez bien, en ne vous mêlant pas de cette affaire. » Il répondit pa-
reillement à chacun d'eux. Léon se tint tranquille, rempli de colère contre Dioscurus.

Or, Theodosius étant mort la même année et Marcianus ayant commencé à régner,
par le choix de Pulcheria, Léon se préoccupa de faire recevoir tout d'abord son
Tome et d'avoir des auxiliaires, et ensuite de faire anathématiser saint Diosco-
rus. Il envoya trouver Marcianus et Pulcheria pour qu'ils réunissent un concile, qu'ils
annulassent les choses faites dans celui d'Ephèse et fissent revenir d'exil à Constan-
tinople les ossements de Flavianus. Ces choses eurent lieu. Anatolius de Constanti-
nople signa une adhésion au Tome de Léon. On lut, en présence des clercs et des

1. Litt. : les voiles de la porte. — 2. Lire : « de faire » la séparation. — 3. Mansjc, VI, 49
sqq. —4. ibid., 67 sqq.

36

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

moines qui résidaient dans la demeure épiscopale avec ceux qui avaient été envoyés
de Rome pour ramener les ossements de Flavianus, la profession de foi de Fla-
vianus': celle qu'il avait écrite avec astuce et présentée à Theodosius et dans laquelle
il dit : « Le Christ est è£ à;j.q?oïv e\ç, et : [x(av çumv tou Aéyou aeuapxwjXcVYjv », mais non pas
absolument « deux natures »; pour qu'on juge par là de la foi de cet homme. Cette
(maxime) : âuo çticrsiç {Asxà svumv n'avait pas encore trouvé de liberté. — On rédi-
gea des Actes* de ce qui avait été dit et fait, et on y inséra aussi la profession de foi
et le Tome de Léon .

CHAPITRE IX DU LIVRE VIII. — Du commencement du règne de Marcianus ;

comment cet impie régna.

Quand le victorieux Theodosius mourut, Marcianus, homme âgé, stupide et
illettré, commença à régner par le choix de Pulcheria. — Il régna 6 ans et 7 mois.

[185] D'après ce qu'on disait, il vivait dans la débauche avec Pulcheria. C'est
pourquoi il la prit sans pudeur pour femme. — Fin.

A cette époque, trois pierres tom-
bèrent du ciel : fait surnaturel ; e^
beaucoup de gens pensèrent qu'elles
étaient le signe 3 de la corruption qui
eut lieu dans les églises, [185] de l'ex-
pulsion de la confession orthodoxe et
de l'introduction de l'hérésie perverse
des diphysites*, qui pénétra grâce au
pernicieux concile réuni à Chalcédoine
par le soin et l'autorité de Pulcheria et
de Marc[i]anus, son époux. Ceux-ci, afin
de consolider l'empire dans leurs mains,
voulurent plaire à Léon de Rome
qui tenait déjà auparavant en secret les
opinions du méchant Nestorius, et était
perverti soit par l'action de celui-ci, soit,
comme je le crois, par l'opération du
Calomniateur, principe de tout mal. —
Fin.

En la lre année de Marcianus il or-
donna qu'un concile se réunît.

Au mois de tesri n (nov.) de la 2e an-
née de son règne, qui est l'an 765, il se
réunit à Chalcédoine. Il s'y trouva 704
évêques dont la plupart persistèrent [185]
fermement dans la vérité, et n'abandon-
nèrent pas la foi orthodoxe. Ceux qui
succombèrent devant Dieu, soit par la
crainte, soit par la flatterie de l'empe-
reur, changèrent la vérité pour le men-
songe, établirent des définitions héré-
tiques, et transgressèrent les canons
des saints synodes antérieurs.

A Edesse, le 31e (évêque) fut Nonus5.

Alors s'y trouvait Isaac, archiman-
drite et auteur d'homélies, qui lui-même
devint ensuite hérétique; car le malheu-
reux cnangea avec les temps6.

1. Mansi, VI, 540. — 2. y7to(xvYi[xaTa.
3. Lire: \L\. — 4. pulls u.iL.H.

5. Cf. Chron. edess., nos lxiv, lxvih; Jac. Edess., ad. ann. 125. — 6. Cf. Chron. edess., n<> lxvii;
Land, III, 84 ; Pseudo-Denys ad ann. 729.

LIVRE VIIL CHAP. X

37

(CHAPITRE X1). — Ici nous plaçons le récit qui montre la corruption intro-
duite par le concile de Chalcédoine, et d'où ce mal tira2 son origine. Nous divi-
sons cette histoire en chapitres* [compris) dans le nombre [des chapitres) de ce
Livre huitième, pour en faciliter Vintelligence à ceux qui le rencontreront1*. —
Chapitre premier, [tiré) du troisième Livre que Zacharie le Rhéteur* a transcrit
de la Chronique d'un homme fidèle qui écrivit, en grec, à un homme appelé Eu-
prakos* [et) occupé au service de l'empereur, ce qui arriva à Chalcédoine sous
Marcianus, après la mort de Theodosius, en Van 16k des Grecs.

§ Ier. — Tu désires donc, ô Euprakos, ami du Christ, pendant que tu demeures
dans le palais impérial, apprendre ce qui arriva aux saintes églises1, sous le règne de
Marcianus, dans l'assemblée qui se tint à Chalcédoine et qui, à cause8 d'Eutychès,
introduisit la doctrine de Nestorius, ajouta le mal au mal, excita deux hérésies l'une
contre l'autre, remplit la terre habitée de divisions, confondit la tradition de la foi
apostolique et la régularité9 des églises, et déchira en dix mille morceaux la tunique
intègre du Christ tissée d'une seule pièce10. Nous anathématisons, certes, ces héré-
sies, ainsi que toute doctrine honteuse, et nous acceptons les trois synodes qui
conservèrent avec vigilance la véritable doctrine; et maintenant nous procédons à
l'exposition11 à laquelle tu nous as incité. — Quand Cyrillus mourut, Dioscorus reçut
l'épiscopat d'Alexandrie, homme saint et athlète18 de la vérité, qui n'avait point la
disposition, ni la liberté13 de Cyrillus. —En ce temps-là (vivaient) Theodoretus, Ibas,
Flavianus et Eusebius, partisans de Nestor[ius], qui furent déposés dans le second
concile d'Ephèse. — Theodoretus monta trouver Léon de Rome, et, tant par le pré-
sent « qui aveugle les yeux des sages », comme il est dit, surtout les yeux de l'âme
de quiconque s'y laisse prendre, que par des paroles séductrices, il le captiva et le
remplit de colère contre Dioscorus et les autres évêques véridiques. Léon le renvoya
avec une lettre appelée le Tomen', qui est comme la réfutation d'Eutychès, et qu'il
devait apporter à Marcianus, qui se complaisait dans la doctrine de Nestor[ius] et
lui était attaché, et à sa femme Pulcheria. Quand le Tome parvint à Pulcheria, elle
écrivit une lettre aux évêques. Dans cette lettre, il y avait entre autres choses, ceci :
« Notre divinité a reçu les écrits15 [186] de l'ami de Dieu, notre saint Père Léon,
archevêque de l'Église des Romains, au sujet du bienheureux Flavianus de cette ville

1. Voir ci-dessous la note en tête du chap. xiv. — 2. Lire : 3. KetpâXoua; plus bas l'auteur

emploie le mot Uo, qui a le même sens en syriaque; nous le transcrivons par « paragraphe » pour
conserver la distinction. — 4. La construction est très obscure. L'auteur désigne, croyons-nous,
les textes auxquels nous donnons les titres de chapitres x-xur. — 5. Land, Anecd. syr., III, 118.
— 6. Ms. : Hyparkos; Land : >/saa;3o!. — 7. L. : à la sainte Église. — 8. Lire : |cka.a (L.). —
9. râÇiç, Land : tm.m*i{,o| ; eùtaSta. — 10. Cf. Johann., xix, 23. — 11. ïaropca. — 12. àyama-nK, —
13. itotpfaafa. —14. Cf. p. 24, n. 4. — 15. |&o.te (?).

38

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

impériale », et un peu plus loin : « Que Votre Sainteté ordonne donc que son nom soit
placé dans les sacrés diptyques, à l'instar de nos saints et bienheureux Pères. Que
son précieux corps soit ramené et déposé dans le lieu assigné aux corps des véné-
rables Pères. Il est évident que quand Votre Piété aura décrété cela, notre autorité
fera en sorte que les évêques amis de Dieu, de tous pays, signent ce qui aura été fait
par vous, et celui qui résisterait à notre autorité et au sentiment de l'archevêque de
Rome, ne sera pas hors de danger. » — Quand ces lettres eurent été lues, les dits
ossements entrèrent. Tout cela fut écrit avec les Actes1 et le dit Tome et inséré dans
la session". Ces Actes eux-mêmes furent renvoyés, par l'autorité impériale, selon la
promesse qu'en avait faite Pulcheria, à Léon, par les personnes qu'il avait expédiées
avec le Tome. Léon, à son tour, les communiqua, par ses envoyés nestoriens, aux
évêques de tous pays. Quiconque venait auprès de lui devait de deux choses l'une :
ou signer ou être déposé. Par cet artifice, Léon s'ingéniait à capturer* chacun deux.
Il captura 446 évêques, et après cette pêche, conformément aux instances qu'il avait
faites auparavant près de Marcianus et de Pulcheria, le synode fut assemblé, alors
que Léon avait l'assurance que de toute manière sa volonté serait accomplie,

§ II, qui expose les raisons pour lesquelles Marcianus et Pulcheria prirent soin d'ac-
complir la volonté de Léon, et d'abolir ce qu'avait fait Vempereur défunt Theodosius.
— Deux motifs poussèrent Marcianus et Pulcheria à cette insanité. — Le premier est
que du vivant de Theodosius ils avaient fait une chose honteuse, et Marcianus avait
été menacé d'être misa mort le jour où il serait surpris dans la ville impériale. Depuis
lors, ils dissimulaient tous les deux au fond de leur cœur la haine de l'empereur. —
Le second est que Marcianus redoutait Valenti[nia]nus, parce qu'il régnait sans son
autorité ; car, la coutume était que quand l'empereur d'Orient,c'est-à -dire de Constanti-
nople, mourait, l'empereur d'Occident, c'est-à-dire de Rome, choisissait et établissait
son successeur. Marcianus etPulcheria étaient donc plongés dans la crainte, car ils ré-
gnaient non par l'assentiment de Valenti[nia]nus, mais par l'autorité de leur propre
maison. Ils s'appliquaient donc à lui plaire et à lui être agréables, afin qu'il leur ac-
cordât l'empire et qu'il demeurât en paix avec eux; et comme ils savaient que pen-
dant la vie de Theodosius Valenti[nia]uus s'était efforcé de faire la volonté de Léon
et n'était point d'accord avec Theodos[ius], ainsi que nous l'avons exposé plus haut, ils
furent portés, pour plaire à Valenti[nia]nus, à réunir un concile et à annuler ce qu 'avait
fait celui d'Ephèse, pour établir la doctrine de Léon. Ce synode fut assemblé à l'occa-
sion d'Eutychès, mais en réalité pour introduire le nestorianisme.

C'est pourquoi Marcianus fit revenir Nestor[ius] de son exil d'Oasis, par les soins
du tribun Jean. Nestor[ius] sortit donc avec joie pour revenir. Il se moquait à haute
voix de la Vierge Marie et disait : « Qu'es-tu, ô Marie? Par qui désormais seras-tu

1. Û7ionvïj[i.aTa. — 2. wpd&iç. Il s'agit du concile de Constantinople en 4504 Cf« Mansi, VI, 513. —
3. Lire : »ojj*.

LIVRE VIII. CHAP. X

39

appelée Mère de Dieu? » Mais le châtiment l'atteignit promptement, comme (autrefois)
Arius, Il tomba de sa monture et se coupa la langue; sa bouche fourmillait de vers, et
il mourut en route. Dorotheus qui était avec lui fut frappé du même châtiment. Mar-
cianus l'apprit et en fut affligé.

Le tribun Jean qui était aussi chargé de lettres de convocation pour le pape Dios-
corus et pour Juvénal de Jérusalem leur fit savoir comment était mort Nestorius.
Quand les évêques furent prêts à se réunir, l'empereur ordonna que le synode se tînt
à Nicée et que les évêques fussent au nombre de 318, afin d'imiter les anciens Pères.
Mais la Providence divine ne leur permit pas de tromper par la similitude du nom. 11
y eut en ces jours-là un tremblement de terre et la grande église de Nicée s'é-
croula. L'empereur revint et ordonna qu'ils se réunissent à Chalcédoine.

Les partisans de Nestor[ius] pressèrent l'empereur de [187] mettre Theodoretus
à la tête du synode. Quand tous les ennemis de saint Dioscorus et tous ceux qui
avaient auparavant souscrit au Tome furent réunis avec les représentants de Léon,
les juges 1 et le sénat* qui avaient donné leur adhésion, on leur laissa la liberté de
faire tout le tumulte qu'ils voulaient. Ils entrèrent tous dans l'église de la martyre Eu-
phemia. Les juges se placèrent devant l'autel. A leur gauche siégèrent ceux qui
avaient été envoyés par Léon, ainsi que Anatolius de Constantinople, Maximus d'An-
tioche, Thalassius de Césarée de Cappadoce, Stephanus d'Ephèse et les autres évêques
des diocèses d'Orient, d'Asie et de Thrace; à droite : Dioscorus d'Alexandrie, Juvé-
nal de Jérusalem, Quintillus, représentant d'Anastas[ius] de Thessalonique, Petrus
de Corinthe, les autres évêques des diocèses d'Egypte, et d'Illyrie, et ceux de Palestine
avec eux*.

III. Du commencement de ce qui se passa dans rassemblée. — Alors, l'évêque
Paschasinus, représentant de Léon, se tint au milieu avec Lucensius4, Bonifatius et
leurs compagnons, et ils dirent : « Nous sommes porteurs de l'ordre du bienheureux
et apostolique pape de la ville de Rome, qui est la tète de toutes les églises, que
Dioscorus ne siège pas dans le concile, mais qu'il y vienne pour être entendu; et nous
devons nécessairement observer cela. Si Voti'e Grandeur l'ordonne : qu'il sorte,
ou nous sortirons nous-mêmes. » Les glorieux juges dirent : « Que reprochez-
vous donc spécialement au révérend Dioscorus? » — Paschasinus3 dit : « Quand il
entrera pour être interrogé, on lui présentera nécessairement l'objet de son accu-
sation. — Les juges (et) le sénat dirent : « Ainsi que nous l'avons déjà dit: Qu'on
expose ouvertement ce qu'on lui reproche. » — Lucensius dit : « Qu'il rende raison
de son jugement; car n'ayant pas le rôle de juge, il osa (juger), et eut l'audace de
faire un synode sans l'autorité du Siège apostolique, ce qui ne fut jamais permis. »
— Et Paschasinus ajouta : « Nous ne pouvons rien faire de contraire aux prescrip-

1. apxovTeç. — 2. Lire : «aoû&iwuaaoo, d'après les Actes. — 3. Mansi, VI, 579. -— 4. Ms. : Lou-
qianos. — 5. Ms. : Pasqianos,

40

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN"

tions du pape apostolique, ni aux canons ecclésiastiques définis par1 les Pères. »

— Les glorieux juges ajoutèrent et dirent : « De toute façon vous devez dire en
quoi il a transgressé. » — Et Lucensius dit : « Nous n'admettons pas qu'un tel af-
front nous soit fait, à nous et avons, que celui-là siège* qui est venu pour être jugé, »

— Les juges et tout le sénat dirent : « Si tu as le rôle de juge, tu ne dois pas
poursuivre comme accusateur3. » — Ensuite ils firent lever saint Dioscorus de sa
place et le firent mettre au milieu, à l'endroit où se placent ceux qui doivent être
jugés. Alors les Nestoriens, chacun de sa place, commencèrent à le combattre*. Theodo-
retus, qui était privé du sacerdoce, changea de place et vint se placer au milieu
d'eux sans être blâmé. Et à cause de cela Dioscorus et les évêques qui étaient avec
lui frémissaient de voir comment il foulait aux pieds les saints canons de l'Eglise. —
Telles sont les choses qu'on fit à saint Dioscorus pour l'empêcher de prendre part
au synode de Chalcédoine. Ayant ensuite été convoqué par eux, il ne consentit pas
(à venir), premièrement parce que le Tome plein de blasphèmes fut reçu; et seconde-
ment, parce que les Nestoriens qui avaient été déposés à cause de leurs blasphèmes,
parmi lesquels étaient Eusebius de Dorylée et Ibas d'Edesse, furent admis.

Eusebius, étant entré, agita beaucoup de choses et donna un libelle dans lequel il
confessait qu'il parlait pour lui-même et pour Flavianus. Ensuite les juges dirent :
« Que Theodoretus prenne part au synode; car l'archevêque Léon lui a rendu son
épiscopat. » — Quand cela eut lieu, les révérends évêques d'Egypte, dTllyrie et de
Palestine s'écrièrent tous: « Pitié! pitié! la foi a péri! Les canons excluent cet
homme ! Jetez-le dehors ! Jetez dehors le maître de Nestorius ! » — Le révérend Dios-
corus dit : « Pourquoi chasser Cyrillus, par qui celui-ci a été anathématisé? » — Quand
Theodoretus prit place, les évêques orientaux s'écrièrent : « Il est digne ! Il est
digne ! » Les Egyptiens et les évêques qui étaient avec eux s'écrièrent : « Il est indigne !
Il est indigne! Ne l'appelez point évêque, il n'est pas évêque. Jetez dehors cet adver-
saire de Dieu, ce Judas.' » — Les Orientaux répondirent : [188] « (Que) l'orthodoxe
(prenne part) au synode! » — Les Egyptiens ajoutèrent : « Jetez dehors le perturba-
teur, le contempteur, celui qui méprise le Christ, celui qui a anathématisé saint
Cyrillus! » — Basilius, évêque de Trajanopolis5, dit : « Theodoretus a été aussi dé-
posé par nous.» — Les révérends évêques égyptiens s'écrièrent tous : « C'est Cyrillus
lui-même que nous chassons, si nous admettons Theodoretus. Dieu lui-même a dé-
tourné son visage de cet homme6. »

Après cela on se mit à lire, dans le synode de Chalcédoine, ce qui avait été fait
dans le second synode d'Ephèse. On lut le discours de saint Dioscorus qui était ainsi
conçu1 : « Ce que les synodes ont prescrit est manifeste; nous ne devons pas nous
en écarter. Notre empereur ami du Christ a prescrit de rassembler ce saint synode

1. Lire : — 2. Lire ; okj. — 3. Mansi, VI, 581. — 4. Litt. : sagittantes in eum. — 5. Ms. ;
Tripolis. — 6. Mansi, VI, 592. — 7. ibid., 621.

LIVRE VIII. CHAP. X

41

à cause des innovations1 et non pour définir la foi qui a déjà été établie par les bien-
heureux Pères. » Et : « Voulez vous changer la foi des Pères? » A quoi le synode lui
répondit : « Que quiconque la change soit anathème ! Que quiconque la pervertit8 soit
anathème! nous gardons la foi de nos Pères3. »

Quand ces choses furent lues à Chalcédoine, les Orientaux et les évêques qui étaient
avec eux s'écrièrent : « Nous n'avons pas dit cela; qui a dit cela ?» — Les glorieux
juges dirent : « Par qui ont été écrits les Actes4? » — Le révérend Dioscorus dit :
« Chacun a écrit par son notaire. Si vous ne voulez pas de ce qu'a écrit mon notaire :
chacun est responsable de ce qu'a écrit le sien. » — Juvenal de Jérusalem dit :
«Mon notaire était présent et a écrit avec les autres notaires. » — Thalassius, évêque
de Césarée, dit : « J'en avais un qui a écrit. » — Dioscorus dit : « Voici donc que le
notaire de l'évêque Juvénal, [et le notaire] de l'évêque Thalassius5, et le notaire de
[l'évêque de] Corinthe ont écrit ! Sont-ce seulement6 les miens? »

Ensuite on lut une autre interpellation' de saint Dioscorus prononcée par lui à
Ephèse et qui était ainsi conçue8 : « Dioscorus, révérend évêque d'Alexandrie, dit : Si
donc le Saint-Esprit était avec les saints Pères qui s'assemblèrent, comme il y était en
effet : décrétez conformément aux choses qu'ils ont décrétées; et quiconque change
ces choses méprise la grâce de l'Esprit. —Et le saint synode lui répondit : Nous disons
tous les mêmes choses; que celui qui les change soit anathème! que celui qui les
change soit chassé! » — Quand ces choses furent lues à Chalcédoine, Theodorus,
évêque de Claudiopolis °, dit : « Personne n'a dit cela. » — Le révérend Dioscorus dit :
« Ils veulent nier des choses absolument manifestes. Qu'ils disent donc : Nous n'é-
tions pas même là ! »

Quand on lut une partie du libelle d'Eutychès, dans laquelle il y avait ceci : « Le
saint synode, dont le président était saint Cyrillus, digne de bon souvenir, a défini que
quiconque ajouterait, penserait10 ou enseignerait quelque chose en dehors de la foi
définie à Nicée, serait soumis aux peines qui furent alors indiquées », Eusebius de
Dorylée dit : « Il a menti. Aucun canon n'a statué cela. » — Dioscorus dit : « Il y a
quatre volumes dans lesquels se trouve cette définition. Ce que les évêques ont défini
n'est-il pas une définition? Mais peut-être est-il écrit que c'est un canon ? n'est-ce
pas une définition"? Accusez les quatre livres synodaux; je les ai; un tel et un tel les
ont; que chacun apporte ces livres'*. » — Telles étaient les choses qui indiquaient qu'ils
étaient disposés à changer la foi des saints Pères.

§ IV, dans lequel (onparle) de la lutte. — Après cela, on lut à Chalcédoine ce qui
avait eu lieu à Constantinople en présence de Flavianus et des évêques qui étaient avec
lui. Ces choses avaient aussi été lues dans le second synode d'Ephèse ; elles avaient été

1. àvaçuévTa. — 2. Corr. : ,nûvj = èTrïlepyaÇeirai. — 3. Manst, VI, 623. — 4. vîro[i.VYJfj.aTa. — 5. Ms. :
Alasios. — 6. (JÙ| ol è|xo\ jj.ôvot. — 7. SiaXa)Ja. — 8. Mansi, VI, 628. —9. Lire : Soa^ûSa. jdio. — 10. Lire :
= èmvoûTa. — 11. La traduction s'écarte du grec. — 12. Mansi, VI, 632.
II. 6

42

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

placées, avec les interruptions1 qui s'y rapportaient, dans les actes de ce second synode
d'Ephèse. Tandis qu'on les lisait à Chalcédoine, on lut l'interpellation de Basilius
d'Isauria dans laquelle il y avait* : « Nous adorons un seul Seigneur Jésus-Christ
connu en deux natures » ; puis celle de Seleucus d'Amasia [189] dans laquelle il y
avait : « Nous croyons aussi en un seul Seigneur Jésus-Christ, lumière de lumière,
vie de vie, en deux natures après l'incarnation » ; et ce qu'avait répondu le synode en
disant : « Personne ne dit âuo tov Kùptcv p.exà tyjv êvuxriv. Cet homme n'est pas évêque
d'Amasia, il est de Sinope8. » Ensuite on lut l'interpellation de Juli[an]us. évêque de
Cos, dans laquelle il y avait : « Nous confessons deux natures en un seul Trpôaojxov. »

De plus, on lut aussi l'examen institué à Constantinople devant Flavianus contre
Eutychès. On en arriva aux paroles par lesquelles Eusebius de Dorylée pressait
Eutychès de confesser deux natures après l'union, à l'interruption que fit le synode
à cette occasion en criant : « Enlevez! enlevez ! brûlez Eusebius! » ; aux paroles de
Dioscorus qui dit au synode : « Cette parole est-elle agréable à vos yeux : « dire deux
natures après l'union? » ; à ce que répondit le synode : « Que quiconque le dit soit ana-
thème »; à ce que Dioscorus dit de nouveau au synode : « J'ai besoin de vos voix et
de vos mains ; que celui qui ne peut crier étende la main ! » ; et à ce que le synode
répéta en disant : « Que celui qui dit S-Jo soit anathème!»— Quand on lut ces choses,
à Chalcédoine, les évêques orientaux et ceux qui étaient avec eux renièrent le synode
d'Ephèse et s'écrièrent : « Personne n'a dit ces choses. » — Et bientôt ils ajoutèrent :
« Ce sont Dioscorus et les évêques égyptiens qui ont dit cela. » — Alors les révé-
rends évêques égyptiens s'écrièrent: « Nous avons dit cela alors; nous le disons
maintenant4. »

Il faut que le lecteur remarque la question et l'interrogation des juges, placée plus
haut, au sujet des Actes, la réponse qui lui fut faite, et l'enquête. Or, quand on com-
mença à lire, à Chalcédoine, les choses qui avaient eu lieu dans le second synode
d'Ephèse, dans tout ce qu'on lut ensuite et qu'on plaça dans les Actes de Chalcédoine,
il ne se trouva pas une seule parole qui fut reniée, excepté celles qui sont placées
ci-dessus; bien qu'ils désirassent vivement trouver quelque chose de faux.

Quand on lut les paroles qu'il avait dites dans le second synode d'Ephèse, et qui
étaient la rétractation de ce qu'il avait dit devant Flavianus à Constantinople, iEtheri-
cus, évêque de Smyrneb, commença à se troubler et essaya d'accuser Dioscorus. Aus-
sitôt Dioscorus dit : « Qu'il produise deux témoins. »Les glorieux juges dirent : «De-
vant qui Dioscorus t'a-t-il dit ces choses? » iEtherious dit : « Devant tout le monde. »
Le révérend Thalassius dit à iEthericus : « Tu as dit sans contrainte les choses qui
sont écrites; pourquoi veux-tu maintenant les rétracter? » — Dioscorus dit :
« Voici qu'iEthericus calomnie et on ne lui fait rien; si j'étais reconnu coupable, il
n'en serait pas ainsi pour moi6! »

1. Peut-être : «avec les décisions qui s'y rapportaient »; cf. texte, p. 189,1. 23. — 2. Mansi, VI,
685. — 3. Lire : pou»,. — 4. Mansi, VI, 737. —5. Lire : Pie*"»». — 6. Mansi, VI, 688.

LIVRE VIII. CHAP. X

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Quand on lut à Chalcédoine l'interpellation que Basilius de Séleucie avait faite à
Éphèse, disant qu'il blâmait ce qu'il avait dit à Constantinople en faveur des deux
natures, il rougit, se leva et dit : « Je voulais la corriger1. »

Saint Dioscorus entendit toutes ces choses que les Nestoriens tournaient contre lui,
et qui montraient, comme nous l'avons dit, qu'ils étaient prêts à changer la foi des
saints Pères pour introduire « la dualité des natures après l'union » ; il vit aussi qu'ils
étaient appuyés par les juges pouf faire ce qu'ils cherchaient depuis longtemps; il
aima Dieu et la foi orthodoxe et s'attacha aux saints Pères. Il dit ceci : « La déposition
de Flavianus a eu lieu manifestement parce qu il proclamait deux natures après
l'union. J'ai pour moi l'autorité des saints Pères : d'Athanasius, de Gregorius, de
Cyrillus, en plusieurs endroits, (d'après lesquels) il ne convient pas de dire deux
natures après l'union, mais bien qu'une est la nature du Verbe incarnée2. Je suis
chassé avec les Pères. Je m'en tiens à la doctrine des Pères; je ne m'en écarte en
rien. Ces démonstrations ne sont pas de simples (allégations) : je les ai dans les
livres *. » — Ces choses firent que le saint ne se rendit point aux convocations du synode
et accomplit ce qui est écrit : « Je ne siégerai point dans le conciliabule des mé-
chants. »

Tous ceux [190] qui demeurèrent dans le synode étaient des opportunistes qui ne
combattirent pas pour la foi : à un autre moment ils parlaient autrement; ils s'accom-
modaient aux circonstances et aux personnes. Nous laisserons de côté plusieurs choses
qu'ils ont dites différemment en différents temps, en reniant leurs propres paroles,
et nous citerons seulement l'interpellation de l'un d'entre eux.

Quand les Nestoriens de Constantinople étaient réunis avec Flavianus ils disputaient,
h ce qu'on croyait, contre Eutychès, mais en réalité contre la sainte Église, pour
introduire le dogme impie de Nestorius. Pour l'établir, ils alléguèrent deux lettres de
saint Cyrillus4, l'une qu'il écrivit à Nestorius lui-même, pour adoucir sa malice, et qui
commence ainsi : On* me calomnie, d'après ce que j'apprends, auprès de Ta Révé-
rence... ; l'autre h Jean d'Antioche, qui est aussi écrite économiquement comme à un

infirme, et qui commence : Que les deux se réjouissent.....Elles sont insérées dans les

Actes que dressèrent les impies réunis avec Flavianus dans la ville impériale, et qui
furent lus dans le second synode d'Ephèse.

§• V. —Quand on lut lesdits Actes6 à Ephèse, et qu'on y récita les lettres de saint
Cyrillus, Eustathius, le révérend évêque de Beirout, dit7: « Il est nécessaire de faire
connaître à Votre Sainteté que Dieu accorda au vénérable archevêque Cyrillus, pen-
dant sa vie, que des hommes qui ne comprenaient pas [bien]8 ce qu'il avait parfaite-
ment dit élevassent des doutes au sujet de quelques passages de ses écrits, afin quelui-

t. Mansi, VI, 828. — 2. cm oùSeï Xéysiv [xsxà ty)v ëvwenv 8vo çûseiç, àXXa. (juav aecrapxto^évYjv xoO Aoyou çiîstv.

— 3. Mansi, VI, 684. — 4. Mansi, VI, 660, 665. — 5. Lire : = «vlç. — 6. De Constantinople.

— 7. Mansi, VI, 675. — 8. Compléter : û«lj»U     = oûvc opôcoç.

44

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

même, par l'enseignement de sa bouche pleine de sagesse,pût rendre clairs les écrits
qui avaient été composés correctement ; il persuada ceux qui voulaient les calomnier,
et il persuada tout le monde de s'attacher à l'enseignement de sa foi. Mais comme
d'autres élevaient des doutes au sujet de la doctrine du vénérable bienheureux à
propos des lettres mêmes qui viennent d'être lues, il dut employer tout son soin et
tout le temps de sa vie dans un pieux labeur (qui consistait') à s'interpréter lui-même
et à*exposer son propre sentiment. Dans les lettres qu'il écrivit aux (évêques) dignes
de mémoire, saint Acacius de Mélitène, Valerianus d'Iconium, Succensus1 de Dio-
césarée dans la province d'Isaurie, (il montra) comment il faut comprendre les lettres
qui viennent d'être lues, et la réalité* de la venue de notre Sauveur. On trouve en
effet ceci, entre autres choses, dans les lettres (adressées) à ces bienheureux :
a II ne faut pas comprendre deux natures, mais une nature du Verbe incarnée » ; et il
confirme sa parole parle témoignage du bienheureux Athanasius. » —Ceci se passait
à Ephèse. Or, quand on lut cette interpellation à Chalcédoine, en même temps que les
autres choses qui s'étaient passées dans le second synode d'Ephèse, les juges et tout
le sénat dirent : « Que le présent synode dise si l'interpellation du révérend Eusta-
thius, évêque de Beirout, est conforme aux lettres canoniques de Cyrillus, digne de
sainte mémoire, qui ont été exposées dans le synode et qui viennent d'être lues. »
— Et avant que le synode n'ait répondu, Eustathius se tint au milieu, jeta un livre
et dit : « Si j'ai mal parlé : voici le livre de Cyrillus; qu'il soit anathématisé ! que je
sois anathématisé moi-même ! — » Les [évêques) égyptiens et les révérends évêques
qui étaient avec eux s'écrièrent : « Eustathius a bien parlé ! l'orthodoxe3 a bien parlé !
Que la mémoire de l'illustre Cyrillus demeure à jamais! » — Eustathius de Beirout
dit : « La lettre de saint Cyrillus, digne de mémoire, contient ceci. Et il récita cette
lettre, et entre autres choses ladite sentence : « Il ne faut donc pas comprendre deux
natures, mais une nature du Verbe incarnée *. »

Il convient de remarquer la parole de saint Dioscorus citée plus haut, disant : Que la
déposition de Flavianus avait manifestement eu lieu parce qu'il professait deux na-
tures après l'union. Mais, si l'expression : « dire deux après l'union », venait des
Pères et était usuelle, ou ce synode ou sa majorité aurait dû s'écrier : « La déposi-
tion de cet homme a été injuste; car nous tous enseignons et croyons de même ! »;
mais personne ne lui répondit quelque chose de semblable. Que non seulement cette
expression « dire deux après l'union » n'était ni usuelle, ni dans la tradition des
Pères, mais qu'elle est même ridicule : cela est manifeste d'après [191] ce qui se passa
à Constantinople en présence de Flavianus et des évêques qui étaient avec lui. — En
effet, tandis que Flavianus et ceux qui étaient avec lui discutaient avec Eutychès et
le pressaient de confesser « deux natures après l'union », et d'anathématiser quiconque
ne croyait pas ainsi, il ne le voulut pas, et à cause de cela, ils le déposèrent; mais,

1. Ms. iSouqensos. — 2. Gr. : xo oiêct;. — 3. Corr. : [.«>c*a3o]»oiLio!. — 4. Mansi, "VI, 676.

LIVRE VIII. CHAP. X

45

craignant que la raison pour laquelle ils l'avaient anathématisé ne fût connue de l'em-
pereur Theodosius et des évêques orthodoxes, ils passèrent le motif sous silence et en
mirent un autre, c'est-à-dire : èx Sûo cpucjâwv xpo tïjç èvwaewç, au lieu de : âuo cpjaetç [/.exà
tJ]v svoxtiv. Cela fut dit confusément et non pas clairement. Au lieu de ceci : « Il con-
fessait une nature incarnée après l'union », comme le montrent les Actes, ils mirent plus
tard simplement : « une (nature) ». Ils ne firent pas non plus cela sans astuce. — En-
suite, quand Eutychès lut les Actes, il trouva qu'on avait changé ce qui avait été écrit;
il en informa l'empereur et de la sorte, on fit de nouveau l'examen de ces Actes afin de
savoir qui les avait viciés. Pour cette affaire, l'empereur envoya Je patrice Florentius,
qui avait assisté avec eux au premier examen, l'évêque Thalassius, etc. Tandis qu'ils
siégeaient par ordre de l'empereur, ceux qui tenaient la place d'Eutychès : les moines1
Constantinus, Eleusinius et Constantius, entrèrent. On lut les Actes et beaucoup de
choses furent trouvées changées.

Le diacre Constantinus, un de ces moines, dit : « Pourquoi donc la déposition
de l'archimandrite a-t-elle eu lieu? N'est-ce pas parce que notre saint archevêque,
craignant Dieu, l'ayant interrogé : « Dis tu deux natures après l'union?et anathéma-
tises-tu ceux qui ne le disent pas ? » il ne voulut pas prendre sur lui de prononcer ces
anathèmes ? C'est pour cela qu'il fut déposé, et ces paroles ne sont pas notées dans
les Actes. » — Le très magnifique2 patrice dit : « Qu'on lise le reste,- et voyons si on y
a mis ce que dit Constantinus. » — On lut le reste, et aussi l'interpellation dans la-
quelle le patrice lui-même s'était adressé à Eutychès. Il y avait : « Le très magnifique
patrice dit : Quiconque ne dit pas : ex Siic ©ôcrewv xal 3uo cpuastç ne tient pas la foi ortho-
doxe. » —Le patrice dit : « Je n'ai point tenu ce langage; car je ne pouvais discuter
sur la foi. » — Le révérend évêque de cette ville dit : « Ce qu'on dit n'avoir pas été dit
se trouve dans les Actes. Notez-le, vous autres notaires, car c'est vous qu'on a en vue
dans cette lutte, et bientôt on connaîtera cela exactement. » — Aetius, diacre et no-
taire, dit : « C'est le moment d'éclaircir cela ; car, les évêques qui étaient alors présents
et qui ont entendu ces choses sont ici; Votre Grandeur3 a entendu plusieurs fois
(la lecture des) Actes en présence d'hommes nobles et des Pères évêques, et Votre
Magnificence* les a-t-elle jamais blâmés ? » —Le très magnifique patrice dit : « Quand
donc les Actes nous ont-ils été relus pour que j'aie pu ainsi les blâmer? car j'ai de-
mandé qu'on me les relise et on ne me l'a pas accordé. » — Après qu'on eut lu le reste,
le révérend diacre Constantinus dit : « Le motif pour lequel l'archimandrite fut déposé
n'est pas indiqué ; car Mgr notre archevêque lui demandait de dire : « deux natures
après l'union » et d'anathématiser ceux qui ne confessaient pas cela ; mais comme il ne
voulut pas les anathématiser, et s'écria : Malheur à moi si j'anathématise les saints
Pères!, alors ils le déposèrent. Et cette parole n'est pas consignée dans les Actes.

1. Lire : U;~«».— 2. Itas;» \\B = nsYxlonpsnéaTtxzo;, magnificentissimus. — 3. Gr. : u Leur Gran-
deur ». — 4. Lire : ^qsLos} to*^.

46

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Aussi, quand l'évêque Mar Basilius interrogea l'archimandrite : Dis-tu deux na-
tures?, l'archimandrite dit : Je confesse une nature. Mar Basilius répliqua en disant
que cette maxime : « une est la nature du Verbe incarnée », avait été aussi écrite
par le bienheureux [Cyrillus]. Et cela non plus n'est pas consigné dans les Actes. » —
Le révérend évêque Basilius de Séleucie d'Isauria1 dit : « En vérité, je le dis, je ne puis
me rappeler les paroles qui furent dites par moi ; » et un peu plus loin : a Voulant
apaiser Mgr l'archevêque,et entraîner paisiblement l'archimandrite à se mettre d'ac-
cord avec nous, je dis : [192] Si tu dis qu'une est la nature de Dieu le Verbe qui a
pris un corps et s'est fait homme, tu parles comme nous et comme les Pères, » —
Après d'autres choses, le révérend diacre Constantinus dit : « J'ai déjà dit suffisam-
ment que Mgr notre archevêque demanda à l'archimandrite : Dis-tu deux natures
après l'union et anathématises-tu ceux qui ne disent pas deux natures? Et cette
parole, pour laquelle il a été déposé, [n'est pas] placée dans les Actes. » — L'évêque
Thalassius dit : « Le saint synode a entendu ce qui a été dit par le révérend diacre
Constantinus. Que le saint synode daigne, s'il sait que l'ami de Dieu, Flavianus,a dit
cela, le faire connaître ouvertement. » — L'évêque Basilius dit : « Nous nous rappe-
lons qu'une fois ou deux l'évêque Eusebius le blâma parce qu'il ne disait pas « deux
natures après l'union », et que lui-même dit : Ecoute ce qu'il te dit et ce qu'il te de-
mande ; que réponds-tu à cela ? Nous nous rappelons cela. » — Le diacre Constantinus
dit : « Je n'ai point entendu ces paroles de Mgr l'archevêque ».—Le révérend évêque
Basilius dit : « Au commencement de la quatrième discussion, le révérend évêque
dit aussi à l'archimandrite : Dis-tu deux natures après l'union ? et que Notre Seigneur
Jésus-Christ nous est consubstantiel selon la chair? anathématises-tu ceux qui ne
disent pas cela ? L'archevêque lui posa aussi cette question : S'il disait ce que lui
reprochait l'accusateur? A la fin, il y eut un grand tumulte; et en vérité, je ne me
souviens pas si l'évêque aimant Dieu fit une telle demande. » — Le diacre Constan-
tinus dit : « J'en prie votre saint synode; avez-vous entendu Mgr l'archevêque dire :
Dis-tu deux natures? » —Le révérend évêque Séleucus dit: « Cela a été dit dans la dis-
cussion; si cela a été dit par l'ami de Dieu Eusebius ou par notre archevêque aimant
Dieu, Flavianus, et à quel moment cela a été dit, je ne m'en souviens pas. » — Le très
magnifique patrice dit : « Je me souviens moi-même que ceci a été dit alors par l'ar-
chevêque :  Confesses-tu deux natures même après l'union? et qu'il a répondu :
Puisqu'il y a les livres de saint Athanasius et des autres évêques qui ne contiennent
rien de semblable, comment le dirais-je? » —Le diacre Aetius dit : :< Cette question
a été posée par l'évêque aimant Dieu, Eusebius, pendant l'action2. » —Le révérend
évêque Julianus dit : « Comme il y avait du tumulte, je ne me rappelle pas par qui cela
a été dit. » — Le révérend évêque Eudoxius dit : « Je me souviens qu'Eusebius a dit
que l'archevêque adhérait et qu'il pressait l'archimandrite d'adhérer aux choses dites

1. Ms. : Souria. — 2. npâgi'ç.

LIVRE VIII. CHAP. X

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par Eusebius. » — Le révérend évêque Longinus dit : « Je parle comme en présence
de Dieu. Je ne me souviens pas de cela, à cause de la confusion qui avait lieu *. »

D'après toutes ces choses il est évident que cette maxime : « deux natures », n'avait
pas été dite librement, mais par crainte : tous en effet s'en écartèrent dans cet exa-
men et l'imputèrent à Eusebius, l'adversaire d'Eutychès; et que la déposition de Fla-
vianus et d'Eusebius fut prononcée justement, puisqu'ils confessaient « deux natures
après l'union », comme il est manifeste d'après ce qui a été établi.

§ VI. — Actes2 de ce qui a été fait à Ephèse. Dans ce chapitre apparaît le senti-
ment des Pères qui se réunirent dans le second synode d'Ephèse^ que ceux de Chalcé-
doine ont changé méchamment en s'écartant de leur foi. — Afin de faire connaître que
« dire deux natures après l'union » est une addition et un changement dans la foi, il
n'est pas inutile de placer ici quelques extraits des déclarations3 faites dans le se-
cond synode d'Ephèse.

Comme le religieux empereur Theodosius était scandalisé par eux, il ordonna
qu'un concile universel se réunît à Ephèse, et il prescrivit que saint Dioscorus en
fût le président avec Juvénal et Thalassius. Les Actes du concile de Constantinople
furent lus; et on lut ensuite une grande partie de ceux du premier concile d'Ephèse,
où, avec le bienheureux Cyrillus, on définit le canon prohibant d'ajouter ou de re-
trancher quelque chose à la foi des 318 (Pères). —Après la lecture, Dioscorus dit* :
« Je pense que [193] les choses qui ont été établies par les saints Pères plaisent à
tout le monde. » — Un peu plus loin : Thalassius, évêque de Césarée de Cappadoce,
(dit)5 : « La bonté divine a fait paraître l'exposé du symbole de la foi des 318 Pères pour
le temps où, lui prêtant leurs langues6, ils enseignèrent. Il a été principalement con-
firmé par l'unanimité des saints Pères qui se réunirent dans cette célèbre métropole.
Il convient de toute façon que nous le recevions; car une addition aussi bien qu'une
diminution en lui serait comme un coup porté aux fondements de la religion, qui furent
établis par les saints Pères à Nicée, et confirmés par ceux qui se réunirent ici. Je
déteste ceux qui pensent des choses opposées à celles-ci, comme les destructeurs de
la foi orthodoxe. » — Chacun d'eux parla ainsi. A la fin tout le synode dit : « Nous
partageons tous ce sentiment et cette foi7. » —Juvénal de Jérusalem parla au sujet
de la déposition de Flavianus et d'Eusebius et statua ainsi à leur égard8 : « Eux-mêmes
se sont rendus étrangers au sacerdoce et à l'ordre épiscopal, Flavianus et Eusebius qui
ont osé augmenter ou diminuer la foi qui fut établie dans le saint synode de Nicée, et
qu'ont aussi confirmée les Pères de Constantinople et de cette (ville) d'Ephèse. Comme
ceux qui ont osé ajouter ou retrancher quelque chose, qu'ils soient étrangers au sacer-
doce, et surtout parce qu'ils excitèrent une si grande perturbation. C'est pourquoi, moi
aussi, d'accord avec ce concile universel et avec saint Dioscorus, je les dépouille du

1. Mansi, VI, 808-817. — 2. rcpdUi;. — 3. àïïôçaasi;. - 4. Mansi, VI, 901. — 5. Ibid., 904. —
6. r)ft£p èxeîvot tàç YXœaara; wrptxvxzc,. — 7. Mansi, VI, 908. — 8. Ibid., 909.

48

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

sacerdoce. » — Domnus d'Antioche de Syrie dit1 : « Je suis aussi d'accord avec votre
saint synode qui a rejeté Flavianus et Eusebius pour ne s'être pas tenus au saint synode
de Nicée et à celui qui s'est réuni ici antérieurement ; et j'approuve le juste châtiment
que vous avez prononcé contre eux. » —Meletius de Larissa, représentant de Domnus
d'Apamée, dit* : « Je suis d'accord avec Votre Sainteté pour dire que la déposition
de Flavianus et d'Eusebius, qui étaient précédemment évêques, est régulière et légi-
time. Puisqu'il est constaté qu'ils ont transgressé les préceptes des saints synodes,
je les considère comme étrangers à l'honneur de l'épiscopat. » — Jean> évêque de
Sébaste d'Arménie, dit3 : « Toute innovation que certains osent faire contre la justice
amène sur eux un châtiment canonique. Puisque Flavianus et Eusebius ont été
trouvés transgressant la loi, ils ont été dépouillés justement du sacerdoce, conformé-
ment au décret de l'ami de Dieu, le bienheureux pape Dioscorus d'Alexandrie, et du
synode universel. Et moi aussi je suis d'accord avec eux. » — Photius, évêque de Tyr,
qui est Çôr, dit4 : « Ma bassesse consent au châtiment infligé par le saint et universel
synode qui a exclu du sacerdoce les méchants Flavianus et Eusebius, attendu qu'ils
pensaient contrairement au synode de Nicée. » — Mousonius5, évêque de Nysse,dit6 :
« Attendu que le saint synode tenu antérieurement à Ephèse a été méprisé par Fla-
vianus et Eusebius, et qu'ils ont mérité le châtiment canonique, je suis d'accord moi
aussi. » — Eustathius, évêque de Beirout, dit7 : « Chacun connaît le décret porté par
les saints Pères qui se sont réunis ici antérieurement, sur l'ordre de nos empereurs
aimant le Christ, et qui ont statué que ceux qui oseraient scruter, diminuer ou
augmenter la foi sainte de Nicée, tomberaient de leur rang. Flavianus, qui était évêque
de Constantinople, et Eusebius, qui l'était de Dorylée, ayant médité de telles choses
se sont jetés eux-mêmes sous cette sentence8 terrible. » — Chacun d'eux parla de la
même manière, et la foi orthodoxe persistait dans les églises.

§ VII. — Theodos[ius] étant mort et Marcianus ayant commencé à régner, celui-ci
réunit, à l'instigation de Léon, le synode de Chalcédoine qui introduisit une définition
innovatrice à propos de la foi et anéantit de lui-même la vérité des Pères. Que « dire
deux natures après l'union » n'est pas seulement une honte, mais une dérision aux
yeux de tout le monde, cela est manifeste d'après ceci : Flavianus disait : Sùo tpuaeiç à ses
partisans, [194] mais en public et quand il écrivait à l'empereur Theodosius il prenait
soin de dire : h. bùo <pô<7su>v et : jjLiav çuujv tou Aôyou ascrapxw^svïjv. Ceux qui agitaient la ques-
tion après sa mort, voulant démontrer qu'il avait eu la même croyance que Cyrillus et
que les Pères, alléguaient à dessein9 ces deux maximes : « de deux natures » et : « une
est la nature du Verbe incarné » qui avaient été dites par lui, et ils demandaient aux
évêques de dire si elles étaient d'accord avec les Pères ou non. Ceux qui avaient été
envoyés par Léon à Constantinople, et, à Chalcédoine même, les juges et tous (les

1. Mansi, VI, 909. — 1. Ibid.,911. —3. Ibid., 912. — 4. Ibid. —5. Lire : u»ù^m»<»o. — 6. Mansi,
VI, 913. — 7. Ibid. — 8. àcTiôçacHî. — 9. Lire : \**=>.

LIVRE VIII. CHAP. X

49

évêques) l'approuvèrent d'après ces paroles, comme ils l'espéraient. Parmi eux tous,
Dioscorus seul comprit la fraude ; car tandis que chacun était interrogé et répondait sur
le point de savoir si les doctrines de Flavianus étaient d'accord avec celles de Cyrillus,
autrement dit des Pères, Dioscorus dit : « Qu'on lise le reste des paroles de Flavianus,
et alors je répon drai. Dans ce qui suit, on trouve qu'il est en opposition avec lui-même
et dit qu'il y a deux natures après l'union1. » — Quand saint Dioscorus dit cela, les
Nestoriens s'écrièrent : « Les paroles de Flavianus qui viennent d'être lues sont d'ac-
cord avec celles de saint Cyrillus et des autres Pères »; et ils passaient2, par la per-
mission de Dieu', du côté gauche des juges. On leur demandait de faire lire le reste
des paroles de Flavianus, afin qu'ils connussent mieux son sentiment. Ceux qui sié-
geaient du côté gauche, quand les autres passèrent un à un de leur côté, s'écrièrent,
comme des gens qui applaudissent au théâtre : « Un tel, tu es le bienvenu ! »

Il n'est pas sans utilité * (?) de placer ici une de leurs interpellations. — Juvénal de
Jérusalem dit : « Ce qu'a dit saint Flavianus est d'accord avec la doctrine de saint
Cyrillus.Nous supplions qu'on lise la suite, afin que son sentiment soit mieux connu. »
Les révérends évêques de Palestine dirent : « Nous pensons la même chose que le vé-
nérable Juvénal. » Juvénal se leva avec eux, et passa5 de l'autre côté. Les Orientaux
et ceux qui étaient avec eux s'écrièrent : « Dieu t'a bien amené, ô orthodoxe ! tu es le
bienvenu! » — Tous dirent de même. —(Tous) passèrent (du côté gauche),à l'excep-
tion de quelques révérends évêques égyptiens qui restèrent momentanément près de
saint Dioscorus6.

Si ces formules : èv Suo çuaeuiv et âùo [x£xà îy)v evwmv, venaient des Pères, pourquoi avoir
tenu de tels discours et avoir demandé ce qu'il en était, ou si réellement quelqu'un
avait dit ces choses?Pourquoi n'ont-ils pas parlé tous, ou du moins quelqu'un d'entre
eux, contre saint Dioscorus quand il a dit : « Dans ce qui suit on trouve que (Flavianus)
s'est contredit et qu'il enseigne deux natures après l'union? » Enfin, comment les
mêmes excusèrent-ils Flavianus d'avoir dit : hx hûo, et condamnèrent-ils pour le même
motif saint Dioscorus? sinon parce qu'ils étaient plongés dans l'impiété. — Il est
écrit, en effet, dans la cinquième action7 : « Les très magnifiques juges dirent : Voici
que Dioscorus dit : J'admets èx §ôo <pu<reo)v ; et saint Léon dit : $ôo aùveiq dans le Christ.
Auquel adhérez-vous? à Léon ou à Dioscurus ? — Les évêques s'écrièrent : Nous
croyons comme Léon. Ceux qui résistent sont des Eutychéens. » — Comment se fait-
il que cette formule même « une est la nature du Verbe incarnée », sans faire mention
de « deux », ayant été présentée à l'empereur par Flavianus, celui-ci futaccepté ; tandis
que dans la déposition d'Eutychès elle lui est reprochée comme abominable ? —
Quelqu'un dira peut-être qu'Eutychès n'ajoutait pas « incarnée »? Il sera réfuté par

1. Mansi, VI, 681. — 2. ^J^o. — 3. Le sens est : Dieu les ayant abandonnés. — 4. U>>1 U* (?),
« inconvenant ». — 5. Lire : t'a*©, — 6. Mansi, VI, 681-684. — 7. mpâÇi;. Mansi, VII, 105.

II. 7

50

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

l'exposé1 de ceux que Flavianus avait envoyés appeler Eutychès et qui étaient : Jean,
prêtre et défenseur2, les diacres André et Athanase. On y lit en effet ceci3 : « Après
l'incarnation de Dieu le Verbe, a-t-il dit, une nature doit être adorée, celle de Dieu
incarné et fait homme; et il produisit un écrit de cette sorte et le lut. »

Montrons par un seul exemple, car nous en laissons de côté plusieurs autres, qu'ils
ne louaient pas ou ne blâmaient pas sciemment, comme des gens qui savaient ce
qu'ils disaient : il est tiré du Tome même [193] de Léon. « Chacune des formes4,
dit-il, opère avec la participation de l'autre ce qui lui est propre. Le Verbe fait
ce qui est du Verbe, et le corps accomplit les choses qui sont du corps; celui-là
brille par les miracles, celui-ci tombe sous le mépris. » — Et Léon allégua, avec
d'autres choses, et ajouta au Tome cette parole de l'évêque Hilârius tirée du traité
Sur la foi* : « Dieu Fils unique étant né homme de la Vierge et devant, dans la plé-
nitude des temps, accomplir en lui-même l'élévation6 de l'homme en Dieu, il garda
dans toutes les paroles de l'Evangile la règle de nous instruire qu'on doit le croire
Fils de Dieu, et de rappeler qu'on doit le proclamer fils de l'homme ; disant et fai-
sant en tant qu'homme les choses qui sont de Dieu, et disant et faisant, en tant que
Dieu [les choses qui sont de l'homme]7,de manière cependant que dans chaque sorte
d'élocution jamais il ne parle sinon en manifestant Dieu et l'homme. » — C'est une
telle contradiction qu'ils appelèrent orthodoxie !

§ VIII. — Extrait de la profession de foi qu écrivit Flavianus et qu'il remit à l'em-
pereur quand celui-ci fut scandalisé par lui, c'est-à-dire quand Flavianus reconnut
que tous les fidèles trouvaient odieux de dire « deux natures après l'union ». — Il
fit une apologie commençant ainsi8 : « Nous prêchons Notre Seigneur Jésus-Christ; »
et un peu plus loin : « Dieu parfait et homme parfait, le même en prenant une âme
raisonnable et un corps, consubstantiel au Père par sa divinité, et le même consub-
stantiel à sa mère par son humanité. Nous confessons Notre Seigneur èx Suo cpuaewv9,
après qu'il a pris un corps de la Vierge et qu'il s'est fait homme, en une seule per-
sonne 10 et un seul Tupéffwirov ; nous confessons un seul Christ, un seul Fils, un seul
Seigneur ; et nous ne refuserons pas de dire : une seule nature dans Dieu le Verbe
qui s'est incarné ou fait homme, car notre Seigneur Jésus-Christ lui-même est è£
àjxcpsîv eTç » ; et dans l'interpellation qu'il fit au sujet des deux lettres de Cyrillus, qui
fut ensuite insérée dans les Actes de Constantinople, il mit : « la même puissance ». —
Après sa mort, par ces mêmes choses, ses défenseurs purent démontrer qu'il avait la
même foi que le Docteur, attendu que le nom « natures », au pluriel, ne se trouvait
pas même dans (ces écrits).

Extrait du IIIe Liv?*e. De VAction des deux convocations de Dioscorus. -— « Le

1. xatâcrtacnç. — 2. = £x5txos. — 3. Mansi, VI, 700. — 4. (xopcpï) ©eou, [xopqJYi SouXou. — Ô.

Lib. IX; Mansi, VI, 962. — 6. Trpoxoit^. — 7. Le ms. a sans doute omis une ligne. — 8. Mansi, VI,
541* Ces paroles sont dans le corps de la lettre. — 9. Grec : èv SOo cpvcfEtnv. — 10. Gr, : ÛTtôatacrti;.

LIVRE VIII. CHAP. X

51

saint synode invite Ta Sainteté à venir près de lui. » — Dioscorus dit : « Je suis gardé ;
s'ils veulent me laisser descendre, qu'ils le disent. » Dioscorus dit de nouveau : « Je
suis prêt à me rendre près du saint synode ; mais on ne me le permet pas1.» — Après
cela, il fut invité par l'empereur Marcianus, par l'intermédiaire du décurion Jean, à
accepter et à signer la définition de Chalcédoine. Il dit : <i Pas même si on me
coupe la main et si son sang coule sur ce papier, je ne ferai cela. » — Et les impies
prononcèrent contre le bienheureux martyr de la vérité, saint Dioscorus, une inique
sentence de déposition, de laquelle on apprend que ce n'est pas à cause de la foi qu'il
fut déposé, mais parce qu'ayant été convoqué par eux trois fois, il ne se rendit pas
près d'eux*.

L'évêque d'Iconium dit3 : « Il convenait au révérend Dioscorus qui connaissait les
canons et n'ignorait pas la coutume ecclésiastique, de se soumettre aux choses pres-
crites par le saint et universel synode, et, ayant été convoqué trois fois par les évêques
aimant Dieu, de venir dans cette sainte assemblée et de se justifier des accusations [por-
tées] contre lui. » — Dionysius, évêque d'Héraclée4, dit5 : « Je consens au châtiment
qui émane des saints et vénérables archevêques et Pères de la ville impériale contre
Dioscorus qui était évêque, et qui, ayant été convoqué par deux et trois fois, n'a pas
obéi; je suis aussi de cet avis; et je le considère comme étranger à tout honneur du
sacerdoce et du ministère. » —Eupytikos8, évêque de la ville de Stratonice, dit: « Au
châtiment, etc.; » Flaccillus 7, évêque de la ville de 'Aisos 8 (?), pareillement9.

[196] Extrait de la IIIe Action10. — Les très glorieux juges et le sénat dirent :
« Prenez soin, sans crainte ni faveur11 ou haine, d'établir purement la foi. » — Les
évêques s'écrièrent : « Personne ne fera un autre symbole; nous n'aurons pas l'au-
dace ni la témérité de le faire. Les Pères ont enseigné, et les choses qu'ils ont éta-
blies sont conservées dans les livres ; nous ne pouvons rien dire en dehors de ces
choses. » Et de nouveau les révérends évêques s'écrièrent : « Nous disons tous ces
choses; ce qui a été établi suffit; il n'est pas permis de faire1* un autre symbole. » Les
glorieux juges dirent : « S'il paraît bon à Votre Révérence, que les saints archevêques
de chaque province choisissent deux évêques, chacun dans sa province, qu'ils passent
au milieu, qu'ils traitent en commun de la foi, afin que, tout le monde étant d'accord,
toute altercation1' cesse : ce que nous souhaitons; si quelques-uns, ce que nous ne
pensons pas, sont d'un avis contraire, que leur sentiment soit ouvertement connu de
tous. » — Les révérends évêques s'écrièrent : « Nous ne feronspas un symbole par écrit. Il
y a un canon qui défend de faire un autre symbole. Qu'on s'en tienne à ce que les Pères

1. MANsr, VI, 992. — 2. Mansi, VI, 1048. — 3. Ibid., 1053. — 4. Lire : — 5. Mansi, VI,

1064. —6. Grec : EÙTpÔ7uoç; versions : Eutropius, Eustathius, Eupithius. — 7. Lire : »ao£ix>U3. —
8. 'Ia<t<ioO, Jassi, Assi, Assu. — 9. Mansi, VI, 1065, 1066. — 10. La seconde, dans les édit. ; mais
quelques mss. portent aussi troisième. Mansi, VI, 951 sqq. — 11. Lire : ^00*0. — 12. Lire : «oïl W
lo©v*k. — 0^x |^ov Yevvéffxat.— 13. Gr. : àiJ,opiêY)TY)<nç.

52

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

ont dit. » — Ensuite, comme les juges les excitaient de toute façon à établir un sym-
bole, on lut le symbole de la foi de Nicée et de Constantinople, avec les deux lettres
de saint Cyrillus que les Nestoriens ont coutume d'alléguer en leur faveur, et aussi le
Tome de Léon. Sur celui-ci beaucoup d'évêques hésitèrent.

Atticus, le révérend évêque de Nicopolis, dit1 : « Puisque Votre Grandeur nous
accorde la facilité et la longanimité, si vous l'ordonnez, qu'on nous donne un délai de
quelques jours, afin que nous décrétions ce qui plaît à Dieu et aux saints Pères, avec
un esprit attentif et une pensée calme. Puisqu'on nous a lu maintenant la lettre de
notre Père l'archevêque Léon, il convient qu'on donne aussi la lettre que le bienheu-
reux Cyrillus a écrite à Nestorius, dans laquelle il lui intime de consentir aux xn Cha-
pitres; afin qu'au moment (de la discussion) nous nous trouvions prêts. » — Les ré-
vérends évêques dirent : « Si vous l'ordonnez, qu'on accorde un délai, nous vous en
prions, afin que nous lisions les compositions des Pères. » —Les juges et tout le sénat
dirent : « Que l'affaire soit différée de cinq jours, et qu'on en fasse l'examen; afin que
pendant ces cinq jours Votre Sainteté se réunisse près du saint archevêque Anatolius
et que vous traitiez en commun de ce qui regarde la foi, pour que ceux qui doutent
soient instruits. » — Les juges dirent de nouveau : « Il n'est pas nécessaire que vous
vous réunissiez tous; mais, parce qu'il convient de persuader ceux qui doutent, le ré-
vérend archevêque Anatolius choisira parmi ceux qui ont signé, ceux qui sont capa-
bles d'instruire ceux qui doutent. » — Les révérends évêques s'écrièrent : « Nous
vous en prions pour les Pères. Que les Pères viennent au Synode. Que ces paroles
(soient répétées) à l'empereur. Que notre supplique soit présentée (à l'empereur). Que
notre supplique soit présentée à l'impératrice. Nous avons tous failli : qu'on nous
pardonne à tous! » — Les clercs de Constantinople s'écrièrent : « Quelques-uns
crient; le synode ne crie pas! »— Les évêques orientaux et ceux qui étaient avec eux
s'écrièrent : « Que l'Egyptien aille en exil ! » — Les révérends évêques dTUyrie et ceux
qui étaient avec eux s'écrièrent : « Nous demandons miséricorde pour tout le monde,
nous avons tous péché. Que ces paroles (aillent) à l'empereur fidèle. Les églises sont
divisées. » — Alors les clercs de Constantinople ^'écrièrent de nouveau : « Dioscorus
en exil ! » — Et de nouveau les révérends évêques d'Illyrie et ceux qui étaient avec eux
s'écrièrent : « Nous avons tous péché; qu'on nous pardonne à tous! Dioscorus au sy-
node! Dioscorus à l'Eglise! Qu'en ces jours le mal n'arrive pas; que soûs votre em-
pire le schisme ne se produise pas! »

§ IX. — Quand les juges et les évêques eurent pris place selon leur coutume2, et
qu'on eut lu les interpellations des juges, qui avaient été prononcées dans les Ac-
tions" précédentes, afin que chacun connût ce qu'on devait faire relativement à la
foi, les évêques nestoriens s'avancèrent et tombèrent aux pieds de Marcianus et de
l'impératrice, et les supplièrent de ne pas fair« venir le bienheureux Bar-Çauma à

1. Mansi, VI, 973. — 2. ^ow^. — 3. repart;.

LIVRE VIII. CHAP. X

53

leur synode. Ils savaient, en effet, que, s'il venait, il n'accepterait pas leur doctrine
corrompue. Le bienheureux ne fut donc pas convoqué, et les évêques déclinèrent
vers une doctrine perverse.

Alors les juges dirent : « Maintenant qu'on connaît les choses qui ont été décidées
[197] antérieurement dans notre interpellation, qu'on fasse savoir ce que le synode
juge à propos au sujet de la foi. » — Tous les évêques firent la même réponse.

Diogenès, évêque de Cyzique, dit1 : « Ce Bar-Çauma qui est entré parmi les archi-
mandrites, est celui qui a tué saint Flavianus. Il était présent et disait : Transperce2.
Il n'est pas mentionné dans les pétitions; pourquoi est-il entré? » — Tous les évê-
ques s'écrièrent : « Bar-Çauma a corrompu toute la Syrie; il amena contre nous un
millier de moines. » — Les évêques crièrent de nouveau : « Jetez dehors Bar-Çauma
le meurtrier ! Que Bar-Çauma soit anathème! que Bar-Çauma aille en exil ! »

Quand les juges virent toutes ces choses, ils vinrent au milieu, en face des évêques
et dirent3 : « Puisque le saint Evangile est placé à votre tète, que chacun des évêques
dise si la lettre du révérend Léon est d'accord avec le symbole des 318 Pères de Nicée,
et de ceux qui se réunirent dans la ville impériale. » — Et chacun de ceux qui
l'avaient signée répondit : « Elle est d'accord. » — Parmi ceux qui n'avaient pas en-
core signé, qui en étaient scandalisés et qui avaient déjà été une fois chassés du sy-
node, la plupart adhérèrent par crainte.

Après cela, les juges dirent de nouveau : « Que le reste des révérends évêques
qui n'ont pas ouvertement un à un fait leur déposition4 fassent savoir [s'ils sont
d'accord]. »— Alors ils crièrent : « Tous nous adhérons ! Tous nous approuvons ! Que
les Pères viennent au synode! » — Après quelques éloges les juges dirent : « Nous
avons fait savoir la chose à notre maître fidèle et divin; attendons la réponse de Sa
Piété. Votre Sainteté rendra compte à Dieu, et de Dioscorus qui a été déposé par
vous, sans notre divin chef et sans nous, et de ces cinq, et de tout ce qui a été fait
dans ce saint synode. » — Un peu après les juges dirent : « Notre pieux empereur,
ayant appris votre demande, laisse à votre volonté de délibérer, relativement à ces
cinq : Juvénal, Thalassius, Eusebius, Basilius et Eustathius, ce que vous jugerez
bon. » — Quand les juges furent rentrés et qu'ils eurent dit que les évêques égyp-
tiens avaient présenté à l'empereur une supplique dans laquelle ils avaient inséré leur
profession de foi, ils demandèrent au synode de les laisser entrer et de faire lire leur
foi devant le synode. Ceux-ci entrèrent et les autres, par leur insolence, les tournèrent
grandement en dérision. Ils exigèrent ensuite d'eux qu'ils anathématisassent Euty-
chès, et les pressèrent de souscrire à la lettre de Léon. Les révérends évêques
égyptiens s'écrièrent : « Nous ne pouvons souscrire sans archevêque. » — Comme ils
les outrageaient de plusieurs manières, les insultaient et les appelaient même héré-

1. Mansi, VII, 68. — 2. Gr. : <7<pa£ov. — 3. Mansi, VII, 10.— 4. La phrase est incomplète; lems.
porte xaTocffTXo-tç ; mais il faut probablement lire : I^Jo = xorcâôeaiç. Cf. Mansi, VII, 48.

54

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

tiques, les révérends évêques égyptiens dirent par l'intermédiaire de Hierax1, l'un
d'entre eux : «Nous avons déjà suffisamment exposé notre foi dans la pétition que nous
avons présentée ; et il ne semble pas que nous ayons pensé quelque chose de contraire,
à la foi [198] catholique. Comme les religieux évêques de notre province sont très
nombreux, nous ne pouvons, nous qui sommes en petit nombre, parler en leur nom.
Nous supplions Votre Altesse et ce grand et saint synode d'avoir pitié* de nous et
d'attendre notre archevêque3. » —Après qu'ils eurent beaucoup supplié, qu'ils eurent
été méprisés et outragés, les évêques et les juges décidèrent enfin qu'on leur accorde-
rait un délai, et qu'ils s'engageraient'* à ne pas quitter la ville avant qu'il y eût un
évêque d'Alexandrie. — Et après cela le reste ne fut pas écrit dans les Actes.

§ X. — Extrait de la Ve Action5. — Les juges unirent plus ou moins les évêques et
les firent passer6 pour signer le Tome de Léon. De la sorte, ils firent et établirent une
définition. — Quand ils furent réunis et eurent pris place selon la coutume, les juges
dirent : « Ordonnez qu'on nous fasse connaître ce qui a été décidé relativement à la
foi. » — Asclepiades, diacre de l'Eglise de Constantinople, lut la définition qu'on
jugea bon7 de ne pas insérer dans les Actes.

Quand elle eut été lue, quelques-uns protestaient. Jean de Germanicia passa au mi-
lieu et dit : « La définition ne va pas bien8. Il faut qu'elle soit complète. » — Anato-
lius de Constantinople dit au synode : « Cette définition vous plaît-elle? » Et les évê-
ques, à l'exception des Romains et de quelques Orientaux, s'écrièrent : « La définition
nous plaît à tous. Telle est la foi des Pères. Quiconque pense autrement est un héré-
tique : qu'il soit anathème! Jetez dehors Nestorius! Que quiconque n'anathématise
pas Nestorius sorte9 dehors! » — Anatolius de Constantinople djt : « Hier, cette dé-
finition a plu à tout le monde. » — Et de nouveau les mêmes révérends évêques s'é-
crièrent : « La définition plaît. Nous ne croyons pas autrement. C'est la foi des Pères.
Cette définition est agréable à Dieu. C'est là la foi des orthodoxes. Qu'il n'y ait point
de perfidie dans la foi !»

Un peu après Paschasinus, Lucensius i0 et les autres venus de Rome dirent:
« Vous n'adhérez point à la lettre apostolique du pape. Ordonnez qu'on nous accorde
un rescrit11, et que nous nous en allions ; là aura lieu un synode. » — Alors les juges
dirent : « Si cela vous est agréable, que dans l'édifice du martyrion18 se rassemblent
six évêques orientaux, trois d'Asie, trois du Pont, trois d'Illyrie, trois de la Thrace,
en présence de l'archevêque Anatolius et de ceux de Rome ; et quand chaque chose
aura été examinée par eux régulièrement, ce qu'ils auront approuvé au sujet de la foi
vous sera communiqué. » — De nouveau, lés révérends évêques mentionnés plus

1. 'Iepdnuo;. Ms. : leraqinos; d'anciennes versions lat. donnent Hieracin(us). — 2. Lire : >^>o*.U.
_3. Mansi, VU, 56. — 4. Litt. : qu'ils donneraient des arrhes. — 5. Mansi, VIT, 99 sqq. — 6. Peut-
être à lire : o»av| « les firent » signer. — 7. Lire : L&±. — 8. Gr. : oùx ex et xa/ûc;. — 9. Lire : «ûû£j —
I^Ôr, — 10. Ms. : Louqîanos. — 11. àv-rtypaça. — 12. L'église de la martyre sainte Euphémie,

LIVRE VIII. CHAP. X

55

haut crièrent : « La définition plaît à tout le monde. Que ces paroles soient rapportées
à l'empereur. C'est la définition des orthodoxes. » — Jean de Germanicia vint de
nouveau [199] vers les juges. Les révérends évêques s'écrièrent : « Jetez dehors Nes-
tor[ius]; jetez dehors l'adversaire de Dieu. Tout l'univers est orthodoxe. Hier
cette définition a plu à tout le monde. L'empereur est orthodoxe, Augusta est ortho-
doxe ; les juges sont orthodoxes ; àl'impératrice : longues années ! àl'empereur ; longues
années! aux juges: longues années! Nous demandons à signer la définition1 devant l'E-
vangile. Elle a plu à tout le monde. Qu'il n'y ait point de fraude contre la foi. Celui qui
ne signe pas la définition est un hérétique. Sainte Marie est Mère de Dieu2. Celui qui
ne croit pas ainsi est un hérétique. Juges orthodoxes, gardez la foi! Que personne ne
s'écarte de la définition. C'est le Saint-Esprit qui a dicté la définition. Jetez dehors
les hérétiques ! Jetez dehors les Nestoriens ! Le Christ est Dieu. » — Les juges dirent :
« Dioscorus disait : J'ai déposéTlavianus parce qu'il proclamait : Suo çûasiç. Or, dans
la définition il y a : èx, hôo çtkewv. » — Anatolius de Constantinople dit : « Ce n'est pas
à cause de la foi que Dioscorus a été déposé, mais parce qu'il a fait un interdit3 contre
Mar Léon, et parce qu'ayant été convoqué trois fois par le synode, il n'est pas venu. »

— Les juges dirent : « Recevez-vous la lettre du vénérable Léon?» — Les évêques
s'écrièrent : « Nous l'avons reçue, et nous l'avons signée. » — Les juges dirent :
« Que les choses qui sont dans la lettre soient donc insérées dans la définition. » — Les
révérends évêques dirent : « Qu'il n'y ait pas d'autre définition. La définition confirme
la lettre. L'archevêque Léon croit ce que nous croyons. Qu'on signe la définition. La
définition contient la vraie foi. Léon a dit ce que Cyrillus a affirmé. Il n'y a qu'une foi,
qu'un Seigneur, qu'un baptême. Ecartez la fraude de la définition! » — Les juges
dirent : « Que ces paroles montent jusqu'à notre maître fidèle et sacré! » —Et, sur
l'ordre des juges, Beronicianus, l'excellent secrétaire du sacré consistoire4, se rendit
au palais. Bientôt il revint et annonça ceci au concile : « Notre seigneur fidèle et
craignant Dieu ordonne : Ou bien que, comme il a paru bon aux très magnifiques juges,
[six] des révérends évêques de la province d'Orient, trois du Pont, trois d'Asie, trois de
Thrace, et trois dlllyrie s'assemblent en présence de l'archevêque Anatolius et de
ceux de Rome, dans l'oratoire du martyrion5, et qu'ils établissent une définition de foi à
laquelle tout le monde adhère : Ou bien, si cela ne plaît pas, que chacun fasse connaître
sa foi par l'intermédiaire de son métropolitain, afin de ne laisser subsister aucune
amphibologie ou discorde. Si Votre Sainteté ne veut pas faire cela, sachez qu'un con-
cile aura lieu dans les pays d'Occident, attendu que votre piété n'aura pas voulu ici
trancher la controverse6 au sujet delà foi véritable. » —[200] Les révérends évêques
crièrent : « Longues années à l'empereur ! Que la définition tienne, ou allons-nous-en ! »

— Cecropius, évêque de Sebastopolis, dit : « Nous demandons qu'on lise la définition^

1. I^a-Êo. — 2. ôêotôxoî. — 3. |-i^>3 — àxoivtiwjffia. — 4. Bspovtxtavbç 6 xaOaxr.toj/ivoî ffrjxpïjxâptoç
toû ôet'ou xovo-tffTwpîoy. — 5. Corrigez : « de la martyre (Euphémie) ». — 6, Lire ;       |J> — «Va(Ji?tgoX«oî ?

56

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

et que ceux qui lui sont opposés ou ne la signent pas s'en aillent; pour nous, nous ac-
ceptons ce qui a été convenablement établi et nous ne résistons pas. » — Les révérends
évêques d'Illyrie dirent : « Ceux qui résistent sont des Nestoriens; que ceux qui ré-
sistent s'en aillent à Rome. » — De nouveau les juges dirent : « Dioscorus disait :
J'accepte : ex, Suo (cpuaewv); je n'accepte pas lûo (çusstç). L'archevêque Léon dit qu'il y
a deux natures dans le Christ, unies sans confusion, sans conversion et sans sépara-
tion' dans un 2 Fils unique notre Sauveur. Auquel adhérez-vous : à saint Léon ou à
Discorus? » — Les évêques crièrent : «Nous croyons comme Léon. Ceux qui résistent
sont des Eutychéens. » — Alors les juges dirent : « Ajoutez donc dans la définition
qu'il y a deux natures unies sans séparation, sans conversion, sans confusion dans le
Christ. »

Et conformément à la demande générale, les juges entrèrent dans l'oratoire de la
martyre Euphémie, avec Anatolius de Constantinople, Paschasinus et ses compa-
gnons (venus) de Rome, et le reste de ceux qui avaient été désignés par les provinces.
— Quand ils sortirent, ils prirent place aussitôt avec le sénat, et dirent: a Que le
saint synode, qui garde la foi, veuille bien écouter en silence ce qui a été statué par
les saints Pères en notre présence. » Et ils expliquèrent la définition de la foi3.

Aetius, archidiacre de l'église de Constantinople, lut cette seconde définition qui fut
établie à Chalcédoine :

« Le grand et universel synode assemblé, par la grâce de Dieu et l'ordre des pieux
empereurs Valenti[nia]nus et Marcianus, Augustes, à Chalcédoine, métropole de la Bi-
thynie, dans le martyrion de la martyre Euphémie, a défini les choses qui sont succes-
sivement écrites ci-dessous*: « Notre Seigneur et Sauveur, etc.. » Et plus loin:
« Par un décret général nous avons expulsé la doctrine erronée et nous avons
renouvelé la foi des Pères dans laquelle il n'y a point d'erreur. » Et plus bas :
« Ceux qui professent deux natures avant l'union et prétendent qu'il n'y a qu'une
nature après l'union : le concile les anathématise. » Et un peu plus loin : « Un est le
même Christ, Fils, Seigneur unique, en deux natures, sans changement, sans confu-
sion, sans séparation. »

Quand elle fut lue en entier, les évêques s'écrièrent : « Telle est la foi des Pères.
Que les métropolitains signent maintenant. C'est la foi des Apôtres. Nous admettons
tous cela. » — Alors les juges dirent : « Que l'on fasse connaître à notre divin chef les
choses qui ont été définies par les saints Pères et qui plaisent à tout le monde. »

§ XI. — Quand tous les évêques furent réunis et eurent pris place selon leur rang,
l'empereur Marcianus vint vers eux accompagné des juges £, [201] et ils s'entretinrent
avec eux. Les évêques poussèrent des acclamations selon leur usage. Ensuite Aetius %

1. 'Ao-uyx^^Ç) àxpÉîttwç, xai àStaipéuoç. — 2. Lire : — 3. Sic ms. ; Gr. : « les SS. PP.
ont statué... et expliqué le symbole de la foi ». — 4. Manst, VII, 108. — 5. A la vte session. —
6, uaoa^ll.

LIVRE VIII. CHAP. X

57

archidiacre de Constantinople, se leva et dit1 : « Puisque ce grand concile, saint et
œcuménique, s'est réuni par le dessein de la bonté suprême, et par le pieux zèle de Votre
Sérénité, ô pieux et fidèles empereurs, qui avez reçu de Dieu l'empire universel... »,
et un peu plus loin : « Il a établi présentement une définition orthodoxe, con-
firmée par l'autorité des divines Écritures, que je tiens dans mes mains. Si cela vous est
agréable sur un signe de Votre Sérénité, je la lirai maintenant. » — Et l'empereur
dit : « Lis. » — Et après qu'il l'eut lue et que ceux qui y avaient adhéré, et qui étaient
au nombre de 475, eurent signé, l'empereur Marcianus dit au synode* : « Que le
saint synode dise si cette définition a été portée du consentement de tous les évêques. »

— Et tous s'écrièrent: « Nous croyons tous ainsi; nous adhérons tous; nous avons
tous signé. »

Un anathème, c'est-à-dire un canon, avait été établi dans le saint synode qui se réunit
à Ephèse et qui anathématisa l'impie Nestor[ius], Quand le prêtre Charisius lut en
présence du saint synode le symbole de la foi qu'avait composé Theodosius, il définit
ceci3 : « Il n'est permis à personne d'exposer, d'écrire, ou d'établir un autre symbole
de la foi, abrégé ou développé, en dehors de celui qui fut défini par les saints Pères
qui se réunirent à Nicée dans l'Esprit-Saint. Ceux qui oseraient établir un autre sym-
bole, ou le proposer ou l'exposer à ceux qui veulent se convertir du paganisme, ou du
judaïsme, ou d'une hérésie quelconque, à la connaissance de la vérité, qu'ils soient évê-
ques ou qu'ils soient clercs, seront privés, les évêques de l'épiscopat et les clercs de
la cléricature ; si ce sont des séculiers, ils seront excommuniés. » — Saint Cyrillus
rappelle ces choses quand il écrit à Acacius de Mélitène en ces termes* : « Le saint
synode qui se réunit à Ephèse a fait nécessairement toute diligence afin qu'il ne soit
pas permis d'introduire dans l'Eglise de Dieu un symbole de la foi autre que celui que
les bienheureux Pères assistés de l'Esprit-Saint ont défini. »

Extrait de la lettre de saint Athanase d'Alexandrie à l'évêque d'Antioche de Syrie s.

— « Quant à cette tabella6 dont plusieurs font grand cas, comme ayant été écrite
au sujet de la foi dans le concile de Sardiques, empêchez absolument qu'elle ne soit
lue ou mise en avant; car ce synode n'ait rien défini de semblable. Quelques-uns, en
effet, jugeant' que le synode de Nicée était insuffisant osèrent le demander. A cause
de cela, le synode de Sardiques définit : qu'on ne devait faire aucun changement à la
foi du synode de Nicée qui avait été promulguée par les Pères, attendu qu'il ne lui
manquait rien, mais qu'elle était remplie de piété 8 ; et qu'il ne convenait pas d'établir
une seconde fois un symbole en dehors de celui qui fut écrit à Nicée, [202] de peur
qu'on ne pensât que celui-ci était incomplet, et pour ne pas donner un prétexte à
ceux qui voudraient écrire et définir plusieurs fois ce qui concerne la foi. Donc, si

1. Mansi, VII, 133. — 2. Mansi, VII, 170. — 3. Mansi, IV, 1361. — 4. Mansi, V, 316. - 5. Cf.
Patr. Gr., XXVI, 800. — 6. 7itrràxtov. — 7. f^twaav. — 8. sùdEêta;.

II. 8

58

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

quelque autre ou même si plusieurs proposent cela, réprimez les gens de cette sorte, et
surtout efforcez-vous de les exhorter à la paix » — Or, bien que toutes choses eus-
sent été ainsi exposées par les Pères, à Chalcédoine elles furent iniquement abolies.
Et saint Dioscorus fut jeté en exil à Gangres, en Thrâce, parce que les partisans
de Nestor[ius] répandaient le bruit qu'il pensait comme Eutychès.

Il convient que nous transcrivions, du moins en abrégé, quelque chose de ce qu'il
écrivit de l'exil à Secondinus. •— Il dit : « Personne ne dit que le corps que Notre
Seigneur a pris par l'Esprit-Saint de la Vierge est éloigné et différent de notre corps.
Puisqu'il en est ainsi, ceux qui disent qu'il ne s'est pas incorporé * font mentir Paul,
car il dit3 : « il n'a pas pris des anges, mais il a pris de la race d'Abraham », à
laquelle Marie n'était pas étrangère, comme l'enseignent les Écritures; et : « Il
fallait qu'il fût en toute chose semblable à ses frères. » Ces mots « eu toute
chose » n'excluent rien de notre nature, car (ils comportent) les nerfs, les cheveux,
les os, les artères4, le ventre, le cœur, les reins, le foie, les poumons, et pour le dire
d'un mot : le corps animé de notre Sauveur, qui naquit de Marie, doué d'une âme
raisonnable et intelligente, sans le concours de l'homme ni les plaisirs du lit con-
jugal, était constitué de tout ce que nous avons. « S'il n'en est pas ainsi, comme le
prétendent les hérétiques, comment est il appelé notre frère, s'il possède un corps
dissemblable au nôtre ? Comment peut être vrai ce qu'il a dit h son Père 5 : « Je prê-
cherai ton nom à mes frères » ? Mais éloignons de nous et réprouvons ceux qui pen-
sent ainsi. Il s'est fait semblable à nous à cause de nous ; non pas en image et en appa-
rence, selon l'hérésie des Manichéens, mais en réalité ; il naquit pour nous de la Mère
de Dieu, comme il lui plut. En venant vers nous, il a réparé le vase brisé. On doit le
reconnaître comme l'Emmanuel qui s'est fait pauvre pour nous, selon la parole de
Paul, « afin de nous enrichir par sa pauvreté6 » ; dans son incarnation ' il devint comme
nous, afin que par son amour nous devinssions comme lui. Il s'est fait homme sans
détruire sa nature de Fils de Dieu, afin que nous [203] devinssions les enfants de Dieu
par la grâce. Voilà ce que je pense. »

Et tandis que cet homme gardait prudemment cette doctrine depuis l'origine, il
fut jeté en exil pour n'avoir pas voulu adorer l'image à deux faces érigée par Léon et
par le concile de Chalcédoine. Quand il vit Theodoretus qui avait été déposé, siéger
dans l'assemblée et prendre la parole, il se leva de son siège, s'assit sur une pierre et
dit : « Je n'ai pas siégé avec les méchants, et je ne suis pas entré avec les insensés. »
Et de là, les Nestoriens s'écrièrent qu'il s'était condamné lui-même ; mais le reste
des évêques s'écria: « La foi périt si Theodoretus, le compagnon de Nestor[ius], est
admis; c'est Cyrillus lui-même que nous chassons. » — Fin du récit des choses qui se

1, Le grec est mal traduit : "Oôev xav toOtô tiç y\ é'tcpov irpoëâXXYiTat, itaÛEte xoù; toioOtou;, xai (iSXXov
e'pY)veueiv aùxoù; rcecôs-re. — 2. Lire : -)a*^l M?. — 3. Hebr., n, 16, 17. — 4. Lire : Ij^ooe. — 5. Cf.
Jojï., xvir, 26, — 6. II Cor,, vm, 9, — 7, Litt. : « sa providence ».

LIVRE VIII. CHAP. X

59

passèrent dans la ville de Chalcédoine, quand fut réuni ce synode, lèonien surtout, et
marcianite, impie et sans autorité; car, après les définitions synodales et les canons
des Pères, il eut lieu illègitimementi attendu que les trois synodes œcuméniques et
admis par tout le monde disent que quiconque établirait un autre symbole outre
celui {de Nicée), ou amoindrirait celui-ci ou Vaugmenterait, serait privé de ce quil
avait en lui: quil soit évêque, prêtre ou laïque, parce que cette foi avait étâ définie et
établie par l'Esprit-Saint.

[1971 NOMS   DE CEUX QUI SE RÉUNIRENT DANS  LE SYNODE DE CHALCÉDOINE'

Pour Léon de Rome : (1) Pasqînos Li-
lybœus»; — (2) Louq(e)nsios3; — (3)
Bon(i)fanti(o)s, prêtre *.

4. An(a)tolios prêtre5.

l.Dela Thrace :

5. Qouri(a)qo(s) de 'Eraqlia9 (par)

Louqi(a)na de Byaza7.

6. Rom(a)nos8 d'Eudoxi(o)po[lis],

7. Louqi(a)na de Baza9.

II. De la Thrace IIe :

8. Frontos10 de Philippopolis.

9. S(e)b(a)sti(a)nos de Beroëa.

10. Epîqat[os]11 de Dioqle[tianopolis].

III. De Rhodope12 :

11. B(a)silios de Tr(a)janopolisl3.

12. Doq(i)mas[ioSj'14 de Maronianos18.

13. S(e)rianos16 de Maximianopolis17.

14. M(a)qrinos18de 'E nonta .
[IV. ProvinciseEmimontisi0 :

15. Jobianus Demectu.

V. Provincise lllyrii :

16. Anastasius Thessalonicensis, per

Quintillianumep.Heracliensem.

17. Sozon Philippensis.

18. Dardanius Barlaa.

19. Maximinus Serriensis.

20. Nicolaus Stroviensis.

21. Anopatus Thasutanus.

22. Eusebius Doberutanus.

23. Miliccenus, ........

1. Ici comme plus haut (tome I, p. 247 et 313), nous ajoutons des numéros d'ordre et nous don-
nons la transcription du ms. ; nous avoDS placé en note : 1° les variantes syriaques d'une liste
analogue (B) contenue dans le ms. K, VI, 4 (pages 180-187) du Musée Borgia, à Rome ; cette liste,
moins altérée que la nôtre, est aussi plus complète et permet de combler les quelques lacunes
de notre texte ; et 2° les variantes de la liste latine (L) contenue dans les collections des Conciles
(Mansi, VII, 400 sqq). Quant aux deux listes conservées dans la Prisca collectio canonum, et aux
différentes listes grecques insérées dans les Actes du Concile, leur collation devrait faire l'objet d'un
travail spécial qui ne peut trouver place dans nos notes. —-2. L : Paschasinus. B : u»ûJ-»ao|x»ûao
U^oû-oo^ iru^Xy_ — 3. B : ^«Ui^oo)» iooai.iYuogk. — 4. B : Uooom teoa§.«9j..a=. — 5. Sic ms. ;
lire : (évêque) de Constantinople, d'après L et B. — 6. Lire : — 7. L. : Cyriacus... per

Lucianum. — 8. B : uioajUioo». — 9. L : Byzes. B : lto=>. — 10. L : Frontius ; B : *e4,o&. — 11.
L : Epictitus; B : u»a£l£*u3|. _ 12. Lire : £»o» (B). —13. Lire : mXa^û^.^. — 14. B :
usoa»ao|aoai>o». — 15. Ms. : Maodnianos ; L : Marodianus; B : usoot^o^l. — 16. L : Serenus; B ;
lûûojUj.iso. _ 17. B : Maximiopolis.— 18. L : Macarius; var. : Marinus;B : >ûo... —19. B : Vg»uol.
— 20. Voir la note du n° 32, page suivante.

8*

60

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

VI. Provincise Helladiœ :

24. Petrus Corinthi.

25. Nicœas {yar. : Nice tas) Megarensis.

26. Joannes Messenensis.

27. Ophelimos Getheas.

28. Athanasius Opuntunensis.

29. Irenicus Naupactensis.

30. Domnus Platœonensis.

31. Onesimus Algusanus.

32. Magnus diaconus] *.

VII. De la Syrie 7re :

33. M(a)ksimos d'Antioche.

34. Maq(a)riosde Laodicée, [par Euse-

bius]*, prêtre d'Antioche.

35. Teoqtistos d'Alep.

36. Geront(i)os de Séleucie3.

37. Domalos* de Qennésrîn.

38. P(e)tros de G(a)bouIa5.

39. M(a)rinos de H(a)n(a)z(a)rta «.

40. S(a)bà7 de P(a)ltos8.

41. Our(a)nios» de Gab(a)la 10.

VIII11. De la Syrie IIe :

42. Domnos11 d'Apamée,par Militos1»

de S(a)iz(a)r.

43. M(a)rqos d'Ar(i)st(an).

44. Amakos11 de   Seleucobèle, par

P(a)ula de Srimona 15.

45. [Meletius de Saizar]1».

46. L(a)mkaori[os] deDaphnos", par

Ninor18, son diacre. [198]

47. Timoteos de Balanon.

48. P(a)uIos de Marima.

49. Eutykana19 de Hemat,par Militos"

de Saizar.
IX. Delà Ciliciel™ :

50. Teodo[ro]s de Tarse.

51. M(e)troni(a)nossl de Pomp[ei]opo-

lis, [par Theodorus, métrop.]"

52. Al(e)ks[an]dra de Sébaste.

53. Philipos d'Adana.

54. Hypatios" de Zephyrion".

55. Teodoros d'Augusta.

56. Krispo[s]»6 de M(a)lanon".

57. Salusti(o)s" de Qoriaq[on]'8, par

Philippus d'Adana.

X.Dela Cilicie IIe :

58. Qourios*9 d'Anazarba.

59. Pol(y)chronso d'Epiphania.

1. Les nos 15-32 sont omis par suite d'une lacune dans le ms. Nous insérons le texte de L. Dans
B on lit ainsi ces noms :

3| i£ûoX.^joci        U^j(i\mL^ >fY>a.of>^aa)| .*. }v       usaôija*!» .". t^a|»» tnaauaa» .*. ia^.Ov>.y>on

«,eoa£|ia>ol • ,£3©;§^o|> <aooWao-»-J • spil-ao» >anrn. va.m^.bo • |U,-3?  «aoa*»^|» >a1 ..ojaiso • l*^oîoi?

*Basa*ûaJjo| * sO^Uâ? i^oiusot • sagviiSLn uioaxwo?,') • usjoguûB» uaoa.<Y>,ii.| • "«oki^ii' icoaaa.N.^ol * Uoo^oop»»

2. Compléter ainsi d'après L et B. — 3. B : de Saloniqia. — 4. L. : JRomulus', B : looà^oo». — 5.
L. : Gabalensis. — 6. L. : Maras Onosatensis ; B : "»>l*>. — 7. B : — 8. L. : Palti-
bensis.—9. Lire : ^au^ol (B). — 10. L : Gabaloniensis. — 11. Le titre de la liste latine dit ;
Syrise secundse episcopi VI; mais il n'y a que le premier nom de conservé dans cette liste. — 12.
B : .ûoa^oo». — 13. B : ^Uo; L : Mellitus. — 14. B : >m*a*ool. — 15. Cf. no 48. B : |aa.^y. —
16. B ajoute ici : »U*> uasa^^o. — 17. B : u»ooiaià^*<i»a»1.9||*. — 18. B : »a- t*a. — 19. B :
kJa^o/. — 20. B : ^U>. — 21. Lire : Ijujoî^Uo (B). —22. Ainsi d'après B. — 23. B : ^a^aow.

— 24. Lire : ^jaSll (B). — 25. B : umûi^op ; L : Crysippus. — 26. L. : Mallatanus; B :

— 27. L. : Sallustinus. — 28. B : «i»aciox>; L. : Corrycutanus. — 29. L. : Cyrillus ; B : «»3*ao. —
30. L. : Polychronius ; B : ^^9.

LIVRE VIII. CHAP. X

61

60. Yohann(a)n de Flavianos1.

61. Ind(e)mos d'Ir[en]opolis\

62. Youli(a)nos de Dôrôs3.

63. Basi(a)na *  de  Mopsueste, par

S(e)rapions, chorévêque.
XI. DIsaurie6 :

64. B(a)silios de Séleucie.

65. Teodoros de Cl(a)udiopolis.

66. Youli(a)nos de Q(a)lanadiopolis7.

67. Ywanis* de Diocésarée, par Hala,

lecteur*.

68. Epiph(a)nios de Qostodiopolis 10.

69. [Mampreus Titipolitanus]11.

70. Tyr(a)nos1* de Germanicopolis13.

71. Aqaqi[os] d'Antioche,par P(a)pia14,

diacre.

72. Aumonis de Diotapa15.

73. Elianos   de D(i)samitia lB, par

P(a)ula, sous-diacre.

74. Pâtlis" de Philadelphie.

XII. De la Phénicie Ire :

75. Photi(o)s18 de Tyr.

76. Rouma1' de Sidon.

77. P(a)ulos de 'Akko.

78. Olympios de Payos a°.

79. P(a)ulos d'Ar(a)biail.

80. Teoma de P(o)rpha 5Î.
Sl.PetrosdeBiwlos'Sp.Phot.deTyr".

82. Eustatios de Beirout*5.

83. Teodoros de Tripolis.

84. Her(a)qlîdos" dArca".

85. Al(e)ks(a)ndros d'Ant(a)r(a)das8.

86. P(o)rphyrios de Botron89. [199]

87. P(o)rphyrios d'Eleusia30.
XIII. De la Phénice Libanaise31 :

88. Teodoros de Damas".

89. Ouranios" d'Emèse.

90. Youseph de Ba'albek.

91. Teoma de Yôrdanan".

92. [Va]lerios36 de Laodicée.

93. Eu[s]tateos des Tayayê34.

94. Yôrdaos d'Abila37.

XIV. D'Arabie :

95. Qonst(a)ntinos de Bosra.

1. L. : Flaviados; Rest. : um[^û3]qj|o1^3 (?) ; manque dans B. — 2. B : \ûa^a9oj»|* u»ûsûj!,uoi>

— 3. L. : Rocsutanus ; B : *o»o\ — 4. Lire : (B). — 5. L. : per Sophronium episcopum
Isaurise. Ce dernier mot doit être restitué en titre. — 6. Ms. • de Syria ; rest. : L.$oisa*|. — 7. L. :
Celendorotanus ; B ; n»a»^lli>. — 8. L. : Johamus, var. -.Joannes. —9. Lire : Uoîû (B). — 10. B :
$û£ao|aD} ; L. : Cetestoroensis. — 11. B : toft^oSau^.^ uï>o*19|3 L. ajoute encore deux noms qui
manquent dans notre ms. et dans B : Daniel Anatnostu (var. : Anagnosti), et : Lea-Manditus per
papa diaconem ; ce dernier paraît être une corruption du n° 71. — 12. B : taoeuoja^. — 13. L. :
Germanicensis. — 14. L. : per papa; B :         — 15. L. : Ammonius Latapis ; B : I^I^ûj» .«n*ja>o|.

— 16. L. : Arlianus Selinuntoniensis; B : l^ooooo*. — 17. L : Natalis; B : .a»<^4,i3. — 18. B :
u»o4,a3. — 19. L : Damianus ; B : U^oU. — 20. B : u»ou*49* ; L : O. Aradupolitanus. — 21. L :
P. Porfyritanus ; B : soU13*û3». — 22. B : ; L. : Th. Paneadus. — 23. L. : Biblutanos ; B :
idoi&a^. — 24. L. : per Photium Pureuntanum. — 25. L. : E. Perythropolitanus. B : '.œo^ûa». —
26. B : u»o?[2sû;o\ — 27. Ms. : Thraqa ; rest. : ; L. : Heraclius Arcus. — 28. L. : Alexander
Anaparadu. — 29. L. : Porphyrius Botryopolitanus per Selosseum diaconem; B : Uao spIlV&oa»
U***=*. — 30. L. : Fobforus Strosiadensis; B : U&>*»ioi «*oô»a9aoaa9. — 31. Ms. : Llksîa. B :

la^. — 32. Lire : u*>ûcu»x>, (B). — 33. L : Uranus; B ; <^oHo!. — 34. L : Th. Eutreopolita-
nus. B : ,*>|o«.i. — 35. B : »noôW©. — 36. L. : Eustathius Fylesaracensis (var. : Silesaracensis) ;
B : usft*i^aool. — 37. L : Jordanis Âraviensis. B : >j»ol»$eu.

62

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

96. Eulogios4 de Philadelphie.

97. [Proclus Adraonensis.

98. Theodosius Canothasiensis.

99. Ormisda Philippopolitanus.

100. Flaccus Geroaosotanus,per Cons-

tantium Boslotrostreensem]'.
XV. D'Augusta Euphra[te]sia' :

101. St(e)ph(a)no[s] de Mabboug.

102. [Rufinos]*de Samosate.

103. Teodoritos [de Cyr]5.

104. Yohann(a)n de Germanicia.

105. Timoteos de Doliche*.

106. Evaliqos7 de Zeugma.

107. Sab(i)ni(a)na de Perrhin8.

108. [Patriqios]0 de Néocésarée.

XVI. D'Osrhoène10 :

109. [Nonus et Ibas]11 d'Édesse.

110. Qaiouma du temple de Saida18.

111. Yohann(a)n de Harran.

112. Abr(a)h(a)m de Circesium

113. (D)aniel de Bîrta".

114. D(a)mi(a)nos15 de Callinice.

115. Sophron de Telia.

116. Yohann(a)n des Tayayê19.

XVII. De Mésopotamie :

117. S(e)m on d'Amîd.

118. No(a)h de Hesna de Kîpha".

119. M(a)ra d'Anazit1».

120. Z(e)bina19 de Maipherqat.

121. Eus(e)b[ios] d'Agel".

122. Qaiouma de Çoph(a)nia".

XVIII. De la Palestine Pe :

123. Yobinilios" de Jérusalem.

124. Glocon de Césarée, par Zosima

de Sido

125. L(e)ontinos" d'Ascalon.

126. Phontinos" de Diospolis.

127. P(a)ulos de Ladona'6.

128. Her(a)qlîs d'Azote*'.

129. P(a)noqratios de Nab(a)riosS8.

130. Pol(y)kronios d'Antipatria S9.

131. St(e)ph(a)nos de Yamnia.

XIX. De la Palestine II0 : [200]

132. Severi(a)na s0 de Baisan.

133. 'Es(a)ina de Qapetolis'1.

134. Z(e)binad'Aphâla".

135. Yohann(a)n de Tib(e)rios

136. Yohann(a)n de G(a)d(ara).

1. Euîagius; B : ^aao^Ho), — 2. Lacune de 4 noms donnés par L. Ils sont conservés dans B :
Luga§v£oo£> f*s iûs»^» looooUS » i^ft^oSo |»u*«>ol • |toto|* tro«£ao?l • ^U»!» u»okoo;9. —

3. Ms. : Augusto d'Apkrosia; B : t.aa£©3ol ; L : Augustus Eufrasiensis. — 4. *><xl.3o» (B). L'at-
tribution des sièges de cette province est pervertie dans L. — 5. <aoo$ao» (B). — 6. Ms. : de Lykia ;
U*»o»> (B). — 7. L : Evulciusi B : uoaû^jol (EûoXxto;). — 8. B : — 9. B : uo,;£3. — 10.

Ms. : Azrina. B : Mon'. — 11. Les noms sont en blanc dans le ms. ; L : Nonus Celabasedensis ;
lire avec B : Nonus et Ibas, ta»wo peu. — 12. L : Gaiumas Marcupolitanus.B : l^j» —13. B :

vo.ttoc;a 1;£.mx>*. L : Castrocircon. — 14. L : Macedonopolitànus. — 15. Lire : U*oi (B). — 16.
L : Joannes Sarracenus. — 17. L : Cesariensis',vav. : Zephanensis.-^ 18. B : ^*pU —19. L :
Zebennos. —20. L : Gaiumas Inseles (var. : Jnreles); Eusenius Rufuniensis (var. : Suphanensis).
— 21. B : UiSoj ûu=>». — 22. B ; tooà^Uao.. — 23. B : L : per Sozinum ep. Edinensem. —

24. L : Leontius\ B : usa^oU. — 25. L : Photinus; B : U*£o3. — 26. L : Anthedonensis. B :
(.»o»oûv.|>. — 27. L ; Prselius Agathopolitanus. B : »ooagJ!*o»oi. — 28. L : Pancratius Enàdensis
(var. i Abiadensis). B : t^oo^l-^**»' «f**»^! *&»9. — 29, B : I»*î^»^«(^l? <fln«ij3o?9. — 30. B : t>oH~. — 31.
L : Amianius Capitoliados. B : u»o>P^akl-9Vo» !M. — 32. L. Zebinus Pellestianus (var. : Pellesi*
tanus); B : HP*. — 33. Omis dans L; B : «uao.ila^,}.

LIVRE VIII. CHAP. X

63

[XX. Provincise Paleslinœ tertise :

137. Byrillus Eliensis.

138. Aretas Elusitanus.

139. Musonius Sooronensis [var. : Zo-

roanensis).

140. Marcianus Diotanus.

141. Niz Tiras.

142. Marcianus Gazes.

XXI. Provincise Palœas Epiru] : '

143. Atiqos d'El(i)qopolis\

144. Marqos d'Eorba3.

145. P(e)r(e)gerios4 de Phoniqi.

146. Eutykios d'Enonopolis5.

147. Ql(a)udios d'An(a)ksimo6.

148. Sot(e)rios de l'île de Corcyra'.

149. Ph(i)loqtet[os]8 de Dodona.

150. Yohann(a)n de Protîna9, par Ze-

nob[ios], métropolitain.
XXII. D'Épire1» :

151. Zenob[ios] de Boçra11.

152. Louqa de Doraq(e)n(a)n12.

153. Eus(e)bios de Fl(a)vi(a)nos,3.

154. Patrîs d'Akineos14.

XXIII, De Thessalie :

155. Qost[antinos] de DemelripolisI8.

XXIV. De Crète :

156. Martyrios16 de Georia17.

157. Gen(a)dios de Qanoson18.

158. Qourillos de Sobraton10.

159. Euphratos d'Eleut(e)rios.

160. Dimimitrios de Lousa80.
XXV. De la Bithynie du Pont :

161. Eunomios de Nikomodia.

162. An(a)stasios de Nicée.

163. Youli(a)nadeCô,légat deLéon81.

164. Eleut(e)rios de Chalcédoine.

165. Qalinios d'Euphemia

XXVI. De la Galatie Pe :

166. Eus(e)bios d'Ancyre.

167. Youlianos d'Antioche".

168. Aqaq de Qinos".

169. Meliphtongoss5de Louli(o)polis".

170. Euph(a)nekis dAsopnôn".

171. Louq(a)dios de M(a)hazon'8.

172. Euphr(a)si(o)s de L(a)gana'\

1. Sic  L. Les nos 137-142 manquent dans notre ms. et dans B. Ce dernier porte

qui paraît être une corruption des deux titres,xx et xxr} comme dans notre ms.— 2. B :
uaa.\û3cu^ ; L : Atticus Nicopolitanus ; rest. : usdAoSooij (?). — 3. L. Eurxos ; var. : Eurias ; B :
loiol. — 4. Rest : u»oj^|3; B : u»oi»^|^3. — 5. L : Adrianopolitanus; B : uxi^aSau;*]. _ q
L : Asciamensis ; B : axs*ea»|> >aoq.»,o&£. — 7. L : Sotericus Cercyras Mesitanus; B : t£o<wu;£^oa>
ILn^ljooîc». — 8. L : Philocteus; B : — 9. L : Proticensis, var. : Bruticensis; B r

lû.^o»9». — 10. L : Provinciae Metropolis Epiru. — 11. Le ms. donne : Zenob[ios] metropolis d'E-
piros de Boçra. Nous rétablissons l'ordre d'après L ; B donne : U^oa* vca*^|on K>a*£^o9;gt^o »aa»|/ ,.=>,

— 12. L : Doraciensis ; B : — 13. L ; Apolloniensis; B : m*j|<k9N. — 14. L : Petrus Eci-

miensis, var. : Ethimiensis. — 15. L : Demetriados ; B : tm^aôl;^*!**. — 16. Lire : u»o*»a^;so._

17. L : Gargiensis; var. : Gortynensis; B : — 18. L : Gnosutanus. — 19. L : Subsetanus ;

B : 'ASû^Ulaoaot. — 20. L : Dimiteius Laupensis; B : 13^» '«a*;^oo|,. — 21. |3Ô!û^3|» UjjIk^I.

— 22. L : Callinicus Apamenus. B : Laa9|. — 23. L : Tabianus; B : Ua^,,. _ 24. L : Acatius Ci-
niianus; B : taoûi^s* u»û*û^|. — 25. L : Melistoggus. — 26. Lire : icoXadd^à\ — 27. L : Hype-
rechius Asponotaniensis (var. : Jaspon); B ; ^ax»!* u»û»j^^9ooi. — 28. L : Laucadius Mnizutanus-
B ; sûJ-4»;>. — 29. L ; Galatiensis ; B : ^.^U».

64

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

XXVII. De la Galatie IIe :

173. TeoqtistosdeP(a)s(i)n(a)da\ par

Phot[ios], archidiacre.

174. Elpid[ios] de H(a)mi[mta]\

175. Myst(e)rion5 d'Amôria [201].

176. Aqoula d'Euksiados*.

177. Qouri(a)kos de Troqanaron5.

178. Payos de Paninisa6.

179. Longinon de D(a)sision7.

XXVIII. [De la Cappodoce]* Ite :

180. Tal(a)sios9 de Césarée.

181. Lousi(a)nos10 de Nysse.

182. F(i)rminos de Hamîmta".

[XXIX. Provincise Cappodociœ IIX :

183. Patricius Tyanensis.

184. Theodosius Nanziazenus.

185. Aristomachus Colonensis.

186. Cyrus Cybistroneusis]

XXX. De l'Arménie Iie :

187. Yoh(a)nn(a)n de Sébaste.

188. [Cecropios]11 de Sebastopolis.

189. [Yoh(a)nn(a)n de Nicopolis]u.
XXXI. De l'Arménie IIe :

190. Qost[antinos] de Mélitène15.

191. [Aqaq] d'Armanton,6.

192. Armios 47 [d'Arabissus] par Eudo-

mios18 prêtre.

193. Yoh(a)nn(a)n d'Arqâ par Epi-

ph(a)n[ios]19 prêtre.

[XXXII. Du Pont:]*3

194. Armos*1 de Qôm(a)non.

195. Domnos de Qos (Cucusus)

XXXIII. Du Pont Polèm[oniaque] :

196. Doroteos de Néocesarée'3.

197. Yoh(a)nn(a)n de Palodemonios,4.

198. Qrâtidi(a)nos de Qarasta".

199. Atarbios de Trébizonde.

XXXIV. De ïHellespont" :

200. S(e)leuqos d'Amasia.

201. Antoninos de Miso".

202. P(a)ralios d'Andrapon 28.

203. Our(a)nios [dTbara89.

204. Atiqos]30 de Zelon.

205. Antiokos de Sinope31.

XXXV. De Paphlagonie :

206. Petros de Gangres.

1. L : Pesinuntos'; B : ^oNû»3». — 2. L : Mirecenonthermis ; B : »aoauû*»û»o» li.aso.aa-*. — 3. L :
Miterius\ B : «aôottlt icoo.»;otê*poao. — 4. L : Aquilas Eudoxiados; B ; taaoJU*&3o»l» (sic). — 5.
Quiriacus Troenadensis; B : ^l^oo^». — 6. L : Pius Petenensis; B : ^fwi.fra^ u»oU9. — 7. L :
Longinus Orcissu; B : vam^pi <£oou^&. — 8. Sic, d'après L et B. — 9. B : usa»nl. — 10. L : Mu-
sonius; B : im*i*£oa». — 11. L : Thermis. — 12. Sic d'après L ; lacune dans notre ms. B donne :
.;. ^^a^ûO» ifiûojao » Lj&OCv •£oq3^oo££a«il • ia»o4*l|j' tfsoO»ao*|l • t-j-»^* uaoaiû*j^,P. — 13. B :
imXa3a£>AajsQûo» \oa*9o^>|j5. — 14. B : «aaii.a9jx.J» ^.o*. — 15. B ; |a^,|il|ao*. — 16. B : «a*Aû|c|
^otLsojl». L : Ariarantheus. — 17. L : Adonius : Lire ; toaaoojl ; B : u»ûisftû>|j useù^o»'. — 18. L :
per Lucium presb,; B : aseuUo»l^at — 19. L : per Eufronium presb.; B : usaooîâSl^. — 20. Le
titre manque dans les deux ms. syr. ;L omet cette province et les nos 194, 195. — 21. B : taool^ajoi.
— 22. B : (^a|Uol «aoûDoo, ittSMov —23. B aj. : |uao»ao t-u^,&9 »^=. —24. L : Polemonia-
eus. — 25. L : Gratiados Cerassontenus ; B : u»ojtol^|;o?. — 26. B : u»a§oa3à^. — 27. B :
U*tt«m im^oc&. ^a^omool» <moicuago|. L : Antonius Amessinus. — 28. B : 'ra.SAoi f-o ^PljpU «£ooA|3
U»»û. — 29. L : lborensis per Paulum pr. ; omis dans B. — 30. d'après L et B. — 31. B ; P^llj.

LIVRE VIII. CHAP. X

65

207. Et(e)riqos de Polpilos». 226

208. Renos* de Louliopolis. 227,

209. de Daron : Polykrônios3.

210. Aodoros de Sod(o)n\ 228.
XXXVI. De VHonoriade"0: 229.

211. Q(a)lagrios de Myripolis 6. 230,

212. Teodoros d'Her(a)qlios7. 231.

213. Apragolonios de Tayo8. 232.

214. Teophillos d'Adr(i)anopolis9. 233.

215. Genetli(o)s,ù de Qrat^na11. 234.

216. Olympios d'Aphrosia18.

XXXV'II. De l'Hellesponline13 :   [202] 235.

217. Diog(e)niosu de Cyzique. 236.

218. P(e)tros de [D]ardana15. 237.

219. Teolosios de Pariu16. 238.

220. David d'Ard(e)nia17. 239.

221. Eulali(o)s18de Pinon19. 240.

222. Poni(o)s de Todara80. 241.

223. St(e)ph(a)nos81dePymananon2\ 242.

224. Teosebi(o)s de Helion". 243.

225. Ermia d'Abyda. 244.

Daniel de L(a)masqon84.
P(a)triqios d'Ard(a)notronS1'.

XXXVIII. D'Asie :
Stephanos d'Ephèse.
(E)teriqosï9 de Smyrne.
Teoma d'Amîdo

Eus(e)bios de Qalanom(e)nôn28.
Qouri(a)qos d'Area".
Marna30 d'Anin(e)ton31.

Leong(i)ni   de   Magnestia la

Grande".
Qoaiston de Phoqla33.
Proqlos d'Alg(i)nzon34.
Basiliskos de P(a)ralos ÏS.
[Philippus Neaslytanus] 3t.
Daphinos37 de Priolôn38.
01ymp(a)s d'Azonon30.
Eê(a) w d'Elias40.
Esp(e)ros d'Ep(e)nd(a)tos4'.
Proteros4' de Myrina.
Yoaninos43 de Nysse.

1. L : Pompeiopolitanus per Epiphanium presbyt.; B : |*»»û <3..9| ua2^a3a«â>a9. — 2. B :
iA»a»|»# — 3. L ; Polychronius Dadyrensis; B : *m.»|pà\a9. — 4. L : Theodorus Soronensis.

B : ^yOLtoï *û»o5o»o|t. 5. D'après L; B : ./«oiVoûj*. — 6. L : Caligorus Claudiopol.; B :
iai^û3a^à\ovi«>o?L^oUû. — 7. B : misjj^w ; Lire : *aoûAo$|. — 8. L : Apragmonius Tuitanus (var. :
Tuilatius). B : *$U±,i usajà^a^l^l. — 9. L et B ajoutent : per Pelagium presbyterum.— 10. Omis
dans B. — 11. L : Ecratensis, per Elogium presb. — 12. L : Prusiadensis; B : |.^ooiû3ol ; L et B
aj. : per Modestum presbyt. — 13. L : Pr. Hellespontinianse ; B : U*«o|* «aoagoaSJ.g.m^». — 14. L :
Diogenes \ B : «kul^oo. — 15. B : M»»l*». — 16. L : Thalasius Parvi. B : 'm.tw^L. — 17. Adri-
niensis; var. : Adrianensis ; B : l»W»»l. — 18. B : u»*Wol. — 19. L : Pionensis; B :
20. L : Pionius Troadensis; B : Mo^,. — 21. B : a»a»^£aa|. — 22. L : Pymanemus; B : ^«^ooS.

— 23. L : Theoservus (var. : Theusebius) Mu; B : vû^oi» «a&o^oaooII. — 24. L : Lampsacensis; B :
^o|.oo|a<îi.. —25. L : Patricius Adrianopol. ; B : ^oilLojUjl* uxuû.jI^IB, —26. B: |.jaaai»* «*oqû*»|U.

— 27. L : Th. Auliocomenos et Valentiniapol.: B ; vaaAû9auug.iAo *a^ol*. — 28. L : E. Clazo-
menus. — 29. L : Vies (Etles, Edes); B : |»|». — 30. B : .aa^K — 31. L : M. Animeta. —- 32. L :
Leontius Magnesise majoris ; B : Lau^o» *m*£>joV. — 33. L : Quintus Phocensis ; B : Uoaô^ ^û£i»|ao.

— 34. L : Pr. Algizinus ; var : Alosizenus; B : v$>k^? »ûo<kûia9. —35. Basilicus Palseaspolitauus ;
B: iaft^ûâi»à^3j 'caacS^&s. — 36. Sic L. Omis dans notre ms. ; B : ^Uaao|!» â, — 37. L : Rufi-
nus\ corr. : M»ai*90j (B). — 38. L : Briolonilanus. B ; ^o.^? Lire : ^a»^. — 39. L : Olym-
pius Ebazotanus; B : ^io!». — 40. L : Es. Eleas; B : hmSs». — 41, L : Esp. Epitanensis; B :
"».£>91*. — 42. L : Petronius; B : ««oa.^e3. — 43. L : Neonius Myssenus; B : «»©U«».

II. 9

66

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

245. Paolinos de P(e)rp(e)ronos'.

246. [Marqelinos de Metropolis] \

247. Youli(a)nosde Eupaphon8.

XXXIX. De Lydie :

248. Floditos* de S(a)rdon».

249. M(e)neqratos de Qar(a)sion8.

250. P(a)triqios de Qarasto7.

251. PoIyq(a)rpos de Tab(a)la8.

252. P(a)ulos de Tripolis.

253. Helia de 'Endôn».

254. Qônsios de D(a)raqeseon 10.

255. Am(a)nios de S(e)lgion11.

256. Andr(e)a d'Eum(a)ta!\

257. Dionysios d'At(a)lia13.

258. G(e)m(e)lios d'Aqtratoniqil4.

259. Alqimedis de S(e)Iadron15.

260. Louqios d'Apollonis(i)ru 16.

XL. De la Pamphylie [Ire] :

261. Epiphanios de P(e)rgia

262. Teophilos d'Ari(a)snon18.

263. D(a)nodotos de L(a)us(a)nia19.

264. [Neon Ymysu (var. : Sinisu).

1. L : Perperenotanus; B : — 2. B : *flo©Wa9'usoaiXo;»; notre ms. répète ici le

n° 243. — 3. L : Julianus Hypepotanus; var. : Abianus Iperotanus. — 4. L : Florentius. — 5. B :
n0;|^»,. — 6. L ; M. Corassensis ; B : ^ooslilo*. — 7. L : P. Eracensisi var. : Herassensis; B :
^aa»!;©,. — 8. L : P. Gabalensis; B : !H=!^,*. — 9. L : E. Vendutanus; B : v^j*3». — 10. L : Confinius
Geratesanensis ; var. : Hierocsesar ; B : (..^oaooj»* a»awmioo. — 11. L : Amantius Selgon; B :
^^U». — 12. L : A. Satalenus; B : mool^»». — 13. L : D. Attanensis. — 14. L : G. Stratonic.;
B : M^o^i^ao» usoà\*>L^. — 15. L : Al. Elladensis; var. : Eulandensis; B : vo;,U*oo». — 16. L :
Leuclus Apolleosieru. — 17. L : Ep. Pergensis; B : l^-9^- — 18. L : Th. Adriassu ; B ; ^okû/iaoN,

— 19. L : Theodorus Lausaniensis; B : U*oa\» iaoo^oh». — 20. Suppléé d'après L; B : oloN*»»,

— 21. L : Poglotensis ; B : ^^^9,. — 22. L : lsindonensis. — 23. L : Macedon Magidniensis;
B : va^j»' sOîotûJ.*. — 24. L : Maras Codroylonensis; B : i«>U». — 25. L : Amphilochius; lire :
i*oa»ûàVâso1. — 26. L : G. Suedronensis ; B : ^Maao». — 27. L : E. Elletonensis ; B omet. — 28.
L : M. Coralensis; B ; — 29. L : Eusebius Cottinensis ; B : vûi^ac, «aa.j^l. — 30. L :
Obremus Coracesiensis. — 31. Titre omis dans L, où ces évêques sont mêlés à ceux de la Pam-
phylie IIe. — 32. L : Aristodytus Olympuensis ; B : o3.>a\o? .Asa^Uû^caôl. — 33. L : P. Capidalensis ;
B ; *«i^»0)û». — 34. L ; Cyrinus Patalensis. — 35. L : St. Limmitensis ; B : vpjasooW». — 36. L ;
Zenodotus Telimisu ; B : amaS^» u»o^o»l»i. — 37. L : Cronlon Pasendonensis ; B : ^pjxwop. —
38. L : Ph. Barbarensis ; B : vo;=IUs». — 39. L : Th. Antifollensis.

265. Paulus]" de Pourgalion31.

266. M(a)rq(e)linos d'isiandon".

267. Maqedon de Magron".

268. Marouq de Qodr(a)lon".

XLI. De la Pamphylie H6 :

269. Amphilosios18 de Side.

270. Gaiosde Sydrôn".

271. Eudoksios d'Elenôn

272. M(a)rqi(a)nos de Qor(a)lanon".

273. Eugaios de Qotanôn".

274. Ambr(o)sios de Qoraqoqon30.

XLII. De Lycie31 :

275. Rom(a)nos de Myron.

276. AristoteIi[s] de Lympo".

277. Eudoksios de Kom(a)tos.

278. Paladios de Qord(a)lis33.

279. Qourinos de Patara5*.

280. St(e)ph[an]os deLibyron35.

281. Nanadotos de T(a)l(a)madiu38.

282. B(a)donizon de Papidos 3\

283. Philipos de B(a)rbon38.

284. Teodoros d'Antiphalouî9.

LIVRE VIII. CHAP. X

67

285. L(e)ontios d'Ar(a)qsôn

286. Antipatros de Qamon2.

287. Qratinos de Paron(o)mou3.

288. Andréas de Poelateon4.

289. Nikolaos de Qrasu8.

290. Rom(a)nos de Bobonon6.

XLIII. De Lycaonie :

291. Isiphoros7 d'Iconion.

292. Neptolomios de'Qoron8.

293. P(a)ullos de Darba.

294. Paltorios * de Lystra.

295. Roufos [de Hydes10.

296. Tyranos]" d'Amaneon18.

297. Àiouliosde Larkada13. [203]

298. Eug(e)ni(o)s de Qanon 14.

XLIV. De Pisidie :

299. Porolis'5 dAntioche.

300. Eutrophlis16 d'Adadou.

301. P(a)ulosde Philomelis'7.

302. Paulinos d'Euphemia,8<

303. Teotoqnos de Troaenou19.

304. Aeroetiqos de Metro[polis] *°.

305. Qouros de Synin(a)dou".

306. Likanios" de P(a)laton.

307. Al(e)ks(a)ndros de Séleucie:

308. 01(e)mtompiosM de Sozopolis.

309. Photinos de Sal(a)gasou".

310. Masalinos de Laodicée.

311. Bas(o)s de Masp(o)Iis

312. Folr(e)ntiosM d'Adrianopolis.

313. Mous(o)dias de Lymanon*7.

314. M(a)ksiminos do Zozoulon*8.

XLV. De Carie :

315. Qrat(o)ni(a)nosdePhrosdisriosM,
-316. Dion(y)sios dAntinou30.

317. Iwanis dAlisdon31.

318. Phlaqilios d'Asiou33.

319. Paneios dAizôn33.

320. Dyonnysios d'Her(a)qlitomou8V.

321. M(e)n(a)ndros d'Heraqlès35.

322. Alb(i)d(i)q(i)os d'Eupit(e)nos36.

323. Iwanis dAmozonos37.

324. Tynkanios dApollonia38.

325. Teodoritos d'Elabidons9.

1. L : L. Araxenus. — 2. L ; A. Caumenus ; B : ^pWc*. — 3. L : Panormitanus. — 4. L :
A. Phtoleotanus ; B : „ptlo$9t. — 5. L : Nicullus Acrassutanus ; B : oao»|ûU «ûooUoqo. —6. L :
Somanus Bobonensis ; B : — 7. L : Onesiphorus; B : looojoâ^aftjl. — 8. L : Neoptolemus Cro-

nensis; B : ^aujaoi H a£«9ol\ — 9. L : Plutarchus; B : </*>û£ôek3. — 10. B : ho>>. — 11.
D'après L ; B : »*oû»ojagg. — 12. L : Imadanensis ; B : «*ooJ»Uooi». — 13. Oscholias Lalandensis ;
lire ; |w»H. Larenda ; B : M»»H» iûaai^om3|, — 14. ; L : Eugenius Cœnon. — 15. L : Pergamius;
B : «aottjjao^a. — 16. L : Eulropius;B : sO*t9o^,. — 17. B : ^i»U.9». — 18. L : Longinus Apa-
menus) B : u»aii>>a9. — 19. L : Theoctistus Tyatu (var. : Tyrcu); B; a«Hû£> usaa^s^ot. — 20.

h : Fortlcius Metropolitanus ; B : vca^Xa9;^>o «mav.£jo||. — 21. L : Cyrus Cinandensis ; B :
o?l»w»9. —22, L : Libanius; lire : ««o.*!^ (?) ; B : >*ota^. —23. L : Olympius ; B : «sn.ioà^.

— 24. B ; «ooa^.J.ûo» usaau£ja9„ — 25. L : Bassones Neaspolitanus ; B : m»\a9ao^. u»au«l3,
—- 26. L : Florentius ; B : u»ai»§...»à\a9. — 27. L : Musonius Limenensis; B : usoouxwiea*», — 28.
B : v^oi». — 29. L : Cretonianus Aphrodisius; B : «*»ai«i.^,|;o. — 30. L : D. Antio-
çhenus;lire :         (B). — 31. B : sp».^» naooiAa*. —32. L : Placalus Jassu; B : a»ii>.a9cuas| * *oû*ûU9.

— 33.L ; Panias Enydonensis; B : vjsuil*. — 34. L : Dionysius Latomenus ; B : o»o2i^o»oi» a^âia**,

— 35. B,: a»a§>>Uix>j«> ir»o>.«*. — 36. L : Eupithius Stratonicensis ; B : .aoa^^ûo u»o*io9oU
u»aû^û|,|^»». — 37. L : Joannes Onayzonensis ; B : «aoûjoM». — 38. L ; Tichanius Apoll.) var. :
Tutelanius Apilonensis ; B : <*»ai»aja{,. —39. L : Th. Alabandensis, B : «aoa£o>a|t.

9*

68

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

326. Iwanis de Qanidon*.

327. Et aussi M(e)nidisios d'Haliqar-

nasos par Youli(a)na prêtre*.

XLVI. De laPhrygie Salutaire1 :

328. Marinios* de Synadon6.

329. Eus(e)bios de Dorylée.

330. M(a)rios d'Eul(a)ndron«.

331. Moqimos de Vapsou7.

332. Philipos de L(a)gdaos8.

333. Epiphanios de Mardeon".

334. Aberqios de Leop(o)lis10.

335. Qour(a)qios d'Asr(a)phia

336. Eutikos de Dosimon".

337. B(a)silios de Namia13.

338. Aqoulas d'Aorqalonu.

339. Str(a)t(e)genos de Polyqatou'3.

XLVII. De la Phrygie Pacalienne'6 :

340. Enoksinos17 de Laodicée18.

341. Danielos de Qadon'9.

342. Mod(e)stos de Sebastia20.

343. Eul(a)lios de Siournon*1.

344. Matios de Tmesi(a)nou".

345. P(a)uIos d'Arisphon

346. Barios" de Dionys(o)p(o)lis.

347. Genadios d'Aqamonia".

348. Ev(a)ndros de Dioqlia".

349. Genadios de Mos(i)nou*T.

350. Teoma de Theodosiopolis2*.

351. Philipos d'Anqra20.
(Sindara de Disios30).

352. Yonis de Trazeopolis11.

XLVIII. [Provincise Neson" :

353. Joannes Rhodu.

354. Euphrontius Chiu.

355. Florentius Mitylenes.

356. Barachus Naxensis.

1. L : Joannes Nidiensis. — 2. L : Calandion Acharnasrensis (var. : Halicarnassensis) per Pu-
lianum pr. ; B : ^oû»,^^. _ 3. Lire : ai*§.o|S. Mais le titre est interverti avec le suivant. Les
évêchés (328-339) sont ceux de la Phrygie Salutaire ; B : U;£oU*û. — 4. L : Marinianus. — 5. L :
Sjnadensis; B : .^leU»». — 6. L : Miros Bilandensis ; B : vO»o»o\o!> o»q>;^o. — 7. L : Epsu;
B : k»ploij. — 8. L : Lyciados ; var. : Sygiada ; B : ^>o^^. — 9. L : Mardagensis. — 10. L :
Avircius Geraspolitanus ; B : u»àVâo~|j* osoa^*p|. —11. L : C. Eucarpensis; B : ^ô*>û3|* uttoaôoc.
—12. L : Eusiochius Docimii; B : .^«oo»» «A»aa.^ool. — 13. L : B : Nacoliensis ; B : |X<£>sfj». —
14. L : Aquila Antoclinus; B : *ckjûo»ol» sj^ûo'. — 15. L : Strategius Polybatenus; B : vca^è^*0
û^|dxû3i. — 16. Lire : U^U». Les évêchés (340-352) sont "ceux de la Phrygie Pacatienne ; B :
oi^,U>).d. — 17. L : Nuneckius; B : <isoa*3pa.. — 18. L : Jaudocias Trimitaria; lire : Laodiceee
Trimitarise ; notre ms. et B font de ce dernier mot un nom d'évêque. — 19. Ms. : Trimitaria de
Dakialosdoadon, lire : «£oà\Ljf ; L : Daniel Cadonensis ; B ; sp»)©» .«»oU-*-j*. — 20. Lire :

iaoo.£oso*a->o ; B : «Aa*£>ûo| joso. — 21. L : E. Siuriensis; B : >a*;„-ï.ao?. — 22. L : Mathias Themesia-
nensis; B : oum)*^* iaoojL^o. — 23. L : P. Aristensis. — 24. L : Charis ; B : — 25. L :

G. Acmonensis; B : Ujov»ûjû|,. — 26. B : |^afio<M u»o»>IjoI.— 27. L : G. Mossynensis; B : ^o^sooao».
— 28. L : Omis dans L. — 29. L : Ph, Agirassidensis; var. : Ageyrassydera; B : | jl^aolioo*!». —
30. Sic ms.; à corriger d'après la note précédente. — 31. L : Joannes Trapezuntanus ; B : «m*jla*
'Aa2i.o49î|^,». — 32. Pour les nos 353-365, notre ms. dit simplement : « 4 des lies, 7 de Cypre,
2 d'Afrique, dont [nous n'avons pas les noms] ». Nous suppléons d'après L ; B donne ainsi les noms :
.•. tâoaS^ icoo«j|j[s • «aoû^S*  <nfl.^o>)^9o| • |,ju^,n^.so» t£a*£>j|faSâ • «aooioi? ^i_*.a» • ; |t?k^v

LIVRE VIII. CHAP. XI

69

XLIX. Provincise Cypru :

357. Olympius  Constantiensis, per

Didymum ep. Latipensem.

358. Epaphroditus Connessensis.

359. Soteras Theodosianus.

360. Photinus Cythirenus.

361. Eliodorus* Amathuntus.

362. Didymus Latipensis.

363. Procuchius Arcenoensis.

L. Provincise Africœ :

364. Valerianus Bassianensis.

365. Valerianus Afrus]2.

(CHAPITRE XI). —Nous écrivons les Plérophories3, c'est-à-dire les témoi-
gnages véridiques, écrits en toute exactitude et recueillis de livres autorisés par
Mar Jean, disciple du saint évêque Mar Petrus libérien, qui montrent clairement,
par la révélation de VEsprit-Saint, que l'assemblée impie de Chalcédoine a eu
lieu dans la colère de justice et Vabandon de Dieu.

I. — Notre Père le saint évêque Petrus* nous racontait que quand il était à Cons-
tantinople, avant d'avoir renoncé au monde, Nestorius5 vivait encore. On accomplissait
la solennité des Qarante-Martyrs dans l'église appelée Mdrîa; Nestorius se leva pour
faire l'homélie. Il était doué d'une voix claire6. Il dit dans cette homélie : « Tu ne dois
pas être glorifiée, Marie, comme si tu avais enfanté Dieu; [204] car, ô excellente, tu
n'a pas enfanté Dieu, mais l'homme instrument de Dieu ». A l'instant un démon1
s'empara de lui à l'ambon 8 même. Il luttait en vain et était [sur le point9] de tomber
de l'ambon. Les diacres le prirent et le firent entrer dans le diaconion. Dès lors la
plus grande partie du peuple s'éloigna de sa communion, surtout les gens du palais,
et moi aussi, bien que je fusse fort honoré par lui,0.

IIe histoire. — Notre Père racontait que Pelagius d'Edesse, moine admirable et
prophète, ayant entendu le blasphème d'Ibas le réprimanda et eut beaucoup a souf-
frir de sa part. Etant persécuté, il vint dans les contrées de la Palestine et y habita
dans la retraite, alors que Juvénal vivait encore, avant le synode. Il avait continuel-
lement des visions, et se rendait constamment auprès d'Abba Petrus qui vivait dans

1. Omis dans B. — 2. B termine la liste par cette note : « Tous les évêques réunis dans le synode
étaient au nombre de 633; il en est qui ont signé par l'intermédiaire des autres. »

3. ITXYipocpopcat. —L'ouvrage, composé primitivement en grec, existe en syriaque dans le ms. Add.
14,650 du British Muséum, foll. 90-134. Nous donnons quelques variantes d'après ce ms. que nous
désignons parla lettre L. Une traduction française a été publiée par M. F. Nau, dans la Revue de
l'Orient chrétien, t. III (1898). Michel ne donne qu'un résumé, et les paragraphes ne correspondent
pas toujours à ceux de l'ouvrage. Voir dans l'Introduction le chapitre consacré aux Sources de
Michel. — 4. Pierre l'Ibérien. Comp. sur ce personnage : R. Raabe, Petrus der Iberer (Leipzig,
1895) et les sources indiquées par l'auteur ; J. B. Chabot, Pierre l'Ibérien d'après une récente pu-
blication (Paris, 1895). — 5. Ms. : Nestorinos. — 6. L : Ux> »***jJo Uû Iooi >*o©i&-1. — 7. L : le*».
— 8. Br^a. — 9. Cf. Pseudo-Dents, ad ann. 743. — 10. L : ^a*fc. low ,.0>vO.

70

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

la solilude sur le rivage1 de Mayouma de Gaza. Un jour qu'il était venu discuter avec
lui sur les pensées vertueuses, il fut ravi en extase et vit, sept ans d'avance, la trans-
gression qui eut lieu à Chalcédoine. Il prédit l'empereur Marcianus. Il dit : « Ce
temps nous atteindra aussi, moi et toi, ô Abba ; nous serons persécutés avec les
saints, et nous finirons dans la persécution ». — Ce qui arriva*.

IIP histoire. — Pelagius eut encore une autre vision avant l'époque du synode; et
il se mit à dire en pleurant : « Malheur à Pulcheria ! Malheur à Pulcheria ! ». Et comme
on le pressait souvent* d'expliquer ce qu'il avait dit, il répondit : « Pulcheria, qui a
voué à Dieu sa virginité et qui a chassé Nestorius, est sur le point de prostituer sa
virginité, de déchirer la foi et de persécuter les saints ». — Ce qui arriva : elle se
maria à Marcianus et changea la vraie foi *.

IV0 histoire. — D'après ce que raconta Pamphilus5, diacre de Jérusalem, le même
Pelagius étant la nuit en prière auprès du Golgotha fut ravi en extase et se mit à dire
avec larmes : « Juvénal! », par trois fois; et ensuite, sur les instances (du diacre)
il lui fit cette révélation : « De même que tu vois maintenant Juvénal entouré de
moines et de foules6, de même tu le verras conduit par les soldats7 [et les démons] ».

Ve histoire. — Le même (moine) vit en esprit ce qui devait arriver. Il dit à Abba
Petrus et h Jean l'Eunuque : « Méditez les Ecritures, mes fils! et quand le Christ
vous confiera ses églises, priez pour moi ». Il indiquait d'avance leur ordination. Et
comme Petrus s'étonnait, et ne comprenait pas ce qui avait été dit, car il évitait
même de parler d'ordination, il dit au vieillard : « Tu ne sais pas ce que tu dis ! » Et
Pelagius répondit en souriant : « Je sais, moi, ce que je dis. Que celui qui doit s'en
affliger s'afflige !»

VI. — Ce même (moine), au temps de la transgression de la foi, faisait cette
prière : « Seigneur mon Dieu! préserve-moi de transgresser la foi, jusqu'à la fin.
Prends ma vie où tu voudras, soit dans une auberge soit dans un hospice; garde-moi
seulement d'être transgresseur ». Ce qui arriva. — Pelagius, étant persécuté, s'en-
fuit à Ascalon près de l'aubergiste Cyrillus et mourut là. Quelques gens de Mayouma
vinrent le prendre et l'ensevelirent sur le rivage, dans le monastère de Haroun le
marchand de blé. Les évêques étant persécutés, l'évêque Petrus s'en était allé; se
trouvant à Oxyrynchus de la Thébaïde, la nuit où mourut Pelagius, de loin, il le vit
qui venait vers lui, joyeux, le saluait et lui disait : « Abba, prie pour moi; car je m'en
vais vers le Seigneur ». Ayant noté ce jour, il trouva que c'était celui où Pelagius mou-
rut. La mère de celui-ci l'avait conçu, enfanté et élevé, en jeûnant les samedis8. Etant
devenu grand, il vit qu'on accompagnait au tombeau, dans la douleur, un grand per-
sonnage ; et des funérailles de celui-ci il s'enfuit au couvent.

1. labrum. — 2. Cf. Ps.-Dents, ad ann. 757. — 3. L : ,** \ts*a& ojûLj. — 4. Cf. Ps.-Dents,
ad ann. 757. — 5. Ps.-Dents, ad ann. 757. — 6. L : cux»?-^>, « de "clercs ». — 7. Lire : ItUo W»o>.
— 8. Ou : « les semaines ».

LIVRE VIII. CHAP. XI

71

VII. — Jean, prêtre d'Alexandrie, de la maison 1 de Tatianus, raconta que quand
il était jeune il alla trouver (Abba) Elladius* le célèbre1 prophète de Cellae4, pour
savoir si le Seigneur approuvait sa voie. Il lui dit : « Attends ; car je ne vois pas main-
tenant de tranquillité. Dans quelque temps la persécution atteindra les églises, et
ensuite tu viendras ici ». Gomme je le questionnais, il dit : « Un empereur impie,
nommé Marcianus, s'élèvera'et amènera les évêques à dire par écrit que celui qui a
été crucifié n'était pas Dieu. Dioscorus d'Alexandrie ne 1 écoutera pas> il sera persé-
cuté par lui et mourra en exil; un apostat lui succédera; mais en ces jours-là s'élè-
vera un pontife faisant la volonté de Dieu ». Il désignait Timotheus et l'impie Pro-
terius. Il fit en outre connaître que Timotheus reviendrait [205] à son siège et
mourrait peu de temps après. Lui ayant demandé d'apprendre ce qui suivrait, il me
dit : « Il te suffit (de savoir) jusqu'ici. D'ailleurs, après cela le temps de l'Antéchrist
s'avancera ».

VIII. — Abba Zenon, le mendiant5 et le prophète, de Kephar Sé'arta, village de
la Palestine, fit une prophétie, avant le synode, à Abba Stephanus, qui désirait parti-
ciper aux mérites 6 de l'exiL Étant venu trouver Abba Zenon et l'ayant interrogé,
celui-ci lui dit : « Va, reste en paix ! La persécution des hérétiques est sur le point
de s'élever, et alors sans le vouloir tu iras en exil ». Ce qui arriva. — Abba Zenon
mourut une année après7 le synode, dans la douleur à cause de l'apostasie qui s'y fit8.

/X — Abba Innocent[i]us, de Pamphylie, archimandrite', raconta qu'il y a là une
vallée profonde où, avant le concile, l'un des ascètes vit le diable qui vint vers lui, et
lui dit : « Prosterne-toi et adore-moi! » — Le saint l'ayant invectivé, le démon s'en
alla en disant : « Pourquoi refuses-tu de m'adorer? Voici que je vais rassembler tous
les évêques et faire un synode où ils m'adoreront19 ».

X — Lorsque le synode fut sur le point d'avoir lieu, le soleil" devint subitement
ténébreux et obscur ; il plut des pierres13 dans la ville sainte et en beaucoup d'endroits
de la Palestine. Elles ressemblaient à celles qui sont fabriquées par les hommes. Il y
avait sur elles des signes divers et étranges. Plusieurs en recueillirent, et certains
s'en étant servis sans le savoir, devinrent aveugles. — Eusebius13 un chantre (?) de Jé-
rusalem en recueillit qu'il montra à l'impératrice Eudocia et envoya14 à Constanti-
nople comme preuve de ce prodige qui marquait l'aveuglement qui allait s'emparer du

1. De la famille, de l'église, ou du couvent. — 2. L : «a»a*^; »aoa»^,. La leçon de notre ms. est
confirmée par Land [Anecd., III, 192), et par le Ps.-Dents, ad ann. 757. — 3. Sic L; ms. : « le

grand ». — 4. L : |k-»àû». — 5. Litt. : « celui qui circule ». — 6. L : |Lo»û«ao « aux vertus », aux
avantages. — 7. L : « avant ». — 8. Ps.-Denys, ad ann. 757. — 9. Litt. : « chef des frères ». Cf.
Ps.-Denys, loc. cit. — 10. L : ).3a.ohq.SI vpoi^s ^oLo ieaojzco t»1 »=^o i.3o-ûâa.3| ^oï^S^ M loi
* là. ^,,^1. — 11. L : « le ciel ». — 12. Ps.-Denys : |.9o_*-*; P»*., signifie proprement collyre,
et limaille ; il s'agit peut-être d'une sorte de talisman contre les maux d'yeux. L'abrégé arménien,
traduit aussi par « pierre ». — 13. L ; «isoa^ûeojw, — 14, : « qu'elle envoya ;>»

72

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

monde ; l'apostasie des évêques; comme a dit Isaïe1 : « Les serviteurs de Dieu sont
devenus aveugles ». On voyait de la poussière fine* sous ces pierres. — Saint Pierre
et André, son disciple, attestaient cela, ainsi que le miracle du Samaritain3 aveugle
qui oignit ses yeux avec le sang des moines mis à mort près de Neapolis4, à l'époque
de l'apostasie, et recouvra la vue; et (celui de) l'oblation qui fut changée en chair et
en sang, dans l'église des Apôtres à Césarée, et dont plusieurs prirent (des parcelles)
et les conservèrent chez eux; elles restèrent ainsi longtemps après5.

XI. — Le jour où Marcianus ceignit la couronne, 1*obscurité occupa toute la terre ;
et on sait que cela est consigné dans un écrit public". Elle signifiait l'obscurité qu'il
devait causer et l'aveuglement pour la religion. Cette obscurité persista jusqu'au soir.
L'impie imagina de dissiper la tristesse causée par les ténèbres qu'il avait occasionnées ;
il écrivit des lettres publiques' en ces termes : « Tout l'univers doit attendre l'abon-
dance des plus grands biens de mon règne* ; puisque l'obscurité de l'empereur9 mon
prédécesseur est dissipée et que la lumière de mon règne éclatant la remplace19. »

XII. — Il y eut aussi un. autre prodige à Jérusalem qui signifia l'outrage fait à
Dieu. La croix de l'église de l'Ascension fut frappée de la foudre et réduite en pous-
sière. Les fidèles en furent fort affligés ; et l'impératrice la fit remplacer par une
autre de bronze du poids de six mille livres11.

XIII. — Abba Petrus et Abba Esaïa causaient ensemble. Abba Esaïa1* raconta que
Abba Paulus de Thèbes, qui était âgé de cent vingt ans, lui dit : « Après vingt ans
aura lieu une apostasie des évêques, causée par un empereur impie, Marcianus, qui
régnera six ans et mourra. Après lui viendra pendant quelque temps un homme faux
[qui rendra]iJ une paix partielle aux églises, puis cessera. Et ainsi se dérouleront
les événements jusqu'à la venue de l'Antéchrist ».

Abba Zenon,appelé des Trois-Cellules", était à Enaton d'Alexandrie. Philtatus,8(?)
raconte à son sujet que s'étant rendu près de lui, il le vit tenant une chaîne dans
ses mains, et le regard fixé en haut. « Pensant qu'il priait, j'attendis longtemps,
puis je me tournai pour sortir. Il cria : Pourquoi pars-tu? et il me dit : Ecris que
saint Timotheus qui est aujourd'hui en exil reviendra bientôt à son siège et réta-
blira l'orthodoxie. Il mourra au bout de deux ans, et son archidiacre lui succé-
dera. Du temps de celui-ci il y anra dans l'Eglise un schisme qui ne sera pas guéri
jusqu'à l'Antéchrist ».

XIV. —Abba Paulus, le sage1B, raconta qu'avant le synode un des saints17 qui sont

1. Cf. Is. xLir, 19. — 2. Lire : k^» (L). — 3. Lire : L^o». Cf. Land, III, 128. - 4. uscAeôLi. Cf.
Land, III, 127. — 5. Ps.-Denys, ad ann. 758. —6. Lire : L*flcoo|i (L). — 7. Lire : ^a^O!»!» |Co-*&n3
(L). —8. Lire : uiaïi.» (L). — 9. Sic L; ms. : « des empereurs ». — 10. Cf. Ps.-Denys, ad
ann. 762. — 11. Cf. Pseudo-Dents, ad ann. 759. — 12. Cf. Land, III, 346. — 13. L :
|.u* pi.o <*i| ; le Ps.-Denys (ad ann. 757) a la même leçon que notre ms. — 14. 1ûw»^o ub^L
(L). —15. L : *e~££ua| — 16. «o?t«fo Cf. Land, III, 162,192. — 17. Abba Andréas. Ps.-Denys,
ad ann. 757.

LIVRE VIII. CHAP. XI

73

en Egypte eut une vision : Des évêques chauffaient une fournaise ; ils jetèrent dedans
un petit enfant qui ressemblait à la lumière, puis ils la fermèrent. Au bout de trois
jours, il vit l'enfant qui sortait sauf de la fournaise. Il reconnut que c'était le Sei-
gneur. [206] Il lui dit : « Qui sont ceux qui ont fait cela? » Il répondit : « Les évêques
me crucifieront1 de nouveau, et ont médité de m'enlever ma gloire. Ce sont des juifs
que ces Nestoriens qui disent [qu'un homme ordinaire]8, et non pas Dieu incarné, a
été crucifié ». Il vit dans cette même vision un vieillard qui n'était point d'accord avec
ceux qui chauffaient la fournaise. Il demanda qui c'était, et l'enfant répondit : « Dios-
corus, qui seul ne consentira pas à l'injustice des évêques », Il ajouta : « De ce que
Simon le Cyrénéen porta ma croix, Cyrène étant une partie8 de l'Egypte, on peut
connaître que la partie de l'Egypte qui est Cyrène continuera4 jusqu'à la fin à porter
ma [croix] et à s'attacher à moi. »

XV. —Timotheus étant sur le point de mourir raconta que quand il était jeune,
et s'en allait dès le matin à l'école, un vénérable vieillard l'acosta, lui prit la tête dans
ses mains et le baisa en disant : « Salut6, Timotheus, évêque de perfection ». Et après
avoir dit cela trois fois, il devint invisible.

XVI. — Timotheus dit encore : « Une fois, j'allais de Siloah aux endroits qui se
trouvent au-delà, avec une autre personne connaissant ces endroits. Je regardai et je
vis un couvent effondré, et tout autour des arbres desséchés, des buissons, et des vi-
gnes ravagées. Je dis : Comment personne ne prend-t-il soin de rebâtir cet endroit?
L'autre me répondit : C'est le couvent d'où Juvenal a été appelé à l'épiscopat; et
après son apostasie, par la colère de Dieu, il est tombé en ruines, car personne ne
peut y demeurer. Alors je me rappelai6 la parole de Dioscorus qui dit : Juvenal est
devenu le compagnon de Judas. Que sa demeure soit déserte et que personne n ha-
bite sous sa tente, comme il est écrit7 ».

XVII. — Juvenal avait l'habitude, selon une antique coutume, de circuler par les
couvents, pendant le Carême, et de visiter les ascètes. Il vint vers un vieillard qui,
s'en étant aperçu, ferma sa porte. Juvenal, les clercs et le peuple frappèrent sans qu'il
leur ouvrît. Ils commencèrent à menacer de briser la porte, et le vieillard s'écria :
« Antéchrist, éloigne-toi de moi; l'Antéchrist n'entrera pas dans ma cellule. Je ne
permettrai pas à Judas d'entrer ici ». Ceux qui accompagnaient Juvenal s'irritèrent;
mais il leur dit : « Laissez-le; il a perdu l'esprit; l'ascétisme lui a desséché le cer-
veau ». Les habitants de la ville et de la région entendirent ces choses.

XVIII. — Dans l'église appelée la Probatique du baptême se trouvait un jeune lec-
teur8, qui accomplissait son jour (de garde). Il vit Notre-Seigneur qui entrait là,

1. Corriger : wo^^i (L). — 2. Aj. : W^^m. (L). — 3. Ms. : « une ville»; L : |û^o. —4. C'est,
je crois, le sens du résumé; mais le texte de L et du Ps.-Den. dit beaucoup plus correctement :
|*a»ao lâ&a? u©i ; « C'est une prédiction que l'Egypte, dont Cyrène située en Libye est une partie,
portera, etc... ». — 5. Pax tibi. — 6. Liw>-, — 1. Act. ap,, 1, 20. — 8. àvaYvtô(rn)ç.

H. ' 10

74

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

accompagné par les anges, et qui, en voyant les lampes en partie éteintes, dit :
« Que ferais-je à ceux que j'ai comblé de biens, d'huile et de vin, et qui négligent mon
service? Malheur à Juvénal, qui a fait de ma maison une caverne de voleurs et l'a
remplie de fornicateurs, d'adultères et d'impudiques ! » Il entra dans le diaconion et
ordonna d'ouvrir les armoires, et en voyant le corps et le sang couverts de voiles
sordides, il dit à ceux qui l'accompagnaient : « Nettoyez-les et répandez dessus de
la craie ».En sortant, il vit ce lecteur, qui s'était retiré par crainte, et il dit : « Chas-
sez aussi celui-là d'ici ». Le jeune homme tomba la face contre terre et dit : « Aie
pitié de moi Seigneur ! » Le Seigneur dit : « Sors; je ne connais pas tes œuvres ».
Le Seigneur lui dit de nouveau : « Cesse ta négligence, et fais pénitence » ; il ré-
pondit : « Que tes miséricordes m'aident! » Et le Seigneur s'en alla ainsi. Celui-ci
demeura dans la douleur et l'affliction. Lorsqu'il fut jour, tout le monde connut le
prodige, en voyant les linges qui répandaient des rayons de lumière et qui étaient
parsemés comme d'une poussière, semblable à la craie, étrange et surprenante 1 par
son parfum agréable. Juvénal ayant appris la chose ne put en supporter la honte ; pen-
dant la nuit, il fit enlever celui qui avait vu ces choses et le fit disparaître. Où et com-
ment? Dieu le sait.

XIX. — Du temps du bienheureux Petrus, quelqu'un (il n'a pas dit si ce fut lui-même
ou un autre) ayant eu la vision des impuretés qui se faisaient dans le sanctuaire n'y
entra plus depuis ce jour, et ne participa plus à Foblation de la main de [Juvénal]*.

XX. — Dans un cœnobium, c'est-à-dire un couvent, un prêtre ascète, nommé Paulus,
s'appliquait entre autres pratiques vertueuses à ne jamais regarder ni voir le visage
d'une femme. Il habitait dans un endroit situé à 15 milles de Jérusalem. Quand le
synode de Chalcédoine se réunit, il eut une vision et vit une vaste plaine au milieu
de laquelle se trouvait une haute colline, et sur cette colline un ciborium, soutenu
par des colonnes d'or ornées de pierres précieuses [207] et de perles, qui brillait d'un
éclat indicible. Des foules de saints étaient réunis autour et servaient. Une voix cria
duciel : « Que quiconque dit deux natures soit anathème ! » Et ceux qui entouraient l'au-
tel crièrent : «Amen! «Les [foules] qui se trouvaient dans la plaine demeuraient silen-
cieuses dans la frayeur. La voix retentit de nouveau, disant : « Que quiconque divise
l'unique et l'indivisible soit anathème ! Anathèmes les apostats! » Et les mêmes répon-
daient : « Amen! » — Peu de temps après, Juvénal passa près de lui et lui dit : « Je
suis passé près de toi parce que je ne compte plus te voir. Nous montons au combat et
l'exil nous attend, à moins que nous ne foulions aux pieds notre conscience; car ils
nous demandent de corrompre la foi de nos Pères et de confesser les opinions de
Simon et des Juifs : c'est-à-dire que le Christ qui a souffert pour nous n'est pas Dieu.
Prie donc pour moi, maître, afin que je n'aie pas à rougir dans ma vieillesse. »

XXI. — Après cela, ce vieillard, Paulus, vit Juvénal qui se tenait dans un coin,

1. Lire : l»*o>> |a*.o (L), « digne d'admiration ». — 2. Sens d'après L.

LIVRE VIII. CHAP. XI

75

nu, et se cachait à cause de la honte. II était noir comme un chauffeur de fournaise et
ceint d'une ceinture sordide toute rapiécée. Le vieillard lui cria : « Maître! que t'est-
il donc arrivé? » Et il répondit :»« Que ferais-je pour mes péchés? Vois* ma honte. Je
recueille beaucoup d'or pour l'Antéchrist,car il doit venir combattre avec la poussière ».
Quand le vieillard voulut connaître la vision, l'Esprit lui fit comprendre que ces
mots : « avec la poussière » signifiaient : avec l'homme formé de la poussière de la
terre, et que l'Antéchrist devait saisir, vaincre et tromper2 tous ceux qui étaient
terrestres et attachés à la terre.

XXII. — Il y a en Isaurie une ville appelée Titopolis, qui fut bâtie par l'empereur
Titus.Son évêque, nommé Panopropius(P), était supérieur d'un cœnobion, c'est-à-dire
d'un couvent. Il fut fait évêque de force. Quand le synode se réunit, Basilius, métro-
politain de Séleucie d'Isaurie le prit avec lui. Ayant vu, au commencement, les évoques
anathématiser quiconque disait « deux natures», adhérer à Dioscorus et rejeter \e Tome
de Léon, et les ayant vu ensuite déposer Dioscorus, embrasser le diphysisme, rece-
voir Flavianus, Ibas et Theodoretus sans examen, il s'en retourna à son hôtellerie et
s'y enferma, en pleurant et priant Dieu de lui faire connaître la vérité. Au bout de
trois jours, il eut une vision : un grand volume de papier déplié descendait du ciel
jusqu'à terre, et des deux côtés était écrit en lettres brillantes : « Maudit soit le synode
de Chalcédoine! II m'a renié ! Ils m'ont renié ! qu'ils soient anathèmes! qu'ils soient
anathèmes! » Aussitôt la nuit il navigua vers sa ville, où il raconta ce qui s'était passé
et sa vision; il les engagea à persévérer jusqu'à la mort dans l'orthodoxie et à ne pas
adhérer à Basilius. Après cela, il demeura encore 17 ans dans l'épiscopat, gardant
son diocèse de la corruption et ayant beaucoup à souffrir des dangers et des em-
bûches de Basilius.

XXIII. — Stephanus, archimandrite du couvent de Tâgôn, à Séleucie3, dit qu'il ne
croyait pas que Basilius de Séleucie abandonnerait la vérité, parce qu'il prêchait la
vérité intègre4. Quand eut lieu le synode, Basilius abandonna la vérité, et retourna à
son diocèse. Ce Stephanus demanda à Dieu de lui faire connaître la vérité. Pendant
la nuit, il vit Basilius qui entrait à l'église; le peuple courait honorablement au
devant de lui. Lorsqu'il se tint à l'autel, un homme d'aspect terrifiant entra par la
porte occidentale, fendit le peuple, enfonça le doigt de sa main droite dans la bouche
de Basilius au moment où celui-ci allait achever la prière, lui retourna le visage,
et le tira et l'entraîna ainsi jusqu'à ce qu'il l'ait fait sortir de l'église, puis l'aban-
donna. Cela était une prophétie de ce que devait faire maintenant le grand Severus
qui supprima le nom de Basilius et l'effaça des diptyques; il fut exécré et rejeté3.

XXIV. — Stephanus dit encore qu'un des serviteurs du Christ eut une vision :
« Étant petit j'entrai6 dans une grande maison. Je vis des évêques qui siégeaient et je

1. Sic L; ms. : « je vois ». — 2. ^-oî^o. — 3. Séleucie d'Isaurie (L). — 4. Litt. : perbelle
et plene interpretabatur. — 5. Lire : L^o. — 6. L : Il raconta qu'il me vit entrer....

76

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

dis : Voici les apostats. Je pris un fouet et je les chassai. » — Comme l'événement
le montra, cette vision signifie la puissance actuelle des orthodoxes et l'abjection
des hérétiques.

XXV. — Romanus, archimandrite du grand monastère [208] qui est en face de
village de Thecua1, situé au sud de Jérusalem, à environ 15 milles, et dans lequel il
y avait plus de six cents moines, était incité par les fidèles à sortir et à montrer du
zèle pour la vérité2. Il leur persuada d'attendre un peu. Etant sorti du cœnobion, il
entra dans le désert et y passa dix jours dans la prière, pour que la vérité lui fût
révélée. Après ces dix jours, il entendit une voix qui disait : « Va, crois à la foi'
des 318, et tu seras sauvé! » Quand il fit connaître cela aux frères, ils lui dirent :
« Ils affirment que ceux de Chalcédoine tiennent aussi la foi des 318. »I1 retourna au
désert et, après avoir jeûné et prié, il entendit une voix qui disait : « Va, attache-toi à
ceux-ci : à Petrus d'Alexandrie, à Gregorius le Thaumaturge, à Julius, à Athanasius,
à Basilius, à Gregorius, à Jean, à Celestinus, à Cyrillus, à Dioscorus. » Il retourna à
son couvent et fit connaître ces choses. On lui répondit : « Les apostats, croit-on,
adhèrent aussi à ceux-ci, en interprétant faussement leur doctrine. Il faut donc que
tu demandes à Dieu une preuve décisive. » Il retourna au désert et employa les larmes
et la prière. Il vit au milieu du jour un grand volume qui descendait du ciel et sur
lequel étaient écrites ces paroles : « Ceux de Chalcédoine ont apostasie; ceux qu'on
appelle évêques ont transgressé; malheur à eux! Anathème! » Quand il eut vu ces
choses, il fut enflammé de zèle pour la foi, et réprimanda Juvénal [à son retour]3. Avec
les orthodoxes, il ordonna Theodosius comme évêque de Jérusalem et anathématisa
Juvénal. A la fin, il fut chassé, par l'impie [Marcianus]4, à Antioche.

XXVI. — Appius", prêtre de Césarée, raconta qu'étant en exil en Chersonèse, il alla
visiter Timotheus d'Alexandrie. Il lui vit au pied un ulcère qu'on appelle xaxo^Osç9, ce
qui signifie : « mauvaise habitude », parce qu'il produit du pus. Ses compagnons7 ne
s'en occupaient pas parce qu'il ne leur permettait pas de s'en occuper, ni de le soigner 8.
Je voulus lui appliquer un médicament. Je tombai à ses pieds et le conjurai de me
laisser faire ce qui était utile. Il me releva et me dit : « Je ferai ce qui est agréable à
Dieu. » Il plaça son doigt sur son œil et me dit : « Regarde Ja prunelle de mon œil,
dans laquelle il y a comme une épaisse cicatrice. » — « Oui », dis-je. Il se mit à dire :
« Une fois que je veillais et accomplissais le petit office, un homme9 effrayant et terrible,
noir, comme le prophète Job dépeint Satan, vint vers moi. Il entra en traversant la
muraille, tenant à la main un grand livre 10 et s'écria : « Voilà celui qui me résiste!
Prends, et signe maintenant! » Il voulait m'effrayer et me troubler. Je fus fortifié par
le Seigneur et je dis : « Il ne sera rien de ce que tu dis ', je ne suivrai pas ton conseil. »

1. L : |aot. — 2. Sic L : U;» «SA». ; ms. : « pour (propter) les apostats ». — 3. Lacune d'un ou
deux mots. — 4. Sic, d'après L. — 5. L : i*»qi^3|. — 6. L : taa.û-tcuao. — 7. <Tuyxe>>.o:. — 8. Lire :
u&waooK — 9. Lire/ >*»1 (L). — 10. Tomos. Allusion à la lettre de S. Léon.

LIVRE VIII. CHAP. XI

77

II s'irrita, leva (son livre), frappa1 mon œil, et me causa une telle douleur que je crus
mon œil arraché. Au matin, les frères virent comme une goutte de sang et de chair qui
pendait et découlait de mon œil. Habituellement mon œil était éteint. Ils me deman-
dèrent de me faire un remède, je ne le leur permis point. J'attendis, et le secours me
vint de Dieu. Il m'apparut, plaça ses mains sur mon œil, me guérit, me rendit la
vue, et laissa cette cicatrice en souvenir. Celui qui me fit cette plaie est aussi ce-
lui qui a causé celle de mon pied; et de même que le Christ m'a guéri de celle-là, il
me guérira pareillement de celle-ci. » — Par suite de ces visions admirables, saint
Timotheus appelait diabolique le concile de Chalcédoine.

XXVJI. — Un certain ayo~kâpioq, Petrus, raconta au soldat Zenon, qu'il aimait
Nestorius et louait le synode et Marcianus, et qu'il avait vu en songe un homme qui
lui dit : « Jusqu'à quand erreras-tu, et n'embrasseras-tu pas la vérité? Viens! Je te
montrerai où est Theodosius, et où est Marcianus. » Et il lui montra Theodosius
qui était dans une lumière inaccessible plus resplendissante que le soleil. « Puis il
me conduisit, dit-il, dans un autre endroit plein de fumée et d'obscurité. II pria et
Marcianus apparut un instant; je le vis torturé et suspendu par des crochets de fer
au milieu du feu. Alors je crus et je devins chrétien. »

XXVIII. — Cyriacus [209] et Julius, moines cypriotes, racontèrent qu'en Cypre
se trouvait lemartyrion de Spiridion* qui, outre la grâce des miracles, avait plusieurs
autres dons; de sorte que si quelqu'un lui vouait un mouton, une colombe, ou un
autre animal, et le lâchait de sa maison, l'animal allait de lui-même au martyrion, sans
conducteur. Après le synode, ce saint apparaissait manifestement sur les routes à ceux
qui venaient à son temple, et leur disait : « Un tel ! je suis celui vers qui vous venez ;
je vous dis maintenant : N'allez pas là, et ne communiquez pas avec les apostats; car
je me suis éloigné de là. »

XXIX. — A Sebastia de Palestine où repose le cadavre de Jean, dans le martyrion,
il y avait deux châsses : l'une du Baptiste, et l'autre du prophète Elisée; un trône
convenable était aussi placé en ce lieu. Il y avait là le portier3 Constantinus. Le prêtre
Apollos*(?) demanda à celui-ci : « Qu'est-ce que ces choses? » Et à peine lui fit-il par
contrainte cette révélation : « Saint Jean siège sur ce [trône] pendant la nuit et
tout d'abord j'entre le vénérer ». Lorsque le synode eut lieu, le pieux Constantinus
en fut affligé, parce qu'en fuyant la communion (des Chalcédoniens) il était privé de
la familiarité de saint Jean, et s'il demeurait il serait forcé d'apostasier. Le saint lui
apparut et lui dit : « Ne perds pas ton âme par l'apostasie; mais pars, garde ta foi
sans trangression, et partout où tu iras je serai avec toi ». — Il sortit immaculé et
mena une vie sainte dans l'exil.

XXX. — Le religieux Zosimos circulait, cherchant une solitude, et vint à Bethel. Le

1, U»soo. —• 2. L dit : « le martyrion d'un martyr dont j'ai oublié le nom » ; sur Spiridion de Cypre,
cf. Socrate, I, xn. — 3. Ttapa(j.ovâptoç. — 4. L : u»o^; lire : »*oàï\Sl (?)#

78

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

portier 1 de l'endroit lui persuada de demeurer là près de lui. Il lui fit connaître qu'il
était éloigné de la communion des apostats. L'autre lui ayant promis qu'il ne lui cau-
serait aucun désagrément à cause de cela, son esprit fléchit et il resta. La nuit, il
vit le patriarche Jacob vêtu d'un pallium, se promenant dans ce lieu, qui lui dit :
« Comment, toi qui es orthodoxe, veux-tu rester en cet endroit? Ne transgresse pas
ta foi à cause de nous; mais fuis les apostats ». — Et il fit ainsi.

XXXI. — Abba Petrus raconta de saint Heliodorus qu'il était monté sur le Tau-
rus 8 de Cilicie, habitait avec les bêtes, se nourrissait de pousses et de racines, et au
lieu de vêtements, était couvert de sa chevelure. Après un certain temps il fut sur-
pris par des chasseurs, et, contraint par les hommes, il habita dans un couvent avec
des frères. Étant sur le point de mourir, il dit à ses disciples : « Après 24 ans aura
lieu l'apostasie de la foi par les évêques; mais fuyez en Egypte : là sera conservé le
reste des orthodoxes ». — Ce qu'ils firent; et un de ses disciples raconta ces choses
à Abba Petrus.

XXXII. — Abba Petrus dit encore* : « Quand Theodosius mourut, un saint homme,
se trouvant dans sa cellule, entendit une voix qui disait : « Voici que le ciel est
ébranlé; il est sur le point de tomber et d'écraser la terre : et personne ne s'afflige !
L'empereur orthodoxe est mort! »

XXXIII. — Tandis que Nestorius était en exil en Thébaïde, un certain xoji/rçTiavéç
fut envoyé pour donner la gratification* aux soldats. Il alla près de lui, et lui an-
nonça qu'il était convoqué au synode, et qu'un [AaYtsxptavéç5 venait derrière lui (pour
le chercher); Nestorius s'enorgueillit et dit : « Avais-je donc tort de dire que Jésus
n'est pas Dieu, ni Marie mère de Dieu? » Et aussitôt sa langue se détacha et sortit
beaucoup de sa bouche; il la dévora et mourut6. D'après ce qu'affirme Theodorus,
qui fut ensuite évêque de cet endroit, la terre ne voulut pas même recevoir son cada-
vre, mais elle le vomit par trois fois. Les gens de l'endroit furent obligés de l'enve-
lopper dans une corbeille et de le suspendre au mur. Saint Timotheus affirme cela
dans l'Histoire ecclésiastique qu'il composa.

XXXIV. — Potamon, moine de Scété, monta en Egypte; ayant vu notre Père, il
lui dit : « Ne t'affliges plus, Abba Petrus, évêque, ne t'affliges plus; car Dieu exercera
bientôt la vengeance. Voici que l'Eglise de Dieu prie pour vous autres pontifes, et ce
sodomite, ce meurtrier sera tué justement ». — Il parlait de Proterius ; et trois jours
après Proterius fut tué;

XXXV. — Un certain diacre, celui qui instruisit Abba Petrus, habita 35 ans dans
le désert de la Thébaïde. Ensuite il entendit une voix qui disait : « Basilius, va dans
le monde et combats pour la foi; l'apostasie des évêques et de l'empereur est sur le

1. uapaiiovapto;. —2. L : « au sommet des montagnes, dans les forêts du Taurus de Cilicie. » —
3. Cf. Pseudo-Dents, ad ann. 762. — 4. |^», piya, donatimm. — 5. Ms. : magistrios, corr. :
(AaycTrptavô; (courrier impérial), d'après L. — 6. Cf. Land, III, 119.

LIVRE VIII. CHAP. XI

79

point d'arriver ». Il vint dans le pays de Lycie et trouva une caverne, sur le bord de la
mer, où il habita pendant 12 ans. Ayant été découvert par les habitants de l'endroit,
il vint [210] dans la région habitée et y établit deux monastères : d'hommes et de
femmes. — Il entendit de nouveau une voix qui lui dit : « Basilius, va, reprends Nes-
torius de Constantinople qui m'a renié ». H y alla et le reprit devant le peuple, tandis
qu'il prêchait. Mais comme celui-ci ne se corrigea point, il cria en disant : « Ana-
thème à toi, Nestorius! » — Ayant vu l'empereur Theodosius, il lui dit : « Pourquoi
es-tu baptisé au nom de la Trinité, si tu ne la confesses pas? car voici que Nestorius
enseigne contre la Trinité ». Il fut alors saisi par le préfet ' Flavianus, frappé, flagellé
et condamné à l'exil. Pendant qu'il priait le Seigneur, une brique tomba et frappa à
la tête Theodo[sius] qui en vint à la mort. Quelqu'un des siens eut un songe et lui dit :
« Tu as souffert cela à cause du serviteur de Dieu, Basilius ». Aussitôt il le fit venir.
Celui-ci blâma l'empereur et lui ordonna de tenir un synode pour mettre fin aux
blasphèmes de Nestorius. Ce que fit l'empereur en réunissant le synode d'Ephèse.

XXXVI. — Eliana, femme pieuse, épouse de Damarios, eut trois* ans d'avance
l'apparition d'un ange qui lui dit : « Eliana, Eliana! dans trois ans Nestorius siégera
sur le trône de Constantinople. Fais attention, prends garde à toi; ne reçois pas de
lui la communion ». — Quand il fut institué, elle ne consentit pas à recevoir de lui la
communion. Quand Basilius le réprimanda, comme nous avons dit, elle cria des por-
tiques supérieurs en disant : « Anathème à toi, Nestorius ! » Elle fit cela parce qu'il
lui fut révélé auparavant que la vision qu'elle avait eue se rapportait aux hérétiques'
diphysites. — Quand Nestorius fut chassé à Oasis, il fut pris par des Barbares ap-
pelés Mazices3 et emmené en captivité. Ensuite, il fut libéré et vint à la ville de Pan,
ainsi appelée à cause de cet animal* à deux natures. Là, il finit dans un cruel tourment.

XXXVII. — Abba Petrus raconta, alors que je me trouvais avec lui à Arqa de Phé-
nicie, que lorsqu'il était enfant et vivait en ascète à Constantinople, il se prit à penser
comment, puisqu'il n'y a qu'un Dieu, nous confessons une Trinité égale en essence et
en nature; et si celui qui s'est incarné était l'une des personnes de la Trinité. Or, il
vit dans une vision l'apôtre Pierre qui le conduisit dans un lieu élevé, le plaça devant
lui comme un enfant et lui montra dans le ciel une grande lumière inaccessible qui avait
l'apparence de la roue du cielb, en lui disant : « Voici le Père »; et aussitôt une autre
qui suivait la première et lui était en tout semblable, et au milieu était notre Seigneur,
le Nazaréen, comme on le représente, et il lui dit • « Voici le Fils » ; avec celle-ci était
une troisième6 lumière semblable aux précédentes, et il lui dit : « Voici le Saint-Esprit.
Il y aune essence, une nature, une gloire, une lumière, une divinité et trois personnes ;
mais bien qu'elles soient toutes les trois inaccessibles, celle du milieu est figurée avec
l'aspect de l'homme Nazaréen pour montrer que celui qui a été crucifié est une des per-

1. |jiâyt<TTpoç. — 2. C^t. — 3. Ms. : Mouriqoi L; correct. : ao-* P° = MâÇixeç. — k. Corriger ainsi
d'après L : |Lo— «*©i ^ô«so. — 5. L : l**»**, « du soleil ». —6. |û^L».

80

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

sonnes de la Trinité et non pas une autre. Les deux autres lumières sont de pures
lumières, inaccessibles, sans figure, incompréhensibles ».

XXXVIII. — Un certain Anianus d Alexandrie fut baptisé par notre Père. Il avait
une femme attachée aux diphysites. Comme elle refusa de croire à la vérité, elle tomba
malade et fut à la mort. Elle eut une vision où il lui semblait qu'on la conduisait dans
un endroit ténébreux et obscur, où on entendait les voix de ceux qui gémissaient ; puis
on la conduisit' dans un autre endroit plein de lumière où des foules de saints étaient
occupés à'glorifier. Les anges lui dirent : « Ceux-ci sont ceux avec qui communique
ton mari ; les autres sont les évêques qui ont participé au synode et ceux qui les suivent.
Pour toi, si tu veux venir à la lumière, nous demanderons que tu vives encore une
année ». Alors elle se réveilla, appela son mari, lui fit connaître ces choses et reçut
la communion des orthodoxes. Elle vécut un an, et mourut.

XXXIX. — Claudianus*, procureur de l'église d'Eleutheropolis, étant sur le point
de mourir eut aussi une révélation semblable à celle de la femme dont on vient de
parler. Aussitôt, il se fit conduire 3 sans tarder au couvent d'Abba Romanus, qui était
à environ 5 milles. Il confessa ce qu'il avait vu, participa à la communion et se fit
moine. Trois'jours après il mourut. La cause de ce salut digne d'admiration fut l'au-
mône* et la miséricorde qui est toute puissante.

Quarantième [histoire]. — Bonifat[i]us, prêtre romain, n'admettait pas même de
converser avec les diphysites. Il avait vu dans une vision [211] un homme mort,
placé sur une civière devant le Saint-Sépulcre : il était en putréfaction et l'air était
rempli de sa puanteur. Tout à coup, il revint à la vie, et se disposait à donner des avis5.
Il tenait h la main un livre qu'il donna au prêtre Bonifat[i]us : le livre était orné à
l'extérieur, mais à 1 intérieur il était rempli de pourriture6. Celui-ci comprit que
c'était Nestorius qui, après sa mort, devait revivre en la personne de Juvénal.

XLI. — Un certain diacre qui remplissait son office à son jour, dans l'église de la
Résurrection, s'unit à une femme et entra pour dormir, selon la coutume, au Calvaire
dans la chambre d'hiver. Une voix se fit entendre : « Ohl quelle souillure a accomplie
Juvénal dans ma maison! Chassez cet impudique ! » Au matin il fut trouvé dans son
lit gisant sur la place. On l'éveilla et il dévoila sa faute.

XLII. — La bienheureuse Mîqa', de la région d'Ascalon, était âgée de cent ans. Elle
vivait dans la chasteté. Elle dévoila à plusieurs, à propos delà transgression faite par
le synode, que Satan lui apparut et la menaça en disant : « Pourquoi excites-tu les gens
contre le grand synode ? » et, l'ayant chassée de son siège, il renversa les briques du
siège ; et il lutta avec elle jusqu'à ce qu'ayant été fortifiée (par la foi)8 elle le mit en fuite.

XLIII. — Deux moines de Cilicie0 racontèrent à notre Père qu'ils étaient allés en-

1. Lire : wa\a01o (L); cf. texte, p, 208, I. 36. -- 2. Lire : Mcîijo (L). — 3. Lire : **icî^olo; cf.
note 1. — 4. Lire': |ko»| (L). — 5.       dans notre ms. et dans L ; p.-ê. à corriger « à marcher».

— 6. Ou « de charbon ». — 7. |jà»*5 dans les deux mss. — 8. Sic L. — 9. Corr. ; Ua^»o, d'après L.

LIVRE VIII. CHAP. XI

81

semble trouver Theodorus de Mopueste, et il le virent insensé1 au point de rejeter les
Epîtres et les Actes des Apôtres* et l'Evangile de Jean. Ils le blâmèrent; mais il les in-
vectiva et leur dit : « Il n'appartient pas aux moines de scruter ces choses ou des choses
semblables. » Trois jours après il fut saisi par un démon. Il se mordait et se dévorait
lui-même, et il mourut ainsi.

XLIV. — En Pamphylie, il y avait des moines orthodoxes et des diophysites qui,
en coupant du bois, commencèrent à discuter. Ils convinrent de faire l'épreuve du feu.
Ils jetèrent dans un bûcher l'Encyclique de la foi, le Symbole de Chalcédoine et le Tome
de Léon. Aussitôt le Tome de Léon fut consumé, ainsi que la définition de Chalcé-
doine; mais l'Encyclique demeura intacte. En voyant cela, les diphysites firent
pénitence et devinrent orthodoxes.

XLV. — Le bienheureux Basilidès raconta que dans un village, à côté de Ptolémaïs 3,
le prêtre de l'endroit discutait avec un ignorant qui était orthodoxe. Le prêtre lui dit
enfin: « Veux-tu savoir qui croit la vérité? Allumons le feu, et meltons-y, moi et toi,
notre main droite; on saura que celui dont la main sera conservée est orthodoxe. »
On leur attacha la main à tous les deux avec des lianes, et ils les approchèrent du feu.
La main du prêtre fut consumée en un instant : celle du fidèle ne fut en rien lésée. Les
spectateurs louèrent Dieu.

XLVI. — Dans le village de Saltou4 vivait le bienheureux Epiphanius. Le prêtre
du village le persécutait % parce qu'il se tenait à l'écart et ne communiquait pas avec
lui. Ayant été menacé par celui-ci de grands opprobres et de coups s'il ne communi-
quait pas, Epiphanius et ceux qui habitaient avec lui6 se préparaient à fuir. Or, le
jour même, le prêtre tomba subitement et mourut. La crainte s'empara de tous les
habitants du village qui communiquèrent avec Epiphanius.

XLVII. — Quand Abba Petrus habitait à Alexandrie une voix dit à Abba Pior, Père
des moines et prophète : « Va trouver Petrus, le confesseur expulsé, et console-le. »
Il dit : « Qui me montrera où il est? » On lui répondit : « Mets toi en route et ne t'in-
quiètes pas. » Quand il entra à la porte de la ville, une colonne de lumière le dirigea
jusqu'à l'endroit où le saint résidait. Quand il frappa, le bienheureux eut peur. Il [lui]
dit : « N'aie pas peur, Abba Petrus, je suis le pauvre Pior ». Ils se réjouirent ensem-
ble. Le saint le prit avec lui pour baptiser le fils du propriétaire de la maison. Pior
vit au dessus de la tête du saint la grâce du sacerdoce; il se mit à trembler et s'écria :
« Seigneur! Seigneur !» Et à peine consentit-il à toucher (l'enfant) avec lui dans le
baptême.

XLVIII. — Une fois, Abba Pior vit une troupe de moines qui portaient une grande
croix sur leurs épaules, par ses deux extrémités, et qui se tournaient mutuellement

1. L : « enragé contre Dieu ». — 2. Dans les deux mss. : « Les Epîtres des Actes des Apôtres » ;
corr. : tw.mnfto. — 3. Lire : l»*»^9 (L).— 4. |fc>3| £s*;ofcùo* og^ao» 1,~ — 5. Lire : oûm (L).

— 6. Lire Uavas.; c-à-d. <: son couvent » ('?).

II. 11

82

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

le dos. Les uns tiraient par ici, les autres du côté gauche, et ils se gênaient1 mutuel-
lement. — Cela signifiait le schisme qui existe maintenant dans l'Eglise*.

Abba Lucius, de Cellœ, eut aussi une vision spirituelle et dit : « Le temps s'avance
où deux (partis) s'efforceront de rendre témoignage en faveur du Christ pour l'ortho-
doxie, sans communiquer* l'un avec l'autre.

XLIX. —La bienheureuse Orbicia eut une vision dans laquelle il lui semblait
monter la nuit à l'église de l'Ascension pour y prier. Comme elle était prosternée
sur [212] les degrés, elle vit sous le portique une femme vêtue de pourpre et resplen-
dissante. Elle tomba de frayeur. Cette femme était la Mère de Dieu : elle la releva en
disant : « Ne crains pas, matrone »; puis, regardant du portique, elle dit à Orbicia :
« Comment est la montagne?» Celle-ci répondit : « Elle est comme remplie de bois
coupés* ». Et la Mère de Dieu lui dit : « Comme tu vois cette montagne, ainsi sera
bientôt l'Église de Dieu : il y aura des schismes jusqu'à la fin ».

Cinquantième histoire. — Le solitaire Zenon avait prédit que Leontius d'Ascalon
deviendrait évêque, mais ne mourrait pas évêque. A la fin, il devint évêque d'Asca-
lon. Il aimait beaucoup Nestorius, et lui envoyait des présents en exil. Au synode de
Chalcédoine, il pressa Juvénal de signer l'apostasie. Lorsqu'il voulut revenir, les Asca-
lonites méditèrent de le chasser ou de le lapider; il en eut connaissance et partit
pour Cypre. Étant mort là de colère 5, ses gens l'enlevèrent pour le ramener à Asca-
lon, et le placèrent sur un navire. Sur le même navire se trouvait le cadavre d'un
cocher ascalonite qui était mort dans la ville impériale et que ses serviteurs ramenaient.
Une tempête s'étant élevée, on jeta du lest; ils voulurent jeter le corps du cocher
et garder celui de l'évêque. Mais la justice (de Dieu) fit qu'ils jetèrent le cadavre de
Leontius. Quand ils arrivèrent à Ascalon, on ouvrit le cercueil et on trouva le cadavre
du cocher ayant sa coiffure 6 sur la tête. Les gens de Leontius furent remplis de con-
fusion. Ils voulurent cacher l'affaire, mais tandis qu'ils l'enterraient comme si c'était
l'évêque, elle fut dévoilée.

LI. — Abba (Petrus) disait : « Trois ans avant le synode, vers les sept heures, à
Jérusalem, nous vîmes trois soleils, l'un à l'Orient, l'autre à l'Occident et le troisième
au milieu du ciel. Quel était ce prodige et cette vision? Dieu seul le sait ».

LII. — Que ceux qui nous disent : « Tout l'univers communique avec l'Église, et
vous, qui êtes peu nombreux, vous êtes séparés! », sachent que de tant de myriades 7
(de gens) sortis de l'Egypte, et qui ont vu tant de prodiges : deux hommes seule-
ment sont demeurés inébranlables, tandis que les autres sont devenus transgresseurs
et ont péri dans le désert. Moïse a dit8 : « Ne participe pas au mal avec la mul-
titude ». Et en Perse, quand tous les captifs de Juda adoraient la statue, trois

1. Lire : ^^£S» ; L : ^P**. — 2. Parmi les monophysites ; (au temps de Sévère d'Antioche?).

— 3. Sic d'après L et le contexte; ms. : « et communiqueront ». — 4. Litt. : « de coupures de

bois ». — 5. Ou « par la colère » (de Dieu). — 6. Lire : — 7. Lire : (L) ; ms. : « com-
bien de Pères » . — 8. Ex., xxm, 2.

LIVRE VIII. CHAP. XI

83

(enfants) seulement demeurèrent fidèles ! Auxquels veux-tu te joindre? h Josué fils
de Noun et à Galeb, et aux trois jeunes gens? ou à tout le peuple qui adora la
statue d'or? » — Cela doit être considéré à propos de la multitude qui se trouva à
Chalcédoine, dans le synode des apostats. A son sujet on doit répéter très à propos la
parole de Jérémie 1 : « De nombreux pasteurs ont dévasté ma vigne; ils ont souillé
mon héritage. Ils ont changé ma portion fertile en un désert inhabité ». Et encore 2 :
« Un (seul) qui fait la volonté (de Dieu) vaut mieux que mille ».

LUI. — Quand Juvenal revint du synode les moines se réunirent pour le confon-
dre 3. Abba Petrus refusait4 d'aller avec eux. Notre Sauveur lui apparut et lui dit :
« Je suis outragé; ma foi est transgressée : et toi tu recherches le bonheur de la soli-
tude! » Alors il se leva et marcha avec eux. Theodosius, qui fut ensuite ordonné, était
encore moine. Ils blâmèrent fortement (Juvenal5). On ordonna à un ducenarius6
de s'emparer de Theodosius comme d'un perturbateur. Comme il se disposait à faire
cela, Petrus s'enflamma. Il l'avait connu à la cour7 ; il lui jeta son étole autour de
son cou et dit prophétiquement : « C'est toi qui oses t'interposer et décider dans les
choses de la foi! N'as-tu pas fait telle et telle chose cette nuit? Je suis le moindre de
tous les saints qui sont ici; veux-tu que je dise un mot : et le feu du ciel descendra
s'emparer de toi et de ceux qui te suivent? » L'autre fut ému et se mit à le supplier
en disant : « Pardonne-moi, Mar Nabarnougi8! je ne savais pas que Ta Sainteté fût
ici ». — Et ainsi il préserva Theodosius.

LIV. — Theosebius9, homme éloquent, était perplexe au sujet du dogme des di-
physites. Ayant prié Dieu de lui faire connaître quel parti embrasser, Jean l'Évangeliste
lui apparut et lui dit : « Theosebius, celui qui existait dès l'origine, celui que nous
avons entendu, [213] celui qui s'est révélé à nous, que nous avons vu de nos yeux et
touché de nos mains, est le Verbe de vie10. » — Il fut affermi et se mit à réprimander
les diphysites.

LV. —Quand les Chalcédoniens nous disent : « Pourquoi nous appelez-vous trans-
gresseurs? » nous répondons : « La loi apostolique ordonne : Si je rebâtis ce que j'ai
détruit, je me montre transgresseurJ1. Vous, vous avez réprouvé, à Ephèse, Nesto-
rius qui enseignait deux natures, et vous avez anathématisé quiconque dit « deux
natures »; et h Chalcédoine, vous vous êtes montrés transgresseurs et criminels, car
vous avez rebâti ce que vous aviez démoli ; vous avez admis Theodo[retus] et Ibas, qui
avaient été excommuniés pour cette impiété : ce que vous avez détruit à Ephèse vous
l'avez rebâti à Constantinople avec Flavianus. Ensuite, dans le second synode d'Ephèse,
où siégeaient Dioscorus et Juvenal, vous avez détruit (cette impiété), et à Chalcédoine

1. Jerem., xir, 10. — 2. Eccli., xvi, 3. — 3. Cf. Land, III, 125. — 4. Lire : ^|*»x> (?) — 5. Dans
L : a Theodosius le reprit », comme l'exige le contexte. — 6. L ; ^ûajoû)!»' très probablement à
corriger en ^pliSo». — 7. comitatus. — 8. L : u^^euî-aj; nom ibérien de Pierre. — 9. Sic L ; ms.
Theodosios, mais plus bas Theosebios. — 10. Cf. I Joh,, r, 1. — 11. Gai., n, 18.

84

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

vous l'avez rebâtie. De plus, vous êtes coupables, parce que le premier synode d'Éphèse
ayant défini qu'il n'est permis à personne d'établir une autre foi que celle de
IVicée, et que ceux qui oseraient le faire deviendraient étrangers à J'épiscopat, ceux
de Chalcédoine ont enfreint cela et établi une autre définition. C'est donc avec raison
que nous les excommunions; car l'Apôtre dit1 : « Que quiconque prêche autre chose
« que ce que je vous ai prêché soit anathème! que si moi-même, Paul, ou si un ange
« vous annonce autre chose que ce que je vous ai annoncé : qu'il soit anathème ! »
Donc puisque vous nous [avez annoncé] autre chose que l'Évangile et que le concile, de
Nicée, et surtout que celui d'Éphèse, vous êtes condamnés par l'anathème aposto-
lique. »

LVL — Un homme pieux vit une foule de Pères, et l'apôtre Paul qui se tenait au
milieu d'eux et qui dit : « Tels sont mes préceptes à votre égard; tels sont mes sta-
tuts et mes commandements » ; et,après les avoir réprimandés», il dit : « Prenez, lavez-
vous dans ce vase. » Quand ils se furent lavés, leurs visages se trouvèrent couverts de
lèpre. Il ajouta, en s'adressant à eux : « Il ne se trouve donc ainsi personne de pur
parmi vous ! »

LVII. — Marcianus, un laïc orthodoxe, reprit l'évêque de Pamphylie, lorsqu'il l'en-
tendit mal exposer la foi. Ce Marcianus fut saisi par le préfet8, fortement maltraité
et laissé pour mort. Le lendemain, il se leva sans douleur; et il raconta aux fidèles,
qu'au troisième coup de fouet1 c'est-à-dire de lanières* de bœuf, dont il fut frappé, un
homme vêtu de blanc lui apparut et se tint à sa droite, et dès lors il ne sentit plus les
coups. — Il se trouvait là un homme qui avait une gale6 incurable : l'ayant ointe du
sang qui découlait de Marcianus, il fut guéri de son mal.

LVIII. — Le bienheureux Timotheus d'Alexandrie raconta, en exil, à Abba Jean,
qui avait été envoyé près de lui7 : « Quand le synode se réunit, je vis dans une vision
une assemblée qui se tenait dans l'église d'Alexandrie ; et m'étant approché pour rece-
voir la communion, je trouvai le pain corrompu8, et le vin aigre : ils signifiaient
l'abandon qui devait avoir lieu dans les églises.

L1X. — Anastase, moine édessenien, étant devenu le disciple de notre Père Petrus,
anathématisa le synode. Lorsqu'il était sur le point de se joindre (aux orthodoxes),
il se vit, la nuit, comme un néophyte, vêtu de blanc, et plusieurs portaient des cierges
devant lui. Comme il se demandait comment cela se pouvait faire, puisqu'il était déjà
baptisé, il vit le vieillard qui l'avait pressé d'aller près d'Abba Petrus et de s'attacher
à lui, qui lui disait : « Ne sois pas inquiet ; ce n'est pas un second baptême;
mais tous ceux qui deviennent orthodoxes méritent cette lumière et cette gloire. »

LX. — Le prêtre Thamasion (?)9 dit : « Quand l'évêque hérétique de Rinocoroura
était sur le point de venir, nous songions à nous en aller. Un homme avait un fils qui

1. Gai., i, 8. — 2. L : 'i&=> <*>. — 3. apxwv. —» 4. Lire : |PoP» (L) = Ppcr/ot. — 5. Lire ; ^a-*,
sculica. — 6. Lire : (L), scabies. — 7. oitcb.. — 8. Sic L. — 9. L : vjususolL.

LIVRE VIII. CHAP. XI

85

n'était pas baptisé, et demandait qu'il le fût avant l'arrivée de l'hérétique. Quand le
baptême fut accompli, l'enfant baptisé s'écria : « Attrapez, attrapez cette colombe
qui vole et s'enfuit ! » C'était l'Esprit (-Saint) qui apparut sous la forme d'une colombe,
et qui montra qu'après la prise de possession des hérétiques la grâce de l'Esprit
devait quitter et abandonner leurs églises.

LXI. —Abba Petrus raconta qu'il avait un clerc chéri, qui, au temps de Proterius,
apostasia et s'attacha h celui-ci. Il le rencontra dans une rue étroite et détourna son
visage vers le mur. Le clerc vint le saluer, et le saint reçut de force (son salut).
[214] Or, pendant la nuit, il vit une grande plaine remplie de lumière où se trouvaient
les saints, et le Seigneur au milieu d'eux. « Je courus, dit Petrus, pour l'adorer;
mais il détourna son visage avec tristesse. Je compris que c'était à cause de ma ren-
contre avec l'apostat, et je dis : « Aie pitié de moi, Seigneur! je n'ai pas fait cela
« volontairement. » Mais h peine accepta-t-il la prière des saints en ma faveur et me
reçut-il. »

LXII. — Quelques orthodoxes s'étaient rendus près d'un stylite, à Beirout. Il vit
qu'ils ne communiaient pas h l'église; il s'irrita et leur dit : « D'où prenez-vous la
communion ? » Us répondirent : « Nous avons la communion de nos Pères, et nous en
prenons. » Il reprit : « Il est téméraire à vous, qui êtes séculiers, de prendre la com-
munion de votre propre autorité! » Ils répondirent : « Les Pères orthodoxes nous
l'ont permis. » — Un dimanche, ils se disposaient à communier comme de coutume;
l'un d'entre eux hésitait à prendre de lui-même la sainte communion, à cause des
paroles du stylite. Il revint, repoussa cette pensée, s'avança et la prit. Il se trouva
que dans sa main la parcelle devint un caillot de sang resplendissant1.

LXII1. — Stephanus, archidiacre de Jérusalem, avait une sœur qui jeûnait conti-
nuellement ; toute l'année aux jours de vigile elle sortait*. Elle arriva à une grande
perfection, au point de voir personnellement Jean-Baptiste et Etienne dans son
église. Après le synode, comme elle priait avec les apostats dans cette église, pour
n'être pas privée de la vue du saint, le martyr Etienne lui apparut et lui dit : « Va,
demeure dans ta cellule, et ne perds pas ta conscience; ne t'affliges pas d'être séparée
de nous : car, où tu seras, nous serons. »

LXIV. — Une femme orthodoxe de Pamphylie monta à (l'église de) l'Ascension. II
s'y trouvait une assemblée. Sans le savoir, elle fut enfermée lorsqu'on ferma la porte
et elle ne put sortir. Elle se tint cachée contre un des piliers. Ensuite, elle revint à sa
cellule et fut prise de la maladie dont elle mourut. Comme elle rendait le dernier

1. Il faut corriger U-3 en \Lk& d'après L : \*>» |I&9 w^ls Û>»»3Û.*| |ijcsa^ o^aj p. On pourrait
peut-être corriger le texte de Michel en U>;a, au lieu de l*>p : le sens serait : « et il se trouva que
dans sa main, la patène brillait et resplendissait. — 2. L : « Tous les samedis de carême elle sortait,
et toute l'année aux jours de vigile elle sortait et se rendait au martyrion de S. Etienne ».

86

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

soupir, elle s'écria : « Venez voir quelle faute on me reproche maintenant ! On me
dit : Comment serais-tu justifiée, et comment serais-tu comptée parmi les ortho-
doxes ? toi qui es demeurée pendant que s'accomplissait l'assemblée des apostats et
qui as regardé ces indignes donnant les mystères à ceux qui n'en sont pas dignes. »

LXV. —Une fois, elle se vit qui approchait du trône de Dieu pour être jugée,
et elle entendit une voix qui disait : « Le Fils de Dieu est-il né de la Vierge Marie?
a-t-il souffert, a-t-il été crucifié pour nous? » Et quand elle eut confessé et accepté
cela, elle mérita la miséricorde de (Dieu pour) l'humanité1.

LXVI. — A AttaYia de Pamphylie se trouvait la supérieure d'un couvent de vierges
orthodoxes, appelée Zoé *. Etant en extase, elle se vit dans le Paradis. Au milieu était
l'arbre de vie, et de nombreuses abeilles voltigeaient autour pour en goûter. Elles
étaient chassées par un diacre vêtu de blanc. Elle l'interrogea et il répondit :
« Ce sont ceux qui, après la rétractation de l'Encyclique, ont adhéré au concile de
Chalcédoine. » L'évêque d'Attfllia, Claudianus, étant venu la trouver, elle le blâma
d'avoir signé ce qu'on appelait la Contre-encyclique. Il répondit : « J'ai signé, il est
vrai, de la main, mais non d'âme et de cœur. » Elle lui dit : « Comment la main peut-
elle se mouvoir sans que l'âme la mette en mouvement?De même qu'un mort ne peut
se remuer sans âme, de même la main non plus. »

LXVII. — Leontius, ermite3 de Lycie, eut une vision au moment où la foi orthodoxe
était renversée : l'autel de l'église était dénudé, et on jetait à terre le saint sacre-
ment. — 11 n'entra jamais avec eux dans l'église : « Ce sont, disait-il, des gens à
quatre dieux. »

LXVIII. — Un autre saint, le jour où le synode fut achevé et où il confirma l'apos-
tasie, vit l'église changée en une étable dans laquelle il y avait des animaux im-
mondes et une grande puanteur.

LXIX. — Epictetus, archimandrite d'un couvent de Pamphylie, vit Amphilochius,
évêque de Sidé, qui était réputé miséricordieux, et Epiphanius de Perge, enfoncés
dans la fange jusqu'au cou. Il dit à Amphilochius : « Comment, toi qui brillais par
une vie vertueuse, te trouves-tu dans la fange ? » Il répondit : « Le bien vient de Dieu,
et le péché (vient) de nous. Je souffre ces choses, Mar Abba, parce que j'ai adhéré au
synode. » — On dit qu'il avait lui-même écrit le Tome de Léon.*.

LXX. — Agatoclée5, [21 S] femme pieuse, se demandait après le schisme si elle
devait communier. Ayant beaucoup prié le Seigneur, elle eut une vision; elle vit une
grande église dans laquelle il y avait deux autels ; l'un était grand, vulgaire et nu,
et un des évêques du concile (de Chalcédoine) s'y tenait et y officiait. Celui de droite
était petit, brillant et resplendissant de pierres précieuses ; il y avait un petit enfant
qui s'y tenait et qui y sacrifiait ; c'était le Seigneur, qui lui dit : « Communie

1. L : wLûjjI, l'amour de « son humanité. » — 2, L : 1 Lot. — 3. U^s^o (L). — 4. Cette dernière
phrase n'est pas dans L. — 5. 'Aya8ôxX£ta; L : làoo|û^l.

LIVRE VIII. CHAP. XI

87

ici. » Ainsi elle acquit l'assurance et ne communiqua point avec les diphysites.

LXXI. — Dans le couvent d'Abba Romanus, il y avait deux frères, de Péluse :
Timotheus et Jean. Timotheus tomba malade et mourut. Selon la coutume, les
frères le lavèrent et le placèrent sur un banc1 pour l'ensevelir. II se leva et s'assit ;
les frères l'entourèrent ; il leur dit : « Je suis mort, en vérité, et j'ai été conduit au
lieu du jugement ! » et en disant cela il pleurait et criait : ô exactitude ! ô exacti-
tude*! Vous m'êtes témoins combien j'ai pris soin, tant que je fus avec vous, de ne
jamais scandaliser la conscience de personne ; mais bien que j'aie été fidèle, je n'ai
pu trouver miséricorde à ce moment, si ce n'est parce que j'ai gardé immaculée la
foi orthodoxe et n'ai pas adhéré aux opinions des Chalcédoniens.

LXXII. — A Antioche, à côté du palais, un homme se fit un abri près de la porte.
Il y habitait, hiver comme été, vêtu d'une seule tunique. Il gardait le silence, priait
dans les larmes et les gémissements, et n'acceptait jamais d'argent de personne. Vers
le soir, un foulon, qui avait là sa boutique, lui apportait une soupe de légumes. Ce
solitaire attaquait vivement et réfutait les Nestoriens : il mourut sous leurs coups.

J'étais allé près de ce saint vieillard. Nonus de Qennésrîn désirait le voir. Ce
Nonus était archimandrite du monastère de 'Aqîba. Il avait blâmé Martyrius d'Antio-
che ; quand celui-ci fut déposé, Petrus d'Antioche l'ordonna pour Qennésrîn, en récom-
pense de son zèle. Je pris donc Nonus pour aller ensemble ; je le précédai pour
l'annoncer au vieillard. Tandis que je parlais, Nonus arriva. Je dis au vieillard : «Voici
celui dont je t'ai parlé. » Le vieillard fut rempli d'indignation et dit : « De celui-ci !
celui-ci !» et il le regarda durement et lui souffla au visage. Je dis alors : « C'est
un évêque » ; mais il étendit de nouveau la main en menaçant et lui souffla [au visage.
— Or, par la suite3], ce malheureux communiqua avec les Synodites4, maltraita les
orthodoxes et devint impie au point de dire que le Christ est un homme théophore, et
qu'un homme a été pris (par le Verbe).

Et même, à Antioche, les hérétiques ont commis l'impiété de dire : « Le corps du
juste ». — A ceux-ci, il convient de rappeler la parole de l'Apôtre disant5 : « Si celui
qui transgressait la loi de Moïse devait mourir sans pitié, quel châtiment subira donc
celui qui foule aux pieds le Fils de Dieu, qui considère le sang de son alliance comme
celui du premier venu, et qui outrage l'esprit de bonté ! » ; [et ce qui arriva du temps
de]6 Josué, fils de Noun, aux Israélites, après tous les prodiges qu'ils avaient vus aux
jours de Moïse et de Josué. Si à cause du péché d'un seul, un si grand châtiment attei-
gnit les Israélites, quel sera donc celui du synode pestilentiel7 de Chalcédoine, où
se trouvait une assemblée d'évêques et de nombreux peuples qui ont méprisé et trans-

1. Lire : ^ivsû» (L), scamnum. — 2. C'est-à-dire : « rigueur et minutie de l'examen ». —3. La-
cune de deux mots. — 4. Cf. texte, p. 218, 1. 4 a. f. ; L : « avec Calendion ». — 5. Hebr., x, 28,
29. — 6. Le texte est incomplet. Il s'agit du châtiment infligé à Israël en punition de la faute d'Acham
(Jos., vu). — 7. Litt. — « fétide de nom ».

88

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

gressé, non pas un simple commandement, mais la foi elle-même et sa confession?
Comment n'auraient-ils pas appelé la colère de Dieu sur toute la terre ? — C'est
pourquoi (le Seigneur) leur dit comme autrefois : « Je ne serai pas davantage avec vous
si vous ne faites disparaître l'anathème du milieu de vous 1 ». — Et l'issue des évé-
nements l'a clairement montré : dès lors, l'empire des Romains fut brisé et les Bar-
bares devinrent puissants.

J'ai placé ici ces histoires recueillies diligemment par saint Mar Jean, disciple du
saint évêque Abba Petrus l'Ibérien, qui montrent quelle grande corruption a introduite
le synode qui eut lieu à Chalcédoine, par l'œuvre de Satan.

(CHAPITRE XII). — Extraits du Livre d'Histoire Ecclésiastique de Zacharie le
Rhéteur, au sujet de la dissension qui se produisit à cette époque à Chalcé-
doine.

L'empereur * Marcianus adressa une allocution3 aux évêques dans le martyrion de
(Sainte-)Euphemia, en ces termes* : a Dès que5 [216] nous fûmes choisi et jugé
digne par Dieu de l'empire, au milieu du souci des affaires publiques, nulle chose ne
nous a plus préoccupé que le désir d'honorer la vraie foi, et d'y exciter6 sainte-
ment les âmes des hommes; en faisant disparaître la diversité des doctrines menson-
gères et les opinions qui ne sont pas d'accord avec l'enseignement des Pères. Nous
avons donc convoqué ce synode pour dissiper l'obscurité et éloigner la souillure des
pensées, de manière que la doctrine de la foi en Notre Seigneur Jésus Christ soit
rétablie dans une pure pensée. » — Et quand l'empereur eut fait une telle allocution,
les évêques l'acclamèrent ainsi que le sénat et la lettre de Léon, déclarant que celle-ci
était conforme à la foi de l'apôtre Pierre.

Le synode' de Chalcédoine ayant ainsi pris fin, on envoya Dioscorus en exil, à Gan-
gres, et on mit à sa place Proterius qui avait été son prêtre et avait fortement com-
battu contre le synode; mais en vue de la domination, il devint (comme) Judas, et
comme Absalom h l'égard de son père. Il les8 obligeait à se joindre à lui malgré eux,
et il les envoyait en exil et s'emparait de leurs biens.

De là, les évêques, les prêtres, les moines et toute l'Église furent partagés en deux
partis. — Ceux qui étaient affermis dans l'orthodoxie et qui persévéraient dans la
vraie foi des Pères, considérant la dépravation de la foi et l'inique déposition de
Dioscorus, se réunissaient séparément, proclamaient Dioscorus et écrivirent son nom
dans le Livre des vivants9. — Proterius eut peur. Il donna des présents aux soldats

1. Cf. Jos., vu, 13. — 2. Land, iii, 123, 49. — 3. *po<r<pcôvïj<nç. — 4. Cf. Mansi, .vii, 132. —
5. Corr. : Ujô». (L.) ; |v itpootjjuotç. — 6. Lire : ^» (L). — 7. Land, iii, 124, 8. — 8. Les Alexan-
drins. — 9. Dans les diptyques qu'on lisait à la commémoraison des vivants.

LYRE VIII. CHAP. XII

89

et les arma contre le peuple. Beaucoup de gens furent tués des deux partis : beau-
coup périrent au milieu du sanctuaire et à l'intérieur du baptistère.

C'est pour la ruine et la confusion de toute la terre habitée que se réunit le synode
de Chalcédoine. Il détruisit la paix de l'Eglise, qui avait brillé pendant 70 ans du
temps de Theodosius (le Grand], d'Arcadius et de Theodosius (le Jeune), dès que
régna Marcianus. Celui-ci tout d'abord enfreignit la loi en prenant pour femme Pul-
cheria qui était religieuse et passait pour avoir vécu pendant 50 ans dans la virginité.
Ensuite il rassembla le pernicieux synode, excita la persécution contre les chrétiens,
dont des milliers moururent sans avoir reçu le signe du baptême à cause du schisme.

Juvenal de Jérusalem ayant été convoqué au synode de Chalcédoine, rassembla ses
clercs, les moines et le peuple, dévoila ouvertement Terreur du Tome de Léon, et
l'anathématisa ainsi que quiconque professait « deux natures ». Il ordonna que si lui-
même abandonnait la foi en la nature unique, ils ne communiquassent plus avec lui.
Quand il arriva au synode, il fut d'abord avec Dioscorus et soutenait la lutte pour la
vraie foi. Mais quand la contrainte* impériale s'exerça, l'empereur prodiguant lui-
même les adulations et les flatteries aux évêques, dans une humilité trompeuse, et lui
ayant promis de mettre sous sa juridiction les trois provinces de Palestine, les yeux de
sou âme furent obscurcis et il adhéra au parti de gauche. Alors, le moine Theodosius
et ceux qui étaient avec lui retournèrent en hâte en Palestine et tirent connaître la tra-
hison de la foi. Quand Juvenal revint, ils allèrent à sa rencontre, ils lui rappelèrent
ses paroles et lui montrèrent qu'il avait menti. Ils prirent de force Theodosius, l'or-
donnèrent évêque et le firent asseoir dans la chaire. Celui-ci ordonna beaucoup d'évê-
ques et de prêtres dans la région de la Palestine.

Mais Juvenal3, avec l'appui des soldats, persécutait (les fidèles) et arriva à Jéru-
salem. Il reprit possession de son siège sans se souvenir de ses serments et de ses pres-
criptions. Or, un moine, célèbre par ses œuvres, nommé Salomon, s'enflamma, remplit
une corbeille4 de cendre, la plaça sous son aisselle, et, faisant semblant de vouloir
demander la bénédiction, il s'approcha de Juvenal et lui répandit (la cendre) sur la
tète en disant : « Rougis! Rougis de honte! menteur et persécuteur! » Les soldats
voulurent le frapper, mais Juvenal ne le leur permit pas; il se repentit et secoua sa
tête. Il ordonna de lui donner ses frais de voyage5 pour qu'il s'en aille du pays. Le
moine n'accepta rien et s'en alla.

Theodosius de Jérusalem3 parcourait la contrée et était fort illustre. Sa renommée
parvint jusqu'à Marcianus. Celui-ci ordonna à Juvenal de partir avec le comte Doro-
theus et une armée de soldats pour s'emparer de ^Theodosius et des évêques [217] qui
l'accompagnaient et les conduire en exil, à l'exception de Petrus l'Ibérien, qui, sur
l'instance de l'impératrice7, était laissé libre.

t. Land, III, 125, 6, iO. — 2. àvâyxr). — 3 Land, III, 128, 2/. — 4. L : lt»;&a»| ; (ntûpcç. —
5. àvàXwixa. — 6. Land., III, 127, 8. — 7. Eudoxie.

90

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Ce Petrus était fils du roi des Ibères1 et avait été donné en otage à l'empereur Theo-
dosius1. Il était cher à celui-ci et à Eudocia, sa femme, à cause de ses œuvres vertueuses.
Il était préposé aux chevaux de l'empire5. Ensuite, avec Jean, son parrain4, ils s'adon-
nèrent à la discipline du Christ. Dieu fit de grands prodiges par leurs mains à Constan-
tinople, et ils devinrent célèbres. C'est pourquoi ils s'enfuirent en Palestine, voulant
être ignorés. Or, là aussi, il devinrent très fameux. Survinrent alors les troubles de
l'Eglise : le peuple de Mayouma de Gaza sortit prendre de force Petrus et le conduisit
à Theodosius pour qu'il en fît leur évêque. Petrus s'y refusait instamment, et s'appe-
lait lui-même « hérétique ». Quand Theodosius entendit cela, il fut dans un grand
étonnement et dit : «Mon jugement comme toji jugement est devant le Christ. » Le
saint fut pris de crainte et dit : « A Dieu ne plaise que je sois héréiique ; mais je suis
un pécheur! » Et Theodosius l'ordonna évêque de Gaza. — Quand cela fut connu de
l'empereur Marcianus et de sa femme Pulcheria, ils lui5 ordonnèrent de ne pas persé-
cuter Petrus. Or8, pendant que tout le monde était persécuté, et qu'il demeurait en
paix et en tranquillité par l'ordre de l'impératrice, il vit le Christ qui le regardait
durement et qui lui dit: «Quoi? Petrus! Je suis persécuté dans mes serviteurs fidèles,
et toi tu restes en paix! » Petrus fut touché, quitta Gaza, et se joignit aux persécutés 7.

Juvénal persécutait les fidèles avec l'aide des soldats; il commandait aux Romains 8
et aux Samaritains de mettre à mort ceux qui n'acceptaient pas le synode. Un Sama-
ritain9 aveugle trompa celui qui le conduisait et lui dit : « Puisque mes yeux ne peu-
vent contempler le massacre des chrétiens, approche-moi, que je me réjouisse en les
frottant de leur sang! » II l'approcha et l'aveugle s'arrosa les mains (du sang des mar-
tyrs) et pria en demandant de devenir leur compagnon. Il plaça le sang sur ses yeux
qui s'ouvrirent. Alors il reçut le baptême, et beaucoup d'autres avec lui.

Theodosius10, qui était recherché par les ordres11 de l'empereur dans toute la pro-
vince, prit un vêtement de soldat, mit sur sa tête une perruque et un casque, et il cir-
culait, réconfortant les fidèles. Etant parvenu aux environs de Sidon, il fut surpris par
un homme qui le connaissait. Les partisans de Nestor[ius] montèrent trouver l'empe-
reur, et demandèrent des hommes 12 pour le garder. Ils l'enlevèrent et l'enfermèrent
dans une petite cellule d'un couvent, où il y avait de la chaux vive. Ils venaient conti-
nuellement discuter avec lui et ne pouvaient l'amener à adopter leur opinion. Il disait :
« Tant que j'aurai un souffle dans le nez, si je suis enchaîné et empêché de circuler,
la parole ne sera cependant pas enchaînée. » Les partisans d'Eutychès pensaient
qu'il les approuvait. Or, en discutant avec eux, il leur démontrait qu'ils étaient des

1. Cf. ci-dessus, p. 69, n. 4. — 2. Land., III, 126, io. — 3. Aux écuries impériales. —- 4. Lire :
|û«»û*».x> ,*s» -*wo=>| ,i~cuo o». — 5. A Dorothée. — 6. Land, III, 128, 13, — 7. Cf. ci-dessus, p. 83.
— 8. Aux Romains, ou aux soldats ; le mot romain est fréquemment employé dans ce sens par l'au-
teur de la compilation. — 9. Land, III, 128, 3; cf. ci-dessus, p. 72. — 10. Land, III, 129, 9. —
11. StaTay^aTa. — 12. Land : « demandèrent à garder cet homme ».

LIVRE VIII. CHAP. XII

91

désespérés1, qu'ils suivaient et Mânî et Marcion. —Pendant que les angoisses crois-
saient pour lui et qu'il était plongé dans une lutte courageuse, il tomba sur les choses
écrites par Jean le Rhéteur, d'Alexandrie, qui sont pleines de fausseté. Il le dévoila
et l'excommunia. Il mourut en prison, laissant un exemple de courage aux fidèles.

Le confesseur Dioscorus termina pareillement sa vie en prison. Quand on apprit sa
mort* à Alexandrie, on en fut fort affligé. Ils continuèrent aie proclamer, parce qu'ils
étaient empêchés par la crainte de se donner promptement un pasteur. Marcianus
ayant appris qu'ils se disposaient à se constituer un évêque, envoya Jean le Silen-
tiaire pour les avertir d'avoir à s'unir à Proterius. Etant venu, et ayant vu leur piété
et leur apologie de la foi, il reçut d'eux une supplique3 exposant leur croyance et ce
qu'ils avaient eu a souffrir4 de Proterius et de son apostasie. Jean, étant retourné, fit
connaître la chose à l'empereur qui blâma Proterius et Jean lui-même.

Les Egyptiens ordonnèrent saint Timotheus5, qui, ayant été institué archevêque,
montra de fait ce que doit être un évêque". L'argent que Proterius donnait aux sol-
dats, il le donna aux pauvres. Les partisans de Proterius, voyant les vertus de Timo-
theus, s'unirent à lui et firent une supplique pour être reçus, en disant : « Nous mon-
terons à Rome, près de Léon, et nous l'avertirons d'annuler les innovations qu'il a
faites7 dans son Tome. » — Comme c'étaient des gens connus8 par leur origine et leur
richesse, Eustathius de Beirout intercédait pour eux près de Timotheus, afin qu'il les
reçût; [218] mais la jalousie des habitants de la ville s'était accrue, (et), à cause des
divers maux (qu'ils avaient causés), ne permit pas à ceux-ci d'être acceptés.

Par suite des choses faites à Chalcédoine, surgirent des disputes et les scandales
se multiplièrent en tous lieux. Comme il est écrit9, le peuple chrétien devint «l'op-
probre de ses voisins, la moquerie et la dérison de ceux qui l'entourent » ; au point que
même le peuple des Juifs se moquait du christianisme. Ils rédigèrent un écrit qu'ils
affichèrent sur la voie publique et qui était ainsi conçu10 : « Au miséricordieux empereur
Marcianus : le peuple des Hébreux. — Pendant longtemps nous étions considérés
comme si nos pères avaient crucifié un Dieu et non pas un homme. Depuis que le sy-
node de Chalcédoine s'est assemblé et a démontré qu'ils ont crucifié un homme et non
un Dieu, nous supplions qu'on nous pardonne cette faute, et qu'on nous rende nos
synagogues. »

Un des moines écrivit à Marcianus : « Le monde a péri, et les démons dansent dans
l'Eglise. Tu as installé l'Antéchrist dans notre ville. Dès lors personne ne prie plus
pour ton empire, car le peuple ne s'assemble plus dans les églises; une multitude in-
finie s'est endormie sans avoir reçu le baptême. Par Notre-Seigneur qui multiplie tes
jours, efface ce qu'a fait le synode de Chalcédoine et rétablis les canons selon l'esprit
des Pères. »

1. u^<» U, (L). — 2. Land, III, 131, 12. — 3. SÉy^cî. — 4. ^n». — 5. Timothée iElure. —
6. Land, III, 137, 6.-7. L : oûo0 tr>. — 8. Lire : vv*,^ (L). — 9. Cf. Ps. xliii, 14. — 10. Cf.
Pseudo-Dbnys ad ann. 764,

92

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Theodoretus était allé trouver Siméon le Stylite pour l'entraîner dans l'hérésie du
diphysisme. A cause de cela les Synodites* affirmaient qu'il l'avait adoptée. On peut
tenir pour certain qu'il n'adhéra point à leur opinion : cela est évident d'après la
lettre que Mar Siméon écrivit lui-même à l'empereur Léon, en ces termes* : « En re-
cevant la lettre de Votre Majesté, je m'attendais» à me délecter dans la joie, car je
pensais que ce serait la rectification et l'annulation des choses faites témérairement
et iniquement dans le synode abominable de Chalcédoine contre la parole* de vérité ;
car l'Eglise de Dieu est troublée par l'innovation de l'erreur des hérétiques insensés
et maudits. Mais le temps s'est écoulé sans qu'arrivât ce que j'espérais; des douleurs
plus violentes que les précédentes ont atteint ma vieillesse5; mais j'espère en celui
qui a dit6 : « Dans les derniers jours, je répandrai mon Esprit sur toute chair; et ils
méconnaîtront depuis les plus petits d'entre eux jusqu'aux plus grands; et personne
ne dira à son compagnon : Connais le Seigneur ». Je tiens cette espérance comme
une ancre ; je veillerai sur elle, et elle demeurera en moi7 jusqu'à la fin. Rien au monde
ne pourra m'en séparer. Je supplie Votre Majesté de conserver à la sainte Église de
Dieu la foi des saints de Nicée, immaculée et sans variation, jusqu'à la fin. »

(CHAPITRE XIII). — Résumé des T[j^aTa de Jean Philoponos*, qui montre clai-
rement Unique apostasie et l'impiété commise dans le concile de Chalcédoine, de
laquelle se sont écartés les saints Pères pour garder inébranlablement et inva-
riablement la foi orthodoxe.

Puisque parmi [toutes les créatures] de la terre, Dieu a enrichi l'homme seul de la
parole, dont il a montré quelle est la noblesse, en voulant être appelé le Verbe, il
convient que nous, hommes, recherchions en tout temps la parole utile et conve-
nable. Nous devons faire paraître en chaque chose9, grande ou petite, ce qui a été
sagement dit par quelqu'un : « J'ai eu pour règle de ne jamais ni me permettre le
mensonge ni dissimuler la vérité ». C'est ce que je veux faire aussi maintenant. Que
Dieu me vienne en aide ! — Quand la vérité est altérée, Dieu est en même temps
outragé. — Le motif qui engage à parler est la réfutation abrégée des choses dans

1. cruvoStTac; partisans du Concile de Chalcédoine. — 2. Cette lettre a été éditée, d'après deux
mss. du British Muséum, par C. Torrey, The Letters of Simeon the Stylite (Journ.of the American
Orient. Society, t. XX [1899], p. 253 et suiv.). L'auteur conclut avec raison que la lettre est apo-
cryphe et a été fabriquée par un monophysite. — 3. Torrey aj. : k.*s,û, « tout d'abord ». — 4. Le
Verbe (?). — 5. T. aj. : « quand je vois quelles sont les choses méditées et accomplies parmi les
pasteurs de l'Église ». — 6. Cf. Joël, ir, 28; Jérém., xxi, 34. — 7. T. : \>\ ;$>o « je la conser-
verai ». — 8. L'original grec de cet ouvrage paraît être perdu. Voir dans l'Introduction le chapitre
consacré aux Sources de Michel. — 9. Ou : « en chaque parole ».

LIVRE VIII. CHAP. XIII

93

lesquelles il convient de rechercher cela1 (?). — Il appartient à la parole de faire con-
naître ce qui n'est pas évident par ce qui est évident.

Léon a écrit dans sa Lettre2 des choses semblables à celles de Nestorius en disant :
« Puisque les deux ensemble sont l'une avec l'autre8 : l'humilité de l'homme et la
grandeur de Dieu. Car, de même que nul changement ne survient en Dieu lorsqu'il
fait miséricorde, de même l'homme n'est pas consumé par la grandeur de la dignité
divine ». — Il dit : « les deux ensemble4 ». Évidemment l'un est Dieu, le Fils et le
Verbe du Père, et l'autre est l'homme qui a été engendré de Marie. Cela est
établi à propos du Christ Notre-Seigneur. Ceux qui sont « l'un avec l'autre », ne le
diffèrent point de ceux qu'on partage en hypostases5. Cette expression signifie : qu'un
autre est avec un autre. Dire qu'une chose unique et singulière est avec elle-même,
est absolument inintelligible. On ne dira pas même de l'âme [219] et du corps qu'ils
sont l'un avec l'autre; peut-être (dira-t-on) que l'âme est dans le corps, mais non pas
que le corps est dans l'âme. Si donc Dieu et l'homme sont dans le Seigneur Christ,
comment sont-ils l'un avec l'autre? Comme Pierre et Jean peuvent être l'un avec
l'autre lorsqu'on les considère dans une certaine affinité ou participation où Pierre
est avec Jean et Jean avec Pierre. Le Christ n'est donc pas en une, mais en deux
hypostases : Dieu et l'homme. — Ceux qui pensent comme Paulus de Samosate et
Theodorus disent, en effet, que le nom de « Christ » est significatif des deux (hypos-
tases). Léon, étant nestorien6, écrivit des choses qui sont d'accord avec ceux-ci. Peut-
être cependaut les opinions de Theodorus sont-elles modérées en quelque endroit
par celles de Léon. Theodorus dit, en effet, dans le IIIe des Traités contre Apollina-
rius, ceci7 : « Il était en lui, non seulement lorsqu'il montait au ciel, mais lorsqu'il

1. Phrase obscure : le sens paraît être qu'il convient surtout d'appliquer ces principes à une
discussion des questions d'orthodoxie. —2. Tous les témoignages de S. Léon cités dans ee chapitre
sont tirés, à moins d'avis contraire, de la célèbre lettre dogmatique à Flavien; Pair. Lat., LIV, 755;
MiNsr, V, 1265. — 3. èv u>au> tk (Tuva^çôtspa [a£t' à^rjXwv eau. — 4. ^©wtji. to*i3 — xà cuvafJKpoxEpa.
— 5. La doctrine catholique enseigne qu'il y a dans le Christ deux natures (çutretç) divine et humaine,
unies substantiellement (hypostatiquement) dans l'unique personne (ùrcoffxaerc;, îtpoawjtov) du Verbe.
Les monophysites n'admettent aucune distinction entre les concepts de nature, d'hypostase ou de
personne, et concluent que s'il y a une seule personne, il n'y a nécessairement qu'une seule nature.
Ils accusent les catholiques, d'enseigner la même chose que les nestoriens en professant deux
natures. Les nestoriens nient l'union hypostatique des natures et disent qu'elles ne forment une
seule personne (upôcrwTrov) que par leur union morale (ffuvacpeca) selon l'habitation (xax' ivotxîjaiv) ou
selon le bon plaisir de la volonté et l'affection (xax' sùSoxfav) ou selon la puissance et l'opération
(xax' Ivepystavj. Pour conserver la distinction des termes, nous traduisons régulièrement, partout
dans ce chapitre, les expressions syriaques : U»3 (= çuen;), par nature; 1*:ûix>, persona, par hypos-
tase; et t3oj;3 (= 7rp6<7to7rov) par personne. Mais il est évident que ces expressions ont une valeur
très différente selon qu'elles émanent de l'auteur qui est monophysite, de S. Léon qui est ortho-
doxe, ou d'un nestorien. — 6. Ms. : Nestorius. — 7. Pair. Gr., LXVI, 994.

94

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

ressuscitait des morts, car il le ressuscitait selon sa propre promesse; et non seule-
ment lorsqu'il ressuscitait, mais lorsqu'il était crucifié, lorsqu'il était baptisé, lors-
qu'il accomplissait les œuvres évangéliques après le baptême ». Léon dit : « Puisque
les deux ensemble sont l'une avec l'autre : l'humilité de l'homme et la grandeur de
Dieu » ; et encore : que Dieu fait miséricorde, et l'homme est l'objet de la miséri-
corde ; et il dit dans ce même passage comment cet homme humble a été l'objet de la
miséricorde de Dieu. — Or, s'il avait pensé que le Christ Notre-Seigneur était une
hypostase, en tant que Dieu incarné, il ne l'aurait pas partagé en deux : Dieu et
l'homme, « qui sont l'un avec l'autre », disait- il, l'un pour faire miséricorde, et
l'autre pour recevoir miséricorde, l'un qui n'est point changé quand il fait miséri-
corde et cet homme humble qui n'est pas consumé dans la grandeur de la dignité 1
divine qui l'atteint.

Léon (dit encore ceci) : « Chaque forme opère, avec la participation de l'autre ce
qui lui est propre : le Verbe fait ce qui est du Verbe, et le corps accomplit les choses
qui sont du corps. L'un brille par les miracles, l'autre tombe sous le mépris ». — 11
place donc de nouveau deux formes : l'homme et Dieu. Comme il a (été) dit aupara-
vant, il leur attribue une communauté d'opération, mais en réalité il les sépare quand
il parle de « chacun d'eux », et de la participation « de l'un avec l'autre ». Il doit donc
partager en même temps les choses dans lesquelles se trouvejeur participation : les
actions, les opprobres, les prodiges; et distinguer ce qui convient à chaque forme.
Puisque le Verbe fait8 les choses qui conviennent à Dieu pour le faire briller par les
prodiges, et l'homme, les choses qui peuvent le faire tomber sous le mépris : quelle
est donc alors cette communication dans lesdites choses? N'est-il pas évident que
Dieu fait siens les opprobres de l'homme, à cause de cette union volontaire, selon le
bon plaisir3, comme ils ont coutume de dire, et qu'ils rappellent à propos cette
sentence : Si celui qui méprise les disciples du Christ méprise le Christ lui-même,
quiconque outrage l'homme qui est uni à Dieu n'applique-t-il pas l'outrage à Dieu
lui-même? « Celui qui vous reçoit me reçoit, disait-il à ses disciples*, et celui qui
me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé ». D'autre part, cet homme, à cause de cette
même communication avec Dieu le Verbe, doit considérer comme sienne la gloire qui
résulte des prodiges. On doit l'entendre de même des autres choses relativement à
cet homme. Cela est en effet d'accord avec ce qui est dit : a qu'il participe à la dignité
divine avec Dieu le Verbe 5 ». Toute participation est au moins de deux personnes
ou hypostases. En effet, une personne non subsistante n'existe pas, et il n'y a absolu-
ment personne pour soutenir (le contraire) (?).

Les partisans de Nestorius disent que : Christ, Fils, Seigneur, sont des noms com-
muns significatifs des deux natures; mais ils disent que : Dieu, Verbe, homme, sont

1. to (xlye6oç tï); à^taç. — 2. Lire : i^o. — 3. xai' sùSoxîav. — 4. Matth., x, 40. — 5. Corriger :
|ov^ ^O?). Cette phrase et la suivante sont très obscures.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

95

significatifs d'une seule personne, à cause de la communication de l'un avec l'autre;
puisque ceux qui communiquent dans les choses civiles1 forment mutuellement une
seule personne, c'est-à-dire une affinité2. — Conséquemment, Léon en disant ces
choses de Notre-Seigneur le Christ, signifie par ce nom Dieu le Verbe et l'homme né
de Marie: car il établit que le Christ est une personne seulement quant au nom,
[220] à cause de la participation à l'opération, à la gloire, au mépris. — En effet, si
Léon n'avait eu l'intention de signifier cela, mais bien l'union hypostatique des deux :
de la divinité et de l'humanité, il n'aurait pas divisé le Christ en deux personnes :
Dieu et l'homme; en disant que « Dieu et l'homme » ont une seule personne, mais il
aurait dit que « l'unique Christ composé » avait une seule personne ou hypostase.

Les citations suivantes montrent aussi très clairement le sentiment de Léon. — En
effet, ayant dit que Dieu et l'homme ont une seule personne, il se rétracte ensuite, de
peur qu'on ne pense* que cette seule personne est dite dans le sens d'une seule hypos-
tase; ce qui d'ailleurs n'était pas possible, puisqu'il dit : « de Dieu et de l'homme ».
Il rend évident le blasphème et affirme la division, en disant : « Cependant, autre est
celui de qui provient à chacun des deux le commun mépris », et il est manifeste que
c'est la personne de l'homme, ce et autre est celui de qui provient la gloire commune »,
et il est clair que c'est celle de Dieu le Verbe.

On dira peut-être : Bien que Dieu et l'homme soient deux personnes, cependant il
n'y a pour les deux'qu'une personne, qui résulte de l'union volontaire. Léon attribue
aux deux tantôt cette unique personne d'adhésion, et tantôt les deux hypostases. —
Mais, il est aussi impossible, l'union étant hypostatique et le Christ composé dans ses
propres hypostases étant un, que le même soit une et deux personnes, comme il leur
plaît de dire « En tant que Dieu et l'homme communiquent l'un avec l'autre dans les
opérations, nous disons qu'ils ont seule personne; et en tant qu'ils sont distincts dans
les hypostases, nous disons qu'ils sont deux et qu'une est la personne de ceux-ci ».

Que Léon n'admettait pas l'union hypostatique, mais seulement une union person-
nelle* et une affinité, il le fait connaître par les choses qu'il allègue quand il dit :
« A cause de cette absolue unité de personne qu'on doit entendre dans l'une et
l'autre nature » ; ainsi il établit deux natures séparées, et il leur attribue deux per-
sonnes en disant : « qu'il y a en Notre-Seigneur le Christ (les natures) de Dieu et de
l'homme », et avec les deux articles5 c'est-à-dire la séparation. — Il est évident qu'il
ne leur attribue pas une union hypostatique, mais seulement personnelle, puisqu'il
dit : « à cause de cette unité de personne qu'il faut reconnaître dans l'une et l'autre
nature », par suite de laquelle la communication des noms et des actions doit aussi
s'entendre de l'autre.

Léon dit aussi ceci : non pas qu'un est le Christ, Dieu en même temps qu'homme,

1. TCoXtTtxat. — 2. Une société, une personne morale. — 3. \>i&). — 4. Dans le sens nestorien,
c.-à-d. : a morale ». — 5. ap6pa.

96

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

comme les docteurs de l'Église ; mais : « qu'il ne sert de rien pour le salut* de prendre
sans l'autre l'un de ces deux », c'est-à-dire Dieu ou l'homme. Et par cette expression
au pluriel : « ces (deux) », et : « il ne faut pas prendre l'un sans l'autre », il signifie la
dualité des personnes et des hypostases.

Léon (dit encore) : « qu'(Eutychès) considère quelle nature était fixée à la croix » ;
de sorte qu'il sépare Dieu le Verbe de celui qui était fixé à la croix, et attribue la
passion, subie pour nous, à un homme ordinaire, bien que par la communication de
la dignité divine Dieu considère comme sien le mépris, de même que le Christ
(participe à) celui de ses disciples. — Il montre encore plus clairement par ce qu'il
ajoute : « Quand le côté de celui qui était fixé à la croix fut ouvert », qu'il sépare
Dieu le Verbe qui n'était pas fixé à la croix. — Tous les docteurs de l'Église ont dit
que ces choses étaient contraires à la vraie piété.

Avant tous les hérétiques dont il a été parlé, Celsus2, ce païen qui a élevé la voix
contre le Christ, a écrit contre lui des choses semblables. Il voulait démontrer que
celui qui fut suspendu à la croix n'était pas Dieu, mais un homme ordinaire ; car déjà,
comme à présent, l'Église le proclamait véritablement Dieu. « Nous prêchons, dit en
effet Paul3, le Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les nations. » Com-
ment les païens pouvaient-ils considérer comme une si grande folie qu'un homme
juste, appelé Dieu à cause de ses vertus, souffrît de la part de quelques méchants?
Car l'histoire leur fournissait chez eux-mêmes des exemples semblables. Donc, quand
Celsus veut démontrer que celui qui fut crucifié n'était pas Dieu, « s'il était Dieu
(dit-il), comment [221] son côté répandit-il du sang lorsqu'il fut percé? » Et, tour-
nant la chose encore davantage en dérision, il ajoute poétiquement : « Ce n'était donc
pas du pus comme celui qu'il fait couler sur les bienheureux dieux? » Il est donc
certain que ceux qui pensent comme Paulus, Photinus, Nestorius et tous ceux qui
se sont attachés à eux, (ont emprunté) aux païens cette objection et cette opinion.

Mais quelqu'un dira peut-être : Léon paraît employer des paroles orthodoxes à
l'égard du Christ quand il dit : « L'unique (Fils) éternel du Père éternel est né de
l'Esprit-Saint et de la Vierge Marie, sans que sa naissance temporelle enlève ou
ajoute quelque chose à sa naissance divine et éternelle; » et encore : « Car cet anéan-
tissement par lequel l'Invisible s'est rendu visible, le Créateur et Seigneur de l'Uni-
vers a voulu être un des hommes, fut une condescendance miséricordieuse et propi-
tiatoire, mais non une faiblesse de la puissance; » et encore : « Un seul et même est
vraiment Fils de Dieu, et vraiment homme; » et encore : « Dieu impassible n'a pas
dédaigné de se faire homme passible, ni l'immortel de se placer sous la loi de la
mort ». — Toutes ces choses et celles qui s'en rapprochent pourraient être enten-
dues d'une manière orthodoxe. Mais, parce que Léon dit d'autres choses qui leur sont

1. Lire : |..-»»\ ; « quia unum horum sine altero receptum non proderat ad salutem ». — 2. Ms. :
Qelesos. — 3. I Cor., i, 23.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

97

manifestement contradictoires, que nous avons rappelées un peu auparavant, celles-
ci doivent être prises dans le même sens que celles-là. Partout en effet, il faut juger
du sens des choses qui ne sont pas évidentes d'après celles qui sont clairement
énoncées. Les partisans de l'hérésie de Nestorius et Nestorius lui-même ont dit
beaucoup de choses semblables qui passent pour être orthodoxes, et dont on fit un
ample commentaire1 dans la discussion de la définition*. Mais, comme par ailleurs ils
divisent l'unique Christ en Dieu et homme, ils dissimulent cette malice cachée sous
des expressions qui paraissent orthodoxes. Car, ils admettent cette communication
de volonté, ou de dignité, comme ils disent, de Dieu et de l'homme, et ils l'appel-
lent leur union. « Nécessairement l'autre s'appropriera les choses qui sont spéciales
à l'un des deux à cause de cette participation ». De la sorte il ne leur déplaît pas d'ap-
peler l'homme « Dieu » et « Fils de Dieu », ni (de lui attribuer) tout ce qui est propre
à Dieu le Verbe, ou d'appeler Dieu le Verbe, « homme » et « Fils de l'homme » et
(de lui attribuer) tout ce qui se fait dans l'homme; car ils disent que : Christ, Fils
de Dieu, Seigneur, signifient les deux natures ou personnes de Dieu et de l'homme;
c'est pourquoi ils imputent « au Christ » les choses divines et humaines; mais on sait
cependant que tout en les attribuant au Christ, ils les répartissent entre chacun des
deux dont ce nom de Christ est la signification, (attribuant) les choses glorieuses à
Dieu le Verbe, et celles qui sont viles à l'homme (né) de Marie. Donc, nous et eux,
nous employons également les mots précités; mais eux les partagent entre deux
personnes et deux natures c'est-à-dire deux hypostases, comme ils disent. Or, les
saints Pères et toute l'Église de Dieu proclament l'unité de nature qui est
dans l'hypostase, et confessent que notre Seigneur le Christ est véritablement, en
réalité, un seul composé; et ils attribuent à une seule personne, à une seule nature
ou hypostase, les choses divines et les choses humaines; de même que dans chaque
homme nous attribuons les choses de l'âme et les choses du corps à un seul homme
composé, comme nous l'avons montré clairement dans le AtacxïjTYJç3. Donc, il ne leur
sert de rien, pour la vraie piété, d'employer des paroles orthodoxes, puisqu'ils y
mêlent des sens qui comportent la division. C'est ce qu'a aussi souffert Léon, qui de
plus ne confesse nulle part l'union hypostatique des natures, alors qu'elle avait été
proclamée bien auparavant par nos vénérables docteurs : par Athanasius et Cyrillus,
et par le premier synode d'Ephèse. Car les chrétiens ne peuvent admettre ce qu'il
dit4 : « que celui qui dirigeait alors les affaires5 aurait admis l'impiété avec la foi or-
thodoxe et n'aurait pas distingué les choses droites des choses mauvaises. »

Le synode qui s'est réuni de nos jours à Constantinople [222] a dit les mêmes choses

t. Ou : « de nombreuses citations ». — 2. Au Ier concile d'Ephèse. — 3. Autre ouvrage de Jean
Philoponos, dont il existe une traduction syriaque (fragmentaire) dans le mss. add. 12,4 74, au Brilish
Muséum. — 4. Ce passage ne vient pas de la lettre dogmatique. — 5. Cette expression vise pro-
bablement Théodose le Jeune, ou peut-être Dioscore et le second synode d'Ephèse.

II. 13

98

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

dans la VIe Session*. Dans toutes lés hérésies, en effet, s'il arrive que les hérétiques
disent quelque chose d'orthodoxe, les impiétés ne sont pas par là exemptes de con-
damnation. — Donc les choses que Léon a pu dire correctement dans une seule
expression n'empêchent pas non plus de le ranger avec les disciples de Nestorius,
puisqu'il y a mêlé des choses qui impliquent la division.

Du chapitre II. — Quelques-uns allèguent vainement que les évêques étaient, à
Chalcédoine, au nombre de 630*; car le nombre est à peu près doublé, comme on
pense communément qu'il faut croire,

A la première session, à laquelle, comme il convient, personne ne manquait, ils
étaient nominalement 300; mais ils n'y étaient pas réellement. Il y avait parmi eux des
prêtres et des diacres qui tenaient la place de leurs évêques; il y en avait parmi les
évêques qui parlaient en leur nom et au nom d'autres, avec la permission de ceux-ci;
de sorte qu'il se trouve que ceux qui étaient assemblés n'étaient pas plus de 300. Cela
est d'ailleurs prouvé par les écrits authentiques qui sont partout concordants; et
même quelqu'un qui a vu les signatures dans la langue de chacun d'eux m'a exposé
pareillement que tel était le nombre de ceux qui ont signé.

Si quelqu'un prétend le contraire, en disant : « Après la déposition de Dioscorus,
quand on examinait l'affaire des évêques égyptiens, Louqianos3, le représentant de
Léon, dit4 : La condamnation de dix hommes ne peut atteindre le synode de
600 évêques! Ainsi donc il parle de 600 évêques. » — Mais écoutons ce qu'avait
dit auparavant Cecropius, évêque de Sebastopolis, à propos de ces dix : « Ce synode
universel, dit-il, est plus grand que (celui de) l'Egypte, et plus digne de foi; et il
n'est pas juste d'écouter dix hérétiques et de négliger douze cents évêques. » —
Ainsi, celui-ci double le nombre de celui-là. Donc, si l'on ne prend pas comme une
hyperbole ce qui a été dit par chacun d'eux, l'un d'eux a nécessairement menti et est
confondu par l'autre, et par les écrits synodaux eux-mêmes, comme nous l'avons dit;
puisque les souscriptions, dans chacune des huit sessions5, de même qu'à la déposition
de Dioscorus et à la définition, ne se trouvent pas plus nombreuses que nous l'avons
dit. Donc : ou bien ce qui a été dit par ceux-ci est une hyperbole, comme s'ils avaient
dit « une multitude d'évêques » ; ou bien, si quelqu'un ne veut pas admettre cela, l'un
d'eux a menti sans aucune excuse.

Du chapitre III. — Il y a eu de nombreux synodes à de nombreuses époques, non-
seulement des orthodoxes, mais aussi des partisans de l'arianisme; or, on ne voit dans
aucun d'eux que les juges ou le sénat aient entrepris de juger des choses qui se fai-
saient.

Constantinus ayant réuni le synode de Nicée à cause des questions alors soulevées,
voulut siéger avec les évêques; ayant fait préparer une salle dans le palais impérial,

1. Cinquième concile œcuménique, en 553. Cf. Mansi, IX, 297. — 2. Cf. Evagr., H. E., II, x. —
3. Lucensius. — 4. Mansi, VII, 57. — 5. Dans lesquelles la liste des évêques est donnée.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

99

l'assemblée des évêques y pénétra d'abord; l'empereur étant entré le dernier et ayant
vu la réunion de ces vénérables pontifes, se tint au milieu avec une grande soumis-
sion ; un petit siège avait été disposé pour lui, mais il ne consentit point à s'asseoir
avant d'avoir demandé à ces hommes vénérables de lui permettre de le faire : tant il
était éloigné de vouloir se faire le juge des affaires qui se traitaient! — Theodosius
ayant réuni le synode à Ephèse, envoya Candidianus pour préserver l'assemblée des
évêques de tout obstacle. Il leur écrivit une lettre dans laquelle, après beaucoup
d'autres choses, se trouvait ceci : « Candidianus le très illustre cornes sacrorum
domesticorum^ a reçu l'ordre de se rendre à votre8 saint synode; mais de ne prendre
part en rien3 aux questions et aux controverses concernant le dogme. Il est en effet
illégitime que celui qui est hors des rangs des vénérables (évêques) se mêle à l'examen
des affaires ecclésiastiques, etc. » — Theodosius écrivit ainsi; et aucun des autres
personnages ne se permit de prendre part avec les évêques à l'examen des affaires
qui se traitaient. — On trouve qu'il en fut de même dans tous les synodes antérieurs.

[223] Mais Marcianus a fait tout le contraire de ceux-ci. Sachant que la majorité
des évêques tenait les dogmes orthodoxes, et craignant qu'ils ne se montrassent
plus courageux que ceux qui tenaient les doctrines de Nestorius, il fit siéger les
évêques en apparence pour juger, mais il leur adjoignit comme (vrais) juges les
notables et le sénat; parmi ceux-ci se trouvaient quelques partisans du paganisme,
du manichéisme et d'autres impiétés, et la plupart étaient les amis de Nestorius. L'un
d'eux était Sporacius, le protecteur de Theodoretus, auquel celui-ci a dédié la plupart
de ses écrits. L'empereur établit ceux-ci comme examinateurs, contre les conve-
nances, afin que ce qui n'était pas bien fut réalisé : ce qui arriva, en effet.

Avant le synode, Léon et Marcianus avaient décidé de faire chasser Dioscorus, et de
faire revenir ceux qui pensaient comme Nestorius et qui avaient été déposés. Ils
avaient été déposés dans le second synode d'Ephèse, et ils recouvrèrent tous, par un
décret de Léon, l'autorité sacerdotale, avant que ceux de Chalcédoine ne se réunissent.
Or, quelle raison avait-il bien de rappeler ceux qui avaient été déposés par un con-
cile œcuménique, à cause de fautes graves, ayant été reconnus et blâmés comme pro-
fessant les doctrines de Nestorius, d'une part sans un synode universel et un décret
général, et (d'autre part), sans aucun examen?

De plus, les évêques devaient se réunir à Nicée, avant qu'il ne plût au potentat4 de
transférer le synode à Chalcédoine. Cela arriva absolument par un divin dessein, pour
que les 318 saints Pères et ceux du synode qui eut lieu ensuite à Chalcédoine n'aient
pas été réunis dansle même lieu, et que les deux conciles n'aient pas quelquechose de
commun parle nom. Or, Léon écrivit5 ceci6 : «[Nous] savons que par suite d'une oppo-

1. h (xeyaXoTrpîTClaTaTOc xàpqc twv xaOwo-twjxsvî'xwv Sof/,s<7Tt'xwv (Manst, IV, 1119). — 2. Lire : yft^*».
— 3. >o*s o-\. — 4. Lire : ^.3 « au Tout-Puissant »(?). — 5. Lire : oto. — 6. Mansi, VI, 134;
Pair. Lat„ LIV, 940.

100

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

sition [perverse] l'état de nombreuses églises [a été troublé]1, que beaucoup d'évêques
n'ayant pas accepté le sentiment des hérétiques ont été chassés de leurs sièges et
envoyés en exil, et qu'à leur place, de leur vivant, on en a établi d'autres. Tout d'a-
bord on doit se proposer d'apporter des remèdes à ces plaies, de manière que per-
sonne ne soit privé de ce qui est à lui, et que l'un ne retienne pas* ce qui est à l'autre.
Si, comme nous le souhaitons, tous abandonnent Terreur, personne ne doit perdre son
honneur; mais il faut que le droit soit rétabli en faveur de ceux qui ont souffert pour
la foi, avec tous leurs privilèges personnels ».

Ceux qui avaient été déposés dans le IIe synode d'Éphèse, auxquels Léon rendit leurs
sièges, étaient : Ibas, accusé de plusieurs choses ; Ireneus, bigame, et partisan de Nes-
torius; Sophronius de Telia; et Theodoretus de Cyr, qui à la mort de saint Cyrillus,
de pieuse mémoire, écrivit à Jean d'Antioche, en méprisant le saint et disant3 :
« L'homme méchant a tardé longtemps et est à peine mort; car les honnêtes et les bons
sont enlevés avant l'heure, mais les mauvais vivent longtemps. Je suppose que le dis-
pensateur de toute chose se préoccupant tout d'abord des bons, les tire prompte-
ment, avant l'heure, des tribulations d'ici-bas, et, enveloppés de la victoire, les délivre
du combat et les fait passer dans la vie excellente proposée comme récompense aux
athlètes de la vertu, sans vieillesse, sans tristesse, et exempte de tous soucis. Quant
aux amis et aux ouvriers du mal, il les laisse longtemps jouir de la vie présente afin
qu'ils se rassasient du mal et qu'ils apprennent ensuite la vertu; ou bien qu'ils
donnent satisfaction même ici bas, en restant longtemps agités par les flots amers et
les difficultés de cette vie. Le gouverneur des âmes n'a pas laissé ce misérable, de la
même manière que les autres, jouir longtemps des choses qui paraissent délectables;
mais voyant que la malice de cet homme croissait de jour en jour et qu'il corrompait
le corps de l'Église, il le retrancha comme une peste, et enleva l'opprobre des enfants
d'Israël. Son départ a réjoui ceux qui sont ici-bas ; il est à croire qu'il a affligé les morts,
et à craindre que, molestés par son voisinage, [224] ils ne le renvoient aussitôt vers
nous,ou qu'il n'échappe à ceux qui l'emmènent,comme le tyran de Liqianos le chasseur4.
Il convient donc que Ta Sainteté prenne soin sans retard de commander à la troupe
de ceux qui emportent les morts de placer une grande et lourde pierre sur son tom-
beau, afin qu'il ne revienne pas ici5 montrer de nouveau ses opinions changeantes.
Qu'il prêche de nouveaux dogmes aux enfers, qu'il y fasse de la rhétorique nuit et
jour : car nous ne redoutons point qu'il les divise en prêchant contrairement à la
vraie piété et en livrant à la mort la nature immortelle de Dieu. Il sera malmené non
seulement par ceux qui sont instruits des choses divines, mais par Nemrod, par
Pharaon, par Sennachérib et par tout autre adversaire de Dieu. Mais c'est en vain

1. Texte mutilé; complété d'après le grec. — 2. Lire : Wk>. —3. Patr. Gr., LXXXIII, 1489;
Mansi, IX, 295. — 4. Lat. : « sicut ille tyrannus Cynisci Luciani » (cf. Dialogue xvi, KaxâirXoy;
sur Tupavvo;). — 5. Lire : |.3j©t\.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

101

que je parle. Ce misérable se tait involontairement; « que son esprit sorte, et qu'il
retourne à sa poussière; en ce jour périront toutes ses pensées1 ». Mais il procure un
autre silence. Les choses qui ont été faites étant dévoilées, elles lient la langue,
ferment la bouche, réfrènent l'esprit, font taire, et obligent à se courber vers la
terre. C'est pourquoi, moi-même, je pleure ce misérable et je me souille dans le
deuil; car la nouvelle de sa fin ne m'a pas causé une joie pure, mais bien mêlée de
tristesse. Je suis content et je me réjouis en voyant la communauté délivrée d'une
telle peste; mais je m'afflige et je pleure en considérant que ce misérable n'a pas mis
de trêve aux maux, mais qu'il est mort en en méditant de plus grands et de pires. Il
rêvait, à ce qu'on dit, de troubler la ville impériale, de combattre les pieux dogmes
de la religion, et d'accuser Ta Sainteté parce qu'elle les confesse. Mais le Seigneur a
vu et n'a pas négligé. « Il a mis un frein2 à sa bouche et l'a fait retourner dans la terre
d'où il avait été tiré ». Fasse la prière de Ta Sainteté qu'il obtienne miséricorde et que
l'immense philanthropie de Dieu surpasse sa malice. — Je prie Ta Sainteté de nous
faire disparaître les perturbations3 de l'esprit. Différents bruits, qui sont répandus,
nous troublent en annonçant des calamités générales. Certains disent que TaPiété va au
camp des soldats involontairement. Jusqu'ici j'ai repoussé comme des mensonges ce
qu'on annonçait. Mais comme les mêmes choses sont répétées avec persistance par
tous, j'ai pensé nécessaire d'apprendre la vérité de Ta Sainteté, de manière ou à en rire
comme de choses fausses, ou à en pleurer1, comme il convient, si elles sont vraies. »
Du chapitre IV. — Domnus" aussi [avait été déposé] avec eux.

Paschasinus [représentant] de Léon dit : '< Nous avons ordre de l'archevêque Léon,

que Dioscorus ne siège 6 pas dans l'assemblée, mais qu'il soit chassé, etc.7..... »

— Quel canon ecclésiastique, quelle loi impériale a donné à l'évêque de Rome une
puissance telle qu'il puisse faire ce qu'il veut, promulguer légitimement un décret en
dehors du synode, agir illégalement, et alors même que personne n'est d'accord avec
lui, faire ce qui lui plaît? Cela est le propre des seuls tyrans. — S'ils mettent en
avant l'autorité apostolique de Pierre, et s'ils croient que les clefs du ciel leur ont été
données : qu'ils considèrent les autres villes qui sont ornées de l'auréole apostolique.
Je passe sous silence la nôtre8 qui dirige le siège de l'évangéliste Marcus ; mais
celle des Ephésiens, instituée par l'apôtre Jean, est dirigée par un autre, par celui de
Constantinople, parce que le siège de l'empire fut transféré là9. — Quoi donc! si
l'évêque de Rome est convaincu de penser mal, à cause de ce trône apostolique on
changera la foi de tout le monde? Et qui parmi tous les disciples du Christ songe à
l'imiter?

1. Cf. Ps. cxlv, 4. — 2. Lire : V*£^s ; cf. Zs., xxxvir, 24. — 3. Lire : UoA. —4. Lire : Ul* (et non
|L|.) — 5. Domnus d'Antioche. Ms. : Romanos. — 6. Lire : oM, — 7. Cf. ci-dessus, p. 39. —
8. Alexandrie. — 9. Allusion au privilège patricarcal conféré par le IIe concile œcumémique au
siège de Constantinople qui était jusqu'alors sous la dépendance du métropolitain d'Ephèse.

102

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Pourquoi1 ceux d Antioche la grande ne revendiquent-ils pas pour eux la pré-
séance : premièrement parce que Pierre, sur lequel les Romains appuient leur grande
prétention, y a tout d'abord exercé l'autorité ; ensuite parce que là le nom honorable
de chrétiens obtint droit de cité2 (?). Pourquoi pas celui de Jérusalem?— Parce que
lui seul eut l'autorité dans la ville impériale, il obtint [223] la préséance sur tous les
autres, par un certain usage, à cause de la grandeur de la ville et de l'autorité impé-
riale. Mais aucun canon ecclésiatique n'a institué, aucune loi impériale n'a établi l'évo-
que de Rome autocrate3 de tout le monde. L'arrogance des Romains s'est même
manifestée de nos jours, dans le synode qui se réunit h Constantinople pour l'examen
des Trois chapitres; quand ils s'assemblèrent et anathématisèrent Theodorus, Theo-
doretus et la lettre d'Ibas à Mari. Vigilius* de Rome se trouvait à Constantinople de-
puis longtemps ; il fut invité à venir au synode : il n'y vint pas. Les évêques de Rome,
ses prédécesseurs, ne s'étaient pas rendus (aux synodes) à cause de l'éloignement;
mais pour celui-ci, qui était présent, le motjf fut cet orgueil odieux à Dieu ; il ne rougit
pas devant Notre-Seigneur qui s'est humilié lui-même pour nous, et qui instruit en
disant5. « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Vigilius étant pré-
sent, non seulement ne jugea pas digne de siéger avec les évêques de tout l'univers,
mais de lui-même, il confirma par écrit les Trois chapitres précités qu'ils anathéma-
tisèrent.

IJ n'est pas au pouvoir de l'évêque de Rome de faire un synode, mais au pouvoir
des empereurs. — Il en fut ainsi du second synode (d'Ephèse) que réunit Dioscorus
par la volonté de Theodosius. A propos de cela, l'évêque Lucensius6, représen-
tant de Léon, dit : « Qu'il rende raison de son jugement; car il a ravi le rôle déjuge
qu'il n'avait pas ; il a osé tenir un synode sans la permission de ce trône apostolique ».
Qui donc a permis à ton Léon de juger seul les dissentiments ecclésiastiques ? Car, il
est notoire que dans le synode des 150 Pères, il n'y avait aucun évêque de Rome ; et
pour cela, les 150 Pères de Constantinople, réfrénant l'arrogance de Damasus et des
autres de Rome, nomment, avant la leur, l'Eglise d'Antioche « ancienne et vraiment
apostolique », et ils appellent l'Eglise de Jérusalem « la mère de toutes les églises 7 »,
à cause de Jacques, son premier évêque, et des mystères qui s'y sont accomplis.

Les notables qui avaient été faits juges ne s'assemblèrent pas pour la déposition de
Dioscorus, mais seulement 200 évêques, parmi lesquels il y avait beaucoup de prêtres
et de diacres8.

Extrait du symbole de Chalcédoine9. — Après plusieurs autres choses (on lit) :
« Ceux qui introduisent la confusion ou le mélange, ou qui prétendent sottement qu'il

1. Corr. : |asû^o(?). — 2. Tto^ixsOaat (?). Le texte de la lettre synodale dit : To tc{*s'ov tôv Xptcrnavwv
sxprjUiaTia-ev ovopux. Mansi, III, 585. — 3. Corr. : »o^,;oû£,o|, aïkôxpaTwp. — 4. Ms. : B[i)gelios, —
5. Matt., xr, 29. — 6. Ms. : Louqensinos. — 7. Mansi, III, 585. — 8. C.-à-d. : dont beaucoup
étaient représentés par des prêtres. — 9. Cf. Mansi, VII, 114.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

103

n'y a qu'une nature de la chair et de la divinité, ou qui imaginent monstrueusement 1
la passibilité dans la nature divine du Fils unique... » —Vous avez trouvé cette fiction,
j'en suis persuadé, dans votre impiété. Personne de ceux qui méditent les choses du
Christ n'a jamais dit qu'il y avait une seule nature de la chair et de la divinité, mais
bien ou une nature incarnée de Dieu le Verbe, ou une nature composée et une hy-
postase de l'unique Christ composé; alors que vous-mêmes dites qu'il y a une hypos-
tase du Christ, c'est-à-dire de la divinité et de la chair ! Mais si, comme nous lavons
démontré bien des fois, l'hypostase substantielle n'est pas autre chose que la nature
même de chaque individu, vous dites donc qu'il y a une nature ou hypostase unique
de la divinité et de la chair.

D'ailleurs, il faut nécessairement que cette unique hypostase soit simple ou com-
posée. — Si elle simple : Vous dites donc qu'il y a une seule hypostase simple de
Dieu et de la chair; et alors il y a eu mélange et confusion des hypostases, et vous
attribuez la passibilité [à la divinité]* du Verbe. Donc, celui qui établit que cette
hypostase est simple doit dire conséquemment que Notre-Seigneur le Christ est [Dieu]3
dans la chair. — Si l'unique hypostase du Christ est composée : il faut nécessairement
que la composition soit dans la nature, puisque celle-ci est la même chose que l'hypos-
tase. — Si l'on dit qu'elle n'est ni simple ni composée : elle n'est pas non plus une par
le nombre. Toute chose qui existe et qui est une, est nécessairement simple ou com-
posée. Que vous reste-t-il donc? sinon de dire avec Theodoretus que l'Écriture con-
naît l'emploi de ce nom d'hypostase pour ceux qui sont plusieurs par le nombre.
« L'Apôtre même, en effet, emploie ce nom d'hypostase de différentes choses, natures
et personnes, et surtout du Christ. » Vous cachez donc sous la synonymie de l'expres-
sion le blasphème de Nestorius, de même que vous dissimulez sous les lettres de
Cyrillus, comme sous un appât séduisant, le hameçon de l'impiétié, la lettre de Léon
dont tous nous blâmons et fuyons les blasphèmes. [226] Vous prétendez qu'elle est
conforme à l'enseignement du grand Pierre, et vous dites qu'elle est « une constitu-
tion générale contre les hétérodoxes. » Et qui donc, d'après vos insinuations, aurait
attribué la passibilité à la divinité du Verbe, sinon celui que Nestorius et tous les
hérétiques ont calomnié, parce qu'il ne consentit pas à partager le Christ en deux na-
tures : Cyrillus?—Et s'il en est ainsi, nécessairement la nature divine du Verbe doit
être réellement le Fils du Père; celui qui est humain par nature doit être le Fils de
Marie par nature, et le Fils de Dieu le Père par la grâce, à cause de sa participation
à la dignité de Dieu le Verbe.

Contre ceux qui partagent en deux fils Tunique Christ *. — Ils le partagent tout

1. Tepaxeuônevoi. — 2. Compléter : 1C&>o> wi-oo^U; cf. texte, p. 226,1. 7. — 3. Compl. : loi^s uoiok*l.

_4, Cette phrase formait sans doute l'argument d'un chapitre, comme nous en trouvons par là

suite. •

104

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

d'abord en deux natures, de sorte qu'ils appellent Tune : homme, et l'autre : Dieu.
Mais, ceux aussi qui le partagent en deux natures, et attribuent l'une à Dieu le
Verbe et l'autre à l'homme, doivent nécessairement dire celui-ci Fils de l'homme
et celui-là Fils de Dieu, et déchirer ainsi notre Seigneur le Christ en deux Fils. —
Mais, comme l'Ecriture proclame un seul Fils, ils évitent ce mot de « deux », bien
qu'en réalité ils honorent la dualité des Fils.

Qu'aucune nature universelle n'existe en dehors des (individus), tandis qu'un
individu peut exister en dehors de quelque chose d'universel; et que la composition
se fait dans les êtres qui existent individuellement : contre ceux qui se justifient de
dire que « le Christ a deux natures ou est en deux natures : la nature divine simple-
ment et la nature humaine », parce que « le nom de nature s'emploie seulement de
l'universel; et le particulier, c'est-à dire l'atome ou individu, est appelé hypostase et
non nature » ; ce qui est une insanité *. — H y a, en effet, une différence entre la nature
universelle et les natures particulières, de même qu'entre la blancheur universelle
et les blancheurs particulières : celle de la neige, celle de la céruse2; entre l'huma-
nité3 et chacun des hommes individuels : Pierre ou Paul, par exemple. — Si ces
natures individuelles n'existaient pas, rien d'universel ne pourrait exister : car c'est
l'abstraction du tout. — Si donc il y a une nature universelle : de l'homme, par
exemple, ou du bœuf, à plus forte raison il y a des natures individuelles qui sont des
hommes ou des bœufs, dont chacun est, et est appelé, « nature »; chacun, en effet,
reçoit la définition de sa nature; ainsi, Pierre est un animal raisonnable mortel.
On peut donc trouver un atome, c'est-à-dire un individu, en dehors de quelque chose
d'universel, par exemple l'unique soleil, l'unique lune, sans qu'il y ait le soleil
universel ou la lune (universelle). Et même lorsqu'Adam était seul et que la femme
n'existait pas encore, l'homme existait, la nature humaine existait, et cette nature
humaine subsistait en lui : il était, en effet, un animal raisonnable mortel. Mais la
nature universelle, comme l'homme, le cheval, la blancheur, la faiblesse* ne peut
exister alors qu'il n'y a pas individuellement des hommes, des chevaux, des blan-
cheurs, des faiblesses. Or, le composé n'est pas formé de ces natures universelles,
mais des natures individuelles. — Si donc deux natures sont unies dans le Christ
notre Seigneur, nécessairement elles sont particulières et non universelles. En effet,
aucun universel ne peut entrer en composition, car il n'a pas même d'existence propre.
— S'il en est ainsi, une nature composée résulte toujours nécessairement de l'union
de deux natures. Or, puisque l'union n'est pas simplement nominale, car elle est
individuelle et ne peut s'appliquer à quelque autre : Jésus-Christ est donc un.

Chapitre V. Que ceux qui définissent qu'il y a « deux natures dans le Christ
après l'union », établissent que cette union a été personnelle, c'est-à-dire morale6. —

1. Cf. noie précédente. — 2. Lire : ^IW.aiS, ^t^yôtov. — 3. Ms. : a l'homme universel. » — 4. Sic
ms.; peut-être à corriger : ILaX» « la douceur » (saveur). <— 5. Litt. : d'affinité, d'association.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

105

Si en effet, après l'union de deux natures telle qu'ils l'entendent, rien n'est
amoindri dans la dualité, les natures persistent; on leur attribue donc une union seu-
lement nominale et non réelle, [227] puisque ces natures ne sont pas réunies en une
seule. — De là, ce que quelques-uns disent en leur faveur n'est pas non plus vrai (à
savoir) : que tout en déclarant spéculativement que le Christ a deux natures ou qu'il
est connu en deux natures, ils ont confessé que celui qui est formé par l'union de ces
deux natures est un, lorsqu'ils disent1 : « Le propre de chacune des deux natures per-
sévérant, elles concourent à former ensemble l'unique personne et l'unique hypos-
tase. » — Et en effet, tous les partisans de Nestorius disaient aussi qu'il y a une seule
personne de la divinité du Christ et de son humanité. — Theodorus ne refuse pas(?)2
d'admettre dans la dualité des natures cette unité de .personne. — Si donc le Christ
a deux natures, elles sont subsistantes*, car il n'y a pas d'union de non-subsistants.
On ne peut, en effet, trouver une nature non-subsistante, si ce n'est dans une
définition verbale, en la saisissant par la seule pensée. — Donc, chacune de ces
deux natures existe nécessairement avec sa propre hypostase, leur union est pure-
ment nominale, et l'unique personne de ces deux natures signifie seulement leur
affinité et rien autre chose.

S'ils ont dit « une hypostase » dans le sens de « un seul homme », Paul, par exemple,
ou Pierre, et s'ils veulent que celle-ci soit simple, de toute façon elle sera ou seulement
Dieu ou seulement homme. Or, le Christ n'est ni seulement Dieu, ni seulement
homme. Mais, comme il subsiste composé en même temps de la divinité et de l'huma-
nité, il est nécessairement l'hypostase d'une nature composée. Toute hypostase est, en
effet, l'essence de quelque chose. — Donc, le Christ a une nature composée après
l'union.

S'il y a deux natures après l'union, comment n'y a-t-il qu'une seule personne de
de ces deux natures, sinon dans le sens des Nestoriens qui appellent l'affinité entre
les deux et la participation de la dignité une seule personne ?

Donc, il ont forcément pris « l'unique hypostase >> comme ayant la valeur de « per-
sonne* ». — Ceci est démontré de là*.

Chapitre VI du tome III. Que ceux de Chalcédoine ont pris a une hypostase » dans
le sens de « une personne » signifiant différentes hypostases. — Jean d'Egées, qui
était zélé pour l'opinion de Nestorius6, accuse ceux de Chalcédoine d'avoir défini des
choses contradictoires, à savoir : « deux natures » et « une seule hypostase » du Christ.
Il écrit ces choses comme par opposition à leur définition : « Mais, disent-ils, nous
évitons de dire deux hypostases pour ne pas être contraints de dire deux personnes
ou deux fils. — Cette crainte est superflue et cette explication ridicule. En effet,

1. Cf. Lettre de S. Léon, ch. 3. — 2. Lire : J.3jûùo H (?). — 3. I^a.***, comme à la ligne suiv. —
4. Dans le sens nestorien, c'est-à-dire de personne morale. — 5. Parles arguments qui vont suivre.
— 6. Cf. Photius, Bibl., § 55. (Patr. Gr., t. XCVII).

ii. 14

106

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

si en confessant deux hypostases on introduit la dualité des fils, les deux (natures)
que vous proclamez engendrent nécessairement le même nombre de fils. »

Theodoretus fait l'apologie de ceux-ci1 : « Ceux qui se réunirent à Chalcédoine
prennent ce nom d'hypostase, dit-il, au lieu de « personne » dans le sens de proximité
mutuelle. En effet, « hypostase » s'emploie parfois aussi de plusieurs individus, qui
forment ensemble une seule collectivité. » Et il apporte plusieurs témoignages2 ; du
Deutéronome : « Comment puis-je supporter seul votre hypostase », c'est-à-dire votre
tumulte et votre assemblée ; de Job : « En regardant, les justes ont ri, et l'innocent
s'est moqué d'eux; leur hypostase », c'est-à-dire leur multitude, « n'a-t-elle pas été
détruite, et le feu n'a-t-il pas dévoré le reste d'entre eux? »', de la IIe épître aux Co-
rinthiens : « Rougirons-nous, pour ne pas dire vous, dans cette hypostase de glorifi-
cation ? » c'est-à-dire notre multiple glorification à cause de vous. On cite à propos
cette parole : « Jonathan envahit Yhypostase des Philistins », c'est-à-dire leur3 mul-
titude et leur assemblée. »

Donc, il est manifeste que ceux qui-disent qu'il y a deux natures dans le Christ
après l'union, prennent « une hypostase » et « une personne », dans le sens qui a été
dit, c'est-à-dire pour la collection multiple d'individus, comme Theodoretus, qui fut
l'un d'entre eux, et [228] qui exprime leur sentiment, puisque lui-même fit exécuter4
secrètement la plupart des choses qui se firent là5, par ceux qui avaient les mêmes
opinions que lui. — S'ils avaient pensé, en effet, que l'union était véritable, c'est-à-dire
consistait dans la composition des deux natures, telle que celle de l'âme et du corps,
ils n'auraient pas évité de dire « une nature composée » du Christ. Ils disaient :
« une hypostase ». Mais, ne savaient-ils pas que ce mot est applicable, d'après les
divines Ecritures, à plusieurs individus, puis qu'il signifie la collection de plusieurs
hypostases8 et l'assemblée même de plusieurs ? — S'ils pensaient, conformément au
sentiment des Pères de l'Eglise, que, surtout dans le Christ, nature et hypostase
signifient la même chose, en disant une hypostase du Christ, ils devaient aussi dire
qu'une est sa nature. Si nous proclamons qu'il a deux natures, nécessairement nous
annonçons qu'il a [deux] hypostases. — Mais, si hypostase ne signifie pas la nature
même, mais bien, comme le rapporte Theodoretus, une collection d'hypostases for-
mée de plusieurs individus, comment n'est-il pas évident que ceux de Chalcédoine,
de même que Nestorius, confessent deux hypostases du Christ en même temps que
deux natures ?

Chapitre VII. Que si on emploie « hypostase » dans le sens « d'individu », il est de
toute nécessité d'attribuer aussi la nature à celui qui a l'hypostase ; et que « hypostase »

1. D'après ce qui est dit plus bas (p. 118, 1. 34), le passage serait tiré d'un ouvrage (inconnu)
contre Jean d'Egées ; il est très probablement apocryphe. — 2. Pour le sens véritable du mot
ÛTtiffxaffiç dans les passages cités ici, comp. le texte des LXX; respect. : Deut., r, 12; Job, xxn, 20;
II Cor., ix, 4; I Reg., xiv, 4. — 3. Lire : spot^-n. — 4. Lire : oi,£c. — 5. A Chalcédoine. — 6.
Lire ; fâoû-io; cf. texte, même col. 1. 34.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

107

ne signifie pas autre chose qu'une essence quelconque. — Si hypostase ne signifie pas la
pluralité des individus, mais bien un seul individu, « nature » signifie absolument la
même chose que « hypostase », ou autre chose. Si elle signifie la même chose, puisque
l'hypostase du Christ est seulement une par le nombre, il faut que sa nature soit aussi
unique : s'il y a deux natures, il y a nécessairement deux hypostases. Ainsi, « homme »
ou « mortel1 » signifiant la même chose, l'homme étant un (être) né de la femme pour
vivre peu de temps2, si l'homme dont nous parlons est seulement un par le nombre, il
y a aussi un mortel et non pas deux. Il en est de même du glaive et de l'épée, de la
paume et de la main, et de tous les objets à double nom. — Si donc on confesse que
l'hypostase du Christ est une par le nombre, de toute nécessité on doit confesser que
sa nature est une.

S'ils disent que l'hypostase signifie autre chose et la nature autre chose, qu'ils di-
sent d'abord ce que signifie hypostase en dehors de l'essence soit de l'homme, soit de
Dieu, soit de quelque autre des choses qui existent. Car l'essence ne peut exister sépa-
rément en dehors de la nature de quelque chose. L'hypostase est l'essence d'une
nature individuelle.

Les énumérations se font d'après les genres ou les espèces. Il n'y a rien qui appa-
raisse en propre dans l'hypostase. Elle subsiste seulement dans la pensée. Elle con-
sidère, réunie dans un seul concept, la forme qui est dans chacun (des individus)3. Il
est donc impossible qu'il y ait « une » essence, c'est-à-dire une hypostase, pour
« deux » natures séparées qui n'ont pas concouru à former ensemble un seul composé.

Chapitre VIII. Qu'aucun composé ne s'écarte du genre des simples dont il
est la composition; et qu'à cause de cela, quand les natures entrent en composition,
elles forment une nature composée. — S'ils veulent que l'hypostase ne signifie pas
seulement l'essence, mais quelque chose autre que la nature, qu'ils disent (d'abord),
comme j'ai dit, ce que c'est, et ensuite, comment de deux natures unies ne résulte
pas une nature composée mais une hypostase; car il est absolument impossible, lors-
que deux natures s'unissent, que ce qui est formé d'elles ne soit pas une nature com-
posée, mais bien quelque chose en dehors de cela. En effet, tout composé de quelque
chose ne sort pas du genre des choses dont il est la composition, pour passer à un
autre ; de sorte que, si des substances entrent en composition ce qui en résulte est
une substance composée, et non une quantité ou une qualité. Lorsque les quatre
corps : le feu, l'eau, l'air, la terre, sont entrés en composition, ils ont formé un corps
composé : l'animal vivant, la plante, la pierre, et le reste des composés, car la compo-
sition des corps ne les change pas en incorporels. — [229] De même, si des qua-
lités, qui sont incorporelles, sont mélangées dans quelque sujet*, par exemple : la
blancheur ou la noirceur, elles ne forment pas d'elles-mêmes un corps, car il leur était

1. Strictement : « corruptible », acpôapToç. — 2. Cf. Job, xiv, 1. —3. La construction est un peu
obscure; peut-être y a-t-il une lacune d'une ligne dans le texte (?). — 4. Suppositum, substratum.

108

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

déjà sousjacent, mais seulement une couleur composée, pourpre ou autre. — Il en est
de même des sucs : l'amer et le doux, ou l'acide et le salé, ou quelque autre ; le
mélange de ceux-ci donne un suc composé. — Si deux nombres entrent en composi-
tion, six et quatre (par exemple), on obtient le nombre dix; trois grandeurs mathé-
matiques entrant en composition forment un triangle mathématique, qui est lui-
même une grandeur et non une nature. Les mots réunis forment un mot composé
d'éléments1, c'est-à-dire de signes syllabiques, de ceux-ci (est formée) une expres-
sion* et de celles-ci un discours.

Nous ne disons pas que le composé est tel que sont les choses dont il est composé,
dans une espèce voisine de la leur : car le composé est nécessairement autre que les
simples ; mais (nous disons) que le composé n'est pas hors du genre auquel apparte-
naient ces simples, soit que les éléments combinés fussent des substances, soit
qu'ils fussent des qualités ou des quantités ou quelqu'autrc (accident). Le discours
n'est pas l'expression, ni l'expression la syllabe, ni la syllabe la lettre, bien qu'il y
ait une certaine coïncidence 8 ; mais cependant, toutes ces choses sont des mots,
les uns simples, les autres composés. Des nombres [est formé un nombre], des
corps simples (est formé) un corps composé ; les qualités qui entrent en composition
produisent [des qualités]. Et ces éléments simples : l'âme et le corps, unis ensemble
ne forment-t-ils pas un corps animé? On peut dire simplement une fois que cela est
vrai de toutes choses.

Nous avons montré clairement ailleurs que ce n'est pas la matière première incor-
porelle, mais la matière à trois dimensions qui est le substratum de tout. Donc, ce qui
est composé de cette matièreà trois dimensions et d'une forme quelconque, commecelle
du feu, est un corps spécifique : il tient cela du substratum, ceci de la forme. — II
faut conclure la même chose à propos de Notre-Seigneur Jésus. Si, en effet, deux na-
tures sont entrées en composition et se sont unies pour former son être, il est de toute
nécessité que le composé formé d'elles ne soit pas autre chose qu'une nature composée.
Car : ou bien elles n'ont pas été complètement composées dans ce qui fait qu'elles sont
natures, et alors ce qui résulte d'elles, n'est pas un être unique et individuel, comme
est Notre-Seigneur le Christ; ou bien, si elles sont simultanément devenues « un »,
cet « un » n'est autre chose qu'une nature composée, de même que ce qui résulte du
corps et de l'âme est une nature animée.

Ceux donc qui nient que le Christ ait une nature composée rejettent aussi l'union
des deux natures et nient que le Christ Notre-Seigneur soit en même temps Dieu et
homme. — Comment le même serait-il Dieu et homme, quand Dieu est à part, ayant
une hypostase propre, et quand l'homme est à part avec son hypostase spéciale : ils ne
sont un que par la seule affinité d'affection.

C'est pourquoi les Nestoriens sont conséquents avec eux-mêmes quand ils nient

1. <TT<HXEfcX. -        2. Xli-lÇ. - 3. (TUfJWITWfftÇ.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

109

l'union hypostatique des natures, et disent qu'il y a non seulement deux natures, c'est-
à-dire la divine et l'humaine, mais aussi conséquemment leurs deux hypostases. Ils
confessent, en effet, une union de dignité et de nom seulement. En conséquence, ils
doivent dire qu'après une semblable union d'affinité ou de volonté les natures ou les
hypostases sont deux et que le Christ est connu en ces deux; car toute affinité appa-
raît au moins entre deux. Comment disent-ils cela et en quel sens? Comment le men-
songe est-il confondu? Nous l'avons montré dans notre second Traité contre eux.

Donc, qu'il y ait deux natures dans le Christ et qu'il existe en deux natures après
l'union, c'est l'opinion et de Theodorus, [230] et de Nestorius, et de ceux qui pensent
comme eux, que le synode de Chalcédoine a aussi suivis. Cela est évident, en effet,
d'après les choses précédemment établies.

Nous avons démontré plusieurs fois, en effet, que ce qu'on appelle hypostase ne dif-
fère en rien de la nature de chaque individu, de Pierre, par exemple, ou de Paul.
C'est pourquoi les Péripathéticiens l'appellent essence première et indivisible, et les
docteurs de l'Eglise prennent très souvent nature ou hypostase comme signifiant la
même chose. — Paulus de Samosate fut déposé1 parce qu'il disait qu'il y a deux hypos-
tases dans le Christ. Ceux qui pensent comme Nestorius partagent avec lui une telle
opinion. Et comment ne (la partageraient) pas nécessairement ceux qui, disant que
Notre-Seigneur a deux natures après l'union, ne disent pas autre chose si ce n'est
qu'il a deux hypostases?

Nous avons clairement montré' que Paulus de Samosate proclamait deux hypostases
et qu'il fut déposé (pour cela), dans notre réfutation de Nestorius et surtout dans la se-
conde. Ceux qui le veulent peuvent les trouver. —Nous avons placé (ici) ces quelques
passsages choisis entre un grand nombre, empruntés à la troupe des hérétiques, pour
démontrer, comme je l'ai dit, que : « dire que Notre-Seigneur le Christ doit être
connu et existe en deux natures », et « qu'il y a deux natures après l'union », fut le
souci des hérétiques précités; et qu'il ne suffit pas pour la manifestation de l'ortho-
doxie qu'ils expliquent ces mots dans un sens unitif, en disant un Christ, un Fils ou
un Seigneur, puisqu'ils nomment la seule affinité ou adhésion3 de Dieu et de l'homme
(né) de Marie : un Christ, un Fils, et un Seigneur.

Le Ve Concile, qui se réunit à Constantinople, dans le neuvième des anathèmes1,
a rejeté cette expression ce en deux », lorsqu'il dit : ce Si quelqu'un dit que le Christ
doit être adoré en deux, introduisant par là deux adorations, pour Dieu séparément
et pour l'homme séparément ». Si donc en disant que le Christ Notre-Seigneur
doit être adoré en deux natures, on introduit deux adorations : de Dieu spéciale-
ment et de l'homme spécialement, comme l'enseigne l'anathème, ceux qui disent que
Notre-Seigneur est en deux natures, disent que chacune existe en elle-même et

1, |x.k*Ulo — xa9ocipe6r|vat."— 2. Lire : ,x»o-. — 3. ffuvac^a, — 4. Cf. ci-dessous, p. 119.

110

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

l'adorent séparément; et ils tombent sous l'anathème précité. Donc, on les blâme
avec raison, car ils s'associent à ceux qui se sont jetés sous l'anathème pour ne pas
perdre leurs sièges.

Chapitre onzième. Qu'il n'y a pas une seule nature de la divinité et de l'humanité,
mais qu'il y a une seule nature ou hypostase du Christ composé, chacune des deux
demeurant inconfuse, comme le montre bien le reste de l'anathème1. —Aussi, nous
ne disons pas qu'il y a une nature ou une hypostase de la divinité et de l'humanité,
mais bien du Christ composé; car nous confessons et nous adorons [le Christ en
une seule nature] ou hypostase, en tant que composé. Nous n'admettons point la des-
truction de l'une, ni la confusion [ou le mélange]* des deux. Nous avons blâmé cela
bien souvent; car nous considérons comme tout à fait ridicule cette opinion de quel-
ques-uns, que peut-être il y a eu quelque conversion ou confusion dans cette union,
alors que cela n'a pas même lieu dans les autres composés, si ce n'est toutefois dans
le mélange des qualités contraires, comme nous l'avons montré dans le Aim^r/jç, à
cause qu'elles se contrarient mutuellement et que l'une est détruite par l'autre. Chez
l'homme, au contraire, et chez Notre-Seigneur le Christ, ce qui est moindre est
conservé par ce qui est plus grand : le corps par l'âme, ce qui est humain par la divi-
nité du Christ. — Il est donc évident, d'après cela, que nous ne disons pas une na-
ture selon l'affection pour la chair, ni selon la confusion de l'humanité et de la divi-
nité du Christ; mais parce que nous croyons que le Verbe de Dieu s'est incarné, de
telle sorte qu'il y a eu union de la nature divine et de l'humanité. Or, l'union, si elle
a lieu réellement, réunit nécessairement en une les choses qui sont unies. [231] C'est
cela, et non autre chose, qu'exprime cette sentence de saint Athanasius et de Cyrillus :
« Une est la nature incarnée de Dieu le Verbe ». — En effet, la nature ou hypostase
de l'homme est aussi un composé formé de l'âme et du corps ; cependant aucun des
deux n'est changé en l'autre dans la composition, pas plus que dans le Christ sa di-
vinité et l'humanité.

Du chapitre XV. Que la lettre des Orientaux n'implique pas que le Christ soit
« en deux natures », ou « de deux natures ». De plus, il nous reste h faire remar-
quer à son sujet qu'elle a été discutée et expliquée depuis longtemps et que pas le
moindre (doute) ne surnage maintenant. — « Saint Cyrillus, disent-ils, a accepté
comme orthodoxe la Lettre des Orientaux dans laquelle sont écrites ces choses3:
« Nous savons que les théologiens prennent les paroles évangéliques et apostoliques
concernant Notre-Seigneur les unes communément, comme concernant, une seule
personne, les autres séparément, comme concernant les deux natures. Ils appli-
quent les (expressions) glorieuses, qui conviennent à Dieu, à sa divinité, et les viles à

1. Cf. ci-dessous, p. 119. — 2. Lacune de deux ou trois mots. L'auteur voudrait montrer que les
monophysites ne sont pas atteints par le 9e can. du concile de Cple. — 3. Lettre à Jean d'Antioche ;
Patr. Gr., LXXVII, 177 ; Mansî, V, 29$

LIVRE VIII. CHAP. XIII

111

son humanité. » — « Cyrillus, disent-ils, ne1 craint donc pas de dire deux natures : ce
que le synode de Chalcédoine a aussi dit. » 11 faut que nous donnions aussi la solution
de cela (et que nous montrions) que le sens de ceux-là, n'est pas le même que le
sens de ceux de Chalcédoine. — Les choses qui concernent le Seigneur pouvant s'en-
tendre de trois manières, sont exprimées par trois expressions dans l'Ecriture et
surtout dans l'Evangile. Les unes sont significatives de sa divinité, par exemple
celle-ci8 : « Au commencement était le Verbe, etc. » ; et celle-ci3 : « Moi et mon Père,
nous sommes un, et celui qui me voit voit le Père », et les autres semblables.
D'autres sont significatives de son humanité, comme celle-ci4 : « Pourquoi voulez-
vous me tuer, moi, le Fils de l'homme qui ai dit la vérité » ; et5 : « Livre de la généa-
logie de Jésus-Christ » ; et' : « Il a été conduit comme une brebis à l'abattoir » et
« il s'est fatigué, il s'est reposé, il a eu faim ». D'autres (marquent) l'union qui s'est
accomplie de la divinité et de l'humanité, comme celle-ci1 : « Le Verbe s'est fait chair
et a habité parmi nous ; et nous avons vu sa gloire, comme la gloire [du Fils unique] »;
et8 : « desquels est apparu le Christ dans la chair » ; et9 : « Alors qu'il était la res-
semblance de Dieu, il ne considéra pas comme une usurpation de se faire l'égal de
Dieu, et il fut trouvé dans sa forme comme un homme » ; et beaucoup d'autres paroles
semblables qui sont employées de Dieu fait hcjmme. — La lettre des Orientaux exprime
cette distribution des mots relatifs au Christ. Je pense, en effet, que le Saint-Esprit
a voulu signifier (quelque chose) par la différence des mots, (à savoir) : par ceux qui
sont employés communément, que le Christ est un composé de deux natures, de la
divinité et de l'humanité ; et, par les mots signifiant spécialement chacune en parti-
culier des natures dont est formé le composé, que la propriété caractéristique10 de
chacune de ces natures persiste sans confusion dans le composé. Nous trouvons en
chacun de nous cette triple partition et distinction de tout composé de deux (natures).
Parfois nous sommes désignés d'après le corps, par exemple quand quelqu'un est
dépeint d'après ses propriétés corporelles, (si on dit) qu'il est court, ou qu'il est noir,
ou qu'il a un nez aquilin, ou qu'il est de telle nation ; parfois on le fait connaître
parles qualités de l'âme, par exemple (en disant) qu'il est sage, intelligent, savant,
consciencieux, etc. ; et parfois par le mélange des deux, par exemple (en disant)
que l'homme est un animal doué de raison, ou qu'il est pieux, ou qu'il est gram-
mairien, ou toute autre chose semblable qui signifie l'animal composé. — Et c'est ce
qu'ont fait et écrit à l'égard de Notre-Seigneur, ces théologiens évêques de l'Orient ;
mais ils n'ont pas [écrit] que le Christ est connu en deux natures ni que le Christ
a deux natures ; car cela n'est pas significatif de chacune des deux natures qui ont
concouru à l'union, mais destructif de l'union. En effet, ce « deux » est contradic-
toire de l'union, et du « un » qui en résulte.

1. Lire : |j| H. — 2. Joh., i, 1. — 3. Joh., x, 30. — 4. Joh., vnr, 40. — 5. Matt., i, 1. — 6.
Act., vin, 32.— 7. Joh., r, 14. — 8. Rom., îx, 5. — 9. Philip., ii, 6. — 10. Lire : |ûun*u*s.

112

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Cette lettre des Orientaux montre aussi que la signification de cet « un », indique
la propriété naturelle de chacune des deux (natures) qui ont été unies. Cependant,
quoique Cyrillus blâmât cette parole en disant : « Ceux qui ont prononcé cette expres-
sion [232] ou cette phrase l'ont inventée », de peur que la division et le trouble ne
s'emparât de tout le corps de l'Église, il agit pour le moment économiquement et
remédia à ce qui avait été dit en ajoutant1 : « desquelles est résultée, disons-nous,
cette union ineffable ». Il ne dit pas que l'union ineffable a eu lieu xarà "bûo çuosiç, mais
4k, §uo «pùuewv; et les Orientaux acceptèrent cela, bien qu'ils l'aient rejeté à Chalcédoine.

Il est dit aussi dans la seconde lettre du synode : « le Fils unique de Dieu n'a
pas souffert dans sa nature, par laquelle il est connu comme Dieu, mais dans la
nature terrestre. » Qu'ils ne prennent pas de là (l'occasion) de parler de « natures » ;
mais qu'ils sachent qu'ils ne nous effrayent pas en nous objectant ces natures ou ce
nom au pluriel. Il est multiple dans un certain sens, et il est nécessairement employé
par ceux qui ont des opinions orthodoxes quand nous devons considérer d'où vient
la composition. Nous disons donc qu'il y a eu union de deux natures, et que le Christ
est composé Ix Sùo çuaswv. « Il y a deux natures : Dieu et l'homme », dit saint Grego-
rius1 ; autre et autre en effet, sont les choses dont est formé le Sauveur; le Christ est
égal par l'essence au Père dans la divinité, et, le même est égal à nous par l'huma-
nité. Essence et nature signifient la même chose dans les expressions qui concernent
le Christ. Cela n'a rien d'inconvenant et peut se dire correctement en parlant de l'In-
carnation du Christ Notre-Seigneur. Mais [on ne peut dire] qu'il est « de deux natures »
ou « en deux natures » après [l'union], tout en étant en une seule hypostase. [Les
Pères] ont, en effet, rejeté cela.

Dans chacun des êtres qui existent, soit simple soit composé, la nature de chacun
des éléments est une, et celle de chacun des composés de ces éléments est aussi une 3 ;
par exemple : celle de l'or, de l'argent, du bronze, du verre; et chez les êtres animés,
celle de la chair, des os, des nerfs, des veines, de l'âme, et celle de l'animal qui est
composé de tous ces éléments, ou celle de la plante ou celle du zoophyte composé de
quelques-uns, (combinés) avec la forme spécifique, par exemple : de l'homme, du bœuf,
du figuier, de l'olivier.— Dans le texte proposé on ne parle pas de la nature du Christ
en tant que le Christ est terrestre, ou divin ; mais, quand on dit que le Fils unique
n'a pas souffert dans sa nature propre, il faut ajouter : en tant qu'il est considéré
comme Dieu, et non pas en tant qu'il est considéré comme Christ, car la nature
d'après laquelle il est considéré comme Dieu, n'est pas celle du Christ, bien qu'il soit
aussi Dieu.

Chacune des deux4 est donc simultanément une partie complémentaire de la

1. Lettre à Jean d'Antioche ; cf.'p. 110, n. 3. — 2. Patr. Gr., XXXVII, 179 ; Mans!, VII, 468. —
3. C.-à-d. « unique ». — 4. Le texte a ici le féminin. « Chacune de ces deux choses » ; mais peut-être
simplement par le fait d'une traduction trop servile du grec : Ixatépa (tpya-.ç).

LIVRE VIII. CHAP. XIII

113

nature composée du Christ; car le Christ n'est pas l'une de ces natures isolément, mais
ce qui résulte des deux. Les natures du Christ ne peuvent pas non plus être toutes les
deux ensemble sans concourir à former simultanément quelque chose d'unique. Une,
en effet, est la nature de tout être soit simple soit composé. De même, donc, que si
l'on dit : Je souffre de la cuisse, j'éprouve de la douleur à la main, je suis malade du
corps, je suis affligé de l'âme, rien de cela n'est isolément la nature de l'homme
composé, mais une certaine partie des choses dont il est constitué ; de même relati-
vement au Christ Notre -Seigneur, si quelqu'un dit qu'il est impassible dans la divinité,
et passible dans l'humanité, ou pareillement : qu'il est impassible dans la nature
de la divinité et passible dans la nature de l'humanité, il ne dit pas pour cela que
l'une des natures du Christ existe isolément; mais, comme il arrive pour tout ce qui
est composé de deux choses, il marque les parties dont il est composé. — Ainsi,
nous ne disons pas non plus que l'homme est une nature incorporelle h cause de
l'âme, ni simplement qu'il est corporel, à cause du corps, car l'homme n'est ni l'une
ni l'autre de ces choses séparément, mais bien ce qui résulte des deux ; de même, la
divinité simplement n'est pas la nature du Christ composé, l'humanité simplement
et isolément ne l'est pas non plus, mais celle qui est composée des deux est la nature
du Christ.

Donc, celui qui dit que le Christ a souffert dans sa nature terrestre, ou qu'il est
demeuré impassible dans sa nature (divine), ne dit pas que le Christ a deux natures,
mais qu'il a souffert, dans cette partie de lui-même, et n'a pas souffert dans cette
autre. — De là on ne doit donc pas non plus conclure que Cyrillus dit qu'il y a deux
natures dans le Christ : ce qu'il a refusé maintes fois de dire.

[233] Chapitre XVII. Que ce témoignage d'Ambrosius : « unus tantum ex utroque
fatur » n'est pas la même chose que ceci : « le Christ est en deux natures. » — C'est
en vain qu'ils allèguent comme étant d'accord avec eux le passage de saint Ambrosius,
tiré du II* Livre à Gratien, qui est ainsi conçu1 : « Gardons la distinction de la chair
et de la divinité. En effet, un seul Fils de Dieu parle in utroque* parce que chacune
des deux natures3 est en lui. Bien que ce soit le même qui parle, [il ne parle pas]
cependant toujours [uno modo] *. Considère en lui tantôt la gloire de Dieu, tantôt les
souffrances de l'homme. [Il dit comme Dieu] les choses divines, parce qu'il est le
Verbe; et comme homme il dit les choses humaines, [parce] qu'il parlait dans
cette nature ». — Voici donc, disent-ils, l'unique Fils de Dieu, Notre-Seigneur le
Christ, qui parle in utroque; et ils supposent que cela est la* même chose que ceci :
« le Christ est, ou est connu en deux natures » ; ce qui n'est pas, comme5.......cité

1. Patr. Lat., XVI, 576; en grec dans Manst, VI, 966. — 2. eîç Iv Ixaxlpw XaXst ô xou 0eoO u!6ç.
Sur cette leçon (IxaxÉpw et non êxaxlpa), cf. Patr. lat., loc. cit., note d. — 3. êxaxlpa'çvffiç. — 4. La-
cune à compléter ainsi d'après le grec (Ivc xpôîrw), et la répétition de la phrase plus bas. — 5. Lacune
de deux ou trois mots, probablement : « comme [on le voit par l'examen du passage] cité ».

H. 15

114

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

maintenant et dans un autre livre. In utroque, au genre masculin, est en relation
avec ce qui vient après quand il est dit : « Bien que ce soit le même qui parle, il ne
parle pas cependant toujours uno modo1 »; de sorte que ce qui précède [doit s'en-
tendre] ainsi : « Car un seul Fils de Dieu parle in utroque [modo] »; mais pour eux,
in utroque* doit être au féminin et s'entendre ainsi : « Car un seul Fils de Dieu parle
in utraque » ; dans la chair évidemment et dans la divinité, dont il prescrit de garder
les distinctions. « Gardons, dit-il, la distinction de la chair et de la divinité. » —
Lequel pensent-ils donc qu'il ait appelé Fils de Dieu? Serait-ce le Verbe de Dieu,
simple et non composé, qu'ils considèrent séparément comme le Fils de Dieu? Mais
en parlant dans sa divinité : il parle en lui-même, et nous devons répartir l'unique en
deux ; car personne ne dira que l'âme parle en elle-même ; en effet, ce qui est dans
quelque chose, est autre dans un antre. — Si c'est le Christ composé de la divinité
et de l'humanité qu'il appelle Fils de Dieu, parce qu'il est Dieu et homme en même
temps, qui parle tout entier dans la chair et pareillement dans la divinité, alors cette
parole tombera doublement dans l'insanité. En effet, si le Christ parle dans la chair
quand il dit les choses humaines et dans la divinité quand il dit les choses divines,
quand il dit les choses humaines en tant qu'homme il parle donc en lui-même, et
pareillement quand il dit les choses divines en tant que Dieu ; ce qui redouble la stu-
pidité. Car il ne dit pas comme Dieu, dans l'homme, les choses divines, ni comme
homme, dans la divinité, les choses humaines 3. Il serait encore plus absurde que ce
qui précède (de prétendre) qu'il dit les choses de Dieu dans la nature humaine et les
choses de l'homme dans la nature divine, de manière à attribuer réciproquement les
choses divines à la nature humaine et les choses humaines à la divinité. — Mais le
Père n'a pas permis que nous fussions entraînés dans une opinion étrangère à sa
pensée : il explique ce qu'il a dit, en ajoutant : « parce que chacune des deux natures
est en lui » ; mais il n'est pas en chacune des deux natures, comme l'ont dit ceux
de Chalcédoine. Ceci, en effet, suppose deux natures et deux Christ : celui qui est
dans la nature divine d'une part, et celui qui est dans la nature humaine ; mais cela :
« chacune des deux natures est dans le Christ », indique que l'unique et même
(Christ) participe aux deux natures, étant en même temps Dieu et homme. Dans tout
composé, en effet, on peut considérer les éléments dont il y a eu composition, soit
qu'ils demeurent purs soit qu'ils soient confondus, par exemple l'âme et le corps dans
l'homme, la chaleur, l'aridité, la légèreté dans le feu, l'aridité, le froid, la pesanteur
dans la terre ; soit qu'ils soient mélangés, comme dans tous les composés qui sont
formés d éléments, où les éléments sont eux-mêmes mélangés : le chaud et le froid,

1; L'argumentation n'a pas de sens en syriaque; car dans cette langue U*3 (çvffiç) est masculin
aussi bien que l'I (= -rpÔTto;). — 2. Restituer ainsi le passage : ^a» |©v^» |p ,~ : wjuowtL Ua©i
. |>s>,o : ^Ljûoûj [^©v*;i] ^aa»       ^o^. »p . ^*»o jl^i ^©vôL — 3. Ms. :

« divines ».

LIVRE VIII. CHAP. XIII

115

le sec et l'humide, et dans tous les objets artificiels ; dans le vêtement formé de
laine et de lin : chacune de [234] ces deux matières, dans les bâtisses : les pierres,
les briques, le bois et les autres matières dont elles sont formées, dans l'œnomel :
cette qualité qui résulte du vin et du miel, apparaissent mélangées. — Donc ceci :
« il parle en chacun des deux » doit s'entendre « selon chacun1 des deux » : il parle
comme Dieu aussi bien qu'il parle comme homme. De sorte qu'on ne doit pas dire
qu'un autre parle dans l'autre, ni introduire en troisième lieu le Christ qui parle
avec les deux dans lesquels il parle. Car quiconque est en quelque chose est autre
que la chose en laquelle il est dit se trouver. Mais puisque le Christ est un, étant
à la fois Dieu et homme, d'après les éléments dont il est composé, (Ambrosius) en
disant in utroque n'a donc pas voulu dire autre chose si ce n'est que le Christ parle
selon chacun des deux, tantôt comme Dieu, tantôt comme homme. — Ils ne peuvent
donc pas appuyer leurs sottes hypothèses par ce témoignage d'Ambrosius.

Pour prouver qu'il y a deux natures dans le Christ, ils apportent le témoignage de
Julius de Rome, dans le traité intitulé : De l'union glorieuse, dans le Christ, de la,
chair et de la divinité. Ceux de Chalcédoine ont inséré dans le discours xpcxT^tovr/uxoç
à Marcianus chacun des deux témoignages, celui d'Ambrosius et celui de Julius 2. —
Julius dit dans le Traité précité3 : « De là nécessairement on doit rapporter au tout et
les choses corporelles et les choses divines ; et celui qui ne peut reconnaître dans ceux
qui sont unis, étant différents, le propre de chacun des deux* tombera dans des con-
tradictions absurdes; mais celui qui reconnaît les propriétés et garde l'union, n'alté-
rera point les natures, ni n'ignorera point l'union5. »

Ceux de Chalcédoine disent qu'il y a « deux natures dans le Christ après l'union » ;
tandis que Julius dit : « il n'altérera point les natures » ; ce qui, dans la pensée de ce
Père, doit s'entendre ainsi : Il n'altérera point la nature du Christ, qui est unique;
car il connaît les propriétés de chacune des deux (natures) dont l'unique (Christ) a
été formé; il ne détruit pas non plus l'union de celui qui est composé et non simple,
étant un dans l'union. — Dans ce Traité, avant les choses maintenant énoncées, il
parle et écrit ainsi6 : « Il faut confesser qu'en lui le créé est uni à l'incréé, l'incréé
est associé au créé. Une seule nature résulte des deux parties, et par une opération
particulière le Verbe complète le tout avec la perfection divine. Cela a lieu pour
l'homme en général, qui est composé de deux parties incomplètes, qui forment une-
nature et qui sont désignées par un seul nom. » — Quelques-uns de ceux qui parlent
en faveur du synode ne pouvant rien répondre à des (choses) si évidentes ont recours

1. Lire : —2. Mansi, VII, 468. On trouve la citation d'Ambroise, mais non celle de Julius,
— 3. Patr. Lat., VIII, 962. — 4. « Qui non potest in unitis differentibus cognoscere quid proprium
utriusque sit ». Le texte syriaque, mutilé ici, est à restituer d'après les dernières lignes de la col. 3.
même page. — 5. « neque naturas mentietur, nec unionem ignorabit ». — 6. Mansi, VII, 848 .

116

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

au mensonge et disent que ces paroles sont d'Apollinarius et non pas de Julius. Mais
ils ne peuvent en fournir une seule preuve, et ils disent eux-mêmes que par toute la
terre les livres portent le nom de Julius. Car, il est bon de répéter ce que j'ai déjà
dit : Ceux mêmes de Chalcédoine ont allégué le témoignage comme étant de Julius
dans l'àvaçopa qu'ils ont adressée à Marcianus '. On peut aussi de là réfuter le men-
songe : Apollinarius disait que l'union était faite de la chair seule et de Dieu le Verbe
sans une âme raisonnable. Or, dans ce traité, Julius dit clairement que le corps du
Seigneur était animé*. — Même en admettant qu'il parle des natures au pluriel, et
qu'à cause de cela ceux de Chalcédoine ont rappelé ses paroles, si cependant,
comme nous l'avons dit, Julius n'est pas en contradiction avec lui-même en attri-
buant au même Christ une nature et deux natures, il faut nécessairement comprendre
deux natures dont est faite l'union de cet unique (Christ); il dit, en effet, « celui qui
connaît dans les choses qui sont unies le propre3 de chacun de ceux qui ont concouru
à l'union, n'altérera pas les natures qui ont été unies », reconnaissant leurs propriétés,
même étant unies, « ni ne détruira pas l'union », confessant 1 unique nature [235]
qui a été complétée par elles.

Dans l'àvasopa, ceux de Chalcédoine allèguent un témoignage de Cyrillus, tiré de
l'épître à Succensus i, comme étant d'accord avec celui de Julius. Il est ainsi conçu5 :
« Quand nous considérons le mode de l'incarnation, nous voyons que deux natures
ont été unies indissolublement, sans confusion ni changement; la chair est la chair,
et non la divinité, bien qu'elle soit la chair de Dieu ; de même, le Verbe est Dieu et
non pas la chair, bien qu'il ait fait sienne la chair, économiquement. » — Certes, ceux
de Chalcédoine ont pris ces témoignages en tant qu'ils étaient tous les deux d'accord
pour la confession des natures. Ils citèrent en même temps cette parole de Gregorius^ :
« Il y a deux natures : Dieu et l'homme, puisqu'il y a aussi l'âme et le corps » ; et ils
passèrent le reste, prenant seulement cette expression « deux » (natures), en dehors
du sens où elle peut être dite. Or, Cyrillus7 dit clairement, par ce qu'il ajoute, que deux
natures ont concouru ensemble à l'union, non pas celles dans lesquelles est le
Christ, mais celles desquelles il est devenu un. Julius dit aussi dans le même sens
« qu'on altère les natures ». Il est évident que ce sont celles qui ont concouru si-
multanément à l'union et de l'union desquelles est résultée l'unique nature du Christ;
et non pas, comme prétendent ceux de Chalcédoine, celles dans lesquelles il est
après l'union ; car il dit bien des fois que la nature du Christ est une dans l'union. —
Il est donc démontré par tout cela qu'aucun des docteurs sacrés n'a dit que le
Christ avait deux natures ou était en deux natures après l'union, mais seulement
ceux qui sont partisans de Nestorius.

1. Cf. ci-dessus, p. 115, n. 2. — 2, Litt. : rationale. — 3. Lire : comme plus haut. —

4. Ms. : Suqensos. — 5. Mansi, VII, 472, où le passage est cité (à tort) comme venant de la lettre
ad Nestorium. Cf. Patr. Gr., LXXVII, 232. — 6. Mansi, VII, 468; Patr. Gr., XXXVII, 180. —
7. Lire : Gregoriusl

LIVRE VIII. CHAP. XIII

117

Dans le mystère du Christ, les Pères proclament l'union des natures ou des hypos-
tases ; que nature ou hypostase signifie la même chose ; qu'une hypostase signifie
pour eux essence et nature; que, quelle que soit sa pensée, si quelqu'un déclare que
le Christ est en deux natures, il doit nécessairement dire qu'il est en deux hypo-
stases. Cela est évident d'après la manière dont Cyrillus parle fréquemment dans ses
ouvrages : « nature, c'est-à-dire hypostase ». Athanasius dans sa lettre aux évêques
dit1 : « Que ce nom d'hypostase ne vous trouble pas ; essence2 et hypostase signifient
la même chose ; qui dit « essence » dit « hypostase. » Et saint Cyrillus dit parfois que
l'union hypostatique n'est pas autre chose que l'union des natures, et parfois que
l'union naturelle n'est pas autre chose que l'union des hypostases; attendu que, rela-
tivement au Christ, nature ou hypostase ont la même valeur.

Le synode de Constantinople a réprouvé Theodoretus, Ibas et Theodorus de
Mopsueste.

Chapitre XI. Réfutation abrégée. Divers chapitres et anathèmes établis par les
Pères du concile de Constantinople*.

« Si quelqu'un dit qu'autre est Dieu le Verbe qui fit des miracles, et autre le
Christ qui souffrit; ou dit que Dieu le Verbe était avec le Christ qui naquit de la
femme, ou qu'il était en lui comme un autre dans un autre ; — ou (si quelqu'un) ne
dit pas que le Verbe de Dieu incarné et fait homme était un seul et même Christ,
Notre-Seigneur, auquel il faut attribuerles miracles aussi bien que les passions qu'il
subit volontairement dans la chair : — que celui-là soit [anathème]4 !»

Léon dit : « Puisque les deux ensemble sont l'une avec l'autre : la bassesse de
l'homme et la grandeur de Dieu. De même que Dieu ne subit aucun changement
quand il fait miséricorde, de même l'homme n'est pas consumé dans la grandeur de
la dignité divine 5. Chacune des deux formes, en effet, exécute avec la participation
de l'autre, ce qui lui est propre : [le Verbe accomplit] ce qui est du Verbe, et le corps
accomplit ce qui est du corps ; celui-là brille par les miracles, celui-ci tombe sous le
mépris. » — Et encore : « Si Eutychès admet la foi des chrétiens, qu'il considère
quelle est la nature qui était fixée au bois par des clous, qui était suspendue à la croix,
et qu'il comprenne de qui ont découlé le sang et l'eau, quand le côté de celui qui
était fixé à la croix fut ouvert par la lance du soldat. »

Du chapitre iv6. « Si quelqu'un dit que l'union de Dieu le Verbe avec l'homme a
été faite selon la grâce, ou l'opération, ou la dignité, ou l'égalité d'honneur, ou l'au-
torité, ou [236] l'élévation, ou l'affinité, ou la puissance; ou selon la bonne volonté,
en ce sens que Dieu le Verbe s'est complu dans l'homme, ou lui voulait du bien parce
qu'il voyait en lui le beau et le bien, comme l'a dit l'insensé Theodorus; ou selon la
synonymie, d'après laquelle les Nestoriens, appelant Dieu : Verbe, Fils et Christ, et

1. Patr. Gr., XXVI, 1036. —2. to ov. —3. Mansi, IX, 375-388. — 4. Ve Conc, cap.iri. —5. Lire:
|»ov*>, — 6. Lire : », iv et non pas xrv.

118

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

appelant l'homme séparément : Christ et Fils, disent manifestement qu'il y a deux
personnes, imaginant de dire une personne, un Fils, un Christ seulement par le nom,
l'honneur, la dignité, l'adoration ; — ou (si quelqu'un) ne confesse pas que l'union de
Dieu le Verbe et de la chair animée d'une âme raisonnable et intelligente a eu lieu
selon la composition c'est-à-dire selon l'hypostase, eomme les saints Pères l'ont en-
seigné, de manière à former une seule hypostase composée qui est notre Seigneur
Jésus-Christ, un de la Trinité sainte : — que celui-là soit anathème! »

A pi'opos de ce chapitre iv. — Qu'est-ce que cela : « Chacune des deux formes opère
avec la participation de l'autre », sinon une participation d'opérations, et rien autre
chose que l'union d'action de chacune des deux? — Et ceci : «L'homme n'est pas con-
sumé dans la grandeur de la dignité divine », est-ce autre chose sinon que l'homme a
reçu la dignité divine? —Et Léon dit encore : « Bien qu'il n'y ait absolument qu'une
seule personne de Dieu et de l'homme dans notre Seigneur le Christ, cependant autre
est celui d'où provient à chacune des deux (formes) le commun mépris, et autre celui
d'où provient la gloire commune. » Il introduit l'union de deux personnes, qui sont
incompatibles avec l'unique personne du Christ. Les nestoriens, en effet, appellent
Christ l'affinité de ces deux personnes. — On ne trouve non plus nulle part qu'on
ait proclamé dans le concile de Chalcédoine l'union de composition, ni l'union hypos-
tatique.

Du chapitre v. — « Si quelqu'un entend l'unique hypostase de Notre-Seigneur
Jésus-Christ, en ce sens qu'elle porte la signification de plusieurs hypostases, et
s'efforce ainsi d'introduire dans le mystère du Christ deux hypostases ou deux per-
sonnes, disant que ces deux personnes qu'il a introduites sont une personne par la
dignité, l'honneur ou l'adoration, comme l'ont écrit les insensés Theodorus et Nes-
torius; s'il calomnie le synode de Chalcédoine en disant qu'il a employé en ce sens
impie l'expression : « une hypostase »;¦•— ou (si quelqu'un) ne confesse pas que
le Verbe de Dieu est uni hypostatiquement à la chair, et, qu'à cause de cela, il est une
seule hypostase ou personne; que le saint synode de Chalcédoine a confessé ainsi
une seule hypostase de Notre-Seigneur Jésus-Christ; — que celui-là soit anathème!
Car la sainte Trinité n'a pas reçu d'accroissement de personne ou dhypostase quand
l'une de ses personnes, Dieu le Verbe, s'est incarné ».

A propos de ce chapitre v. —Theodoretus dit, que le synode de Chalcédoine a pris
l'unique hypostase du Christ dans le sens de plusieurs hypostases, dans la réponse
qu'il écrivit à Jean d'Egées, comme je l'ai déjà montré1; et la "lettre de Léon (dit)
aussi que de deux personnes : de celle de Dieu et de celle de l'homme, est formé un
seul Seigneur, c'est-à-dire une personne, comme je l'ai maintenant démontré. Com-
ment peut-il y avoir une seule personne de Dieu et de l'homme, sinon par l'affinité
ou la dignité ? Comment donc, ayant reçu Theodoretus dans le synode de Chalcé-

1. Cf. ci-dessus, p. 105-106.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

119

doine, comme s'il avait toujours été orthodoxe, ne se seraient-ils pas compris eux-
mêmes dans leur anathème ?

Du chapitre vu. — « Si quelqu'un dit que notre unique Seigneur Jésus-Christ est
connu en deux natures, non pas comme dans la divinité et l'humanité, pour signifier
par là la différence des natures, desquelles1 une ineffable union s'est faite sans con-
fusion, car le Verbe n'a pas été changé en la nature de la chair, ni la chair ne s'est
pas changée en la nature du Verbe, mais l'un et l'autre sont demeurés ce qu'ils étaient
selon la nature, même après l'union hypostatique du Verbe; mais s'il prend cette
expression, dans le mystère du Christ, dans le sens d'une division par parties; — ou
si en confessant le nombre des natures dans notre unique et même Seigneur Jésus-
Christ, Dieu le Verbe incarné, il n'entend pas seulement spéculativement la distinc-
tion [237] des natures dont il est composé, et qui n'a pas été détruite par l'union, car
il est « unus ex utrisque et per unum utraque* », mais s'il emploie le nombre en ce
sens que chaque nature ait séparément une subsistance propre : — que celui-là soit
anathème !»

A propos de ce chapitre vu. — Nous avons montré dans l'examen de la définition3,
que : « parfait dans la divinité et parfait dans l'humanité », n'est pas la même chose
que : « en deux natures »; et aussi qu'ils disent : ouco et èv §uo> après l'union, non pas
seulement spéculativement, mais réellement; qu'il ne paraît nulle part qu'ils aient
confessé l'union hypostatique; qu'ils n'admettent pas : è£ wv, mais seulement : èv Tatç;
car il est évident pour tout le monde qu'ils rejettent le : è% wv.

Du chapitre ix. — « Si quelqu'un dit que le Christ doit être adoré en deux na-
tures, en ce sens qu'il introduit deux adorations, séparément pour Dieu le Verbe et
séparément pour l'homme; ou si quelqu'un pour la destruction de la chair ou pour la
confusion de la divinité et de l'humanité, adore le Christ d'une façon monstrueuse4
comme une seule nature ou essence des parties composantes; — ou si quelqu'un n'a-
dore pas d'une même adoration Dieu le Verbe incarné et sa chair, comme l'Eglise de
Dieu l'a admis depuis l'origine : — que celui-là soit anathème! »

A propos de ce chapitre tx. — Cet anathème atteint directement ceux qui ont reçu
la définition du synode de Chalcédoine ; nous avons montré cela dans l'examen même
de la définition, comme on peut l'apprendre de ces choses auxquelles nous renvoyons.

Chapitre xit, — « Si quelqu'un prend la défense de l'impie Theodorus de Mop-
sueste qui dit qu'autre est Dieu le Verbe et autre le Chrit qui fut molesté par les
passions de l'âme et les désirs de la chair, qui, se séparant peu à peu du mal, s'amé-
liora ainsi par la puissance3 des œuvres, et devint immaculé par sa vie ; qui fut baptisé,
comme un homme ordinaire, au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit; qui, par le
baptême, reçut la grâce de l'Esprit-Saint et mérita l'adoption filiale; qui, à l'instar

t. Lire : ^o»; || &y. — 2. etf; ykp ï\ à^cpoîv, xoù Si' Ivôç àjj/poxepou
^. TepaTSuôiAevoç. — 5. èx upoy.oflî)ç epywv.

— Si Cf. ci-dessus, page 102. —

120

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

d'une image royale, est adoré dans la personne de Dieu le Verbe; qui, après sa ré-
surrection devint totalement immuable et impeccable; — Theodorus a dit encore que
l'union de Dieu le Verbe avec le Christ fut comme celle dont parle le Christ1 en disant
de l'homme et de la femme : « Ils seront tous les deux une seule chair » ; en plus de
beaucoup d'autres blasphèmes, il osa dire qu'après la résurrection, quand il souffla
sur ses disciples et leur dit* : « Recevez le Saint-Esprit », il ne leur donna pas le
Saint-Esprit, mais qu'il souffla seulement comme ligure3; à propos de cette confes-
sion de Thomas, lorsqu'il palpa les mains et le côté du Seigneur * : « Mon Seigneur
et mon Dieu! », il dit5 que Thomas ne parlait pas du Christ et ne disait pas que le
Christ était Dieu; mais que Thomas, plongé dans l'admiration par la gloire de la
résurrection, loua Dieu qui avait ressuscité le Christ; ce qui est encore pire, dans
l'interprétation qu'il fit de l'Apôtre6, Theodorus compare le Christ à Platon, à Mâni,
à Epicure, à Marcion! il dit : « de môme que chacun de ceux-ci, ayant inventé une
doctrine propre, fut cause qu'on appela ses disciples Platoniciens, Manichéens, Epi-
curiens, Marcionistes, le Christ ayant de même trouvé une doctrine, les Chrétiens
furent appelés ainsi de son nom. — Donc si quelqu'un prend la parole en faveur de
cet impie et de ses écrits impies, dans lesquels il vomit contre le Dieu suprême et
contre notre Sauveur Jésus-Christ les blasphèmes qui ont été mentionnés et d'autres
semblables; — et si quelqu'un ne l'anathématise pas, ainsi que ses écrits impies, avec
tous ceux qui le reçoivent, ou qui prennent sa défense, ou qui disent qu'il a brillé par
l'orthodoxie, ou qui ont écrit en sa faveur, ou qui ont pensé les mêmes choses, et qui
ont persévéré jusqu'à la fin ou qui persévéreront dans une telle impiété : — que
celui-là soit anathème ! »

A pi'opos de ce chapitre xu. — Comme ceux de Chalcédoine ne purent s'opposer
à l'anathème de Nestorius, ni introduire dans l'Eglise du Christ Theodorus de Mop-
sueste, ils lui substituèrent la lettre d'Ibas qui le représentait comme un brillant doc-
teur de l'Eglise; [238] mais quand on récita les blasphèmes de Theodorus7, ceux de
Constantinople l'anathématisèrent justement; et il est évident que ceux qui ont reçu
Theodorus et ses écrits sont compris sous cet anathème.

Chapitre xm. — « Si quelqu'un parle en faveur des écrits impies de Theodoretus
contre la foi orthodoxe, contre le premier saint synode d'Ephèse, contre saint Cyrillus
et les XII Chapitres de celui-ci, ou en faveur de ce qu'il écrivit pour les impies Theo-
dorus et Nestorius ou pour d'autres qui pensèrent les mêmes choses que celles dites
par Theodorus et Nestorius; si quelqu'un juge en leur faveur, et, à cause de cela,
appelle « impies » les docteurs de l'Eglise qui ont confessé l'union hypostatique de

1. Mansi : « l'Apôtre » ; cf. Matth., xix 5 ; I Cor., vi, 16; Ephes., v, 31. — 2. Joh., xx, 22. —
3. <r/'WaTl» — 4. Joh., xx, 28. — 5. Lire.: IN i^o\ Le passage visé est dans le commentaire cur
S. Jean. J.-B. Chabot, Theodori Mops. Comment, in D. Johannem, t. I, p. 405. — 6. Lire : «des
Actes des Apôtres » ; cf. Patr. Gr,, LXVI, 785. — 7. Lire ainsi; ms. : Theodoretus.

LIVRE VIII. CHAP. XIII

121

Dieu le Verbe avec la chair; — ou si quelqu'un n'anathémalise pas les impies dont
on vient de parler, et ceux qui ont pensé ou pensent des choses semblables, et tous
ceux qui ont écrit contre la foi orthodoxe ou contre saint Cyrillus et ses XII Chapi-
tres : — que celui-là soit anathème ! »

Que ceux qui se font les avocats du synode de Chalcédoine fassent donc connaître
s'ils ont anathématisé ceux dont il est parlé dans le chapitre précédent, ou s'ils ont
contraint Theodoretus d'anathématiser ceux-ci ou les doctrines de Nestorius! N'ont-
ils pas au contraire défini que toujours il avait été orthodoxe et avait enseigné ortho-
doxement? Comment donc ne [tombent-ils pas] eux-mêmes sous cet anathème?

Chapitre xiv. — « Si quelqu'un parle en faveur de la lettre qu'on dit avoir été écrite
par Ibasà1 Mârî [le Persan]1, lettre qui nie que Dieu le Verbe s'est incarné et est né
homme de la sainte Mère de Dieu, Marie, et dit qu'un homme ordinaire, qu'elle
appelle le temple, est né d'elle, de manière qu'autre serait Dieu le Verbe et autre
l'homme [né de Marie]*; qui accuse saint Cyrillus, quia prêché la foi orthodoxe des
chrétiens, d'avoir écrit des choses semblables* à celles qu'écrivit l'impie Apollinarius ;
qui blâme le premier synode d'Ephèse, sous prétexte qu'il prononça, sans jugement
ni enquête, la déposition de Nestorius ; qui appelle les XII Chapitres de saint Cyrillus
« impies » et « contraires à la foi orthodoxe » ; — si donc quelqu'un parle en faveur
de cette lettre impie et ne l'anathématise pas, elle et ceux qui parlent pour elle, ou
qui ont écrit et écrivent pour elle ou pour les impiétés qu'elle renferme, et qui osent
porter un tel jugement au nom des saints Pères ou du saint synode de Chalcédoine,
et persévèrent dans ces choses jusqu'à la fin : — que celui-là soit anathème! »

A propos de ce chapitre xir. — Comment n'est-il pas honteux de n'avoir pas ana-
thématisé la lettre d'Ibas et les écrits de Theodoretus? et d'avoir maintenu dans la
communion les divers auteurs de ces écrits, en les considérant comme orthodoxes?
Ceux-ci, après5 le synode de Chalcédoine, persévèrent dans leur impiété. On les a
reçus sans qu'ils aient fait pénitence et sans qu'ils aient réprouvé leur premier sen-
timent, ainsi que nous l'avons montré précédemment, lorsque nous avons pareille-
ment parlé de ces choses.

Il convient maintenant de terminer.

Nous avons résumé des quatre T^îJ^axa, c'est-à-dire Tomes, de Jean Philoponos,
grammairien dAlexandrie, et nous avons placé ici en ordre les arguments6 que
nous avons donnés depuis le commencement, et nous avons laissé de côté ceux qui
se rencontraient qui étaient sans importance pour conduire au choix de la vérité. —
Je supplie avec larmes le frère adonné à la science de la logique et habile dans la
rhétorique 7 de prier pour moi, par l'amour de Jésus crucifié, quand il lira (ceci).

1. Lire ; L<à.. — 2. Grec : upbç MapcV xov IIspffï]v. — 3. Blanc de deux mots dans le ms. ; il n'y aurait
pas de lacune d'après le grec. — 4. Lire : k»Lso»|, ôixoius- — 5. Lire : »&.a; ou : « pendant le

synode ». — 6. Lire : \»l'.î^. — 7. Lkt. : « eloquens in artibus dextris ».

II. 16

122

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

CHAPITRE XIV1 DU LIVRE VIII. — Des choses qui arrivèrent à la fin du

règne de Marcianus.

En l'an 6 de Marcianus, qui est Tan 769 des Grecs, Valenti[nia]nus de Rome
fut tué.

Dès lors [239] l'empire des Romains fut divisé. De même que les églises étaient
dans la division, chaque pays se donnant des pasteurs de la propre autorité de
ses habitants, grâce au schisme dogmatique qu'avait causé le synode de Chalcé-
doine; de même l'empire fut divisé par une juste vengeance. — La cause de
toute cette division qui partagea l'empire des Romains, fut l'impie Marcianus lui-
même. C'était une loi dans l'empire, que quand l'empereur de Rome mourait
celui de Constantinople établissait à sa place celui qu'il voulait choisir et insti-
tuer; et quand celui de Constantinople mourait, celui de Rome choisissait et
établissait qui bon lui semblait. Or, comme le discours l'a exposé plus haut,
Marcianus commença à régner sans l'assentiment de celui de Rome, par le choix
de Pulcheria qui s'était souillée avec lui dans une débauche secrète. Ainsi donc
pour ce motif, l'unité de l'empire fut brisée par Marcianus, de même qu'il divisa
aussi la foi. Et depuis le temps de Marcianus, les Romains et toute la région occi-
dentale ne furent plus d'accord avec les empereurs qui régnaient dans la ville de
Constantinople ; bien plus, leur empire fut partagé entre plusieurs. C'est pour-
quoi, les noms des empereurs qui existèrent là en leur temps, ne sont pas même
mentionnés chez nous; car les chroniqueurs ne se sont occupés que des empe-
reurs qui existèrent successivement à Constantinople, et ils les appellent empe-
reurs des Romains.

[240] En ce temps mourut Yezdegerd8, roi des Perses, et son fils Pérôz lui suc-
céda. — Celui-ci excita une persécution contre les chrétiens de son empire. — Il
y eut une guerre entre les Romains et les Perses. Les Perses furent vaincus et
les Romains firent captifs sept mille hommes dans la région d'Arzoun*.

Marcianus après avoir accompli 6 ans et 7 mois de règne, mourut comblé des
malédictions des hommes vénérables et saints, pour avoir changé la foi qu'en-
seignèrent les divins Apôtres et introduit une hérésie pernicieuse. — Fin de ce
chapitre concernant le maudit Marcianus, empereur inique.

Du temps de Marcianus il y eut un
violent et terrible tremblement de terre
qui secoua plus ou moins toute la terre

La vraie foi ayant été mépris ée à Chal-
cédoine, alors les églises furent parta-
gées et les fidèles divisés. A cause de

1. Ms. : Chap. xxiv ; lire (et non P). Pour donner à ce chapitre son numéro d'ordre régulier
nous avons dû restituer les titres des chapitres x, xi, xn et xrn. Dans le Livre IX le n° des cha-
pitres est omis plusieurs fois, et il devient de plus en plus rare dans les Livres suivants. — 2;
Yezdegerd II. — 3. Cf. ci^dessus, p. 14; Nous avons ici une répétition^ formant un anachronisme.

LVRE VIII. CHAP. XIV

123

habitée. Dans ce tremblement [239] la
ville de Tripoli de Phénicie fut totale-
ment renversée1.

Remarque au sujet des Nestoriens de
la région de Rabylone, qui eurent leur
commencement à cette époque. — Quand
Nestor[ius]  eut  été   anathématisé et
chassé de l'Église de Dieu, quelques-uns
de ses adeptes s'enfuirent dans les pays
des Perses. L'un d'eux, Bar Çauma, sur-
nommé le Persan, fut fait évêque de Ni-
sibe, ville de Mésopotamie. Quand le
second synode d'Ephèse eut lieu, on y
convoqua aussi, comme de coutume, le
catholicos de Séleucie et Ctésiphon, qui
s'appelait Babai. Ce saint hommen'ayant
pas la facilité de s'y rendre, envoya ses
lettres d'adhésion à saint Dioscorus et à
tout le synode, et fit savoir qu'il ne pou-
vait venir à cause qu'ils étaient sous le
glaive du royaume impie des Perses. Il
envoya les lettres par des moines qui
devaient se rendre à Éphèse. Ils parvin-
rent jusqu'à Nisibe et firent connaître
leur affaire à l'astucieux Bar Çauma.
Celui-ci usa d'une ruse satanique, prit
les lettres comme pour les expédier lui-
même par des marchands, et renvoya les
moines près du catholicos. — Or, l'ini-
que Bar Çauma courut près du roi des
Perses, accusa le catholicos et montra
les lettres. Le roi s'irrita, fit tuer le ca-
tholicos, et établit Bar Çauma sur tous
les chrétiens de son empire. Or, celui-
ci trompa le roi lui-même en lui disant
que Nestorius avait été mis à mort par
les Romains parce qu'il était l'auxiliaire
du royaume des Perses, et que si sa

cela, partout où se trouvaient [239] de
vrais zélés, ils fuyaient la communion
des évêques hérétiques et ordonnaient
à leur place des orthodoxes; ainsi [que
nous l'avons montré, à la place de Juve-
nal, ils instituèrent à Jérusalem Theo-
dosius à qui un synode d'évêques ortho-
doxes imposa les mains*. De même, à
Alexandrie, au lieu de Proterius ils or-
donnèrent saint Timotheus. Et de même
en tous lieux, jusque dans les sièges les
plus vulgaires3.

Les évêques qui avaient abandonné la
vraie foi en obéissant aux empereurs
terrestres, n'ignoraientpas qu'ilsavaient
perdu l'espoir de la vie future pour avoir
renié la vraie foi. Ils s'appliquaient et
s'attachaient à ne pas perdre aussi l'hon-
neur transitoire*, à cause duquel ils
avaient perdu leur âme. C'est pourquoi,
grâce au sceptre impérial et au glaive
tyrannique, ils détenaient tyrannique-
ment et illégitimement les diocèses que
le Christ a rachetés de son sang vivant
et vivifiant, et ils en vinrent jusqu'à l'ef-
fusion du sang. — Partout où l'Évangile
du Christ avait pénétré, les persécu-
tions et les pillages, les confiscations de
biens, les expulsions et les exils, des
maux qui surpassaient ceux que les chré-
tiens avaient eu à supporter autrefois de
la part des païens, étaient infligés par
les Chalcédoniens à tous les fidèles qui
refusaient d'apostasier comme eux.

Ces évêques apostats allèrent dans
leur insanité jusqu'à oser s'attaquer au
bienheureux Mar Bar Çauma, le saint et
le prince des ascètes. — Ils se disaient

i. Cf. Ps.-Denys, ad ann. 766. — 2. Cf. p. 83, 89. — 3. Cf. Jac. Edess., ad ann. 127. — 4. |}aa*.

124

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

doctrine était reçue chez les chrétiens
de Perse, [240] toute la contrée d'Oc-
cident elle-même se soumettrait à l'em-
pire des Perses. Grâce à de telles pa-
roles, il obtint des soldats persans, fit
une violente incursion, et imposa à
beaucoup de gens la doctrine de Nesto-
tor[ius]. Il fit périr par le glaive des
Perses de nombreux évêques, prêtres,
moines et laïcs qui ne la reçurent pas.
On évalue à 7.800 le nombre de ceux
qui furent massacrés. Ceux qui adhé-
rèrent à lui par crainte furent appelés
Nestoriens. Il accrut l'impiété par sa
doctrine très honteuse. II établit des ca-
nons immondes et méprisables que ré-
futa et confondit Philoxenus, qui écrivit
contre eux dans le synode qui se tint à
Antioche, du temps du patriarche Petrus
surnommé le Foulon. Cet événement est
amplement décrit dans l'ouvrage de De-
nys de Tell Mahrê, que nous rangerons
dans celui-ci quand nous en arriverons
à cet endroit, Dieu aidant. Nous consi-
gnons ici brièvement cette mention, qui
montre que l'origine de ce schisme eut
lieu du temps de Marcianus, le diviseur
de la foi.

A cette époque, Proterius, qui avait
été fait évêque d'Alexandrie par les hé-
rétiques, s'appliquait au mal plus que
beaucoup d'autres ; il faisait mettre à
mort par les soldats quiconque ne con-
sentait pas à proclamer la doctrine im-
pure de Chalcédoine; vingt-quatre mille
hommes furent massacrés, qui étaient
pour la plupart des prêtres, des moines
et des évêques. Un jour qu'il menaçait

les uns aux autres : pour nous, volontai-
rement ou involontairement, [240] nous
nous sommes écartés1 de la foi. Si nous
disons que nous avons menti, Marcianus
nous tuera ; d'autre part, nous ne pour-
rons établir notre fausse doctrine tant
que nous aérons en face de nous l'archi-
mandrite Bar Çauma. Il est donc néces-
saire que nous trouvions moyen de le
tuer, de peur qu'il ne nous dévoile (?). —
Pour cela, ils écrivirent des lettres d'ac-
cusation contre le bienheureux et les
envoyèrent à Marcianus. Ils l'appelaient:
« un mage8, faisant des prodiges et des
miracles par les incantations » ; et (di-
saient) « qu'il avait réuni de l'or et tout
un peuple, pour se révolter contre l'em-
pereur. » — En entendant cela Marcia-
nus fut exaspéré : il ordonna aux troupes
des Romains de se rendre au monastère
du bienheureux, et de le tuer ainsi que
tous ceux qui étaient avec lui. — Quand
saint Bar Çauma apprittoutes ces choses,
il se réjouit et dit : « J'ai confiance, par
la croix que j'adore, que la puissance de
Marcianus ne pourra rien contre moi,
qu'il ne verra pas mon visage,pas plus que
moi-même je ne verrai sa face ignoble.
J'ai confiance et je suis certain que ma
mort renversera Marcianus. » Et cela
arriva en effet. Et comme, lorsque le
mal est prêt à venir, ainsi qu'il est écrit",
« le juste est enlevé avant la colère, » de
même que l'empereur juste, Theodosius,
fut enlevé lorsque l'époque productrice
des perturbations approchait ; de même,
le bienheureux Bar Çauma, le saint vieil-
lard, mourut et s'en alla vers notre Sei-

1. Litt. : « Nous sommes tombés. — 2. Lire : Uo>^ (B^H). — 3, Is., Lvir, 1,

LIVRE VIII. CHAP. XIV

125

les soldats qui avaient pitié de tuer les
chrétiens, un de ces soldats fut indigné:
il appela Proterius pour voir les gens
massacrés. Comme il regardait par une
fenêtre et considérait les cadavres des
femmes sans être ému de pitié, ce soldat
tira son glaive, en frappa Proterius et
le tua. Les soldats s'assemblèrent et
traînèrent son cadavre jusqu'au tétra
pile; puis tout le peuple se réunit et ils
le brûlèrent dans le feu. Ils furent déli-
vrés de sa cruauté.

[241] Ensuite, les Chalcédoniens éta-
blirent à sa place, pour leur évêque, Sa-
lofaciolos1, qui ne se montra pas tel que
Proter[i]us.

[Grâce à] Marcianus8, ils avaient ty-
ranniquement chassé l'orthodoxe saint
Timotheus, qui était archevêque d'A-
lexandrie. Celui-ci fut exilé3 à Gangres.
Il était fort illustre et brillait par ses
saintes œuvres et sa foi orthodoxe.

gneur, en cette année même, le 1er du
mois de sebat (février). — Quand l'em-
pereur Marcianus apprit la mort du glo-
rieux (ascète) il s'abstint d'envoyer des
troupes contre son monastère.

A l'époque de la moisson de cette
même année, encore par suite des ca-
lomnies des évêques apostats, Marcianus
se disposa à envoyer persécuter les dis-
ciples du bienheureux Bar Çauma. La
nouvelle en ayant été divulguée, ces
bienheureux firent des prières devant le
sépulcre du saint. A ce moment, Jean-
Baptiste leur apparut dans une vision,
se tenant au milieu du temple, criant et
disant : « L'empereur Marcianus est
mort : car (Bar Çauma) l'a accusé* près
du Roi des chrétiens. » — Quelques jours
après [241] arriva la nouvelle de la mort
de Marcianus qui, par l'effet de la malé-
diction du bienheureux, fut atteint par
le châtiment ; et son jugement est ré-
servé pour le supplice sans fin.

Fin du Livre VIII, qui comprend un cycle de 62 ans ; pendant le temps de trois

empereurs, (jusqu'à l'an) 5965.

1. Corr. : u»<à-x>l3&>ti», SaXoçaxfoXoç. — 2. Compl. : Mî*> .o. — 3. Lire : ;**LL\.

4. Il faut probablement restituer : l^*» t<^»        ; cf. Bar Hebr., Chron. eccl., I, 182, n. 3.

LIVRE IX

Prenant confiance dans le Seigneur qui est glorifié par la neuvaine des or-
dres angéliques, JE commence a écrire le LlVRE neuvième,  qui commence a

l'an 770 du comput, qui est l'an 5965 depuis Adam, et l'an 455 depuis Notre-
Seigneur.

CHAPITRE Ier. — Du commencement du règne de Léon.

En l'an 770 des Grecs, Léon commença à régner sur les Romains. — Il était
Thrace d'origine et tribun de dignité. Comme Marcianus mourut sans laisser de
postérité, celui-ci fut élu par le sénat et commença à régner.

En cette même année, Pérôz, fils de Yezdegerd, commença à régner sur les
Perses. — Il fit la guerre avec l'empire des Romains; et il excita une persécution
contre les chrétiens de son empire1.

Léon donna sa fille Ariadne* en mariage à Zenon, qu'il éleva en dignité dans
l'empire; il le fit stratège de tout l'Orient. Il fit Basiliscus stratège de Thrace.
Majorianus fut aussi fait César à Rome; il fut tué bientôt après par Ricimer3.
Anthem[i]us et Olybrius* furent proclamés Césars.

Gallinicus8fut bâtie par,ordre de Léon, et à cause de cela fut appelée Léonto-
polis.

L'empereur ayant envoyé l'ordre* que
saint Timotheus sortît d'Alexandrie, le
peuple s'agita. Ils'étaient prêts à sup-
porter beaucoup de choses pour ne pas
laisser périr le pontife. Le saint com-
plota, avec le stratège Stylas,de se cacher
dans le baptistère de la grande église :
premièrement pour être préservé, et
secondement pour ne pas donner lieu à
des massacres. Or saint Timotheus se

Saint Timotheus d'Alexandrie, qui fut
jeté en exil, écrivit une supplique1 qu'il
envoya à l empereur, et dans laquelle il
montre les fautes de Léon. C'est pour-
quoi nous la plaçons ici *.

« Comme pour les hommes sages, ô
sérénissime et doux empereur, il n'y a
rien de plus précieux que l'âme, et
comme nous avons appris à mépriser les
choses du corps pour ne pas causer du

1. Cf. ci-dessus, p. 122. — 2. Ms. : Iradnê. — 3. Ms. : Raqimos.
rios. — 5. Lire : u»aô»iAtû ; cf. Ps.-Denys, ad ann. 777.
6. np6(7Tay|j.a. — 1. Ôiï]<Ttç. — 8. Land, III, 139-142.

— 4. Ms. : Antimos et Olona-

LIVRE IX. CHAP. I

127

réfugia dans les fonts ; mais les partisans
de Proterius ne respectèrent ni le sa-
cerdoce, ni les autres vertus de cet
homme, ni le lieu où il s'était réfugié l.
Quand on apprit cela, des multitudes
furent mises à mort. Après diverses
choses, comme les soldats tuaient sans
pitié les Alexandrins, le saint partit, avec
les soldats, en Palestine pour faire route
sur la mer de Phénicie2.

Tandis que saint Timotheus était en
exily il écrivit contre la doctrine de ces
hérétiques*.

Pendant tout le temps du règne de
Léon, le grand Timotheus était en exil
[242] et il écrivait, contre le synode et
le Tome, d'énergiques récriminations*.
C'est pourquoi les Nestoriens le détes-
taient de plus en plus parce qu'il en-
voyait (ses écrits) de tous côtés. 11 en-
voyait aussi ses Lettres, remplies de
témoignages des Pères, et plusieurs re-
connurent la vérité, se séparèrent de
Gennad[ius] de Constantinople, et s'uni-
rent avec le prêtre Acacius, le père des
orphelins, qui s'unit au poète Timocle-
tus5 pour combattre les Nestoriens.

L'empereur Léon ordonna que la
Vierge Marie fût proclamée « Mère de
Dieu » et fût inscrite (avec ce titre) dans
les diptyques 6. Cela à propos de Marty-
r[i]us d'Antioche, qui était ouvertement
nestorien, et à cause duquel on invita

dommage à l'âme, pour cela je m'efforce
autant que je le puis, de conserver soi-
gneusement l'âme, de peur d'être con-
damné avant le temps du jugement
comme quelqu'un qui aime son corps,
et d'attirer sur moi le feu de l'enfer. Je
pense que tous les sages veulent avec
raison que rien n'arrive qui puisse nuire
à leurs frères. D'après cela j'écris cette
pétition :

« Je fais connaître à Ta Sérénité que
dès ma jeunesse j'ai étudié les Livres
Saints et que j'ai médité7 les divins mys -
tères qui y sont contenus; jusqu'à pré-
sent, j'ai continuellement eu souci de la
vraie foi, conforme à l'enseignement et
à la tradition des Apôtres et de mes
Pères les Docteurs. [242] Adhérant à
ceux-ci, par la grâce de Dieu notre
Sauveur, je suis arrivé8 jusqu'à cet âge.

« Je confesse une seule foi : celle que
notre Créateur et Sauveur Jésus-Christ
a enseignée quand, s'étant fait homme,
il a dit aux bienheureux Apôtres 9 :
« Allez, enseignez toutes les nations, et
baptisez-les au nom du Père et du Fils
et de l'Esprit-Saint » ; Trinité parfaite
et égale en nature, en gloire et en béa-
titude, dans laquelle il n'y a pas de plus
petit ou de plus grand. C'est ainsi qu'ont
enseigné les 318 Pères. Au sujet de l'in-
corporation de notre Seigneur et Sau-
veur Jésus-Christ, qui s'est fait homme,

1. On sait que ce n'est pas Timothée mais bien Proterius qui se réfugia dans le baptistère et y
fut massacré. Cf. Evagr., H, E,, II, 8. — 2. Land, III, 144, 6-22. — 3. Ce titre a peut-être été
déplacé* On peut aussi traduire : a écrivait dételles choses contre la doctrine des hérétiques ». —
4. Land, III, 147> 40. — 5. L : «*o|t| l»oa*«o <™fr.\i»a.j,» U| \=>'r*> — 6. Litt. : « dans le

livre des vivants.

7. Lire : (L). — 8. Lire : fcùiso (L ; fcoaaoLI. — 9. Matth., xxvni, 19i

128

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

l'excellent Gregorius de Nysse, qui ob-
tint le surnom de Gregorius l'Eloquent,
à anéantir la doctrine de Nestor[ius].

En ces jours-là, des moines montèrent
trouver l'empereur. Gennadius étant
mort, Acacius devint évêque, et promit
d'abolir le Tome, le synode, et les addi-
tions du symbole.

Timotheus n'écrivait pas seulement
contre Nestorius, pendant qu'il était en
exil, mais aussi contre les Eutychéens.
Cela est manifeste par les choses qu'il
écrivit à Alexandrie et en Palestine,
contre ceux qui pensaient comme Euty-
chès, et ne confessaient pas que le Christ
nous est consubstantiel dans la chair,
tout en étant consubstantiel au Père
dans la divinité

Isaïe, évêque d'Hermopolis* et le
prêtre Theophilus, étaient des euty-
chéens; ils demeuraient dans la ville
impériale par avarice ; ils répandirent
le bruit que saint Timotheus partageait
leur opinion. A cause de cela, celui-ci
écrivit sous sa signature3 une lettre
contre la doctrine de Nestorius et d'Eu-
tychès. Les porteurs (de cette lettre)
furent calomniés et coururent un grand
danger; car les partisans d'Isaïe les ac-
cusèrent d'être des séducteurs. Le saint
envoya une seconde lettre appuyée de
l'autorité* des Pères.

[Lettre de] Timotheus* : « Lorsque
Notre-Seigneur et notre Dieu, Jésus-
Christ, parut pour nous délivrer de la

1. Land, 111, 148, 5-10. — 2. L : w*^a*j«.

= xpifjffsiç. — 5. Land, III, 148-160.
6. oîxovo[xîa. —     Litt. : « cette infirmité. »
(L); cf. EvAGR., H.E., II, 10.

connaissant son Incarnation*, je pense
et j'admets ces choses avec eux, comme
tous ceux qui brillent par la vraie foi.
Il n'y a rien dans la définition du sym-
bole des Pères qui soit difficile ou qui
ait besoin de développement. Ceux qui
ne pensent pas ainsi, et qui sont per-
vertis par l'hérésie, me sont odieux et je
m'éloigne d'eux. (Quant à) cette hérésie 7
qui détruit l'âme 8 : cette doctrine d'A-
pollinarius, et aux blasphèmes de Nes-
torius, (quant à) ceux qui sont dans
l'erreur relativement à l'incorporation
de Jésus-Christ, qui s'est fait homme de
notre race, en le partageant en deux et
en divisant l'économie du Fils unique de
Dieu; (quant à) ceux qui disent qu'il a
apporté son corps du ciel, ou que Dieu
le Verbe a été changé en quelque façon,
ou qu'il a souffert dans sa nature, et qui
ne confessent pas qu'il s'est uni un corps
humain et animé, de notre race; je dis
à ceux qui sont tombés dans l'une de
ces hérésies : Vous errez grandement,
et vous ignorez les Écritures ; je ne com-
munique point avec eux et je ne les aime
point. Je garde, je tiens et je médite
véritablement et, afin d'avoir ainsi la
-vie, je conserve soigneusement la foi de
Nicée.

« L'illustre silentiaire Diomedes9 est
arrivé près de moi et m'a remis la lettre
de l'évêque de Rome; je l'ai examinée,
et les choses qu'elle renferme ne m'ont
pas plu. Afin que l'Église ne soit pas

— 3. C'est-à-dire : de sa propre main. — 4. Lire :

— 8. L'âme du Christ dans l'incarnation. — 9. Lire :

LIVRE IX. CHAP. I

129

puissance de Satan et nous rendre
dignes du royaume des cieux, il nous fixa
par les saints Pères la loi des choses qui
lui sont agréables1, pour que personne,
en croyant l'honorer, ne méprise sa mi-
séricorde, mais qu'on admette la provi-
dence de son abaissement en vue de
notre rédemption.

« Il ordonna et dit* : « Ne décline ni à
droite ni à gauche » ; mais marche dans
la voie royale. [243] Il dit encore3 : « Ne
sois pas trop juste ; ne t'instruis pas trop,
de peur de pécher ; ne sois pas vio-
lent 4, de peur que tu ne meures avant
le temps »; c'est-à-dire : de peur que
le Mauvais ne t'inspire quelque chose
contre mes commandements, qu'il ne te
place un obstacle dans la voie royale où
tu marches et ne te tue. Il dit, en effet5 :
« dans la voie où je marchais, ils m'ont
tendu des lacets. » Fais donc attention
à toi, pour ne pas décliner6 hors de la
voie et ne pas t'égarer. Le dessein du
Mauvais est qu'en accomplissant la
grande impiété que tu rencontres tu
tombes dans le péril. — Tel celui qui
veut entrer dans une ville entourée d'eau
depuis le pied (des murailles) : s'il passe,
il sera submergé et suffoqué ; et s'il
craint de passer il ne pourra entrer dans
la ville, à moins qu'il ne découvre un
gué convenable par lequel il passera et
entrera dans la ville. Il en est de même
pour nous qui devons nous efforcer
d'entrer dans la Jérusalem d'en haut.
A moins d'adhérer à la sainte loi que

troublée, ô ami du Christ7, je ne l'ai point
lueni blâmée en leur 8 présence. Je crois
que Dieu inspirera à Ta Mansuétude
de corriger les choses qui, dans cette
lettre, causent du scandale aux fidèles,
parce qu'elles adhèrent, confinent ou
sont conformes à l'enseignement de Nes-
torius qui a été condamné [243] parce
qu'il partageait et divisait l'incarnation
de Jésus-Christ Notre-Seigneur en natu-
res, hypostases, propriétés, noms, opé-
rations, ou qu'il interprétait les paroles
de l'Ecriture de « deux » ; ce qui n'est
point dans la confession des 318 Pères.
Car ils ont proclamé que le Fils unique
de Dieu est consubstantiel à son Père,
qu'il est descendu, s'est incarné, s'est
fait homme, a souffert, est ressuscité,
est monté au ciel, et qu'il reviendra ju-
ger les vivants et les morts ; mais ils n'ont
point fait mention en lui de personnes,
de natures ou de propriétés9 et ne l'ont
point divisé; au contraire, ils ont con-
fessé que les choses divines et les choses
humaines de l'économie appartiennent
à un seul. C'est pourquoi je n'accepte
pas les choses qui ont été faites à Chal-
cédoine, parce que j'y trouve la division
et le partage de l'économie. Et mainte-
nant, ô empereur victorieux, accueille-
moi, car je parle avec confiance en fa-
veur de la vérité, afin que ta puissance
brille au ciel comme sur la terre. Ac-
cueille pacifiquement cette pétition. Et
comme les lettres venues d'Occident
préparent le trouble et le scandale, car

1. La manière dont nous devons l'honorer par la foi. — 2. Cf. Prov.,  iV, 27. — 3. Cf. Eccles.,
vu, 17, 18 ; selonles LXX.— 4. Hebr. : « ne sois pas insensé ». — 5. Ps. cxtr, 4. — 6. Lire : \&t*>l (L).
7. <ptX6)jpKJTo;. — 8. En présence des porteurs. — 9. L : »^3o |ûs-lJi,*»o.

ii. 17

130

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

nous ont enseignée les saints Docteurs,
nous ne pouvons nous tenir sur la pierre
conductrice 4, le rocher inébranlable de
la vraie foi. « Tu seras appelé Pierre, et
sur ce roc je bâtirai mon Eglise, et les
portes de l'enfer ne la détruiront
point*. » Que quelqu'un, trompé par le
Mauvais, [ne pense pas pouvoir détruire]3
la vraie foi. S'il l'attaque, il combat
contre lui-même; il ne peut aucune-
ment la détruire. Et si quelqu'un, sans
s'opposer à la vraie foi, est trop juste,
en croyant honorer*, il méprise plutôt;
à moins qu'il ne reçoive la loi de Notre-
Seigneur, qui nous a été fixée par les
saints, il sera abandonné à la face de la
mort, à l'entrée de l'enfer. Nous avons
appris que sans la foi nous ne pouvons
plaire à Dieu5.— J'ai écrit ces choses
parce que j'ai appris que quelques-uns
résistent etne sont pas soumis à la loi de
Notre-Seigneur, qui nous a été imposée
par l'intermédiaire des saints : « que
Notre-Seigneur nous est consubstantiel
par son incorporation dans la chair (qu'il
a prise) de nous. » J'anathématise aussi*
ceux qui ne pensent pas ainsi, s'il s'en
trouve. Que personne, sous prétexte
d'honorer Dieu, ne méprise sa miséri-
corde, en n'acceptant pas la doctrine des
saints Pères qui ont dit que Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ s'est fait consubstan-
tiel à nous dans la chair et qu'il est un

elles divisent l'économie, je supplie
qu'elles disparaissent de toutes les lan-
gues et qu'on confesse purement que le
Christ notre Dieu a véritablement souf-
fert dans la chair et est demeuré impas-
sible dans sa divinité qu'il possède avec
le Père et le Saint-Esprit. Je prie et
supplie Ta Tête vénérable de mander à
tous de tenir la confession du symbole
des 318 Pères, qui en peu de mots pro-
clame la vérité pour toutes les Églises,
qui anéantit toutes les hérésies et la
fausseté des doctrines de scandale, et
qui n'a pas besoin de correction. »

Ensuite7, tandis que le saint était
conduit en exil, les villes de Palestine
et de la côte3 l'ayant appris, (les habi-
tants)s'emparaientdeses vêtements "pour
en être bénis et pour que leurs malades
recouvrassent la santé. — Quand il arriva
à Beirout, Eustath[ius], évêque de la
ville, engagea les citoyens à se rendre au
devant de lui avec honneur; sur sa de-
mande, Timotheus pria pour la ville et
la bénit.

Euxôn10, frère d'Eustathius, inter-
prétait alors les lois11. Sur le conseil de
son frère, il demeura toute la nuit près
de Timotheus, parlant fermement de la
foi et contre Nestor[ius]. Timotheus l'é-
coutait en silence. Quand Euxôn se tut,
[244] Timotheus lui dit : « Qui me per-
suadera que ces trois doigts18 ont souscrit

1. L : PU» -*oo;£3 'a0^ ^ ^a*'. — 2. Matth., xvr, 18. — 3. Compl. : <9<w*u, pau

(L). — 4. Compl. ; ;=u» (L). — 5. Hebr., xi, 6. — 6. L ; >o>| cux>j| ^x,^

7. Land, III, 144. — 8. itapa).o;. — 9. Lire : «wû4*> ,*> (L). _ 10. Eû'tsvoç (?) — 11. Était profes-
seur de droit. — 12. La phrase semble s'adresser à Euxon; mais elle se rapporte en réalité à
Eustathius. Ce prélat fut toujours partisan de la doctrine catholique et écrivit même contre Timo-
thée (Cf. Patr. Gr., LXXXV, 1803), ce qui rend fort suspect le récit de Michel emprunté à Zacharie.

LIVRE IX. CHAP. I

131

avec sa chair. Et j'ai entendu le divin
Apôtre qui enseigne et dit1 : « Parce que
les enfants ont participé à la chair et au
sang : de même lui aussi, pour détruire
par eux la puissance de la mort, c'est-à-
dire de Satan, et délivrer tous ceux qui
étaient tenus sous la crainte de la mort
et lui étaient soumis, afin qu'ils vivent
éternellement. Car, il n'a pas pris des
anges, mais [244] il a pris de la race
d'Abraham (son corps). Il convenait
qu'en tout il fût semblable à ses frères,
afin d'être* miséricordieux et prêtre
fidèle vis-à-vis de Dieu, et d'absoudre
les péchés du peuple. Car, par où il a
souffert et a été éprouvé, par là il peut
secourir ceux qui sont éprouvés. » Ceci :
« qu'il nous a été assimilé en tout »,
enseigne à tous ceux qui veulent mériter
le royaume des cieux, et être sauvés,
qu'ils doivent confesser l'incorporation
de Notre-Seigneur Jésus-Chrit, qui eut
lieu de Marie, la Vierge sainte,Mère de
Dieu. Il fut consubstantiel à elle et à
nous dans le corps, lui qui est consub-
stantiel au Père dans la divinité.

«Nos Pèresontdonc anathématisé,et
nous aussi, adhérant à eux, nous anathé-
matisons ceux qui ne pensent pas comme
eux. — Nous avons consigné ci-dessous,
dans notre lettre, leurs témoignages 3,
pour la confirmation de la doctrine
d'Athanasius. C'est une maxime connue,
en effet, et l'Apôtre écrit que4 : « Per-
sonne ne peut poser un autre fondement
que le Christ. Que chacun voie com-
ment il bâtira. » Il faut qu'un tel fon-

au papier 5 de Chalcédoine? » Euxôn en
l'entendant fut attristé et pleura. Alors
Timotheus le prit avec son frère Eusta-
th[ius] et leur dit : « Joignez-vous à moi
et combattons ensemble 6 pour notre foi,
de sorte que nous récupérions nos sièges
ou bien que, chassés par les adversaires,
nous demeurions en exil pieusement
avec Dieu. »

Eustathius prit prétexte7 de la dédicace
de la grande église quMl avait bâtie et
qu'il appela Anastasia, et Timotheus dit :
« Si nous nous attardons à la dédicace
du temple 8 qui est sur la terre, nous se-
rons chassés de la Jérusalem céleste;
mais, crois-moi, nous célébrerons la
fête dans la Jérusalem d'en haut. » —
Il fut ainsi honoré sur toute la route
jusqu'à Gangres.

Gennadius de Constantinople et ses
partisans ne cessaient de maltraiter Ti-
motheus, même en exil9, et pressaient
l'empereur de l'éloigner même de
Gangres. Le saintlui-mêmes'aperçut que
l'évêque de l'endroit lui portait envie
parce qu'il recevait des dons de son dio-
cèse et les distribuait; car il était misé-
ricordieux. C'est pourquoi, sur l'ordre
de l'empereur, il quitta Gangres et
monta dans une barque au milieu de
l'hiver ; ils s'avançaient pour le con-
duire à Cherson, où habitaient des gens
barbares et non civilisés. Mais la
grâce du Seigneur le protégea en cet
endroit, et ils ne lui firent aucun mal.
Ses coreligionnaires virent cela et en
furent dans l'admiration; et les gens

1. Hebr., ir, 14-18. — 2. Lire : loov». — 3. xpifaetç. — 4. I Cor., m, 11, 10,

5. xap^î. — 6. Ou : « dignement ». — 7. Pour le retenir. — 8. Ua*oi». — 9. Land, III, 146, 35.

132

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

dément soit doué de solidité, et soit le
modèle de ceux qui doivent bâtir1 sur lui.

Le Verbe est Dieu. Comme le Verbe
est unique, il n'y en a point d'autre qui,
comme lui, soit le Fils par la divinité.
Parce qu'il s'est fait homme, consubstan-
tiel h nous, et qu'il a revêtu notre corps,
nous sommes devenus consubstantiels à
lui; c'est donc quant à notre humanité
qu'il est le fondement, pour que nous
puissions devenir les pierres précieuses,
que nous soyons bâtis* sur lui et que
nous devenions les temples de l'Esprit-
Saint. De même, en effet, qu'il est lui-
même le fondement et que nous sommes
les pierres bâties sur lui : de même, il
est la vigne et nous sommes les bran-
ches3 qui tiennent et sont attachées à
elle, non pas dans la nature de la divi-
nité : cela n'est pas possible, mais dans
l'humanité. Or, il faut que les branches
ressemblent à la vigne : comme de fait
nousluiressemblons*,par le corps qu'il a
pris de nous. —Nous confessons qu'il est
Fils de Dieu,Dieuenespritet homme par
le corps; qu'il n'y a point deux natures
dans le Fils : l'une qui est adorée et
l'autre qui n'est pas adorée, mais une
seule nature [de Dieu]5 le Verbe qui s'est
incarné, et qui est adoré avec son corps
d'une seule adoration.

Athanasius*. [Extrait) de la lettre à
Epictète1. — « Ils devraient se cacher

de cet endroit se firent ses disciples.

Lettre du bienheureux Timotheus, qui
fait connaître comment doivent être reçus
ceux qui se convertissent de Vhérésie 8 :
« Timotheus, aux amis de Dieu les
évêques, prêtres, diacres et archiman-
drites, aux sœurs, et à tout le peuple
fidèle : salut en Notre-Seigneur.

« Bien qu'Esaias et Theophilus (soient)
depuis longtemps des hérétiques dissi-
mulés, que j'ai avertis, par lettres,
d'adhérer à la doctrine des Pères, et qui
n'ont pas été persuadés, par les lettres
que je leur ai écrites à Constantinople,
avec les démonstrations des Écritures
et des Docteurs de l'Église, « que le corps
de Notre-Seigneur Jésus-Christ nous
fut consubstantiel » ; bien qu'ils n'aient
pas eu honte, même pendant notre exil
d'un lieu à un autre, de tendre des
embûches [245] aux porteurs de notre
lettre, ni de dénoncer aux préfets et
aux autres qu'elle était fausse °, bien
qu'ils y aient reconnu ma signature ; nous
les avons supportés longtemps ; et quand
nous apprîmes leur dessein, comme ils
ne nous ont pas répondu, ni verbalement
ni par écrit, il m'a paru convenable
de leur écrire de nouveau. Nous leur
avons donc écrit, les pressant de faire
pénitence et de confesser la vraie foi, et
les avertissant que Dieu ne les punirait
pas et ne les repousserait pas s'ils fai-

1. Ou « s'élever ». — 2. Lire : Uafco. — 3. Joh., xv, 5. — 4. Lire :        — 5. Rest. : |&ao |©v^> (L).

— 6. Ces témoignages des Pères, se trouvent dans le ms. syr. du British Muséum, Add. 42,456,
avec des extraits des lettres de Timothée. Un recueil de xpfa'k, composé par un monophysite, se
trouve aussi dans un ms. grec de la Bibl. Vaticane. (Cf. Mai, Nov. Collectio, t. VII, pp. 139, 163).

— 7. Cf. Patr. Gr., t. XXVI, col. 1064 ; Land, III, 151.
8. Land, III, 160. — 9. «pâÀsov.

LIVRE IX. CHAP. I

133

et avoir grandement honte, ceux qui
pensent que si nous disons que le corps
de Notre-Seigneur vient de Marie, nous
introduisons une quaternité dans la
Trinité; tandis que si nous disons que le
corps est consubstantiel1 au Verbe,
la Trinité demeure Trinité; parce que
ce n'est pas introduire une nature
étrangère1; tandis que si nous disons
que le corps est humain, puisque le
corps est étranger à la nature divine
et puisque [245] le Verbe est en lui, il
faut nécessairement qu'au lieu de la
Trinité il y ait une quaternité, à cause
de l'addition du corps. En disant cela,
ils ne comprennent pas comment3 ils
contredisent et combattent leurs propres
paroles*. Car, tout en niant que le corps
soit de Marie et en le disant consub-
stantiel au Verbe, néanmoins, d'une ma-
nière différente, eux aussi proclament
une quaternité. En effet, de même que
le Fils qui est consubstantiel au Père
n'est pas le Père, mais l'hypostase du
Fils consubstantiel au Père, de même,
ce corps qui est consubstantiel5 au
Verbe, n'est pas le Verbe, et puisqu'il
est autre chose d'après leurs propres
paroles la Trinité se trouve être une
quaternité. Or, la Trinité vraie, parfaite
et indivisible, n'admet pas d'accroisse-
ment, mais seulement celle qu'ils inven-
tent. Quels sont ces chrétiens* qui ima-
ginent un autre Dieu outre celui qui
existe ? »

saient pénitence. J'exposai que même
des hommes saints après avoir péché et
renié Notre-Seigneur, ont fait ensuite
pénitence, que Dieu a accepté leur
pénitence et les a jugés dignes de re-
couvrer leur autorité première, (tels) :
David, Pierre, Paul. Nous leur avons
écrit pareillementque s'ilsfaisaientpéni-
tence et confessaient que le corps du
Christ nous est consubstantiel, nous leur
conserverions notre amour etnotre affec-
tion, et nous les maintiendrions dans
l'honneur de leur rang. Mais ils ne nous
ont point aimé : ils nous ont au contraire
méprisé. J'ai attendu encore quatre ans
sans les dévoiler : et ils sont demeurés
dans leur insoumission sans faire aucu-
nement pénitence. Ils n'ont point reçu
la doctrine de nos saints Pères ; ils
ne se sont point attachés à nous, mais à
des gens hérétiques qui disent ouverte-
ment que Notre-Seigneur n'a pas pris un
corps humain, et que le Verbe ne s'est
pas fait homme de notre race. Ils cir-
culent par les maisons, possédés par
l'avarice et la gloutonnerie qu'ils consi-
dèrent comme leur dieu 7. Ils demeurent
dans la ville impériale, bien que nous
leur ayons écrit d'en sortir; car ils
ne l'ont pas voulu. Ils séduisent les gens
simples et préparentcontrenous diverses
choses pour nous causer toute sorte de
mal. Contristé et affligé8 à cause d'eux,
j'ai été contraint de les dévoiler nom-
mément, afin qu'ils ne scandalisent pas

1. Land : l-us ;a ; o[aoov<7iov. — 2. ovôèv £svov ; lire : ûaootûo U (L). — 3. — 4. onwç lauroïç

TZBpimmovm. — 5. Lire : U»a P (L). — 6. Grec : irwç en Xptariavos o\ é'xïpov 7tapà xbv ôvra ©sov ètu-
vooûvteç ;

7. Cf. Philipp., nr, 18. — 8. Lp0 (L).

134

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

De la même [lettre1). — « Le corps
de notre Sauveur était en vérité et en
réalité un corps humain par nature (pris)
de Marie ; car il était tel que le nôtre,
puisque Marie est notre sœur, et des-
cend2 de notre père Adam, [comme]
nous. »

Julius de Rome3. — « Il n'y a aucun
changement dans la nature divine. Elle
n'est ni amoindrie ni grandie. Quand il
dit : « Glorifie-moi », la parole vient du
corps et concerne le corps ; mais la glo-
rification se dit du tout, car le tout est
unique. Ceci : « De cette gloire* que
j'avais près de toi avant que le monde
n'existât », manifeste sa divinité tou-
jours glorieuse5, à laquelle s'applique
[spécialement]8 cette7 parole, bien qu'elle
soit dite du tout8. De même, selon l'es-
prit, il est invisiblement consubstantiel
au Père, mais comme le corps lui est
aussi uni dans sa nature, il est également
appelé avec lui de ce nom. Et de même,
sa divinité est comprise dans ce nom,
parce qu'elle est unie à notre nature;
cependant la nature du corps n'est pas
changée en la nature de la divinité par
l'union et par la communauté du nom de
consubstantiel9, pas plus que la divinité
n'est changée par la communauté du
corps humain et de l'appellation de
consubstantiel h nous. »

et ne séduisent pas un plus grand
nombre de gens. — Je fais savoir qu'E-
saïas et Theophilus, qui disent que le
corps de Notre-Seigneur lui était10 con-
substantiel et n'était pas de notre race,
et qu'il n'était pas véritablement homme,
se sont éloignés de la communion de nos
Pères et de la nôtre. Personne ne doit
communiquer avec eux; car l'évangé-
liste Jean prescrit et dit" : « Mes frères,
ne croyez pas à tout esprit, mais exami-
nez les esprits s'ils sont de Dieu. Tout
esprit qui confesse que Jésus [246] Christ
est venu dans la chair est de Dieu; tout
esprit qui ne confesse pas Jésus n'est
pasdeDieu ; c'est l'espritdufauxChrist.»
Et encore18 : « Si quelqu'un vient vers
vous et ne prêche pas cette doctrine, ne
le recevez pas à la maison; ne lui sou-
haitez pas la paix15 ; celui qui lui souhaite
la paix, participe à ses œuvres mau-
vaises. » Et l'apôtre dit aussi14 : « Que
quiconque vous annoncera autre chose
que ce que nous vous avons annoncé
soit anathème : que ce soit un apôtre
ou un ange du ciel. » — Je ne suis pas
responsable de leur sang u, ni du sang de
ceux qui communiquent avec eux. Ne
les ai-je pas chassés et dénoncés, selon16
la volonté de Dieu, comme ils le méri-
taient, puisque Paul avertit et dit17:
« Quand tu auras averti l'hérétique une

1. P. Gr., XXVI, 1061. — 2. L : ^oso (au lieu de Xl.;-soo) « et que tous nous descendons d'A-
dam ». — 3. Patr. Lat., VIII, 874, 1. 5-21. Lagarde, Analecta syriaca, 73. — 4. ty) Sô^-yj x. t. X.
Joh., xvir, 5. — 5. Land : U*.3a&cx>. Lag. : U»^». — 6. Land ajoute : ù-U£>o. Lag. : k»| —
7. Lire : pot iO»|. — 8. Grec : eî xa\ I8t'w; ôsotyitc Trpoo^xsi toutto, xa\ toc xoivwç kiii oXou pïjôlv. — 9. Lire ;

10. L : Uo o« wua — 11. I Joh., iv, 1-3. — 12. II Joh., 10, 11. — 13. Ne le saluez pas. —
14. Gai., i, 8. — 15. Cf. Matth., xxvir, 24. — 16. ovuaj y*| (L). — 17. Cf. Tit., m, 10, 11.

LIVRE IX. CHAP. I

135

Du même. De la lettre à Dionysius1.
— « Ceux qui confessent que Dieu, qui
du ciel* s'est incarné de la Vierge, est
un avec son corps, s'agitent en vain
pour établir le contraire3. Ils procla-
ment eux-mêmes, d'après ce que j'en-
tends, [deux]4 natures, alors que Jean
démontre que Notre-Seigneur est un,
en disant : « Le Verbe s'est fait chair » ;
de même que Paul lorsqu'il dit : « Un
seul Seigneur Jésus-Christ, par qui tout
a été fait. » Si donc Jésus qui est né de
la Vierge et est appelé [un]5 est le même
par qui tout a été fait, il n'y a qu'une na-
ture; parce qu'il n'y a qu'une personne
qui n'est pas partagée en deux : car le
corps ne constitue pas dans l'incarna-
tion une nature propre au corps, avec
la nature6 spéciale de la divinité; mais,
de même que l'homme a une nature
(composée) du corps [246] et de l'âme,
de même, celui qui s'est fait à la res-
semblance de l'homme : Jésus-Christ, est
un. »

Gregorius le Thaumaturge1 : — «Ana-
thème soit quiconque dit que le Christ
s'est manifesté dans le monde en appa-
rence, et ne confesse pas qu'il est venu
dans un corps, comme il est écrit. —
Anathème soit quiconque dit du corps
du Christ qu'il fut sans âme et sans in-
telligence, et ne le confesse pas parfait,

fois et deux fois, s'il n'écoute pas, sé-
pare-toi de lui : car il est corrompu et
condamné, puisqu'il pèche. —Dioscorus
écrivit aussi des choses semblables à
Secondinus. » — Et il ajoute8 : « Je
vous engage, mes frères, par Notre-Sei-
gneur Jésus-Christ et par la charité de
l'Esprit, au sujet de ceux qui se conver-
tissent de l'hérésie des dyophysites9,
ainsi que je vous l'ai écrit l'an dernier
dans une lettre, à les aider et à leur
tendre la main, en Notre-Seigneur, vous
évêques, clercs et autres fidèles. Que
quiconque se convertit reprenne son
rang après une année de pénitence, et
qu'on lui rende sa dignité. — S'il n'y a
point d'évêque, que les clercs tiennent
sa place, dans la charité de Dieu, ou
bien les évêques fidèles qui se trouve-
raient par hasard'0 dans le pays, quand
bien même ceux qui se convertissent
ne dépendraient "pas de leur juridiction.
Cyrillus et Dioscorus ont observé cette
règle1' d'une année (de pénitence) à l'é-
gard des évêques, des prêtres,des diacres
qui se convertissaient, et reprenaient
ensuite leur rang antérieur. » — Il
écrivait des choses semblables pour les
engager à recevoir les partisans de Pro-
terius.

Il devint très célèbre, au point que
les Ethiopiens13 envoyèrent le trouver,

1. Patr. Lat., VIII, 929 ; cf. Mansi, V, 1017 ; VII, 850. Lag., Anal, syr., 67. — 2. xov éç oùpavoQ.

3. Lao. : vpoi>*o»» Usas ,3 • ûsjJû»;*» • grec : (J.atqv tapadaouffiv eîç ta pyj^axa xrjç

Ixetvwv àffeëei'aç !xçep6(ji.svoi. — 4. Ajouter : <ot (L). — 5. e?;... wvô^atîTat. — 6. Grec : w; îôs'a ?v<7iç
ri 6£oty)ç. — 7. Land., III, 153. Cf. Pitha, Analecta sacra, IV, 95 sqq. (syriaque-latin). Lagarde,
Analecta syr., 65. Patr. Gr., X, 1127.

8. Comprendre ainsi d'après le contexte et Land, III, 162, 9, Dans notre ms. on lit : « et dit »,
comme si ce qui suit était tiré de la lettre de Didscore. — 9. Sic ms. — 10. <*s       (L). —

11. soo^ <à.      (L). — 12. Ua-o3© (L). — 13. ofw «llia ; litt. : « les fils de l'Inde ».

136

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

comme il est écrit. — Anathème soit
quiconque dit que le Christ a pris une
partie1 de l'homme, et ne confesse pas
qu'il fut en tout semblable à nous, à
l'exception du péché. — Anathème soit
quiconque dit que le Christ était chan-
geant et variable, et ne le confesse pas
immuable dans l'esprit et incorruptible
dans le corps, comme il est écrit. —
Anathème soit quiconque dit que le
Christ était un homme parfait séparé-
ment, et ne confesse pas que Notre-
Seigneur Jésus-Christ était un, comme
il est écrit. — Anathème soit quiconque
dit qu'autre était celui qui a souffert et
autre celui qui n'a pas souffert; et ne
confesse pas que Dieu impassible a souf-
fert dans la chair, comme il est écrit.

— Anathème soit quiconque dit qu'autre
était le Fils de Dieu antérieur aux
mondes, et autre celui qui vint à la fin
(des temps), et ne confesse pas que celui
qui était avant les mondes est le même
que celui qui vint à la fin, comme il est
écrit : « Le Christ hier et aujourd'hui. »

— Anathème soit quiconque dit que le
Christ fut fait par le concours de
l'homme, comme le reste des hommes,
et ne confesse pas qu'il s'est incarné et
s'est fait homme, par l'Esprit-Saint, de
la Vierge Marie, de la race de David,
comme il est écrit. — Anathème soit
quiconque dit que le corps du Christ est

à la mort de leur évêque, pour qu'il
leur en ordonnât un autre. — Les
Alexandrins ne cessaient d'envoyer à
l'empereur des pétitions en sa faveur1.

(Extrait) des témoignages 3 des Pères
qui sont dans la lettre de Timotheus*.

Theophilus^ : [247] « Le Verbe, Dieu
vivant et vivificateur de l'univers, créa-
teur du monde, n'a pas revêtu un corps6
(formé) de matière précieuse, pour ve-
nir vers nous; mais il fit paraître la su-
blime splendeur de son art dans la boue.
Devant renouveler et restaurer l'homme
formé de boue, il naquit comme un
homme, de la Vierge,et s'avança avec tout
ce qui constitue notre nature, à l'excep-
tion du péché. Il naquit pour nous
d'une manière miraculeuse et sanctifia
la nature humaine7 ».

Du même8. « Il n'était pas difficile
pour Dieu le Verbe de se former un tem-
ple d'un corps virginal, pour notre sa-
lut. Comprends que Dieu ne s'est
aucunement souillé par une union natu-
relle pour créer l'homme; à plus forte
raison lorsque,dans sa miséricorde, il a
pris un corps9 du sang virginal. »

Cyrillusi0 : « Et ainsi, en vérité, puis-
que la Vierge enfanta le Christ : elle est
la Mère de Dieu, demeurée vierge. Celui
qui, comme nous, est composé de chair
et de sang est consubstantiel à elle et à
nous dans l'humanité, par sa chair. Il

1. |ûa»o (L).

2. Land, III, 162. — 3. xp^aetç, — 4. Les citations suivantes viennent, dans la lettre de Timo-
thée, à la suite de celle d'Ambroise (page 140). Land, III, 157-159. — 5. Cf. Mansi, IV, 1190.
Patr. Gr., LXV, 60. — 6. oùpavs'ou Xago^evo; crcofiaToç. Corriger : M-sa* j.^a*.a^ (?) —. 7. Le texte
continue chez Land, — 8. Cette citation ne se trouve pas en grec; Land, 158, 2. — 9. ^ats» (L). —
10. Land, 158, 6.

LIVRE IX. CHAP. I

137

consubstantiel à sa divinité, et ne con-
fesse pas que le Dieu qui existait avant
les mondes « s'est anéanti lui-même et
a pris la ressemblance de l'esclave »,
comme il est écrit. — Anathème soit
quiconque dit que le corps du Christ
n'est pas créé, et [ne] confesse [pas] que
le Verbe de Dieu incréé, a pris chair
de la créature humaine, comme il est
écrit. Et comment dire que le corps n'est
pas créé? Car l'incréé est invulnérable
et impassible; et le Christ ressuscité
des morts montra aux disciples les trous
des clous, la plaie de la lance, la palpa-
bilité de son corps ! Et s'il entra, les
portes fermées, ce fut pour montrer la
puissance de sa divinité et la réalité de
son corps. La chair ne peut absolument
jamais être dite consubstantielle à la di-
vinité. On appelle consubstantielle une
chose qui n'offre aucune différence dans
sa nature et dans sa propriété.

Du même1. — « C'est Dieu immuable,
incorporel8, qui est apparu dans la chair,
parfait dans la divinité parfaite ; nous
n'adorons ni deux personnes, ni deux
natures, ni une quaternité : Dieu, le
Fils de Dieu, l'homme et l'Esprit-saint ;
mais [247] nous anathématisons ceux
qui détruisent ainsi notre salut. Celui
qui a pris notre forme et est venu dans
sa propre forme est vraiment Fils de
Dieu par nature et homme par la chair,
Notre-Seigneur Jésus. »

n'est pas consubstantiel à la divinité,
comme disent les hérétiques, mais con-
subtantiel à nous, puisqu'il a pris (chair)
de la race d'Abraham 3. »

(Et encore') : « C'était le corps du
Verbe, et non d'un autre homme distinct
et séparé3, de manière que le Christ ne
serait pas le Fils. Puisque le corps de
chacun de nous lui est attribué8, nous
devons penser de même au sujet de
l'unique Christ. Car, bien qu'il ait pris
un corps de notre race et de notre na-
ture, puisqu'il naquit de la Vierge, ce-
pendant le corps est réputé et est dit
sien, parce que Dieu le Verbe, qui est la
vie par sa nature même, s'est montré le
vivificateur de son corps, et est devenu
en cela une bénédiction vivifiante pour
nous. »

Du même 7 : « Si non [248] comment
fut-il semblable à nous ? Et bien que
Dieu le Verbe demeurât ce qu'il était,
accorde-lui cependant, dans l'unité
d'hypostase, que son corps n'est pas sé-
parable, ne le dépouille pas de sa chair,
et adore-le, ainsi qu'il convient, comme
un seul Fils : consubstantiel au Père,
divinement et, le même, consubstantiel
à nous humainement. Le Christ fait
briller l'intelligence de ceux qui aiment
à penser ainsi, et l'éclairé de ses mys-
tères8 ».

Aussi ces saints Pères9, et d'autres
saints comme eux, anathématisèrent-ils

1. Cf. Mansi, VII, 858. — 2. Lire : Uûa^s U, ottrapxo;. Lag. : U.

3. Cf. Hebr.,n, 16. — 4. Patr. Gr., LXXVI, 372. — 5. û>.L*-,a»o (L). — 6. Le corps de chacun est
attribué à chacun. — 7. La citation n'est pas empruntée au même passage. — 8. Chez Land, III,
159, on trouve à la suite quelques autres citations de Cyrille. — 9. Land, III, 159, 16. Ces paroles
sont de Timothée et forment la conclusion de la lettre.

11. 18

138

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Basilius de Césarée1 : — « Ce qui est
fait n'est pas delà nature de celui qui le
fait; mais celui qui naît est de la subs-
tance* de celui qui l'engendre. Ce n'est
donc pas le même qui crée et qui est en-
gendré. » — Et de nouveau3 : « Dans
celui qui est engendré se trouve la na-
ture même de celui qui engendre, alors
même que celui qui est engendré existe
d'une autre manière. Ainsi Abel, né du
mariage, n'est pas différent d'Adam qui
n'est pas né, mais a été façonné. » — Et
encore* : « Si ceux qui ont eu une pro-
duction différente diffèrent par l'es-
sence, les hommes ne sont pas sembla-
bles les uns aux autres par la nature;
car autre fut la production d'Adam, qui
fut formé de la terre, et autre celle
d'Eve, qui (fut formée) d'une côte ; autre
celle d'Abel, qui naquit du mariage, et
autre celle de Celui qui naquit de Marie, de la Vierge seule. Il en est de même des
oiseaux et des animaux. »

Gregorius son frère". — « La nature de ceux qui sont engendrés doit nécessaire-
ment être comme celle de leurs parents. »

Gregorius de Nazianze*. — « Ces choses sont communes à celui qui est plus
grand que nous et qui à cause de nous, a pris ce qui nous est propre et s'est
fait homme; non pas uniquement pour se proportionner par le corps aux corps,
lorsqu'on ne pouvait le saisir à cause dê sa nature inaccessible; mais, pour sanctifier
l'homme, il s'est fait pour ainsi dire un levain, qui a attiré toute la masse; il a délivré
de sa dette celui qui était coupable ; pour nous, il s'est fait en tout semblable à nous,
à l'exception du péché, (c'est-à dire) : corps, âme, esprit, ce qui constitue l'homme
mortel en général. Dieu est devenu visible afin d'être connu; Fils de l'homme à cause
d'Adam et de la Vierge, desquels il venait : celui-ci étant l'ancêtre, celle-ci étant nor-
malement sa mère qui l'enfanta surnaturellement et anormalement. »

Julius de Rome1. — « Nous croyons relativement à l'économie de l'incarnation de

1. Patr. Gr., XXIX, 673. — 2. oùo-ta. — 3. Loc. cit., 680. — 4. lbid., 681. — 5. Grégoire de!
Nysse. — 6. Patr. Gr., XXXVI, 132. — 7. Je n'ai pas retrouvé de texte grec correspondant.
Comp. quant au sens, la fin de la lettre ad Prosdocium, Patr. Lat., VIII, 954 sqq.

8. Land : « à leur doctrine ». — 9. (L).

h juste titre quiconque n'est pas soumis
à votre doctrine8. — J'ai écrit, à Alexan-
drie, aux clercs,aux moines, aux vierges,
nos sœurs dans le Christ, et à tout le
peuple fidèle, et j'ai envoyé la lettre à
votre9 charité,afin que vous connaissiez
ce que j'ai écrit. J'ai demandé la paix,
scellant de ma signature, moi Timo-
theus. — Si quelqu'un ne croit pas
conformément à la doctrine de Notre-
Seigneur Jésus-Chrit, que les Saints
Pères ont enseignée, qu'il soit ana-
thème ! Il nous faut,en effet, ou vivre
en demeurant dans la foi, ou mourir
pour elle, afin de vivre éternellement. —
Fin de ces témoignages des saints Pères
et des docteurs orthodoxes qui nous ins-
truisent delà vraie foi.

LIVRE IX. CHAP. I

139

notre Sauveur que, tout en restant immuable, le Verbe de Dieu s'est fait chair pour
renouveler l'humanité. Tout en étant le Fils véritable de Dieu, engendré éternelle-
ment, il s'est fait homme en naissant de la Vierge. Il était un seul et même : Dieu
parfait dans sa divinité, consubstantiel au Père, et homme parfait par sa naissance
de la Vierge, fils de l'homme par son corps1. — Si quelqu'un dit que le Christ avait
un corps (venu) du ciel ou que son corps lui était consubstantiel, qu'il soit anathème.

— Si quelqu'un ne confesse pas que la chair de Notre-Seigneur vient de la Vierge,
qu'il soit anathème. — Si quelqu'un dit de Notre-Seigneur et Sauveur, qui s'est fait
chair, de notre race,par lvEsprit-Saint,de la Vierge Marie,qu'il est simple,ou insensible,
ou sans parole, ou sans intelligence, qu'il soit anathème. — Si quelqu'un ose dire
que le Christ a souffert dans la divinité et non dans la chair, comme il est écrit,
qu'il soit anathème. — Si quelqu'un sépare et divise notre Sauveur, disant qu'autre
est le Fils et le Verbe de Dieu et autre celui qui s'est fait homme, et ne confesse pas
qu'il est un seul et même, qu'il soit anathème! »

De Jean Chrysostôme*. —« Celui qui est au-dessus de toutes les intelligences et
surpasse toutes les pensées ; celui qui est plus grand que les anges [248] et que toutes
les puissances intellectuelles, a voulu se faire homme et a pris la chair formée de
terre et de boue. Il entra dans le sein virginal, fut porté pendant l'espace de neuf
mois, et, après être né, suça le lait, et subit tout ce qui convient à l'homme. » — Du
même3 : « Pourquoi est-il appelé table ? Parce que je me délecte en mangeant ses mys-
tères. Pourquoi est-il appelé maison? Parce que j'habite en lui. Pourquoi est-il appelé
hôte ? Parce que je suis son temple. Pourquoi est-il appelé tête ? Parce que je suis son
membre. » — Et encore 4 : « Ayant désiré la fornicatrice, que fit-il? Il ne l'appela pas
en haut, car il ne voulait pas que la fornicatrice montât au ciel, mais il descendit
en bas ; comme elle ne pouvait monter, il descendit vers elle et il vint à sa tente, sans
rougir; il la trouva ivre. Et comment vint-il?Non pas manifestement dans sa nature;
mais il se fit tel qu'était la fornicatrice, par la nature mais non par la volonté, afin
qu'en le voyant elle ne fût pas effrayée et ne s'empressât pas de fuir. Il vint vers elle en
se faisant homme. Et comment cela ? Il fut conçu dans le sein, il grandit peu à peu. »

— Du même* : « Aujourd'hui,celui qui est éternel est né et s'est fait homme : (c'est-
à-dire) quelque chose qu'il n'était pas, sans changer dans ce qu'il était : (c'est-à-dire)
Dieu ! Car il n'est pas devenu homme par un changement de la divinité; mais le Verbe
impassible s'est fait chair sans que sa nature ait changé. Celui qui siège sur un trône
sublime a été placé dans la crèche. Celui qui est simple, incorporel, impalpable, est
manié par la main des hommes; celui qui a brisé les verrous du péché est garrotté de
langes. »

D'Athanasius6. —« Si quelqu'un enseigne autre chose que les saintes Ecritures, et

1. L : U^-ia»       ;=>. — 2. Patr. Gr., LI, 37. — 3. Patr. Gr., LU, 403. — 4. Patr. Gr.,

LU, 405. — 5. Ibid., L\l, 386, 389. — 6. Cf. Patr. Gr., XXVIII, col. 28-29.

140

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

dit qu'autre est le Fils de Dieu et autre l'homme (né) de Marie, qui est devenu comme
nous Fils par la grâce, de manière qu'il y ait deux fils : l'un consubstantiel à Dieu et
Dieu lui-même, et l'autre (fils) par la grâce, homme (né) de Marie; si quelqu'un dit que
le corps de Notre-Seigneur vient d'en haut, ou que la divinité de Notre-Seigneur a été
confondue, a été changée, ou a souffert ; ou que le corps du Christ ne doit pas être
adoré sous prétexte qu'il est humain, ou [ne dit pas] que le corps doit être adoré
comme appartenant à Notre-Seigneur et à notre Dieu : celui-là nous l'anathémati-
sons, adhérant à l'Apôtre qui dit : « Si quelqu'un vous prêche autre chose que ce que
nous vous avons prêché : qu'il soit anathème! »

D'Ambrosius*. — « C'est le même qui parle, mais non pas toujours de la même ma-
nière. Considère en lui tantôt la gloire qui convient à Dieu, tantôt les passions de
l'homme. Comme Dieu, il enseigne les choses divines à cause du Verbe; comme
homme, il enseigne les choses humaines, parce qu'il parlait dans notre nature ». —
Ces choses sont aussi finies*.

CHAPITRE [IV] \ — Des choses qui arrivèrent du temps de Léon dans les églises

et dans l'empire.

Aux jours de Léon, il y eut à Constantinople un incendie qui n'avait [2491 ja-
mais eu son semblable. Le feu régna depuis la mer jusqu'à la mer. L'empereur
s'enfuit au delà de Mar Mâma*, et y demeura pendant six mois. Il bâtit le grand
port de Neos-embolos".

Il établit une loi pour que le jour du dimanche, personne ne travaillât et que
personne n'osât jouer de la flûte, de la cithare, ou de quelque instrument de mu-
sique 6.

En Fan 15 de Léon, le patrice Aspar fut tué avec ses quatre fils7.
Le césar Anthem[ijus fut tué par Ricimer8; et ce même Ricimer9 tua10 le
césar Olybrius

1. Cf. ci-dessus, p. 113, 1. 30. —¦ 2. Land, III, 157, la lettre continue par la citation de Théo-
phile, ci-desus, p. 136. — 3. Les chapitres II et III, dont le titre manque, étaient sans doute formés,
dans le texte original, par les lettres de ïimothée, qui se trouvent maintenant insérées dans le
chap. Ier. Cf. p. 122, n. 1, et p. 126, 132. — 4. Corriger le sens d'après le grec : rapav sic tov "Ay.
Ma^Sv (Chr. pasc.). — 5. Xtfj-evâptov xoù sja6oXov o<mç outw xaXeïxat 6 T07to; Neoç ejigoXo; (lbid.) ; Bar
Hébr. et le Ps.-Denys ont la leçon viciée : ^U» l;okv>» « Leonis porticus ». Cf. Ps.-Denys,

ad. ann. 785. Chron. pasc, Olymp. 312; Patr. Gr., XCII, 829. Hist. du Bas-Emp., t. VI, p. 445.
— 6. Ps.-Denys, ad ann. 776; Chr. pasc. 01. 311 ; P. Gr., XCII, 825. Hist. du Bas-Emp., t. VII,
p. 21. — 7. Sic. ms. Cf. Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 39 sqq. — 8. Ms. : Diaqimos ; ailleurs :
Raqîmos. — 9. Ms. : Radaqîmos. — 10. Sic, ms. ; le texte est certainement altéré. Sur les événe-
ments, cf. Evagr., H. E., II, xvr, et Hist, du Bas-Emp.t t. VII, p. 45-47. — 11. Lire : u»a*;»cSs.

LIVRE IX. CHAP. IV

141

L'empereur Léon avait fait césar le fils de sa fille, c'est-à:dire le fils de Zenon,
qui s'appelait aussi comme lui Léon, alors qu'il était encore enfant. C'est pour-
quoi il fut appelé et surnommé Léon le Petit, autrement dit Leontinusl. Celui-ci
régna un an pendant la vie de l'empereur.

Puis, après cela, l'empereur Léon fut pris de la dysenterie, et mourut à l'âge
de 73 ans. Il en régna 18, moins 30 jours.

Pendant tout le temps de sa vie, l'Église entière fut agitée par le schisme
qu'avait causé le synode de Chalcédoine. — Fin de ce chapitre.

Alexandros de Mabboug [et Andréas]
de Samosate, qui étaient [249] héréti-
ques, écrivirent à Jean d'Antioche et à
Theodoretus, leurs partisans,contre Mar
Siméon le Stylite, et Jacques de Ka-
phra-Rehima, qui fut le maître de Mar
Siméon.

Ilsécrivirentainsi*: «A nos vénérables
Pères. — Quand nous reçûmes vos écrits,
nous fûmes remplis de joie, parce que
nous apprîmes que vous étiez en bonne
santé3; mais nous fûmes affligés en ap-
prenant ce qu'ont écrit Siméon et
Jacques. Nous vous engageons, puis-
qu'ils [ont osé]* écrire contre la vérité,
à ne pas croire en eux, quand même ils
ressusciteraient les morts ; mais qu'ils
soient considérés auprès de Votre Sain-
teté comme5 des hérétiques. »

Ces impies écrivirent ces choses et des
choses semblables à propos des saints
Mar Siméon et Mar Jacques, parce que
ceux-ci n'avaient pas adopté la doctrine
honteuse du synode assemblé à Chalcé-
doine.

Evêques qui existèrent après le
synode de Chalcédoine, du temps de
l'empereur Léon6 :

A Constantinople, après Anatolius,
le 14e fut l'hérétique Gennadius.*

A Rome, après Léon, [249] le 44e fut
Hilarius.

A Alexandrie, après le massacre de
Proterius7, les orthodoxes créèrent saint
Timotheus qui fut envoyé en exil à
Gangres, puis à Cherson; et les Chal-
cédoniens créèrent Timotheus surnom-
mé Salofaciolos.

A Antioche, après Domnus (vint)
Maximus; et après lui, le 40e : Mar-
tyrius, qui fut expulsé ; puis, le 41e : Ju-
li[an]us ; puis, le 42e : Stephanus; et le
43e: un autre Stephanus, qui fut ex-
pulsé; ensuite le 44e: Petrus, qui fut
exilé et revint trois fois.

A Éphèse : le fidèle Bassianus, qui
fut exilé, et à la place duquel entra
l'hérétique Jean. — Après lui vint Pau-
lus, qui fut chassé. Il revint grâce à
l'Encyclique;  puis il fut de nouveau

1. U^oU.

2. Le texte de cette lettre a été édité par Torrey, op. cit. [ci-dessus, p. 92, n. 2], p, 271. Elle
est aussi apocryphe. — 3. Lire : ^oâi^a*. (T.). — 4. Compl. : as&Oo û«;.x)| ^>.oi p, d'après
Torrey. — 5. 4,û»*sojoi> p;*. y*l (T.).

6. Cf. Land, III, 163. — 7. Rest. : ^o^a^.

142

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

A cette époque l'empereur Léon
excita une violente persécution contre
le reste des Ariens. Il leur enleva leurs
églises et défendit absolument qu'ils se
réunissent.

Au temps du règne de Léon1, la
cendre tomba du ciel3 comme une pluie,
et elle s'agglutina sur la terre et sur les
toitures*, l'épaisseur d'un empan. Tout
le gouvernement5 fut dans la terreur.
En tous lieux les hommes s'assemblèrent
dans les églises, les monastères et les
temples, et dans tous les lieux saints.
Ils faisaient des supplications, priaient
nuit et jour, et disaient : « C'était le
feu que la colère devait faire pleuvoir
sur la terre; Dieu l'a éteint dans sa
miséricorde, parce qu'il a eu pitié des
hommes ».

A cette époque, [250] Cyzique tomba
dans un tremblement de terre : elle fut
renversée totalement et entièrement dé-
truite*; beaucoup de ses habitants pé-
rirent. Un grand nombre de villes et de
villages tombèrent aussi; cependant ils
ne périrent pas aussi complètement
que Cyzique.

chassé parce qu'il ne reçut pas le synode.

A Constantinople, le 15° fut Acacius.

A Rome, le 45e fut Simplicius7, pen-
dant 15 ans.

A Edesse, quand lbas mourut, Nonus
entra de nouveau8. Après lui, le 32e fut
Cyrus9.

En l'an 773 des Grecs10 mourut saint
Mar Siméon le Stylite, en l'an 3 de
Léon. On apporta son corps à Antioche
par la force des soldats11. Les Antioché-
niens lui firent un martyrion dans le-
quel on déposa sa châsse. Ils firent cela
parce que leur ville avait été détruite par
un tremblement de terre Ils cherchè-
rent un refuge dans son saint corps, afin
qu'il soit une sauvegarde pour la ville.

La mort de Mar Bar Çauma précéda
de trois ans celle de13 Mar Siméon.
— Que leur mémoire soit en bénédic-
tion! — La migration, c'est-à-dire le
couronnement de notre seigneur Mar
Bar Çauma, le prince des ascètes, grand
parmi les parfaits, [250] arriva en l'an
770 des Grecs, en l'année même où mou-
rut Marcianus; et la mort de l'illustre
Mar Siméon arriva en l'an 3 de Léon,
qui est l'an 773. Ces deux bienheureux,
avec Mar Jacques de Kaphra, anathéma-
tisèrent le synode de Chalcédoine.

1. Pseudo-Dents, ad ann. 783; Chr. Pasch., 01. 311 ; P. Gr., XCII, 828.-2. Ps.-Denys, ad ann.
784; Chr. pasc. 01. 312 ; col. 828 ; Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 44. — 3. Les cendres du Vésuve
portées par le vent à Constantinople. — 4. xepa[/.iôeç. — 5. 7roAiT6t'a. — 6. Cf. Hist. du Bas-Emp.,
t. VI, p. 417.

7. Ms. : Sîmpêlikîos. - 8. Cf. Ps.-Denys, ad ann. 769; Cf. Chr. Edess., n° lxviii (ann. 769), cf.
n° lxiv (ann. 759). — 9. Qouros ; Ps.-Denys, ad ann. 782; Chr. Edessenum, n° lxxi (ann. 782). —
10. Lire : — 11. Ps.-Denys, ad ann. 771; Chr. pasc, Olymp. 310; P. Gr., XCII, 820. —12. Cf.
Ps.-Denys, ad ann. 770. — 13. Lire : u;»>>.

LIVRE IX. CHAP. V

143

CHAPITRE V DU LIVRE IX. — Du temps de Léon le jeune, de son père Zenon,
et de Basillscus qui se précipita pour ravir Vempire, fut ensuite chassé et
mourut.

Léon le Jeune, qui est Leontinus, commença à régner à l'âge de 6 ans. — Il
fut élevé à l'empire par ordre de Léon l'Ancien, en l'an 780 des Grecs. Il occu-
pait l'empire depuis un an, et Zenon, son père, lui-même lui offrait ses hom-
mages1. Alors, sa propre mère le trompa, comme un enfant, en lui disant:
« Quand ton père t'offrira ses hommages, prends la couronne de ta tête et donne-
la lui ». — Il fit ainsi, et plaça la couronne sur la tête de son père. Alors Zenon
apparut comme détenant l'empire. Il était Isaurien d'origine. 11 fit avancer Léon
son fils, à la manière d'un consul2.

Quelques jours après qu'il eut couronné son père, Léon mourut; plusieurs
furent scandalisés et disaient diverses choses.

Birina3, femme de Léon l'Ancien, demanda à Zenon quelque chose qu'il n'ad-
mit pas. Elle le chassa et établit pour empereur son 4 frère Basiliscus. — Ce
Basiliscus demeurait à Héraclée. Quand il se révolta contre Zenon et fut pro-
clamé empereur, il créa césar son fils Marcus.

Zenon s'aperçut et apprit que Birina méditait de le faire massacrer. Il
s'enfuit en Isaurie. Ayant pris les chevaux de poste5, il abandonna l'empire et
alla à son pays. 11 parvint à une forteresse appelée Solomon6 (?), et demeura là.
Plus tard, sa femme, Ariadne'1, s'enfuit aussi secrètement vers lui.

Basiliscus régna, avec son fils Marcus, pendant 2 ans. —Il se conduisit mal;
car il se montra débonnaire et très versatile.

De son temps, Gabala de Syrie fut renversée par des tremblements de terre.
Il envoya de l'or pour sa reconstruction8.

Tout d'abord il travailla à affermir la foi orthodoxe. Il fit revenir saint Timo-
theus de l'exil et il accorda aux Alexandrins la faveur que Timotheus ramenât
avec lui les ossements de Dioscorus qui furent reçus avec honneur à Alexandrie.

Basiliscus écrivit l'Encyclique9, et anathématisa le synode de Chalcédoine et

1. Litt. : « l'adorait ». — 2. |.l&.o;3 = upoêXô^vat. Théophanes dit de Léon le Jeune: %a\ irposXôwv
tùz yuatoî, èT£>£TJTï)<re. (Patr. Gr., CVIII, 301); Ps.-Denys, ad ann. 789 : usa£>9ocyi oip vpW. Cf.

Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 57. — 3. Gr. : (3ï]pcvY]ç, $t\ç>aa, fteptva ; Vérine. — 4. ©koj « d'elle ».
— 5. k'cpvyEv peplÔotç. Chr. pasc, 01. 314. Patr. Gr., XCII, 832. — 6. Cette leçon, qui paraît fau-
tive, est ancienne; « Salamê » dans l'abrégé arménien (Langlois, p. 169). Peut-être une corruption
de Chalcédoine ou de Séleucie. Cf. Hist du Bas-Emp., t. VII, p. 73 et 86. Ps.-Denys, ad ann. 790 :
Wa*£°W <£s3l1. — 7. Ms. : Argania; lire : M-.il ; B. H. : >.j,|;,| u©i» Uk^l. — 8. Ps.-Denys, ad ann.
791 ; cf. J. Malala, Patr. Gr., XCVII, 562; et Hist. du Bas-Empire, t. VII, p. 86. — 9. Texte grec
dans Evagr., H. E., III, iv.

144

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

le Tome de Léon, avec l'adhésion' des évêques. Ensuite, Acacius ayant excité
celui de Rome contre Basiliscus, l'empereur changea, par crainte, et écrivit la
[Contre-JEncyclique1, dans laquelle il abolit et annula la foi orthodoxe. Il pres-
crivit que tout le monde reçût et proclamât le synode de Chalcédoine. Alors la
faiblesse des convictions de cet homme fut dévoilée à tout le monde; et son au-
torité fut aussi ébranlée dans l'opinion de chacun, et même dans sa propre
opinion.

Cependant, Zenon se fortifiait, et il réunit des hommes de-ci de-là. Ils s'as-
semblaient auprès de lui parce qu'ils détournaient [252] leur visage de Basiliscus.

Quand Zenon vint avec une armée, Basiliscus envoya Harmati[u]s pour le com-
battre. Zenon manda secrètement à Harmatius qu'il ferait son fils césar, et lui-
même général. C'est pourquoi Harmatius trompa Basiliscus. — Quand Harma-
tius fut avec Zenon, celui-ci entra dans la ville impériale et fut reçu par tout
le Sénat. Basiliscus prit sa femme et ses enfants et s'enfuit à la grande église.
Zenon ordonna de célébrer des jeux du cirque*, et fut loué par tout le monde.
— Il envoya dépouiller de la pourpre impériale Basiliscus, sa femme et ses en-
fants; et il leur donna sa parole que personne d'entre eux ne serait tué. Il les
envoya à la forteresse de Limnès4, eri Cappadoce, où ils furent enfermés dans
une citerne : elle fut fermée sur eux, et ils moururent misérablement5. — Fin.

Basiliscus revêtit la pourpre et prit la
couronne. Voulant être agréable aux
Alexandrins 6, il céda à leurs ins-
tances et écrivit des lettres encycliques
qu'il envoya en tous lieux aux évêques,
anathématisant tout ce qui avait été fait
à Chalcédoine, ainsi que le Tome de
Léon.

Il établit la loi que partout où on trou-
verait (des exemplaires) de la doctrine
nouvelle de Chalcédoine ou du Tome,
ils seraient livrés au feu.

Ici nous plaçons le souvenir de VEn-
cyclique que fit Léon l'Ancien. — Léon,
voyant que le mal se multipliait dans
les Eglise à cause du synode (de Chal-
cédoine), écrivit et envoya aux métropo-
litains de tous lieux une Encyclique
ainsi conçue 7 : « Faites savoir en toute
diligence à Ma Piété, ce que vous pen-
sez au sujet de Timotheus et au sujet
du synode, sans crainte, sans faveur ou
haine, ayant seulement devant les yeux
la crainte de Dieu ; car vous savez que

1. Litt. : « la signature ». — 2. Texte dans Evagr., H. E,. III, vir. — 3. Irciuxôç. — 4. Lire :
tautt^(?)} eïç Atjjivâ; ; Ps.-Denys, ad ann. 792: Uoo3o» |;£aao usft.xù£v ; cf. Hist. du Bas-Emp., t.
VII, p. 88. — 5. Cf. Chr. pasc. ; Patr. Gr., t. XCII, col. 836.

6. A Timothée iElure et à ceux qui l'accompagnaient à Constantinople. Cf. Land, III, 166, 22.
Lire : U* »,ima>,.)J.

7. Mansi, VII, 522.

LIVRE IX. CHAP. V

145

Ces lettres encycliques furent copiées
par le moine Paulus le sophiste, qui
avait disputé vigoureusement avec Aca-
c[ius], (évêque) de la ville impériale,
et montré que Nestor[ius] et Eutychès
avaient la même opinion, parce que
tous les deux s'efforcent de prouver
que le corps humain n'a pas participé à
la rédemption divine. Nestorius, en ef-
fet, en prétendant que le corps n'est pas
capable de l'union hypostatique avec le
Verbe, détruisait celle-ci et confessait
une union d'affection ; Eutychès, niant
pour le même motif l'assomption de la
chair, imaginait faussement de placer
l'incarnation 1 dans le ciel ou dans un
autre corps. Par conséquent, ils sont
d'accord tous les deux, sur le terme
« d'apparence * » bien qu'ils l'expliquent
différemment : Nestorius considérant
l'union comme imaginaire et non réelle,
et Eutychès (considérant) l'incarnation
de Dieu le Verbe comme une illusion,
[251] puisqu'il niait qu'un corps animé
ait été pris de notre race3.

Timotheus d'Alexandrie, successeur
de Dioscorus,et Petrus * d'Antioche sous-
crivirent à ces lettres encycliques3 : tous
deux étaient en exil, et Basiliscus les fit
revenir à leurs sièges ; ainsi que Paulus
d'Ephèse, avec les évêques d'Asie et
d'Orient, Anastas[ius] de Jérusalem et
beaucoup d'autres. On dit, en effet, que
le nombre des évêques qui souscrivi-

vous rendrez compte de ce fait à la Di-
vinité immaculée. »

L'empereur ayant écrit ces choses
aux évêques, Anatol[ius] comprit que
l'empereur était disposé à annuler le
synode, et craignit d'être lui-même
privé du suprême sacerdoce qui lui
avait été conféré dans le synode même.
Il s'avisa d'envoyer une lettre aux évê-
ques, avant l'Encyclique de l'empereur,
disant : « Voici que l'empereur veut
vous mettre à l'épreuve pour savoir si
vous êtes opposés (au synode) ». C'est
pourquoi les malheureux écrivirent
pour confirmer ce qu'ils avaient fait à
Chalcédoine. Seul, Amphilochius de
Sidé et les évêques qui étaient sous sa
juridiction furent au-dessus de la peur.
Ils envoyèrent à l'empereur une lettre
synodale désapprouvant, il est vrai, l'or-
dination de Timotheus, mais aussi blâ-
mant les choses faites à Chalcédoine
contre la foi, c'est-à-dire [2S1] la déci-
sion innovatrice des deux natures après
l'union ineffable et inséparable.

[Extrait] de la lettre d'Amphilochius
de Sidé à l'empereur Léon6. — « Selon
l'ordre de Ta Puissance aimant le Christ,
nous nous sommes promptement réunis
à Sidé, ville métropolitaine, et nous
avons pris de la lecture de ton ordre
l'occasion d'adresser à Dieu des louan-
ges et surtout des prières. » — Et un peu
plus loin : « Comme nous l'avons appris,

1. Littér. : « res adventûs ». — 2. Pour dire que l'incarnation n'était pas réelle. — 3. Cf.
Land, III, 166, 24 sqq. — 4. Land, III, 168,^5. — 5. Lire : l^9o, Pierre Monge.

6. Sur l'existence de cette lettre, cf. Evagr., H. E., II, ni; Land, III, 142. On n'en connaît
pas de texte grec. Un fragment de deux lignes, qui ne se trouve pas parmi ceux qui sont reproduits
ici, est cité par Léon de Byzance, Mansi, VII, 839; Patr, Gr., LXXXVI, n, 1841. D'après les Actes
de Chalcédoine, Amphilochius avait souscrit à la définition, cf. Mansi, VII, 15, 194.

II. 19

146

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

rent à cette encyclique faite par Basi-
liscus, et anathématisèrent le décret
innovateur et le Tome de Léon, s'éleva
à sept cents.

Les évêques d'Asie, réunis à Ephèse
au nombre de six cents, écrivirent une
lettre de remerciement à Basiliscus et
anathématisèrent le Tome et la doctrine
de Chalcédoine en disant1 : « Anathème
à Acac[ius] et à ceux qui pensent comme
lui. Nestorius et Acacfius] ne sont qu'un.

A l'apostat *.....       recevoir [le synode de

Chalcédoine! et le Tome de Léon. Le
Tome de Léon a divisé l'Univers. Rome
fut depuis lors sans empereur. Anathème
au synode malfaisant (?) ».

Acac[ius] en apprenant cela % et voyant
que Timotheus avait accordé à Paulus
d'Ephèse l'honneur du patriarcat; que
s'il désirait rester à sa place à Constan-
tinople, Timotheus d'Alexandrie, qui se
trouvait là,n'y consentirait point jusqu'à
ce qu'il eût souscrit à l'Encyclique, et
qu'à Jérusalem, un synode était aussi sur
le point de se réunir et de l'anathéma-
tiser, il excita les moines de la ville impé-
riale, en fermant [252] les églises, et
fit descendre le stylite Daniel, comme si
Basiliscus était hérétique. Il plaça l'em-
pereur dans un grand danger; comme
déjà ses affaires étaient ébranlées par
les machinations des notables, en vue
du retour de Zenon, par peur, l'empereur

ils furent enflammés de colère, comme
le feu qui prend dans la forêt (?), parce
que l'expression du synodicon de Chal-
cédoine ne convient pas à l'incarnation
du Christ; (expression) au sujet de
laquelle, même avant Alexandrie, ceux
de Constantinople et de toutes les
Églises orthodoxes ont été troublés et
sont encore ardemment divisés. Il fallait,
en effet, se servir de cette parole de l'ami
de Dieu, Jean l'évangéliste : « Le Verbe
s'est fait chair », pour démontrer que
Dieu le Verbe, qui était au commence-
ment, s'est uni un corps humain animé
d'une âme raisonnable et intelligente, et
ne pas faire mention de natures. » — Et
plus loin : « Et comment quelqu'un
composerait-il une expression vraiment
pieuse, et exempte de mensonge, mar-
quant la dualité % alors que l'Apôtre, étei-
gnant à la fois toutes les hérésies : non
seulement celles qui existaient déjà,
mais encore celles qu'il voyait d'avance,
par l'esprit prophétique, surgir contre
les Églises, et fermant leurs bouches
impudentes, n'a pas pensé qu'il y eût
la moindre nécessité de faire mention
de « deux ». Mais peut-être le rédacteur
du synodicon, craignant qu'on ne croie
au mélange, à la destruction ou à la con-
fusion dans l'Incarnation [2o2] si on
parlait d'une nature, a-t-il mis « deux
natures » ? Mais, au lieu de faire un nou-

1. Cf. Land, III, 169; Mansi, VII, 1015, d'après Evagb., H. E., III, v. Les fragments qui sont
cités ne répondent pas à celui que nous avons ici. — 2. Lacune de cinq ou six mots. — 3. Land,
III, 173, 10 sqq.

4. Phrase très obscure; littéralement: « Quomodo quis verbumvalde verum religionis et expers
mendacii texeret dupliciter ».

LIVRE IX. CHAP. V

147

renia l'Encyclique ; ilfitune ordonnance1
sur des choses qui, certes, ayant eu lieu
par contrainte, ne peuvent avoir aucune
force, et il envoya la Contre-encyclique3
en tous lieux. Et bientôt après Dieu lui
enleva l'empire, comme le lui avaient
prédit les moines du couvent de Theo-
dorus, l'illustre Ammian[us] et Amôn,
surnommé « le Buffle3 », (disant que) s'il
rejetait l'Encyclique le Christ le rejet-
terait de l'empire.

Tandis que Basiliscus abandonnait
l'empire, l'empereur Zenon revenait *. Il
porta une loi pour annuler 1 Encyclique.
Petrus d'Antioche et Paulus d'Ephèse
furent chassés; et les évêques d'Asie
changèrent de nouveau, (déclarant) qu'ils
croyaient comme le concile de Chalcé-
doine 5, à l'exception de Timotheus d'A-
lexandrie, d'Anastas[ius] de Jérusalem,
et d'Epiphan[ius] de Mygdala6 de Pam-
phylie.

En ce temps-là, il y eut un tremble-
ment de terre en Thrace ; et de nom-
breux pays furent détruits. — La crainte
s'empara de tous ceux qui voyaient les
calamités qui atteignaient les hommes ;
et chacun pensait que la fin du monde
était proche. — Cet autre chapitre est
aussi fini.

veau décret, il suffisait de rappeler la
parole de Jean au sujet des choses divi-
nes citée plus haut, comme nous l'avons
dit auparavant, à savoir : « le Verbe
s'est fait chair » —Et un peu plus loin :
« Ce qu'il7 fit écrire dans le synodicon,
selon son dessein, au sujet des deux na-
tures est une loi nouvelle, qu'il donna à
l'Eglise, non pas comme Moïse qui ap-
portait de la montagne les deux tables,
mais, comme s'il venait lui-même du
ciel ! — Il appartient au blasphème
incommensurable de Nestorius de con-
fesser deux natures, pour la destruction
de l'union. Car s'il y a deux natures, où
est l'union? « Deux » se doit entendre
de la division, « un » de l'union, et sur-
tout de cette union divine et ineffable. »

— Et un peu plus loin : « J'aurais désiré
apprendre d'eux lequel est conforme à
la religion : établir « qu'on doit dire
deux natures » ou (établir) l'union? Car
il n'est pas possible que ces deux choses
se rencontrent ensemble. La confes-
sion, en effet, des « deux » est des-
tructive de l'union, comme de son côté
l'union (fait disparaître) les « deux. »

— Et un peu plus loin : « Enfin, il
semble que : « dire que Notre-Seigneur
Jésus-Christ doit être reconnu en deux
natures » et s'efforcer de le prouver
comme les diphysites, ainsi que cela a

lieu dans les fables de ces idolâtres, ne convient pas à la manifestation du Christ. »
— Et plus loin : «Donc, de même qu'on confesse une seule hypostase dans Yhenoticon

1. ôtotTaÇcç. — 2. àvueyxuxXia. — 3. bulalus. Cf. Land., III, 166, ^ : I;» ioL |o« |;û£»o> sfwol « Amôn,
surnommé « Taureau sauvage ». — 4. Cf. La.nd., III, 173, /.? sqq. — 5. Cf. Evagr., H. E., III,
tx. — 6. yà\t^o;> (L).

7. Probablement S. Léon. Ces citations fragmentaires rendent le texte difficile à comprendre.

148

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

de Chalcédoine, de même on doit dire correctement qu'il y aune substance', c'est-à-
dire une nature, de Dieu le Verbe, qui a racheté la nature humaine, et non pas
« deux natures ». Car cette opinion se rapproche et est voisine de celle qui croit,
comme Nestorius, qu'il y a deux Fils. En quel sens celui qui dit « deux natures »
[253] peut-il dire une « personne »? On ne peut le comprendre. A chaque nature, en
effet, correspond toujours la personne : ou une, ou deux, ou trois; c'est ainsi que de
l'adorable essence divine trois personnes se manifestent. — Nous prions que la
volonté de Dieu assiste Ta Puissance, afin que la foi des Apôtres, qui est parvenue
au bout de quatre cents ans, depuis l'apparition de Notre-Seigneur jusqu'à cette
expression hérétique de Chalcédoine, demeure pure et inaltérable. »

Cet homme écrivit de telles choses à l'empereur. Mais, ayant voulu redresser les
choses qui avaient été malicieusement établies sous le règne de Marcianus, cela ne
lui fut pas permis par ceux qui avaient condamné saint Timotheus. — Fin.

CHAPITRE VI DU LIVRE IX. — Des choses qui arrivèrent sous le règne

de l'empereur Zenon.

. Zenon ayant été confirmé dans l'empire, proclama césar Basiliscus, fils d'Har-
matius, et éleva celui-ci au généralat, comme il le lui avait juré. Il ordonna
de célébrer les jeux du cirque : Basiliscus y siégea avec Zenon, et ils regardè-
rent (les jeux) tous les deux ensemble3.

Ensuite, Zenon se prit à songer : « De même qu'Harmatius a trahi et trompé
Basiliscus après lui avoir juré (fidélité) par Dieu, le baptême et les mystères, il
me trahira aussi maintenant qu'il est devenu puissant. Je n'ai point menti. J'ai
déjà accompli ce que je lui ai juré; je le lui ai fait ainsi qu'à son fils. » — Et Ze-
non ordonna de faire mourir Harmatius, comme ayant transgressé ses ser-
ments. Il fit tonsurer son fils et le fit lecteur; ensuite, sur son ordre, celui-ci
devint évêque de la métropole de l'Hellespont, qui est Cyzique. Et cela, parce
qu'il avait mérité de revêtir la pourpre impériale ' !

Du temps de Zenon, les Samaritains se révoltèrent4. Ils établirent un roi,
nommé Justus6, qui tua un grand nombre [254] de chrétiens. Il entra à Césarée
pour y siéger comme roi. Il assista aux jeux hippiques. Il fit beaucoup de mal et
incendia l'église de Procopius8. Les Romains de la Palestine s'assemblèrent,
attaquèrent, vainquirent et tuèrent les Samaritains, et envoyèrent la tête de leur

1. ouata. — 2. Chr. pasc, Olymp., 316; Patr. Gr., XCII, col. 838. Cf. Hist. du Bas-Emp., t. VII,
p. 87. — 3. Chr. pasc, col. 840 ; cf. Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 89. — 4. Chr. pasc., 01. 316,
col. 842. Cf. Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 147. — 5. 'Iouaxaffaç, 'Iouatoutraç (Chr. pasc.). — 6. Ms. :
Porqipios.

LIVRE IX. CHAP. VI

149

roi à Zenon. L'empereur ordonna de faire de la synagogue des Samaritains' une
grande église en l'honneur de Notre-Dame Marie.

Il y eut un grand tremblement de terre et la plus grande partie de la ville
impériale fut renversée jusqu'au Taurus2. — Nicomédie fut aussi renversée
pour la sixième fois*.

A cette époque, ceux de la faction des verts4, qui étaient à Antioche, atta-
quèrent et incendièrent la synagogue des Juifs, et firent brûler cruellement un
grand nombre de Juifs; ils firent aussi brûler les ossements de leurs morts
dans les tombeaux.

Après cela, Zenon fut aussi pris de la dysenterie et mourut à l'âge de 60 ans.
Il en régna 16'.

Ces choses sont tirées du livre de Jean d'Antioche qui dit que depuis Adam
jusqu'à la mort de Zenon il y a en tout 6.458 ans. — Fin.

Zenon étant revenu de nouveau à l'em-
pire et voyant les Eglises troublées, fit
l'écrit (appelé) Henoticon qu'il envoya à
Alexandrie6.

Il chassa en exil Petrus d'Antioche',
pour avoir conspiré avec Basiliscus,
et il établit à sa place un certain Ste-
phanus, qui fut aussi reconnu comme
nestorien. Gomme il était sorti hors de
la ville pour célébrer la commémoraison
des Quarante-Martyrs, les clercs s'as-
semblèrent, aiguisèrentdes roseaux, l'en
percèrent et jetèrent son cadavre dans
le fleuve Oronte. Zenon tira vengeance
d'eux, et fit ordonner Calandion qui fut
aussi trouvé nestorien et qu'il envoya
en exil. Ensuite, comme les Antioché-
niens [réclamaient]8 le retour de Petrus.

Henoticon de Zenon— « L'empereur,
César,Zenon,empereur fidèle,victorieux,
toujours Auguste : aux évêques et au
peuple d'Alexandrie, d'Egypte, de Libye,
et de laPentapole. — Nous savons que le
principe10, le soutien, la force invincible
de notre empire est la seule foi divine
qu'ont établie les 318 Pères réunis à Ni-
cée, qu'ont pareillement sanctionnée les
150 saints Pères de Constantinople; et
nuit et jour, par des prières continuelles,
notre soin et nos lois, nous faisons en
sorte que, grâce à elle, l'Eglise sainte,
catholique et apostolique, qui est la mère
incorruptible et indestructible du scep-
tre de notre empire, s'accroisse en tous
lieux; car, quand les peuples fidèles
demeurent dans la paix et l'union avec

1. Sur le mont Garizim. — 2. Nom de la place où s'élevait la statue de Théodose le Grand. — 3.
Chr. pasc., 01. 316; éd. cit., col. 845; Malala, Patr. Gr., XCVII, 572. — 4. Corr. : lw»^9,
ispinivoi. Cf. Malala, Patr. Gr., XCVII, 578. — 5. Cf. Chr. pasc, 01. 318, éd. cit., col. 848.

6. Pseudo-Denys, ad ann. 796. — 7. Ps.-Denys, ad ann. 794. — 8. Rest. : û^x» ou a*.*; Ps.-De-
nys : lû^o U3<^'-£j| t©«.

9. Texte grec:EvAGR., H. E., III, xrv; Patr. Gr., LXXXVI, 2619. Texte syriaque : Land., III, 179,
et Pseudo-Denys, ad. ann. 796. — 10. Lire : (L), apyYjv ; ms. : |jo* « le rempart ».

150

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

surnommé le Foulon, sur l'ordre de
l'empereur, Petrus revint d'exil, reprit
son siège, et y finit sa vie1.

Zenon se laissa convaincre et consen-
tit au retour de Petrus pour le motif
que voici : Leonti[us], Illus 2 et Eupre-
prius3, généraux à Antioche, se révol-
tèrent contre Zenon. Calandion, qu'il
avait fait évêque d'Antioche, était leur
appui. Ils furent révoltés pendant trois
ans ; puis ils furent pris et mis à mort,
et Calandion fut expulsé; [234] c'est
pourquoi tout le peuple demanda à
l'empereur que Petrus revînt. L'empe-
reur le permit, et il revint4.

En ce temps-là, parut Theodoricus 6

fils de Trajanos 6.......

il vint jusqu'à.....et n'ayant

pu lui nuire......quand

il parvint en Illyrie, il fut mis à mort

Après celui-ci parut un autre tyran
du nom de Theodoricus8, surnommé Eu-
laqlos 9, qui pilla la contrée d'illyrie et
la Thessalie; il marcha aussi contre la
ville de Larissa 10.

Ensuite11, ce tyran Theodoricus vint
jusqu'à la région de Melanthias 1S, ayant
auparavant traversé la Thrace et ravagé
de nombreux pays13; puis il s'en re-
tourna.

Dieu, ils offrent des prières très accep-
tables pour notre empire, avec les vé-
nérables et pieux évêques, les clercs, les
archimandrites et les moines. En effet,
tant que notre grand Dieu et vivificateur
Jésus-Christ, qui a pris un corps de la
Vierge sainte, Marie, Mère de Dieu, ap-
prouve et accepte avec bienveillance, la
louange [254] et le culte de notre una-
nimité1*, tous les ennemis doivent être
brisés et disparaître, et tous les hommes
doivent courber le cou sous notre puis-
sance qui est selon Dieu ; car la paix et
tous les bienfaits qui en découlent : l'ex-
cellente sérénité de l'air, l'abondance des
fruits et toutes sortes de commodités,
seront largement donnés aux hommes.
Ainsi donc, la foi immaculée étant notre
sauvegarde15 et celle des affaires des Ro-
mains, des prières nous ont été adressées
par les pieuxmoinesetermites,noussup-
pliant avec larmes de procurer l'union de
la sainte Église et de réunir ses membres
les uns aux autres; car l'ennemi de tout
bien s'est efforcé depuis longtemps de la
diviser, sachantque quand il combat avec
le corps entier de l'Eglise il est vaincu.
Il en est résulté que parmi d'innombra-
bles générations qui ont quitté la vie
pendant toutes ces années 18,les unes sont

1. Cf. J. Malala, Patr. Gr., XCVII, 566. — 2. Ms. : Aioulos ; Land : .raa^a,, Youlios (III, 176,
j8) >*»<^ (199, 3). — 3. Sic ms.; corr. : Pamprepius. Cf. Hist. du Bas-Empire, t. VII,
p. 132. — 4. Jac. Edess., ad ann. 166. — 5. Ms. : Theodorocos. — 6. Sic ms. Corr. :
Triarius. ©soSépr/u? o Tptapiou (Theoph., Patr. Gr., CVIII, 296). Théodoric le Louche. — 7. Le
texte, mutilé, ne peut être restitué avec certitude. — 8. Théodoric l'Amale. —9. Sic ms. Restituer :
><*o;-*3Ulo (©euSspr/oç à u"o;j OûaXljjiEpo; (Malala, P. Gr., XCVII, 569). — 10. Cf. Hist. du Bas-Em-
pire, t. VII, p. 125. — 11. Jac Edess., ad ann. 166; Land, III, 199. — 12. Corr. : ^^IH* (Jac.

Edess.). MeXavOîSoç (?). — 13. Ms. : preliosa multa ; lire : Ik-llao» ; L : U>-*** |Lo»LI.

14. ttjv èx aufjLcptovîaç 8o£oXoyîav. — 15. Lire : }3|oûji». — 16. Gr. : o<raç ô ^pôvo; èv xoao'jxoi; ïxzni
xîjç Çtorjç 'JTTî£Tiyayev.

LIVRE IX. CHAP. VI

151

Ce tyran étant de nouveau revenu
marcha contre Rome1; Arcadius 2, anti-
césar, qui avait été établi là, s'enfuit
devant lui à Ravenne. Theodoricus pil-
lait toute la contrée d'Italie.

Alors3, sur l'ordre de Zenon,Pelagius
et Panormon de Crète 4 furent étouffés,
comme s'ils avaient été la cause de ces
choses.

A cette époque,le général5 Theodorus
se trouvait à l'intérieur de Prasnatos6.

A cette même époque, Pérôz, roi des
Perses, et méchant persécuteur des
chrétiens, mourut; et Balous 7, frère de
Pérôz,régna, en 17" lieu, pendant 4 ans.

Du tempsde ce Balous, roi des Perses,
les chrétiens qui habitaient dans l'em-
pire des Perses jouirent de la tranquil-
lité ; car [255] ce roi n'était pas porté à
la persécution des chrétiens.

A cette époque parurent en Perse les
hérésies des Kantéens etdes immondes8
Dositéens 9.

A Alexandrie, lorsque Petrus, sur-
nommé Mongos, qui fut le 26e évêque
et exerça pendant 12 ans 10,eut été chassé,
ils ramenèrent à sa place Salofaciolos11 ;

parties privées de la propitiation de la
régénérescence12 ; les autres sont arri-
vées à l'inévitable issue des choses hu-
maines sans avoir participé à la commu-
nion divine.Des myriades de gens ontpéri
dans les massacres, et non seulement la
terre, mais même l'air a été contami-
né par l'abondance du sang (répandu).
Qui donc ne désireraitchanger ces choses
en bien? C'est pourquoi nous prenons
soin de vous faire savoir que ni nous, ni
les saintes églises orthodoxes de tous
pays, ni les pieux pontifes qui les diri-
gent, n'avons et n'aurons d'autre sym-
bole, d'autre définition, d'autre doctrine
ou d'autre foi que celle dont il a été parié
plus haut : la foi sainte des 318 Pères
de Nicée, que les 150 Pères réunis ici13
ont adoptée et confirmée,et nous ne con-
naissons personne qui en ait une autre;
si quelqu'un en a une autre : nous le con-
sidérons comme étranger. Nous avons la
confiance que cette foi seule, ainsi que
nous l'avons dit, conserve notre empire
et tous les peuples qui ont reçu le bap-
tême salutaire. C'est celle à laquelle ont
adhéré tous les saints Pères [255] qui se

1. Jac, Edess., ad ann., 166 ; Land, III, 199. — 2. Sic ms. ; L : iea.,o$! ; corriger : iûoc;o|o?oI
(Jac. Ed.), Odoacre. — 3. Jac. Edess., ad ann. 166. Le passage est mutilé. — 4. C'est ainsi que le
syriaque a rendu les passages des historiens grecs disant que l'ex-silentiaire et patrice Pelagius
lut exilé à Panorme. Cf. Hist. du Bas-Emp., t. VII, p. 215. — 5. (jTpat^axYjç. — 6. Sic ms. Le grec,
mal compris, disait certainement que le comte d'Orient, Thodorus, avait favorisé à Antioche la fac-
tion des verts (7ipa<7ivot) lors du massacre des Juifs. Cf. les sources citées ci-dessus, p. 149, n. 4. —
7. Balâs; sur le nom persan, cf. Nôldeke, Gesch. der Verser, p. 10, n. 2. — 8. Lire : tt-l^i. — 9.
Sur ces sectes, cf. outre les sources grecques, Pognon, Inscript, mandaites des Coupes de Khouabir,
p. 151 et 154. — 10. Il faut comprendre ainsi. Pierre Monge fut chassé au bout de 36 jours et né
revint qu'après la mort de Salofaciolos. Cf. Jac. Edess., ad ann. 156. — 11. Il avait été chassé
lors du rétablissement de Timothée iElure.

12. toO XourpoO Tri? Tïa'XtyysvEoéai; ; du baptême. — 13. A Constantinople.

152

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

et il y eut une lutte et une sédition parmi sont réunis à Éphèse et qui ont prononcé
tout le peuple. Il y eut un schisme dans la déposition de l'impie Nestorius et de
leurs Églises, à cause des animosités des ceux qui pensaient comme lui. Nous ana-
évêques *. thématisons, nous aussi, Nestorius avec

Eutychès, attendu qu'ils ont pensé des
choses contraires à ce qui a été dit. Nous acceptons les XII Chapitres qui ont été
dictés par Cyrillus, digne de mémoire, archevêque de l'église catholique d'Alexandrie.
Nous confessons que le Fils unique de Dieu et Dieu (lui-même), Notre-Seigneur Jésus-
Christ, s'est réellement fait homme, et est consubstantiel au Père dans sa divinité,
et consubstantiel à nous dans l'humanité; qu'il est descendu et a pris un corps de
l'Esprit-Saint et de la Vierge Marie, Mère de Dieu *; qu'il est un seul Fils et non pas
deux. Nous attribuons, en effet, à un seul et unique Fils de Dieu les miracles et les souf-
frances qu'il a volontairement subies dans la chair. Nous n'admettons en aucune façon
ceux qui divisent ou confondent, ni ceux qui introduisent l'apparence3; car, avoir pris
un corps véritable, sans le péché, de la Mère de Dieu, n'ajoute pas un Fils. La Trinité
demeure Trinité, alors même que l'une (des personnes) de la Trinité, Dieu le Verbe,
s'est incarnée. Sachez donc que ni les saintes églises de l'orthodoxie qui sont en tous
lieux, ni les pieuxpontifes qui les dirigent, ni Notre Majesté, n'ont admis et n'admettront
d'autre symbole ou d'autre définition de la foi en dehors de celle dont il a été parlé.
Unissez-vous donc sans hésiter. Nous vous avons écrit ces choses, non pour renou-
veler * la foi, mais sur vos instances. Si quelqu'un a pensé ou pense quelqu'autre chose,
maintenant ou à un autre moment quelconque, soit à Chalcédoine, soit dans tout
autre synode, nous l'anathématisons, et surtout ceux quiont été appelés Nestoriens et
Eutychéens, et ceux qui pensent comme eux. Joignez-vous donc à la mère spirituelle :
à l'Eglise, et réjouissez-vous avec nous dans la communion divine, selon la seule et
unique définition de la foi, qui est celle des saints Pères, comme nous l'avons dit
plus haut. Certes, la très sainte Eglise vous attend comme des enfants chéris, pour
vous embrasser, et désire, après un si long temps, entendre votre voix suave5. Hâtez-
vous donc! En faisant cela, vous vous concilierez la bienveillance de notre vivifica-
teur, le Christ notre Dieu; et vous serez loués' par Notre Majesté ».

Or, quand ces choses eurent été faites ainsi, grâce à Yhenoticon de l'empereur, et
quand les évêques eurent fait l'union7, savoir : ceux d'Ephèse,de Jérusalem, d'Antioche,
d'Alexandrie, les évêques placés" sous la juridiction de ces sièges l'acceptèrent et
signèrent aussi.

Ensuite, Julianus et Jean, prêtres d'Alexandrie, Hellad[ius] et Sérapion, diacres

1. Les six lignes de texte qui sont au bas de cette colonne doivent être transposées à la fin de ce
chapitre, cf. page 153, n. y.

2. Oeotoxoç. -i- 3. qjavtaaia. — 4. où xaiviÇovreç tu<ttiv « non innovantes ». — 5. Lire : yXuxeta. —
6. Lire : v~a&«M. — 7. Land, III, 189-190.

LIVRE IX. CHAP. VI

153

et hommes âgés ; Theodorus, évêque d'Antinoë; Jean et André, grands archiman-
drites, Paulus le sophiste 1 [256] et d'autres, se séparèrent de la communion de Pierre
d'Alexandrie, parce que ni Y henoticon, ni les lettres des évêques qui le concer-
naient, ne contenaient clairement la condamnation2 du Synode et du Tome. Peu à
peu ils progressaient et le nombre des moines dissidents3 s'accroissait. Quand
Acac[ius] de Constantinople apprit cela, il leur écrivit pour qu'ils se missent d'accord,
et Pierre, dans son allocution* et dans son discours apologétique adressé au peuple,
blâma le Synode. En entendant cela, de nouveau Acac[ius] envoya examiner la volonté
et la foi de Pierre. On vit qu'il n'avait pas clairement anathématisé le Synode. Beau-
coup de ces dissidents s'unirent à lui, parce qu'il avait anathématisé le Synode.
Cependant d'autres demeuraient qui ne voulurent point communiquer avec Pierre.
Quand il vit cela, il s'empara du monastère de l'évêque Theodorus et chassa cet homme
prodigieux qui avait ouvert les yeux d'un aveugle en les lui frottant avec l'eau des
fonts du baptême.

Evêques du temps de Zenon". — A Rome, après Hilarius qui fut évêque pendant
6 ans, vint le 45e : Simpli[ci]us, pendant 15 ans. Zenon lui écrivit à propos de
Jean le Menteur qui avait été expulsé d'Alexandrie. — Après lui vint, à Rome, le 46e :
Félix, pendant 8 ans. Celui-ci parvint jusqu'au temps de l'empereur Anastas[ius].

A Alexandrie, le grand Timotheus, qui avait été rappelé d'exil, fut grandement
honoré, au point qu'on le conduisait sur un âne à l'église pour y faire les prières.
— Après lui (vint) Timotheus a Mitre-branlante6 »; puis Jean, qui fut expulsé;
ensuite Petrus, surnommé Mongos, pendant 12 ans; et après lui, le 27e : Athana-
sius, pendant 7 ans.

A Jérusalem, le 52e fut Ana[s]tasius7 ; après lui, le 53e : Martyrius ; ensuite le 54e :
Sallustianus 8.

A Antioche : Martyr[ius], qui fut expulsé ; Julianus ; Stephanus; un autre Stephanus ;
le fidèle Pierre ; Calandion, qui fut expulsé; Palladius; et le 49e : Flavianus, qui fut
expulsé du temps de l'empereur Anastas[ius].

A Constantinople9, après Gennad[ius]10 vint Acac[ius], et après lui Fravitos ; après
lui, le 17e fut Euphemius ; — après lui, le 18e ; Flabitos ll, qui fut expulsé du temps de
l'empereur Anastas[ius]. — Fin.

1. l£m9aao (L). — 2. Litt. : « l'anathème ». — 3. àiro<7xt<n:at ; L : )~§^aASiaa9| \"U& « le nombre des
dissidents (augmentait) dans les monastères ». — 4. upocrcptôvyian;. — 5. Cf. Land., III, 199. — 6. L :
ILûâ^av^ traduction de SaXocpooccoXoç ; sur l'étymologie, cf. Ahrens et Kruger, Die sog. Kirchen-
gesch. d. Zacharias, p. 310. — 7. L : >aoa^iaj|. — 8. Jac. edess. ad. ann. 166; L : uaa^gvûoài.flo, Sal-
lustius. — 9. Le sens aussi bien que le texte de Zacharie, montre que les quelques lignes suivantes,
placées au bas de la page 256 de notre texte, doivent être transposées ici. — 10. — 11. Il y a

ici évidemment une erreur; les deux noms Fravaitos et Flabitos, désignent «tpauixaç qui succéda à
Acacius. Le successeur d'Euphemius fut Macedonius qui fut exilé par Anastase. Land : >m^*1û9

II. 20

154

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

CHAPITRE VII DU LIVRE IX. — Du temps de Vempereur Anastas[ius],

qui régna 27 ans.

Anastas[ius] qui avait été silentiaire commença à régner en l'an 805 des
Grecs, qui est l'an 539 des Antiochéniens.

Au moment où il commença à régner, il fit périr les jeunes gens qui étudiaient
les livres, parce qu'il avait été tourné en dérision par eux ; pour ce motif toute
la ville fut plongée dans le deuil.

La même année, il y eut une éclipse de soleil. — Il y eut aussi de nombreuses
sauterelles, mais elles ne gâtèrent rien a.

En l'an 8 d'Anastas[ius], qui est l'an 11 de Qawad, roi des Perses, le frère de
celui-ci, nommé Zâmaps, se révolta contre lui3 pendant 2 ans. Ensuite Qawad,
qui s'était enfui, revint avec une armée, engagea le combat avec son frère, le
vainquit, le tua, et régna [257] de nouveau sur les Perses pendant 3 ans.

A cette époque il y eut un tremblement de terre, et la source chaude d'Abarnê
tarit *.

La ville de Nicopolis5 fut totalement renversée, et ensevelit tous ses habi-
tants, à l'exception de l'évêque et de deux de ses syncelles 6. — On vit une co-
mète, pendant longtemps7.

De nouveau vint la sauterelle : elle dévasta (tout), et il y eut une famine dure
et cruelle dans toute la Mésopotamie8.

A cette même époque on vit un grand feu du côté du Nord, qui demeura
embrasé toute la nuit0. Peu de temps après, les Huns firent une incursion et
engagèrent le combat avec les Perses qui furent vaincus19.

Après cela, les Perses sortirent et envahirent les pays des Romains. C'est
surtout en Mésopotamie qu'ils pillèrent et s'emparèrent des villes. — Fin.

Du temps d'Anastas[ius], il y eut des
troubles violents entre les Romains et
les Perses11 pour le motif que voici 1S :

Du temps de Zenon, les Huns avaient
envahi le territoire des Perses ; Pêrôz,

Du temps d'Anastasius, Flâbîtios,
(puis) Euphemios13, patriarche de Cons-
tantinople, fut chassé parce qu'il fut
constaté qu'il était nestorien '*. Après
qu'il eut été envoyé,Ben exil à Euchaïta,

I. àno «TiXsvaapiwv (Malala). — 2. Chron. edess., n° lxxvi; Jac. edess., ad. ann. 175. — 3. Lire :
,ûû ^ (BH). — 4. Rest. : Chron. edess., no lxxvi; Jac. edess., ad ann. 175; Ps.-Den., ad
ann. 810; Josué stylite, § xxxi. — 5. Emmaûs. — 6. Lire : !kà.o .A.iâ. Chron. edess., n° lxxvi; Ps.-
Den., ad ann. 810. — 7. Chr. edess., n° lxxvi; Jac. edess., ad ann. 176 ; Ps.-Den., ad ann. 810, —
8. Chr. edess., n° lxxvih; Jac. edess., ad ann. 177 ; Ps.-Den., ad ann. 811. — 9. Le 22 août 813 des
Grecs (Chr. edess., n° lxxix). — 10. Jac edess., ad ann. 178.

II. Lire : l*a>ï3-\. — 12. Cf. Land, III, 203.

13. Cf. p. 153, u. 11. — 14. Ps.-Den., ad ann. 809. — 15. Lire : »»û*|.

LIVRE IX. CHAP. VII

155

roi des Perses, avait réuni son armée et
était allé à leur rencontre. Il apprit
d'eux que ce que leur donnait l'empire
des Perses comme tribut ne suffisait pas ;
— ils habitaient la région du nord-
ouest1, — que les Romains leur don-
naient le double comme tribut, et en
conséquence2 que les Perses devaient ou
leur donner le même tribut que les Ro-
mains, ou engager le combat. Quand
Pêrôz vit qu'ils se disposaient à com-
battre, il les trompa en leur promet-
tant de payer ; et, sur la promesse
[257] des Perses de leur donner le tri-
but3, les Huns retournèrent dans leur
pays. Quelques-uns d'entre eux restè-
rent pour recevoir le tribut. Pêrôz re-
vint et s'avisa de faire tuer ceux qui
étaient restés, de poursuivre et de com-
battre ceux qui étaient partis. Alors,
un marchand d'Apamée nommé Eusta-
th[ius], homme rusé et astucieux, sur le
conseil duquel les Huns étaient venus et
qui les accompagnait, les encouragea et
les conseilla. Dans le lieu même où avaient
été faits les serments, ils jetèrent dans
le feu du musc4 et d'autres parfums,
qu'ils offrirent à Dieu pour détruire la
fraude. Ensuite ils engagèrent la bataille.
Les Huns vainquirent les Perses, et
Pêrôz, roi des Perses, fut tué5. — Les
Huns firent de nombreux captifs dans
tous les pays des Perses, les dévastè-

dans le Pont6, on établit à sa place Ma-
cedonius ; celui-ci devint aussi héréti-
que par la suite, et fut envoyé en exil7.

Alorss Timotheus devint évêque de
Constantinople9; il fut le 20°. C'était un
homme fidèle ; ses œuvres répondaient
à son nom ; Timotheus signifie, en effet,
(( qui honore Dieu ».

Du temps de ce saint10, (vivait) un
homme (originaire) d'Apamée, nommé
Marinus, rusé et habile dans les affaires.
Il était de la région d'Antioche, qui avait
été [257] d'abord entraînée par l'évêque
Kustathius à proclamer : 6 j-raupwOstç ci '
'q\xàq. —C'est pourquoi, il pressait aussi11
l'empereur Anastas[ius] de faire procla-
mer12 par l'Église : ô (jTaupwOetç ot'-^aç. —
Quand les hérétiques apprirent cela, ils
se réunirent près de lui et lui dirent :
« Que conseilles-tu aux hommes d'ajou-
ter quelque chose à la glorification que
les anges 13 offrent à la Trinité : « Saint !
Saint ! [Saint !], le Seigneur puissant
dont la gloire remplit le ciel et la terre ? »
Alors Dieu plaça dans sa bouche cette
apologie : « Les anges, certes, font bien
en ne disant point, dans leur confession
à la Trinité adorable et égale14 en nature ;
qu'il a été crucifié pour eux ; mais nous,
nous devons le dire dans la confession
de notre langue : « car c'est de notre
race qu'il a pris un corps, mais il ne
s'est pas uni aux anges15 ». — Ainsi, il

1. Cette phrase incidente paraît transposée. — 2. o| vo^,a (BH). — 3. Lire : U?l*>. — 4. y**> ;
L : y*ûyj. — 5. Sur la dernière campagne et la mort de Pêrôz, cf. Hist. du Bas-Emp., liv.
XXXVIII, § xxx, xxxi.

6. u»û£oû3\; Euxouxav liù rbv LTovxov (Malala). — 7. Chr. edess., n° lxxvii. — 8. Land, III, 224.
— 9. Jac. edess., ad ann. 187; Chron. edess., n° lxxxiv. — 10. Land, III, 224. — 11. ow &\ (L).
_ 12. *ipLL? (L). — 13. Lïlbo. — 14.       ^a*. — 15. Cf. Hebr., n, 16.

156

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

rent, et s'en retournèrent dans leur
contrée.

C'est pourquoi Qawad1, qui régna sur
les Perses après Pêrôz, était dans une
grande colère contre les Romains.
« Les Romains, disait-il, sont la cause
de ce tribut des Huns et de tout ce qu'ils
ont fait. » — Qawad réunit donc des
troupes, et envahit les pays des Ro-
mains. Il mit le siège contre Theodo-
siopolis d'Arménie, et s'en empara. Il usa
de miséricorde avec ses habitants parce
qu'ils ne s'étaient pas moqués de lui.
Il emmena Constantinus, leur chef, et,
au mois de tisrî (oct.), il parvint à Amid,
ville de Mésopotamie2.

Des attaques répétées, le lancement
des traits, les têtes de bélier qui frap-
paient le mur pour le faire tomber, l'ins-
tallation de peaux pour protéger ceux
qui3 fabriquaient la mule* qu'ils élevè-
rent aussi haut que le mur, comme un
grand tertre5, donnèrent aux Perses
un rude labeur. Les habitants faisaient
aussi subir au roi de nombreux af-
fronts, et il fut réduit aux abois. Il
était dans la tristesse et la douleur,
car l'hiver l'avait surpris, et, comme
les vêtements des Perses étaient bouf-
fants6, ils se trouvèrent affaiblis; leurs

imposa silence à ces hommes. Il instrui-
sit l'empereur. L'empereur, qui aimait
Dieu, voulut qu'on ajoutât : ô araupu)6eiç
Si ' Yj[Aaç, dans le Sanclus, et ordonna qu'on
proclamerait dans la ville impériale,
comme dans la .région d'Antioche, cette
sentence : à jTaupwôeiç §i'y)[aSç.

Alors', le peuple excita du tumulte, car
ils étaient tous nestoriens, sous prétexte
« qu'il voulait introduire quelque inno-
vation dans la foi ; qu'il appelait le
larron qui fut crucifié avec Notre-Sei-
gneur Dominus3 »; et ils lui criaient : c
(jxauptoOsi'ç9, avec d'autres moqueries aussi
puériles. Ils entourèrent le' palais en
criant [258] : « Un autre empereur pour
les Romains ! un autre empereur pour la
Grèce14! » — Ils se précipitèrent à la
maison deMarinus, l'ex-préfet11 syrien,
pour le tuer. Comme il avait pris la fuite,
ils mirent le feu à sa demeure en disant :
« C'est lui qui séduit l'empereur, pour
lui faire introduire : 6 ataupwQciç h ' i^àq » ¦
Avec des haches, ils coupèrent l'argent
du trésor public12 qu'ils trouvèrent dans
sa maison, et se le partagèrent. — Ils
trouvèrent aussi dans sa maison un pau-
vre moine auquel ils coupèrent la tète
qu'ilsfixèrentauboutd'une lanceetqu'ils
portèrent en criant : « Voici I'ItclocuXoç,

1. Land, III, 204. — 2. Sur le siège célèbre d'Amid, cfr. Chr. edess., n° lxxx; Ps.-Den., ad ann.
814; Jos. styl., § l; Land, III, 204 (cf. MAr, Nov. coll., t. X, p. 338 sqq.) auquel le récit est em-
prunté; Hist. du Bas-Emp., 1. XXXVIII, § lxxiy sqq., où les sources byzantines sont indiquées. —
3. |C^a::> vqjoî^ (L). — 4. Machine de guerre, Xôcpo; (Proc.). — 5. Au lieu de \=>i )iL, qui est aussi
la leçon de Mai, L porte :^T* /^L « trois mois ». Le siège dura de fait du 5 oct. 503 au 10 janvier
504. — 6. v^>a,**s<a « saraballis vestiti ».

7. Ps.-Den., ad ann. 818. Cf. Malala, Patr. Gr., t. XCVII, col. 601. — 8. Ps.-D. : >/»a*>o?. — 9.
Ps.-D , plus complet : ^ X*~iL\ • <»3.\~ «à^jl». —10. Litt. : « Bomania ». — 11. Lire : >ûs;319| = àuô
èuapx«»v (Malala).—12. Ps.-D. : U^a»^»; xa\ TtpatSevo-avxsç xà aùxoû 8y)(i.6<na, xbv apyvpov auxoO se;
à?tvaç exoTtxov xai èfjispiÇovxo (Mal., loc. cit.).

LIVRE IX. CHAP. VII

157

arcs étaient distendus par l'humidité
[268] de l'air; leurs têtes de béliers ne
détériorèrent1 pas le mur, et n'y firent
aucune brèche ; car (les assiégés) avaient
attaché par des chaînes des matelas de
jonc de leurs couches * sur lesquels ils
recevaient les coups des têtes de bé-
liers.

Ils emportaient la terre de l'extérieur
à l'intérieur5, et amoncelaient du bois
peu à peu par dessous [la mule]. Or, en-
viron cinq cents Persans armés s'avan-
cèrent sur la mule, et placèrent des
bois sur le mur, pour entrer. Le roi était
présent et les excitait; de nombreux
soldats les aidaient en lançant des traits.
(Les assiégés) dépouillèrent des bœufs,
et du haut des murs jetèrent du fenugrec
bouilli avec du naphte sur les bois,
ils répandirent sur les peaux du jus de
fenugrec, pour les rendre glissantes, et
ils mirent le feu4 aux bois qui étaient
sous la mule. Six heures s'étaient écou-
lées sans que les Perses aient pu péné-
trer dans la ville, lorsque le feu prit et
la mule s'écroula : les Perses se bri-
sèrent et furent brûlés; et le roi s'en
retourna dans une grande confusion,
tourné en dérision par ceux qui étaient
sur le mur; car il n'y avait personne
pour les modérer. \

Peu de temps auparavant était mort leur évêque, Mar Jean, honoré par ses œuvres,
qui avait été appelé du monastère de Qartamin. Il n'avait rien changé à sa vie, à son
jeûne, à sa pauvreté. Pendant le temps de la famine, il avertissait constamment les
riches de vendre le blé, « de peur qu'ils ne le conservassent pour les ennemis »
selon l'expression de l'Écriture. Ce qui arriva, en effet. — Un ange lui apparut, se

c'est-à-dire l'adversaire, de la Trinité. »

L'empereur ne cessa pas d'obliger
à proclamer le : ô cxauptoGelç Si' r^.aç.

Le vertueux ami de Dieu Timotheus,
après avoir vécu sept ans (dans l'épis-
copat), mourut à la onzième5 (indiction).
— Jean lui succéda.

A cette époque, le 28e évêque d'Alex-
andrie fut Jean, pendant 8 ans6.

A Rome, le 47e fut Ge(las)ius7 pendant

10 ans.

A cette époque, brillait par la doc-
trine orthodoxe et par les œuvres de
sainteté, un homme éloquent, le grand
docteur saint Philoxenus8, qui avait été
ordonné métropolitain0de Mabboug par
Pierre d'Antioche surnommé le Foulon.

11 persévéra énergiquement dans l'or-
thodoxie. Il écrivit et enseigna très effi-
cacement la vraie doctrine ; il réfuta et
dévoila la fausseté de la doctrine erro-
née des Nestoriens diophysites. Il écri-
vit et exposa des enseignements sains et
solides sur la voie sainte du monâchisme.
Il est aussi l'auteur de traités sur les
fêtes sacrées de Notre-Seigneur et d'ou-
vrages de tout genre. -

Que sa mé-

moire soit en bénédiction. Amen!

1. Lire : oïwl. — 2. xw8apia àxouêtxwv. — 3. En creusant une mine. — 4. lia».
5. I~ô>û»iw =: IvSexaTY). Land, III, 231. —6. Jac. edess., ad ann. 167. — 7. Ms. : Gaios, rest. : Gela-
sius, *>o^oU^; cf. p. 170, 1. 7. — 8. Cf. Bibl. or., II, 10 sqq. — 9. Sic ms.

158

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

tenant près de l'autel, lui annonça l'arrivée des ennemis, et qu'il serait lui-même
enlevé1 avant la calamité. Il le dévoila au peuple, afin qu'il fasse pénitence et soit
sauvé. Mais comme le peuple ne fit pas pénitence, le fléau arriva.

Tout d'abord Qawad fut vaincu, comme nous l'avons dit. Il demanda aux habitants
de lui donner un peu d'argent pour s'en aller. — Ceux-ci lui répondirent en se
moquant : « Donne-nous le prix des légumes et de l'herbe que tu as mangés. » —
Il était fatigué et prêt à s'en retourner. Alors, comme il le dit lui-même ensuite, le
Christ lui apparut dans une vision nocturne et lui dit : « Après trois jours je te
livrerai la ville, parce que ses habitants ont péché. » — Ce qui arriva en effet.

Dans la partie occidentale de la ville, (près du) Tripyrgion4, se trouvait la garde des
moines du monastère de Jean Ourtaya dont l'archimandrite était persan. En face de
cette tour, à l'extérieur, campait3 un marzban nommé Qanaraq* le boiteux5. Il son-
geait à la manière de prendre la ville par ruse. — Un homme qu'on appelait Qôtranga,
quelques-uns (l'appelaient) Lctîqra(?)6, séditieux, voleur, se montrait très audacieux
contre les Perses et leur enlevait leur bétail. Qanaraq observa qu'après avoir pillé, il
rentrait par des aqueducs reliés au Tripyrgion. Il le laissa se livrer aux rapines pour
voir par où il entrait et sortait. Or, il arriva que pendant une nuit obscure et une
pluie violente, quelqu'un fit un festin aux moines qui gardaient le Tripyrgion, et leur
fit boire du vin. Le sommeil s'empara d'eux et ils ne se tinrent pas en garde comme
de coutume. Qanaraq ayant suivi Qôtranga s'approcha du mur, et les moines ne
crièrent point. Il comprit [259] qu'ils dormaient. On apporta des échelles, ils mon-
tèrent et entrèrent parles aqueducs. Ils escaladèrent la tour des moines et les massa-
crèrent. Ceux qui étaient dans l'autre tour voulurent venir au secours des moines : ils
furent transpercés par des traits. Le commandant7 l'ayant appris vint avec des torches ;
les Perses qui étaient sur le mur frappaient facilement de leurs traits ceux qui por-
taient les torches. Le commandant, frappé d'un trait, s'en alla. Au matin, le roi et ses
armées dressèrent des échelles et montèrent. Beaucoup de ceux qui montaient étaient
percés de traits ou frappés de la lance et s'en retournaient. Le roi tuait tous ceux qui
s'en retournaient. Par là, les Perses furent contraints de lutter avec plus de vigueur.
Les habitants voulurent démolir par en bas le sommet de la voûte8 de la tour.
Tandis qu'ils arrachaient les poutres, une autre tour fut prise, puis d'autres
successivement. Petrus, homme admirable (?)9, défendit à lui seul tout un côté;
revêtu d'une cuirasse de fer, il ne laissa point passer les Perses avant que ceux-ci
ne se fussent emparés d'autre part de cinq tours. A la fin, il s'enfuit et ne fut pas
tué. Les Perses occupèrent le mur et tuèrent les gardiens, pendant deux nuits
et un jour; puis ils ouvrirent les portes et les troupes entrèrent. Elles reçurent

1. Um». o« "W-ûn^o (L, M). — 2. ^oA.;^, Là*. (M). —3. low I;». — 4. XavapayyY]ç (Proc). —5.
Hagira peut être aussi un nom propre. — 6. Mxt : |;cu^,à^. |o» 1»=^. — 7. Tjyî^fZiv. — 8. ©v^o (L). —
9. L et M : Ipsox |L*~> U^.

LIVRE IX. CHAP. VII

159

l'ordre de massacrer tous les adultes. Ils massacrèrent trois jours et trois nuits.
Cependant, l'église des Quarante-Martyrs était pleine de monde. Le roitelet1 des
Arméniens*, homme chrétien, supplia le roi et les sauva. Quand le massacre eut
cessé, des hommes vinrent garder lestrésors de l'église et des grands3, pour en assurer
la possession au roi. On compta 80.000 cadavres de morts, sans compter ceux qui
avaient été jetés dans les aqueducs.

Le roi entra dans le trésor de l'église et vit l'image de Notre-Seigneur, peint sous
l'aspect d'un Galiléen. Il demanda qui c'était. On lui dit : « Le Dieu des Nazaréens ».
II inclina la tête et l'adora en disant : « C'est celui qui m'a dit dans une vision :
Après trois jours, je te livrerai moi-même la ville, parce que ses habitants ont péché ».
Il enleva beaucoup d'argent et d'or, les vases sacrés des églises, et les vêtements pré-
cieux. Il enleva aussi un très bon vin, desséché dans sa lie ; on l'exposait au soleil
pendant l'été durant sept ans, et il se desséchait ainsi. Les nobles4 avaient coutume,
quand ils étaient en voyage, d'en emporter dans un sac de toile, sous forme de pous-
sière; ils enjetaient un peu dans une potion qu'ils buvaient avec délices ; ils disaient
aux ignorants que c'étaient des reliques5.

Les Perses rassemblèrent For, l'argent, le bronze qu'ils placèrent sur des kéleks6 de
bois qu'ils fabriquèrent et lancèrent sur le Tigre, qui passe à l'est de la ville et gagne
leur ville et leur pays. Ils tuèrent tous les nobles ; ils tuèrent en outre un sur dix de
ceux qui avaient survécu parmi le peuple, parce que7 beaucoup de Perses avaient péri.
Ils revêtirent Leont[ius] et Cyrus8, de vêtements immondes, leur attachèrent au cou
des cordes de cochons, les chargèrent de truies [et les traînèrent]9 en criant : « Qu'on
se moque des chefs qui ne se sont pas bien conduits et ont laissé insulter le roi! ».
— Fin du récit lamentable de ce qui arriva aux gens d'Amid à cause de leurs péchés.

CHAPITRE VIII DU LIVRE IX. — Des choses qui arrivèrent ensuite sous le règne
d'Anastas[ius] ; et de la fondation de la ville de Dara, qui fut bâtie à cette
époque, en Mésopotamie.

L'empereur Anastasius, en apprenant ce qui était arrivé à Amid, ne fut pas
médiocrement affligé; il tomba dans la tristesse et la désolation 10; il blâma les
généraux pour n'avoir pas combattu avec les Perses, selon sa volonté. Il envoya
cinq généraux [260] qui attaquèrent Nisibe, mais ne purent s'en emparer11.

Ils persuadèrent alors à l'empereur d'ordonner la construction d'une ville sur le

1. regulus. — 2. \jL\ « du pays d'Aran » (L, M.). — 3. spoovo U-^o'^o. — 4. |i><-»-= us» « les
intendants » (L, M). — 5. l-j-j—, sorte de pastille faite avec de l'huile bénite et de la poussière du
tombeau des martyrs. — 6. — 7. — 8. Gouverneurs de la ville. — 9. Aj. : o»^o (L, M).

10. Lire :        — 11. Jac. edess., ad ann. 179. Cf. Land, III, 213.

160

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

côté de. la montagne, pour servir de refuge à l'armée. Ils se mirent à bâtir à l'en-
droit où Darius avait été tué, et à cause de cela (la ville) fut appelée Dara. — L'em-
pereur1 donna à l'évêque Thomas de l'or pour prix" du village, qui appartenait à
l'église3, et qu'il acheta pour le trésor*. Il ordonna la construction : dans l'espace
de trois ans la ville fut solidement bâtie, comme si elle avait poussé subitement,
et elle fut complétée par d'admirables édifices. Elle fut appelée, du nom de l'em-
pereur, Anastasiopolis.

L'enlpereur Anastasius fit aussi faire sa statue et la plaça sur la colonne5;
parce que celle qu'avait érigée Theodosius était tombée dans un tremblement
de terre. — Dans ce tremblement, la ville de Néocésarée fut aussi renversée, à
l'exception de l'église de Saint-Grégoire le Thaumaturge. — Rhodes tomba
aussi dans un tremblement de terre et l'empereur envoya de l'or, afin qu'on
découvrît les cadavres des victimes6 et qu'on les ensevelît'.

A cette époque8, le tyran Bîtâlios9 se révolta contre l'empereur Anast[asi]us;
celui-ci envoya contre lui Aupîtios10etBîtâlios fut vaincu,enchaîné,etjetéenexil11.
L'agitation qui avait été causée par ce tyran cessa,et le calme et la paix régnèrent
dans la contrée occidentale pendant tout le règne d'Anast[asi]us. — Fin.

Quand12 le moment de l'été arriva,
Qawad laissa à Amid, comme gouver-
neur,le général Eglôn13 avec 3.000 hom-
mes de troupes et deux marzbans14 pour
garder la ville, et monta lui-même atta-
quer Edesse de Mésopotamie15. N'ayant
pu s'en emparer, il pilla [260] et incen-
dia toute la région de Mésopotamie ; puis
il retourna en Perse, son pays.

Les Romains vinrent contre Amid, et
mirent le siège tout autour : il y eut dans
cette ville une grande famine.

Il y avait à la tête de l'armée des Ro-
mains, un certain Pharezman 19, homme

L'empereur Anastasius aidait le parti
des orthodoxes; il détestait et ruinait
les chalcédoniens. Il rassembla un sy-
node, et saint Philoxenus de Mabboug
monta à la ville impériale, sur l'ordre
de l'empereur lui-même. Il anathéma-
tisa Léon [260] de Rome, le synode de
Chalcédoine, et ceux qui pensaient
comme eux.

Environ deux cents moines vinrent
d'Orient, avec le grand Severus, qui
était encore moine. Ils furent reçus en
grand honneur par l'empereur.

L'empereur ordonna d'ouvrir la châs-

1. Land, III, 214; Mai, Nos>. coll., X, 345. — 2. ti^tq. — 3. tow U*»» (L). — 4. ra^etov. — 5. Sur
la place du Taurus à Gple. Cf. Hist. du Bas-Emp., 1. XXXIX, § hi. — 6. Littér. : « des suffoqués ».
— 7. Ps.-Den., ad auu. 815. — 8. Jac. edess., ad ann. 187 ; Chr. edess., u" lxxxv. — 9. Vitalien,
BiTocXcavoç. — 10. Hypatius.— 11. Sic ms. En réalité il en fut autrement; Hypatius fut vaincu et fait
prisonnier. Jac. edess. dit correctement : ©vi» ;«>IMo : n*>aA&9o]oi ^ll »3o. Cf. Hist. du

Bas-Emp., 1. XXXIX, § xxxvm sqq.

12. Land, III, 211; Mai, X, 342. — 13. rX6vy)Ç (Proc). — 14. M?jo. — 15. Chr. edess., n° lxxxi.
16. •ï'apaafJt.âvYjç (Proc).

LIVRE IX. CHAP. VIII

161

belliqueux, qui ne permettait pas aux
Perses d'aller et venir mais les détrui-
sait. Par l'œuvred'un homme rusé,nom-
mé Gaddana, du village d'Akarê, il ten-
dit des embûches à Eglôn et à quatre
cents cavaliers1 persans. Gaddana lui
dit : « Voici qu'une centaine de soldats
avec cinq cents chevaux, sont dans le voi-
sinage de la ville; sors et prends-les ».
Eglôn envoya des espions, s'assura du
fait, et aussitôt s'avança avec les hommes
qui l'accompagnaient. Ils tombèrent au
milieu du camp, et les Romains les tuè-
rent tous. Ils apportèrent la tête d'Eglôn
à la ville. Le fils d'Eglôn et les marzbans
étaient dans l'affliction. Dès lors, ils ne
permirent plus au peuple de la ville de
sortirai marché qui se tenait à côté du
mur, où les ouvriers (des champs) appor-
taient du froment et du vin. Environ dix
mille hommes des notables de la ville et
du peuple furent pris, enfermés et gar-
dés dans le stade. Ils n'avaient aucune
nourriture. Les uns moururent de faim;
beaucoup dévorèrent* leurs chaussures
et même leurs excréments, et burent
leurs urines. A la fin, ils se jetèrent les
uns sur les autres pour se dévorer mu-
tuellement. Quand lesPerses virent cela,
ils renvoyèrent ceux qui survivaient :
ceux-ci sortirent du stade, tels que des
morts sortant des tombeaux. Des fem-
mes affamées, [261] qui se trouvaient
dans la ville, attiraient les hommes qui
sortaient de prison, ou se jetaient par

se3 de la martyre Euphémie, d'en retirer
le volume de la définition faite dans le
concile de Chalcédoine, et de le brûler *.

Flavianus d'Antioche ayant été re-
connu hérétique, l'empereur le chassa,
et il fut envoyé en exil. On ordonna à sa
place, pour le siège d'Antioche, le grand
Severus, homme sage, versé dans la
grammaire, larhétorique,la philosophie,
et surtout dans les doctrines ecclésiasti-
ques, de lAncien et du Nouveau Testa-
ment et de tous les docteurs orthodoxes.
Il fut le 50e (évêque).

A Rome, le 48e fut Anasta[s]ius, pen-
dant 9 ans; — après lui, le 49e, Sym-
machus, pendant 6 ans5.

A Jérusalem, le 55°fut Elias6. Celui-ci
fut chassé, et le 56e fut Jean'.

A Alexandrie, quand Jean mourut,
l'évêque fut Dioscorus le jeune8, fils de
la sœur de Timotheus Goumrara9.

A Edesse,le 33e évêque fut Petrus10,—
et après lui, le 34e, Paulus11.

A cette époque brillait parmi les
Perses Siméon, évêque de Beit Arsam.
Il fut surnommé le disputateur

A cette époque florissait le fameux
docteur Jacques, qui devint évêque de
Batnan de Saroug. Par la grâce de l'Es-
prit [261] saint, et nGn pas par l'éduca-
tion des hommes, il reçut le don de la
saine doctrine. Il était périodeute 13 de
Haura dans (la région de) Saroug. Il est
connu comme auteur de glorieux traités
remplis de la doctrine de la vie vérita-

1. U>~3 il» (L). — 2. — 3. yXcj(t<7Ôxo[ji.ov. — 4. Jac. Edess., ad ann. 183; Chr. edess., n°LXxxm;
Land, III, 234. — 5. Jac. Edess., ad ann. 179. — 6. lhid. — 7. ad ann. 192. — 8. ad ann. 188. — 9. « La
Belette. » Thimothée ^lure; cf. Theoph., ad ann. Chr. 509. — 10. Chr. edess., n° lxxv. — 11. Chr,
edess., no lxxxii; Jac. Edess., ad ann. 185. — 12. Jac. Edess., ad ann. 181. — 13. ^,c>t*£.

II. 21

162

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

troupe sur eux, les tuaient et les man-
geaient. Plus de cinq cents hommes fu-
rent mangés par les femmes. A la longue,
les Perses furent affaiblis, ils abandon-
nèrent la ville, sortirent en paix et s'en
allèrent dans leur pays.

Pharezman demeura là, prenant soin
des habitants qui avaient survécu. L'em-
pereur accorda la remise des impôts, et
des secours de toute nature. On y en-
voya un hommepacifique,Thomas, moine
intelligent1, évêque charitable. Par son
conseil et par la providence de Dieu, le
juste Samuel vint se fixer en ce lieu2, du
monastère de Qattara; homme faisant
des prodiges et déjouant3 les maléfices
épuisée, par ses admirables prières et ses

ble. II fut éprouvé, et l'image resplen-
dissante de sa doctrine fut appouvée par
saint Mar Severus, patriarche d'Antio-
che. Il fut accueilli et loué par lui,

A la même époque florissait aussi Si-
méon Qôqaya4, dans la région d'Antio-
che, dans le village appelé Gîsîr. Il est
connu comme auteur de cantiques con-
tenant une doctrine saine et éprouvée,
d'une solide orthodoxie, qu'il avait re-
çue, lui aussi, du don de Dieu et non de
l'éducation. —- Fin de ce récit et du pré-
cédent.

(?), qui soutint merveilleusement la ville
œuvres glorieuses.

CHAPITRE IX. — Sur Macedonius
Vhérétique; et sur Vévêque Siméon le
Disputateur.

Quand l'empereur Anastas[ius] or-
donna de proclamer : ô aTaupwOelçSi' r^aç,
il y eut une sédition parmi le peuple5.
Ensuite, sur son ordre, il y eut une réu-
nion dans le cirque 8 : il y monta sans
couronne. En voyant son humilité et la
douceur de ses paroles, ils conçurent du
repentir et le supplièrent de reprendre
la couronne.

Peu de jours après, pour d'autres
motifs, le peuple se précipita dans une
sédition.   L'empereur  voyant   que le

CHAPITRE X. — Sur les bienheu-
reux Philoxenus et Severus.

Xenaias de Mabboug, qui est saint Phi-
loxenus, écrivit à Zenon au sujet de la foi.
et reçut une réponse. Il dévoila Cala[n]-
dion d'Antioche, et reconnut que Fla-
vianus était hérétique7. Il pressa l'em-
pereur de réunir un synode à Sidon 8.
Quand il fut réuni,Flavianus s'abstintd'y
venir, etfut anathématisé par le synode.

Lorsque le synode fut dissous, Phi-
loxenus enflammé de zèle, réunit des
moines et monta trouver l'empereur
Anasta[si]us; il lui fit connaître ce qui
était arrivé, et que Flavianus était héré-

1. |^,av<i= = pouXswuriç. — 2. —3. Littér. : solvens ligamina.

4. C'est-à-dire « le Potier ».

5. Ps.-Den., ad ann. 818. — 6. Lire : >i»ûû.3| (Ps.-D.) = tirrctxôî.

7. Land, III, 225, 226; cf. Ps.-Den., ad ann. 823, — 8. Cf. Mansi, t. VIII, p. 371.

LIVRE IX. CHAP. IX ET X

163

peuple prenait l'habitude d'exciter des
troubles, décréta de châtier leurs fautes
anciennes et nouvelles : alors la plupart
se calmèrent.

Un bienheureux vit en songe une
multitude de gens suspendus à des croix,
transpercés de glaives et de lances, et
aussi des femmes méprisées. Saisi de
crainte, il en chercha la signification.
Il entendit une voix du ciel qui disait :
« Ce sont ceux qui ont chassé ma croix
de cette ville, et qui sont réservés pour
le supplice éternel ». Le bienheureux
écrivit sa vision et la fit connaître dans
la ville.

Ensuite, l'empereur apprit/ que Ma-
cedonius était nestorien.1. Il lui ordonna
d'anathématiser le synode de Chalcé-
doine ; il l'anathématisa par crainte de
l'empereur, et fut accepté par celui-ci.
Après les anathèmes et le serment que
Macedo[nius] avait prononcés et juré en
présence de l'empereur et du sénat, Sa-
tan le séduisit ; il s'en alla au monastère
de Dalmatiufs] *, et dévoila son impiété. Il
conspira avec ses partisans de blasphé-
mer sans pudeur. L'empereur, en appre-
nant cela, fut irrité et rugit comme un
lion, (déclarant) qu'il ferait périr tous
les diophysites et les nestoriens. Ils
tremblèrent et cédèrent devant l'éclat
de la vérité.

Alors', beaucoup de moines vinrent
en présence de l'empereur et dirent :
« Nous savions4 que Macedonius fait mé-
moire de Nestor[ius], et il nous a pres-

tique. L'empereur les accueillit, et or-
donna que Flavianus fût jeté en exil.

On établit à sa place le rhéteur Se-
verus, du monastère de Théodore de
Gaza, qui était apocrisiaire dans la ville
impériale. Il écrivit une doctrine toute
pleine de vie. Il fit un livre (intitulé)
«PiXaX-^ôvjç, résolvant les objections des
diophysites. — Ensuite, il tint un sy-
node6, avec [262] Xenaias, et expliqua
Y henoticon de Zenon, qui était pour
annuler le synode de Chalcédoine. Se-
verus écrivit aussi en trois tomes6, la
réfutation du livre des objections ré-
digé par Jean Grammaticus.

AiaOestç des moines orientaux, et de
Qôzmade Qennèsrîn, qui s assemblèrent
à Sidon, du temps de Flavianus, en Van
8231. — « Avant toute chose nous
rendons grâces au Christ, Dieu au-des-
sus de tout, et nous remercions notre
empereur miséricordieux et aimant le
Christ qui vous a tous établis dans le
zèle de la religion, et qui a convoqué
votre présente assemblée sainte en une
seule réunion, au nom de l'unique Christ
Fils de Dieu, pour que vous réunissiez
tout le monde en une seule foi : celle
qu'ont enseignée les Livres saints et
qu'ont gardée les saints Pères, persévé-
rant constamment dans un même esprit,
unanimes et d'accord les uns avec les
autres dans une même œuvre excellente,
enseignant à tous les doctrines divines
par le même Esprit-saint qui parla en
eux. Notre-Seigneur vous a en effet ju-

t. Ps.-Den., ad ann. 819; Land, III, 216, 217. — 2. a^b.j,. — 3. Cf. Land, III, 218, 219. —
4. L :      s«<w>o, « Nous faisons savoir ».

5. A Tyr. Ps.-Den., ad ann. 826. — 6.mvaxs;. — 7. Land, III, 227 sqq.

164

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

crit de faire ainsi », avec d'autres choses.
L'empereur s'irrita contre les moines,
et supprima les dons que recevaient
leurs monastères, et les eaux de leurs
bains; [262] on leur laissa seulement de
l'eau pour boire.

Quelques sénateurs vinrent trouver
l'empereur et lui firent connaître que
Macedon[ius] avait formé de nombreuses
machinations contre lui ; qu'il avait réuni
un volume de toutes les hérésies, qu'il
l'avait recouvert d'or, et qu'il s'en ser-
vait pour tromper bien des gens. — En
apprenant cela, l'empereur ordonna de
tenir un conseil *. L'empereur fit con-
naître aux patrices* et au sénat les ser-
ments de Macedonius, et les choses qu'on
avait découvert qu'il avait faites après
ses serments; et tous répondirent : « Il
a menti devant Dieu. C'est Dieu lui-
même qui le dépose et lui enlève le sa-
cerdoce ».

L'empereur continua de donner le
donatîvum3 à ses troupes. Il le donnait
ainsi de cinq en cinq ans, lorsqu'ils ju-
raient4 de ne lui tendre aucune embûche.
Il fit ainsi pour toutes les armées,
parce qu'il avait appris que Macedo-
n[ius] voulait exciter une sédition5 contre
lui par l'intermédiaire de Bîtalios6,
fils de sa sœur.

Macedonius appelait l'empereur ma-
nichéen et eutychéen.

L'empereur tint conseil7, et ce qui ne
s'était jamais fait, un dimanche8. Il ré-

gés dignes et vous a choisis en ces
temps, pour l'union des saintes Eglises ;
non pour que vous leur donniez une foi
nouvelle, car, à l'autorité des saintes
Ecritures, suffit bien celle qu'ont définie
par écrit les 318 Pères réunis à Nicée;
mais pour que vous confirmiez celle qui
exista de tout temps, et que plusieurs
ont audacieusement essayé de détruire9,
parlant « non pas par la bouche du
Seigneur, comme dit le prophète
mais de leur propre ventre », et ils
ont séparé11 les uns des autres, par leurs
artifices mauvais, ceux qui, dans la
simplicité [263] de leur cœur, gardent
la tradition des saints Pères et sont
d'accord entre eux dans la foi orthodoxe.
— Le Christ lui-même, ô saints! est di-
visé par eux. C'est pourquoi, tant qu'il
est méprisé, il est impossible que
l'Église arrive à la concorde, car elle est
déchirée par eux, par les inventions de
paroles changeantes. Puisqu'il est écrit
que1* « Tout royaume divisé contre lui-
même ne tiendra pas, » et13 : « Si vous
cherchez à vous nuire et à vous dévorer
mutuellement, craignez de vous détruire
l'un par l'autre ; » puisque « nous
sommes un même corps du Christ, et
les membres de ses membres » selon la
parole du divin Apôtre 14^nousnous pré-
sentons avec confiance à Votre Sainteté,
comme à des pasteurs, ét nous vous
supplions de conserver à tout l'univers
la foi orthodoxe, immaculée, comme la

1. U^î^» = (TtXévxiov. — 2. Lire : oa*^âi> (L). — 3. |^«£jo>, ôovatt6a. — 4. v^-*- — 5. àvraspriat; (?).
— 6. Vitalien. — 7. «uXévuov. — 8. 31 juillet (L).

9. (L). — 10. Cf. Jer., xxin, 16. — 11. oû,~ (L). — 12. Marc, m, 24. — 13. Gai., v,

15. — 14. I Cor., xn, 27.

LIVRE IX. CHAP. IX ET X

165

cita devant eux sa profession de foi et
leur dit : « N'ayez pas de crainte à mon
égard : s'il y a quelque fausseté1 dans
cette profession de foi, enlevçz-moi cette
chlamyde * et cette couronne, et brûlez-
moi dans le feu ». — Alors tout le sénat
se prosterna devant lui, et ils condamnè-
rent Macedon[ius] pour son impiété.
L'empereur ordonna alors que personne
ne reçût de lui la communion, ou n'allât
près de lui. Ensuite, les évêques, les
clercs et le peuple se plaignirent beau-
coup de Macedon[ius] : il reçut l'ordre
de partir en exil. Un soir le [xccytaipoç
vint le faire partir. •— Telle fut la fin
de Macedon[ius].

A cette époque vivait Siméon le
Perse8, surnommé le Disputateur,
évêque de Beit Arsam, solide dans la
foi, versé dans les Écritures, et adonné
aux controverses même avant son épis-
copat. C'est pourquoi les Nestoriens,
les Manichéens et les Marcionites de
Perse tremblaient même devant son
nom. Il circulait et visitait les chrétiens.
Il fit de nombreuses conversions. Une
fois, il baptisa même trois mages fa-
meux. Le roi l'apprit : ils souffrirent le
martyre et furent couronnés. Alors, les
Nestoriens allèrent l'accuser près du
roi qui excita une persécution contre
tous les fidèles. Le bienheureux se ren-
dit à la ville impériale et reçut de l'em-
pereur AnastasfiusJ une lettre 4 pour le
roi des Perses : et la persécution cessa.
— Le catholicos nestorien suscita en

belle colombe dont il est parlé au Can-
tique des cantiques, en la séparant de
toutes les hérésies qui, sous le masque
de la piété, progressent, l'entourent5
comme des princesses, des courtisanes,
des servantes, et s'efforcent de se mêler
à elle, de ne faire qu'un avec elle, et
de se faire accepter comme vraies grâce
à elle. En faisant cela, vous recevrez la
récompense et vous entendrez Notre-
Seigneur dire8 : « Celui qui me confes-
sera devantles hommes, je le confesserai
moi-même devant mon Père qui est dans
les cieux ». Distinguez donc, comme de
sages économes des paroles divines,
entre ce qui est pur et ce qui est
souillé, ainsi qu'il est dit; et rejetez
ceux qui ont mélangé, comme l'ivraie
avec le pur froment, leurs doctrines
mauvaises. Il est dit, en effet : « Chas-
sez le malfaisant de l'assemblée, et avec
lui sortira la fausseté7 ». — Afin que ce
qui a été dit soit évident et manifeste,
nous devons nécessairement réfuter (les
objections) et exposer (la doctrine). »

Ils écrivirent ici le reste de la Siaôeutç,
et de nombreux témoignages8 des saints
Pères, ainsi que 77 chapitres de blâme
contre le synode de Chalcédoine. Nous
les avons résumés plus haut dans cet
ouvrage, à l'endroit où est réunie et
consignée l'affaire de ce concile de
Chalcédoine, dans le huitième Livre.

Le [264] bienheureux Severus9, pa-
triarche d'Antioche, homme célèbre et
très versé dans la science des Grecs,

1. |Sh. — 2. L : It^ivs, -/Xafj,v<;. — 3. Land, II, 76 sqq. — 4. aràxpa.

5. sjL*^ (L). — 6. Matth., x, 32. — 7. Prov., xxa, 10; notre ms., comme L, porte UûS| « l'in-
nocence, la victoire » soit que le traducteur ait lu vtxv) au lieu de veîxo; ; soit par une faute de co-
piste pour |Lol3||. — 8. xpfaetç. —9. Land, III, 228-229.

166

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

moine éprouvé, lisait l'interprétation de
Hierotheus et deDionysius, Timotheus,
Titus, Clément, l'autreDionysius, l'autre
Clément, Irenœus, Basilius, Gregorius,
Athanasius, Jean (Chrysostome), Cyril-
lus, avec les histoires, les autres sciences
et les saines doctrines qui étaient ras-
semblées près de lui. — Xenaias, de son
côté, était versé dans tout ce qui se
trouve en notre langue et notre écri-

o

ture. — Ils firent un synode et anathé-
matisèrent ouvertement celui de Chal-
cédoine ; ils écrivirent une lettre d'union
à Jean d'Alexandrie, et à Timotheus de
Constantinople. Et tous (les patriarches)
furent d'accord, à l'exception de celui
de Rome. —Ce chapitre est fini.

Arménie une discussion contre les
fidèles. Ceux-ci firent venir prompte-
ment Siméon le Disputateur. Le catho-
licos commença par une calomnie en di-
sant : « Ceux-ci sont les complices des
Romains. » — Le marzban du roi de
Perse, qui devait juger entre eux, lui dit,
comme par l'action de Dieu : « C'est notre
affaire d'examiner cela, et non pas la
vôtre. Pour vous, dites ce qui vous re-
garde ». — Babai1 dit : « C'est ceci : un
homme semblable à nous, né comme
nous d'une femme, dans lequel, à cause
de sa perfection, habita le Verbe de Dieu.
De même qu'un roi trouvant le fils d'un
mendiant sur le fumier, l'adopte, le re-
vêt des vêtements royaux et l'appelle
son fils; [263] de même, Dieu a voulu
que l'homme au sujet duquel nous dis-
putons, soit appelé son fils par la grâce, alors qu'il n'est pas son fils par la nature ».

— Le chef dit : « Et vous, que dites-vous? » — Siméon répondit : « Nous te prions
d'examiner ce que dit le catholicos : Un homme ordinaire qui, comme nous, est né
d'une femme. Or nous naissons de la femme avec le concours de l'homme. Demande-lui
donc si celui qu'il dit né comme nous de la femme est né par le concours de l'homme
ou non. » — Et quand le chef posa la question, le catholicos ne put répondre; comme
on le pressait de répondre, il dit : « Il n'est pas né du concours de l'homme. » — Il lui
demanda encore : « D'où donc a-t-il été conçu ?» —Il dit : « Il est écrit : De l'Esprit-
saint. » —Il lui dit ; « Tuas donc menti en disant qu'il est semblable à nous; car nous
n'avons jamais entendu dire que quelqu'un fût né sans le concours de l'homme. »

— Et le catholicos fut couvert de confusion. — Siméon continua en disant : « Puisque,
comme l'a dit le catholicos devant Ta Grandeur, quand le Roi des rois prend le fils
d'un pauvre sur le fumier, le revêt des vêtements royaux et ordonne qu'il soit appelé
son fils, à cause de cela tout le monde l'appelle fils adoptif, parce qu'il n'est pas le
fils du roi selon la nature ; que Ta Grandeur lui demande : Ce pauvre, qui est de-
venu le fils du roi par adoption, a-t-il un père naturel ? ou d'où vient-il ? Qu'il expose
en ta présence d'où il est né. » — Quand cette question fut posée au catholicos et
aux évêques, ils gardèrent le silence et ne purent répondre. Ils confessèrent qu'il a
été conçu de Dieu, sans l'union de l'homme. — Et le chef dit : « Or, si son père est

1. Le catholicos.

LIVRE IX. CHAP. XI

167

Dieu, le fils est aussi Dieu ; et si son père est un homme, s'il vient comme nous du ma-
riage, il est aussi homme. » — Alors les évêques fidèles poussèrent des acclamations1
en disant : « Que Dieu maintienne Votre Sagesse de longues années! » —Et les Nesto-
riens se retirèrent couverts de confusion. Pour ce motif on créa évêque saint Siméon.

Les Nestoriens accusèrent de nouveau devant le roi des Perses les évêques fidèles,
qui furent enfermés pendant sept ans dans une prison si dure qu'ils étaient sur le
point de périr. Le saint fit savoir cela au roi de Kous, qui écrivits à leur sujet au roi
des Perses. Ils furent délivrés et sortirent.

Les Nestoriens accusèrent encore les évêques fidèles près des mages. Les Perses
agacés leur dirent : « Allez trouver les rois, et apportez-nous des écrits scellés de
leurs sceaux3 que (nous sachions) qui de vous est véridique dans sa foi. » — Le
bienheureux Siméon prit sur lui ce fardeau. Il se rendit à la ville impériale. [264]
Le Seigneur lui accorda le don des langues, de sorte que quel que fût le peuple dans
le pays duquel il entrait, il parlait aussitôt sa langue.

Considérant que les écrits des rois devaient rester immuables, et qu'on ne devait
pas pouvoir supposer qu'ils avaient été altérés pendant la longueur des routes, il fit
faire de grandes pièces de toile qu'il enduisit d'un onguent propre à recevoir l'écri-
ture. Elles sont conservées dans le pays des Perses. Il faisait écrire la profession de
foi de chaque peuple dans sa propre langue par les évêques, et il faisait apposer sur
ces toiles le sceau en plomb des rois de ces peuples. Au bout de sept ans, il revint.
Le roi de Perse était mort. Cependant il devint notoire pour les Perses que la doc-
trine des Nestoriens était mauvaise. — Un autre motif ayant appelé saint Siméon
dans la ville impériale, Dieu voulut lui accorder le repos, car il était très âgé : il
mourut chez nous. — Fin.

CHAPITRE XI. — Abrégé sur  l'époque de la fin de la vie de l'empereur

Anastas[ius\.

En l'an 22 de l'empereur Anastasius, l'Arménie se révolta contre les Romains.
L'empereur envoya des forces contre les Arméniens; il en détruisit une partie,
s'empara de l'Arménie*, et les réduisit de nouveau à l'obéissance des Romains,

En Pan 831 des Grecs, l'empereur Anastasius tomba malade, et mourut en
paix, le 9S de tamouz (juillet). Il avait régné 27 ans, 3 mois et 9 jours9.

C'est lui qui bâtit la ville de Dara, et aussi Tannourîn.

En l'an 2 de son règne, ou, selon d'autres, en l'an 14, finit le sixième millénaire1 ;
c'est-à-dire les 6000 ans depuis la création du monde. Cette année était, selon le

1. œtovâç. — 2. otsa. _ 3. Lire : U^-fc.

4, Li*s»| (BH). — 5. Ms. : « le 29 », par erreur. Jac. Edess., ad ann. 191. — 6. Cf. Land, III,
232. Chron.edêss., n° Lxxxvr. — 1. Sic ms. ; p. ê. à corriger : V» = 17 ; cf. Patr. Gr., t. XCII, col. 1035,

168

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

comput des Grecs, l'an 814. — Que six mille ans se soient écoulés et que ce monde
transitoire doive finir,nous le savons [265] et le confessons ; mais quand?Nous ne
le savons pas. Nous attendons Dieu qui seul connaît toute chose avant qu'elle
existât et ce qui doit arriver. — Fin.

Du temps d'Anastas[ius], les Isau-
riens firent un complot, excitèrent des
troubles, et méditèrent une révolte. Ils
avaient pour chef et pour guide un cer-
tain Ninigios *, tyran robuste.L'empereur
envoya contre eux Hypat[i]us. Ninigios
ayant été tué dans le combat, le reste de
ses adhérents se dispersèrent. Ils éprou-
vèrent un cruel massacre et furent com-
plètement humiliés : ils revinrent à la
soumission *.

Du temps d'Anastasius, l'impôt1 fut
remis aux artisans de tout le pays des
Romains.

Il y eut aussi une éclipse solaire, un
vendredi, depuis la troisième jusqu'à
la neuvième heure : signe prodigieux*.

Et ensuite le peuple des Grecs se ré-
volta contre l'empereur, à cause de
cette maxime : 5 aiauptoôelç Si' ^[^aç, et à
peine put-il rétablir la paix par ses ex-
plications ; les uns [265] persévérèrent
dans la sainte confession, les autres de-
meurèrent5 dans l'hésitation et dans le
schisme : ici secrètement, là ouvertement
et audacieusement, jusqu'au jour de la
mort de l'empereur6. — Ce chapitre est
ainsi fini.

Du temps d'Anastasfius] ces pontifes
étaient à la tête des Eglises :

A Rome, après Gelasus : Anastasius7 ;
et après celui-ci, Symmachus 8, pendant
6 ans.

A Alexandrie, après Petrus : Athana-
sius pendant 7 ans; — après lui, Jean,
pendant 8 ans et 7 mois ; — après lui, un
autre Jean, pendant 11 ans9; - après lui,
Dioscorus; pendant un an ; — et ensuite,
Timotheus, pendant 11 ans et 6 mois.

A Antioche, après Pierre le Foulon
l'évêque fut Palladi[u]s ; —et après lui,
Flavi[an]us, qui fut déposé parce qu'il
était hérétique 10. — Ensuite vint Seve-
rus,le héraut vigoureux de l'orthodoxie11,

A Constantinople, après.Acacius vint
Fravitas1*, — après lui, Euphemius1'
qui fut déposé ; — et après lui l'hérétique
[265] impie Macedonius, qui fut aussi
déposé 14 ; — et ensuite Timotheus.

A Jérusalem, après Anastasius, vint
Martyrius; — et après lui Sallustianus18
qui fit un schisme, et fut avec Rome ; —
après lui, Elias, qui fut aussi reconnu
hérétique, et fut pour cela chassé par
l'empereur Anastas[ius]. — Fin.

1. Nivftcyytç (Theoph.) ; Aoyytv:yy|ç (Malai.a); Lilingis (Marcell.). — 2. Cf. Hist. du Bas-Emp.,
1. XXXVIII, § vrn, ix. — 3. Lire : |a»i, d'après Jac. Edess., ad ann. 175, et Chr. edess;, n° lxxiv.
Il s'agit de l'abolition du xpv<*«PYuP0V5 cf. Hist. du Bas.-Emp., 1. XXXVIII, § xxvr. — 4. Jac. Edess.,
ad ann. 191. — 5. û*9. — 6. Nouvelle mention de la sédition dont il a été question plus haut, p. 155.

7. Jac. Edess., ad ann. 179. — 8. Id., ad. ann. 192. — 9. Id., ad ann. 180. — 10. Id., ad ann. 167.
— 11. Id., ad ann. 188. — 12. Ce nom est défiguré dans le ms. qui porte Flahanos Fauattios ; cf.
p. 153, n. 11. — 13. Ms. : Euphiminos. — 14. Jac. Edess., ad ann. 169. — 15. Id., ad ann. 166.

LIVRE IX. CHAP. XII

169

CHAPITRE XII. — Du commencement du règne de Justinianus1; et du com-
mencement de la seconde corruption de Chalcédoine.

En l'an 832 commença à régner Justinianus (originaire) de Thrace, du village
de B(e)drinos2, qui devint par la suite une ville célèbre, appelée de son nom.
Les eaux de cet endroit sont mauvaises, de telle sorte qu'en les faisant bouil-
lir sur le feu elles se changent en sang3.

C'était un vieillard de bel aspect. Il était aussi simple; il n'était point instruit
des Ecritures, et n'avait jamais étudié la confession des chrétiens.

Comme les Thraces, ses concitoyens, les Romains et les gens de lTtalie, à cause
de Léon, étaient partisans du synode de Chalcédoine, il s'imagina que si tous
les pays acceptaient le Synode, il n'y aurait qu'un seul empire. Ceux qui l'exci-
taient à faire adopter le synode, usèrent de ruse pour qu'il y joignît les trois
saints synodes et qu'on les proclamât tous les quatre pareillement, de manière
à pouvoir tromper par là les fidèles qui [266] ne recevaient point celui de Chal-
cédoine, et qui admettraient sous le nom de ces saints (synodes) le (synode)
impie. — Fin.

En l'an 832 des Grecs, en la 3e (indic-
tion)*, le 26 du mois de nisan5 il y eut
une pluie violente, et le fleuve Daiçan,
qui passe à Edesse, subit une grande
inondation dans laquelle beaucoup d'en-
droits furent détruits ; à peu près tout
le mur s'écroula. Justinianus (Justin)
envoya de l'or» et fit réparer le mur et
tous les endroits (détruits). Elle fut
appelée Justinianopolis'.

L'empereur Justinianus donna aussi
de l'or, pour la reconstruction d'An-
tioche, qui avait également été ruinée
par une inondation.

Quand saint Severus, patriarche d'An-
tioche vit, au commencement du règne
de Justinianus (Justin), qu'un édit pres-
crivant de recevoir le concile de Chal-
cédoine avait été promulgué, il négligea
le repos et méprisa la gloire temporelle.
Il s'en alla d'Antioche à Alexandrie,
après avoir occupé le siège pendant
6 ans.

Quand saint Severus partit, le feu
tomba à Antioche et en brûla la plus
grande partie8. Pendant six mois, le feu
prit de tous les côtés de la ville, sans
que personne pût savoir comment il

1. Les Syriens emploient la forme loustinianos pour désigner Justin Ier et aussi Justinien Ier,
qu'ils appellent Justinien II. — 2. àmo (kSeptâvaç (J. Mal.). — 3. Land, III, 231.

4. TpsTY). Les indictions sont ainsi notées par le nombre grec, habituellement écrit en lettres. —
5. H y a probablement une interversion de chiffres. Lire : Van 836, le 22 de nisan (avril). Cf.
Land, III, 244; Chron. edess,, n° xc ; Pseudo-Dents ad ann. 836 (B. O., I, 412). — 6. Lire : Jaoi».
— 7. Malala, Patr. Gr., XCVII, 619 ; Evagr., IV, vm. 'Iouotivo^oXiç.

8. Ps.-D. ad ann., 837.

22

170

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

En la lre année de Justinianus (Justin)
furent tués Bîtâlios, avec Paulos son vo-
xapcoç, et Celer Illyricus1 son Bqjti<rrixoç'.

Au commencement du règne de Jus-
t[inian]us3, parut en Orient une étoile
sous l'aspect d'une grande lance. La
pointe de la lance était dirigée en bas,
menaçante, et des rayons terribles en
sortaient. Tout le monde les voyait. On
l'appelle xo^trjv, comme disent les
Grecs. Sa vue remplit tout le monde de
crainte, par la manière dont elle s'élevait
et paraissait [266] menaçante. C'était le
signe de l'apostasie, de la destruction
et de la ruine de l'Eglise, qui était sur
le point d'arriver. — Fin.

prenait; et on ne pouvait l'éteindre.
C'était un signe de la destruction qui la
menaçait.

Saint Severus avait été ordonné pa-
triarche en l'an 21 de l'empereur Anas-
tas[ius],qui estl'an 825 des Grecs ; il par-
tit en la première année de Justinianus
(Justin), qui est l'an 832 des Grecs. Un
an après le départ du grand et saint Seve-
rus, fut [établi] à Antioche ce vase de co-
lère, Paulus, surnommé « le Juif », qui
se mita proclamer à Antioche le synode
de Chalcédoine. Il fit rassembler tous
les évêques de Syrie et les obligea à le
proclamer. [266] Il renvoya à leurs
sièges tous ceux qui se montrèrent
lâches et le proclamèrent. Mais il envoya
en exil ceux qui ne faiblirent point, ne
changèrent point la vérité de la foi, et ne consentirent point à accepter l'erreur de
Chalcédoine. — Jean d'Asie fait connaître quels sont les évêques qui furent persécutés
et de quelle manière.

[CHAPITRE XIII.]* — Jean d'Asie
dit :

« Nous sommes incapable d'écrire sur
les évêques qui furent persécutés à cette
époque; car ils étaient de villes éloi-
gnées, et ils finirent leur vie en divers
exils. Nous parlerons de ceux qui
se sont rencontrés à Alexandrie et
à Constantinople, dans la familiarité

[CHAPITRE XIV.] — Sur la persécu-
tion des moines et le pillage des cou-
vents et des monastères*.

Les moines d'Orient persécutés, s'en-
fuirent pendant sept années, depuis la
troisième6 jusqu'à la neuvième 7 (indic-
tion), de la région8 d'Antioche , de
l'Euphratésie, de l'Osroène, de la Méso-
potamie*.

*Note marginale : C^est-à-dire Beit Nahrîn (littéralement : inter flumina).

1. Ms. : Qalariqos, Jac Edess. : aoaiU»N|û; restituer : iûoûû.;^ »W(.o (?) = KéXepa tov 'IXXupiôv
(Mal., Patr. Gr., XCVII, 592). — 2. Lire : «oaa^oov Jac. Edess., ad ann. 195. Cf. Land, III,
234-35. — 3. Ps.-Den., ad ann. 836.

4. Les numéros d'ordre des chapitres sont omis de plus en plus souvent; nous les rétablissons,
par conjecture, de manière à les faire concorder avec ceux qui sont notés.

5, Land, III, 245. — 6. Tp!xr); — 7. èvcm)4 — 8. x^P*.

LIVRE IX. CHAP. XIII ET XIV

171

desquels nous nous sommes trouvé i.

« Après le départ de saint Severus
d'Antioche, on chassa : De la Cilicie
II* : (1) Aiterikos2 d'Anazarba; (2) Ju-
lius8 d'^Egées ; (3) Jean deMopsueste; (4)
Paulus * d'Epiphania ; (5) Jean d'Iréno-
polis**; (6) Paulus dAlexandrette ; —
De la Cappadoce : (7) Proclus de Colo-
nia; (8) M(u)sonios6 de Thermae Basi-
licœ (?) ; (9) Nicephorus7 de Sébaste
d Arménie. — [De la Syrie] : de
Laodicée» : Constantinus, qui, à cause
de ses vertus de toute sorte, mérita d'être
honoré sur les autels dans toutes les
assemblées des fidèles; il mourut dans
la ville impériale; (11) Antoninus dAlep,
qui y mourut aussi; (12) Philoxenus de
Mabboug, qui fut envoyé à Gangres,
on l'enferma au-dessus des cuisines du
xenodochion, et il y fut étouffé par la fu-
mée; (13) Petrus d'Apamée, qui était
encore en l'an 856 avec les patriarches
Theodosius et Anthimus, et mourut à
Constantinople ; (14)NonusdeSéleucie9;
(15) Isidorus10de Qennésrin ; (16) Mara
d'Amid11 ; (17) Thomas de Damas ; c'était
un ascète qui pendant 28 ans n'avait pas

Le monastère de Thomas18 de Sé-
leucie (conduit) par Jean le Rhéteur,
bar Aphtonia, parvint avec sa fraternité
à Qennésrê, sur l'Euphrate, et s'y fixa.
Cyrus18,archimandrite des Syriens d'An-
tioche,futchasséavec la communauté;(de
même,) les moines de TelPada14, de Ba-
zou, de Romanus1B, Siméon de Lagênê18,
Ignatius, archimandrite (du couvent) de
Aqîba de Qennésrin; les moines de Co-
nôn"; Jean, archimandrite, de Kefra de
Bîrta; le couvent de MarBas(sus); Jean
(du couvent) des Orientaux; ceux de
Qoubbé ; le couvent de Mageos18(?) ; Ser-
gius de Pesilta ; Thomas de Beit Naçih,
Isaac de 'Abdîsô'19; le couvent de 'Arab
et de Mésopotamie,Izala et80 Beit Gaugal ;
les cinq couvents de la métropole d'A-
mid; Hanania, et Abraham surnommé
<« l'humilié », homme faisant des pro-
diges; Daniel le visiteur; Salomon de
Mar Samuel81 ;Qourias de Segolân", les
Asphoulayê iS, le Tîzayê 84 voisins de
Résayna; et pour ce motif cinq con-
grégations de moines se fixèrent dans
le désert, hommes pieux et honorés par
leurs œuvres ; le couventd'Edesse, Elias

1. La liste se trouve dans le Pseudo-Denys (ad ann. 829); éditée par Kleyn, Bijdrage tôt de
Kerkgeschiedenis, etc. (Utrecht, 1891). Nous donnons ici les variantes. A la fin, le collecteur ajoute :
« en tout 54 évêques » (Bar Hebr., Chr. eccl.y 1,196, dit : 55), mais sa liste ne contient que 53 noms,
ceux que nous donnons ici, plus Sévère d'Antioche, placé entre les nos 9 et 10. Gomp. la liste de
l'abrégé arménien (Langlois, p. 176, 177); dans cette dernière Nicolas de Tarse est une addition;
pour Théodose et Onésime de Zeugma, comp. notre n° 13. — 2. ^soq»3^>j| ; rest. : <j»oâ«;£*1. — 3.

iu^ûj, — 4. leo^ûS. — 5. ¦;. u3ooi>.û3o ."• u.;|to (sic l) — 6. vm^arnso. — 7. usûo3û»j. —
8. Sic Ps.-Den. ; ms. : « de Laodicée de Syrie ». — 9. Ps.-Den. aj. : « et il mourut à Amid ». —
10. «*û$o»«o|. — 11. Ps.-D. aj. : « Ils moururent tous deux à Alexandrie ».

12. Lire : \»o\L (L) ; ms. : Tela. — 13. L : **>ua. — 14. L : « avec la communauté du couvent de
TelPada ». — 15. L : a»ai*>oj» ojajo. — 16. Sic d'après L : U^-» v<a»»o;,ms. : « de Siméon et
de L(o)ngînê ». — 17. L : vj^*», Senôn, qui est peut-être la vraie leçon. — 18. L : leoa^J». — 19.
L. : de « Beit 'Abdîsô' ». — 20. fc^so (L). — 21. L : « de Beit Mar Samuel ». — 22. L : ^cu»* <.ii*;.o^
— 23. P&o^m), « de Spécula ». — 24. L ; U7*L, Tîrajê.

172

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

mangé de pain, ni bu de vin ; il mourut
à Constantinople; (18) Alexandre d'Àbi-
la1, ville de la dépendance de Damas1;
(19) Thomas de Yabroud»; [267] (20)
Jean de Tedmor*; (21) Jean, évêque des
moines arabes de Hawarîn (?)6 ; (22) Ser-
gius de Cyrrhus6; (23) Thomas de Ger-
manicia7; (24) Paulus d'Edesse, qui fut
lâche, retourna dans cette ville et y mou-
rut le jour même; (25) Jean deHarran8;
(26) Jean de Amrîn (?)9; (27) Eustathius
dePerrhîn10; (28) Petrus de Res'ayna10;
(29) Nonus de Circesium10; (30) Paulus
de Callinice10 ; (31) Mariôn10 de Soura des
Romains, (32) Jean de Telia11 ; (33) Tho-
mas de Dara10; (34) Ahron d'Arsamo-
sate10, dans le pays des Ourtayê. — Des
régions d'Asie, de Carie : (35) d'Aphro-
disia, métropole, partit l'archevêque Eu-
phemius1*; (36) d'Antioche,sur le fleuve
Méandre13, partit Mênophanos 14 (?) ;
(37) de la ville d'Alabanda partit
Zeuxis15; (38) de la ville d'Alinda partit
Petrus16; (39) Julianus d'Halicarnasse
qui devint ensuite phantasiaste; (40)
Theosebius d'Ephèse, qui fut requis
de monter à la ville impériale et d'ac-
cepter le Synode ; il demanda trois jours,
alla se prosterner devant l'autel et pria :
le troisième jour, il mourut; (41) Vale-

de Beit Isqoûnî17; Samia18; Qozma,
Jean des Ourtayê; Marôn des Orientaux;
à Natapha19 : Sergius, (homme) pur et
simple, et après lui Anton, homme doux
et aimable; Elias philadelphe20, notre
compatriote ; Siméon de Qîs Sergius ;
le couvent de Beit Mar Jean de Hourra*' ;
[267] Siméon, archimandrite de Mar
Isaac de Gaboula, qui ensuite fut con-
vaincu de l'hérésie de Julianus; Bere-
nicianus de Beit Mar Hanania23, un
homme faisant des prodiges, qui, dans
son zèle, monta à la ville impériale, et
qui admonesta et réprimanda l'empe-
reur en personne : la lettre que Mar Xe-
naias lui écrivit de Gangres l'atteste ; les
moines de Mar Zakai de Callinice; ceux
de Mar Abai,et de Beit [Re]qoum24. Ainsi
fut peuplé le désert qui fourmillait par
la foule des hommes qui l'habitaient
et de ceux qui les visitaient par affection.

Avec eux étaient les tètes honorables
des corps 2S ; Jean de Telia, un ascète
qui ne mangeait pas même le pain que
mangerait un enfant *6 ; il avait aussi
progressé dans la lecture des Ecritures
et il était devenu yvcooraéç et Gcwpvjxaéç.
Il élevait son intelligence h la connais-
sance des choses spirituelles pendant
trois heures, ravi dans la compréhen-

1. U*s|. — 2. Ps.-d. aj. : « il mourut en exil ». — 3. ioPj. « Mort en exil ». — 4» « Mort en exil »
(Ps.-d.). — 5. <»»a»»? ^-û', « qui mourut en exil ». — 6. « Mort en exil ». — 7. a Mort à Samo-
sate ». — 8. « Mort à Antioche ». — 9. v«ja,»U (Himeria?), « mort en exil ». — 10. « Mort en
exil ». — 11. « Martyrisé à Antioche. — 12. « Mort pendant la persécution. » — 13. |»o»> »ac»>,i>o.
— 14. >coai*ai.^e. —15. «£a*m3ol, « mort en exil ». — 16. « Mort en exil ».

17. L : i»iû*wûi»1. — 18. Ms. : Samîz; L    <.^aa>. — 19. — 20. L : « philanthrope ». — 21.

L : de Qennésrîn, — 22. lia-, Land, III, 248, ligne 9. — 23. L : Uo~. — 24. L : *ooi tx.=>, qui est
la bonne leçon. —¦ 25. Plus explicitement dans L : « Les têtes (chefs) honorables du corps accom-
pagnaient tous les membres du corps ». — 26. Littér. : « du commencement de la vie de l'homme ».

LIVRE IX. CHAP. XIII ET XIV

173

rianus de Néocésarée1; (42) Elpid[ius]
des Qastranayê* ; (43) Theodorus delà
ville d'Olbia3; (44) Lucas de la ville
d'Imôria4; (45) Eusebianus3 d'Ha-
drianas6; (46) Petrus de Melota; (47)
Victor dePhiladelphia7; (48)Petrus des
Man(a)doyê8; (49) Agathodorus d'Ai-
sôn?(?); (50)Pelag[ius] desQelenderayê'0,
(51)Photinus d'Arsinoë (?) ; (52) Alexan-
dre de Konkar11; —et beaucoup d'autres
bienheureux qui marchaient sur les
traces du bienheureux Severus. Les uns
furent persécutés et n'acceptèrent pas
le synode, les autres s'en allèrent et par-
tirent volontairement; vivants, ils ter-
minèrent leur vie ! »

Sur le temps de la persécution **. —
Le siège d'Alexandrie ne fut pas agité
pendant tout le règne de Justinianus
(Justin). — Après Dioscorus vint Timo-
theus. Il accueillait avec joie les pontifes
fugitifs et les réconfortait charitable-
ment.

Nonusde Séleucie, qui était d'Amid,
s'en alla à sa ville et habita dans sa mai-
son. Il était riche et avait été autrefois
chef13 de la ville, du temps de Jean d'A-
mid, du monastère de Qartamin. De
son vivant, cet évêque le bénit et dit :
« J'ai confiance en Dieu, que [268] tu
mourras évêque sur mon siège ». L'é-
vénement tarda, car après la prise d'A-
mid, l'évêque fut le charitable Thomas,
qui bâtit Dara. Comme on le pressait

sion de la sagesse de la création de
Dieu. Depuis la troisième jusqu'à la
sixième heure, il se montrait affable avec
tout le monde, et faisait pacifiquement
la conversation avec ceux qui rappro-
chaient pour des affaires urgentes. —
Thomas de Dara avait beaucoup de mé-
rites; il parlait beaucoup sur les choses
physiques.

Paulus excita la persécution14 sur les
couvents, grands ou petits, dans toutes
les provinces de Syrie et de Palestine,
au sud et au nord, jusqu'à la frontière
des Perses, et dans les pays de l'Orient ;
ils furent pillés, (leurs habitants) furent
enlevés, jetés dans les chaînes, et affli-
gés de supplices. Il excita les troupes
des Romains 15, hommes barbares qui
agissaient sans pitié. Il faisait piller
ceux qui accueillaient dans leurs villages
les persécutés. Son impiété s'étendit
jusqu'aux femmes et aux enfants. Per-
sonne ne pourrait définir la cruauté de
ce Juif, qui excita la persécution au delà
de toute mesure, par la faim, la soif, la
nudité, le transfert d'un lieu à un autre.
Aujourd'hui ils couchaient dans un en-
droit ; le lendemain, ils en étaient chas-
sés. Ils n'étaient pas jugés dignes d'a-
voir un gîte. Ils habitaient dans le dé-
sert avec les animaux sauvages, sous le
ciel, même pendant l'hiver, (exposés)
au vent glacial, à la gelée, à la pluie,
[serrés] les uns contre les autres16. Il

1. Uffi&ûol" Wt^*l ; ms. Diocésarée ; la leçon Néocésarée est confirmée par l'arménien (Lérinéde
Néocés.; Langlois, p. 177). — 2. Kestro (?). — 3. 1*»^. — 4. |.ojûo|; rest. : Ui**»), Anemorium.

— 5. luaaool. — 6. Ms. : Hadrianos. — 7. l*9»;9. — 8. iy*>, Mondi (?) — 9. Iassus (?). — 10.

Celenderis. — 11. — 12. Land, III, 247. — 13. L : Ijû^^w = ^ye^v.

14. Land, II, 289. — 15. Ou : « des soldats » ; le mot roumaya est employé dans les deux sens.

— 16. Lire : l?ï--\ **o» P ; cf. L, III, 290, 23.

174

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

d'accepter le synode, il pria Dieu, tomba
malade sur le champ, et mourut sur son
siège. — Et, afin que la bénédiction de
Jean fût accomplie, les gens d'Amid se
donnèrent pour évêque Nonus, qui
vécut quelques mois et mourut.

Alors *, les gens d'Amid établirent
Mara, en présence de Nonus, évêque
de Maipherqat, d'Ortho[s] d'Agell, et
d'Ahron d'Arsamosate.

Mara était un jeûneur et un homme
pieux, très versé dans la langue grecque.
Peu de temps après qu'il eut été établi
à Amid, il fut exilé à Pétra. De là, il fut
appelé à Alexandrie où il écrivit de nom-
breux et admirables ouvrages*.

Pour mémoire, je consigne ici le
Prologue de Vévêque Mara * :

« Pour acquérir la connaissance d'un
long discours on le résume en quelques
chapitres dont on fixe la notion dans
l'intelligence et la science. Nous pour-
rons 4 connaître ces choses par les cha-
pitres établis dans ce livre. Mais nous
ferons passer rapidement dans l'intel-
ligence, en abrégé, la contemplation 5
de toutes les choses qui s'y trouvent et
qu'on entendra et méditera peu à peu.

« Quand quelqu'un résume les écrits
évangéliques, il en apprend que Dieu
s'est incarné, et qu'on doit lui attribuer
les actions divines et humaines par les-
quelles il maintient6 les principes du
monde 7, qu'il fera paraître clairement
lors de son second avènement.

les faisait descendre de leurs colon-
nes, ou sortir de leurs cloîtres, pour
les entraîner8. Maintes fois, [268] au
moment du soir, alors qu'ils s'arrê-
taient pour goûter un peu de repos, les
persécuteurs arrivaient, tombaient sur
eux à coups de bâtons et les chassaient;
et tandis qu'ils partaient, défaillants et
souffrants, les persécuteurs mangeaient
la nourriture qui était préparée. Il y
avait parmi eux beaucoup de vieillards
impotents et de femmes âgées.

Paulus d'Edesse9 fut appelé10 une fois
et deux, mais il n'y alla point : une
armée de Romains fut envoyée après
lui. Il prit la fuite et descendit dans la
cuve du baptistère pour ne pas admettre
le Synode, bien que dans son cœur, il
y fût attaché. — Les citoyens et les
moines osèrent résister à l'armée, et
beaucoup de gens du peuple et de
moines furent tués, parce qu'ils ne vou-
laient pas abandonner leur opinion.

Ensuite Paulus d'Edesse sortit et s'en
alla, avec les soldats, près de Paulus le
Juif. Alors on connut qu'il partageait
son opinion et était secrètement d'ac-
cord avec lui. A cause des Edesséniens
ils arrangèrent habilement l'affaire.
Paulus d'Edesse fut libéré et renvoyé
par Paulus d'Antioche, et les Edessé-
niens le reçurent comme orthodoxe.

En ces jours-là 11 mourut l'évêque de
Harran. Paulus voulut y établir un prêtre
nommé Asclepius     Après lui en avoir

1. Land, III, 244-45. — 2. Cf. Bihl. or., II, 48 et suiv. — 3. Land, III, 250 sqq. , Mai, Nov. coll.,
X, i, 353 sqq. — 4. ^ k»| (M, L). — 5. eswps'a. — 6. M : Jas*. — 7. «»wq-V-ûoL p*» ^©o (L).

8. ^^ûao. — 9. Ps.-Den., ad ann. 837. — 10. Par Paul d'Antioche. — 11. Ps.-Den., ad ann.
837; Land, III, 243 ; cf. Chron. edess., n° lxxxvhi (ann. 831). — 12. Lire : ; ms. : Asphu-

lis, ici et plus bas. Chr. edess., et Ps.-D. : (ÛAû^sI.

LIVRE IX. CHAP. XIII, XIV ET XV

175

« Quiconque médite ces choses, trou-
vera donc successivement : d'abord la
connaissance de ce qui nous est dit
(de lui) dans l'Ecriture antérieurement
à son incarnation ; ensuite la naissance
de Jean, en témoignage au Dieu d'Is-
raël, selon la prédiction de l'ange. Il
trouvera (ensuite) la naissance de Jésus-
Dieu, qui eut lieu d'une manière surna-
turelle en la Vierge et de la Vierge ; car
tout homme tire son origine de la terre,
et, selon le témoignage de (Jean)-Bap-
tiste, celui qui n'est pas de la terre,
Jésus, est venu du ciel; ensuite, les té-
moignages relatifs à son incarnation
rapportés dans le livre de l'Évangile,
prononcés, sous (l'inspiration de) l'Es-
prit-Saint, par l'ange et Elisabeth à la
Vierge et à Joseph, et aux bergers, dans
l'annonce de sa naissance par la troupe
des esprits célestes ; ensuite, la prophé-
tie de Zacharie et l'apparition de l'étoile
qui montra la majesté du Fils de Dieu
né sans corruption; puis, la prophétie
de Siméon et d'Anne sur la venue du
Christ pour le salut du monde, et avec
cela, la prédication de Jean-Baptiste an-
nonçant que lui était de la terre et notre
Sauveur [269] du ciel. — On comprend
en outre par le récit des Évangiles, l'é-
conomie divine de Notre-Seigneur qui
fut d'une sagesse indéfectible1 qui ne
venait pas de la science des livres ; ses
enseignements, sa doctrine, la puissance
des miracles et des prodiges qu'il fit ou
dit, sa science universelle ; (on apprend)
qu'il ne commit pas le péché; qu'il était

donné l'assurance, il le trompa * et en
créa un autre. Asclepius monta alors
trouver l'empereur et lui fit connaître
que Paulus ne proclamait par le Synode.
L'empereur écrivit à Pharezman, qui
chassa Paulus d'Édesse, et Asclepius
devint évêque.

[CHAPITRE XY.] — Sur la mort du
vénérable Mar Jacques, docteur et évêque
de Batnan ; et sur les nombreux maux
que les hérétiques infligeaient aux fidèles
à cette époque.

Avant que Paulus ne sortît d'Édesse,
il lit mander près de lui saint Mar
Jacques le docteur, évêque de Batnan de
Saroug3. Le saint s'abstint d'aller le
trouver, parce qu'il montrait déjà qu'il
ne tenait pas sainement la vraie foi.
Comme Paulus le pressait, par ses en-
voyés, de venir le trouver, il entra
dans l'église, se prosterna devant l'au-
tel et pria en disant : « Seigneur, con-
naisseur des choses secrètes, si tu
sais que la fausseté du diophysisme se
trouve [269] en ce Paulus, ne me per-
mets pas de voir sa face ». Or, étant
parvenu au couvent de Beît Parsayê,
il eut, pendant la nuit, une révélation au
sujet de sa sortie du monde, et reçut
l'ordre, dans cette vision, de retourner
à sa ville. La nuit même, il se leva et re-
tourna à sa cellule. 11 annonça à tout le
monde qu'il mourrait deux jours après.
Ses concitoyens furent frappés d'éton-
nement. Il donna des ordres relative-

1. 1?^ U? (M, L).

2. <*\3i.| ,3 (Ps.-D), — 3. Ps.-Den. ad ann. 837 ; Bibl. or., I, 297.

i76

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

en son vouloir de souffrir en son temps
et de ne pas souffrir lorsqu'il n'était
pas temps ; qu'il était en son pouvoir
d'anéantir les tourments par ses tour-
ments volontaires dans le corps, de dé-
truire la mort par sa résurrection, et de
monter au ciel.

« L'Évangile montre clairement qu'il
a pris de la Vierge un corps charnel,
doué d'une âme intelligente ; sa concep-
tion, analogue à celle de l'homme, pen-
dant neuf mois; sa naissance naturelle
d'une manière surnaturelle; qu'il a été
enveloppé de langes, a sucé le lait, a
été circoncis légalement, a fui en Egypte
les menaces d'Hérode, porté par sa
mère; qu'il est remonté d'Egypte pour
la rénovation1 d'Israël, comme figure' ;
qu'il grandissait en stature, était sou-
mis à sa mère et à Joseph; qu'il fut bap-
tisé par Jean dans les eaux, pour mon-
trer la renaissance et la rénovation de
toute l'humanité, qui a été renouvelée
en lui figurativement, car son baptême
nous a procuré la sainte renaissance de
l'Esprit; qu'il fut tenté comme homme
par le démon, mais, comme Dieu, vain-
quit facilement* le tentateur dans le com-
bat et la discussion; qu'il fut servi par
les anges; qu'il accorda le repos à notre
race par le retour au paradis.

« Il se conduisit humainement avec ses
disciples, évita parfois les persécuteurs,
eut faim et soif, se fatigua^ Il montra
qu'il ne supporta pas ces choses par né-
cessité* naturelle uniquement comme un
homme et comme s'il n'était pas Dieu,

ment à son église, à ses disciples et à
sa doctrine, et deux jours après il mou-
rut. — L'efficacité de sa prière fut con-
nue dans toute la Syrie.

Quand Paulus apprit cela, il établit
à sa place un homme appelé Moïse.

Le couvent appelé des Orientaux, dans
la montagne d'Edesse,se sépara pareille-
ment du temps de Paulus 6. — Ils avaient
coutume de recevoir la communion de
l'église d'Edesse, Voyant l'infidélité de
Paulus, ils se séparèrent de lui et offri-
rent le sacrifice dans leur monastère.
Beaucoup de couvents firent de même,
anathématisant le Synode par écrit, et
affichant cet anathème aux portes des
couvents.

Les moines du couvent des Orientaux
furent chassés par Pharezman, pendant
l'hiver, sur les instances d'Asclepius. Ils
disaient : « Comment nous obligez-vous
à fuir en hiver, alors qu'il y a parmi
nous des hommes âgés et infirmes ? les
Barbares féroces ne le feraient pas ».
Mais ceux-ci les invectivaient et les chas-
saient. Ils partirent deux jours avant la
fête de la Nativité, et les habitants de
la ville allèrent recevoir leur bénédic-
tion. Ils virent parmi eux des vieillards
infirmes qu'on portait sur des civières.
Ils pleurèrent amèrement en disant :
« Malheur à nous ! car le christianisme
a péri de nos jours ! » — Les moines de
Mar Zakai se joignirent à eux, ainsi que
ceux de Mar Conon *, des Éxèdres, du
monastère de Naphsata, de Mar Samuel,
du monastère de Hendiba 7, du monas-

1. wL?o»^. — 2. TÛTto;. — 3. (L, M). — 4. |;.£o ^ (L, M).

5. Land, II, 292; Ps.-Den., ad ann. 831. —6. Vocalisé Qanoun dans notre ms. cf. p. 171 n. 17. —
7. Ps.-D. : Ua*(«oi : Hendibana. L : Hendikana.

LIVRE IX. CHAP. XIII ET XV

177

car il est attesté qu'il jeûna véritable-
ment pendant quarante jours et ensuite
eut faim. Il en est de même de ce qu'il
dormit. Lorsqu'il était sur la montagne,
dans la solitude, il veillait dans la
prière : et il priait humainement son
Père pour les hommes ; sur la mer, il
dormit dans la barque, pour l'instruc-
tion de ses disciples, afin qu'ils crussent
qu'il pouvait apaiser les tempêtes et la
voix des flots. Et encore, lorsqu'ils
voulurent le précipiter du sommet de la
montagne, ils ne le purent; mais, tandis
qu'ils l'entouraient, il passa au milieu
d'eux et s'en alla. Et lorsqu'il fut [percé] '
de la lance sur la croix, son âme ne le
quitta pas par contraite, mais il inclina
la tête et rendit l'esprit. De toutes fa-
çons les actions divines et humaines lui
sont attribuées. Les réformes du monde
que fit le Christ sont : sa réprimande de
l'astucieux, les démons qu'il chassait,
les diables qu'il faisait sortir, les mala-
dies graves qu'il guérissait, les morts
qu'il ressuscitait [270], les différentes
tentations qu'il éloignait, les diverses
passions qu'il calmait ; (réformes) qui
étaient le type et signe du monde futur,
exempt de maux, que nous attendons
dans l'espérance, la charité et la foi. La
doctrine de notre Vivificateur éloigne
les hommes des passions de l'avarice,
de l'amour de la gloire, du plaisir, et
les porte à servir Dieu dans la justice de
la volonté. »

Ainsi écrivait le vénérable Mar Mara.

tère d'Euseb[ios] d'Abena s, du monas-
tère de Mar Julianus Saba, sur le fleuve
des Mèdes.

Quand ils parvinrent au monastère de
Mar Salomon de Maqéliata (?), ils y of-
frirent l'oblation, en la fête de la Nati-
vité, et toute [270] l'assemblée, avec
tout le peuple, anathématisa le synode
de Chalcédoine. De là, ils s'en allèrent
à Telia de Mauzelat dans le monas-
tère des Arabayê. — Ils se dirigèrent
vers Tell-Besmê. Ils campèrent dans le
martyrion appelé de Mar Çârai 3. Ils y
étaient depuis quelques jours quand
cet (évêque) d'Amid *, de funeste mé-
moire, les en chassa. Alors ils descen-
dirent dans la région de Mardê, et se
tinrent dans le monastère de Aïn Hai-
laph.

Au bout8 de six ans et demi, la fureur
se calma, parce que l'empereur avait
changé ; et, par les soins de l'impératrice
Theodora, ils revinrent à leur couvent.

A peu près huit ans plus tard, il y eut
une dissension parmi eux : environ
soixante-dix hommes les quittèrent.
Mais ils ne firent point la paix entre eux.
L'un d'entre eux s'appelait Elisée : les
autres s'associèrent à lui et ils montè-
rent trouver Ephrem, qui était patriarche
d'Antioche, et adhérèrent à lui. Celui-ci
les revêtit de l'habit des ^avccrpiavoi 6,
par crainte de l'impératrice,et les envoya
trouver l'empereur. Ils obtinrent de lui
des édits subreptices, revinrent au cou-
vent, chassèrent leurs compagnons et

1. vvVs ,3.

2. Ua| (L etPs.-D.); ms. ; Akya. — 3. Ps.-D. : u?j, Çadai. — 4. Bar Kaili (L et Ps.-D.). — 5,
Ps.-D„ ad. ann. 831. Texte : Rev. de VOr. chr., 1897, p. 469. — 6. Ji-^m^ (Ps.-D.).

178

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

II avait dans l'Évangile, dans le canon        occupèrent le monastère. — Pour ce
lxxxix1, un chapitre qui est rapporté        motif, lapersécution s'éleva une seconde
uniquement par Jean* et ne se trouve pas        fois en Orient, et les fidèles furent op-
dans les autres [livres]3 : « Il arriva        primés.—Fin.
qu'un jour, tandis que Jésus enseignait,
on amena devant lui une femme- qui

avait conçu par adultère. Ils lui parlèrent à son sujet. Et Jésus leur dit, connaissant
en tant que Dieu leurs œuvres et leurs passions honteuses : « Qu'y a-t-il de pres-
crit dans la Loi? » Ceux-ci dirent ; « Sur la parole de deux ou trois témoins, elle sera
lapidée «.Jésus répondit et dit : « Conformément à la loi de Moïse, que celui qui est
pur et libre de cette passion du péché et surtout qui n'est pas coupable de ce péché,
porte témoignage et lui jette d'abord la pierre; et elle sera lapidée ». Mais ceux-ci,
qui étaient méprisables, et répréhensibles à cause de cette passion coupable, s'en al-
lèrent l'un après l'autre et laissèrent la femme. Tandis qu'ils s'en allaient Jésus re-
gardait à terre et écrivait sur la poussière ; il dit à la femme * : « Voici que ceux qui
t'ont amenée ici, et voulaient témoigner contre toi, ayant compris ce que je leur ai
dit, comme tu l'as entendu, t'ont abandonnée et s'en sont allés. Va donc, toi aussi,
et ne commets plus le péché. »

CHAPITRE XVI. — Sur l'époque de la persécution des orthodoxes ; et sur V inon-
dation d'Edesse et d? Antioche.

Qawad9 roi des Perses, demandait à l'empereur des Romains, Justinianus
(Justin), 5 mille 5 cents6 x£vrovapta d'or, qu'ondevait lui donner pour les dépenses7
de l'armée des Perses qui gardait les Portes en face des Huns. Pour ce motif,
il envoyait de temps en temps ses Taiyayê dans le pays des Romains. Ils cau-
saient du dommage et faisaient des captifs. —C'est ainsi que Mondar% le Taiyaya,
monta piller toute la région [271] des frontières9, c'est-à-dire Balîha et Habôra;
d'autre part, les Romains établis sur la frontière passèrent à Arzôn et même dans
le pays de Nisibe, où ils firent des captifs, pillèrent, tuèrent et dévastèrent. Mon-
dar, roi des Taiyayê, monta de nouveau à Emèse et aussi à Apamée et dans la
région d'Antioche. Il tua, fît des captifs, dévasta, et remmena une foule de gens.
Il choisit parmi les captifs quatre cents vierges, qui toutes avaient été enlevées
subitement de la congrégation de l'apôtre Thomas,à Emèse10, et les immola toutes

1. Selon la manière des Syriens de diviser les évangiles. — 2. pV-l (M, L). — 3. Joh.,

vnr, 3-11. — 4. KM ;*| (L, M). — 5. Land, III, 246, — 6. Bar Hebrœus dit : 550; Land : 5. — 7.
ocvâXw[j,a; U.~> fcscî^! (BH). — 8. Reât. : >,>a*j? — 9. Xt'fmov. — 10. L : k^aasli.

LIVRE IX. CHAP. XVI

179

en l'honneur de 'Ouzzê1; ainsi que l'ascète Dada, qui avait été fait captif avec
elles et les vit toutes de ses yeux, le raconta quand il revint de captivité.

A l'époque* de Justinianus (Justin), en la 7e année de son règne, l'écoulement
des eaux de Siloha, qui se trouve sur le côté droit de Jérusalem, cessa pendant
15 ans.

Au sud du temple de Salomon s Ba'albek, ville delà maison de bois du Liban,
dont parle l'Ecriture en disant* que Salomon la bâtit et l'orna, se trouvaient
trois pierres prodigieuses au dessus desquelles il n'y avait rien de bâti ; elles
étaient unies et se tenaient par elles-mêmes, et adhéraient Pune à l'autre ; elles
étaient remarquables par leur aspect et très grandes toutes les trois; elles
avaient été placées comme symbole de la foi en la Trinité. Or, cette année, la
foudre tomba, détruisit [272] tout le temple et en pulvérisa les pierres5 ; mais
elle ne fit aucun tort à celles-ci. Maintenant, un temple de la Mère de Dieu a été
bâti en ce lieu, par les soins de l'empereur.

A cette époque6, on vit dans le pays de Cilicie une femme qui surpassait
tous les hommes, en hauteur, d'une coudée. Personne ne savait d'où elle était.
Elle ne parlait jamais le langage humain. Elle mangeait la même nourriture
que les hommes. Elle recevait une obole de chaque boutique. Elle disparut
tout à coup. Plusieurs disaient d'elle qu'elle était peut-être avec ceux qu'on
appelle « fils de la terre ».

En l'an 836, une grande calamité at-
teignit la ville d'Edesse7, métropole de
l'Osroène,alors qu'elle avait pour évêque
Asclepius.

Celui-ci contraignait par la violence
les fidèles à recevoir le synode inique
de Chalcédoine. Il s'empara de vingt
moines solitaires et les fit torturer sans
pitié pour leur faire accepter le Synode
impie, et ensuite les enferma dans la
prison. — Or, la même nuit, à la troi-
sième heure, il y eut une inondation.

Quand Paul le Juif, qui avait été établi
patriarche à Antioche, eut accompli une
année, l'empereur voyant qu'il divisait
grandement l'Église, par sa tyrannie,
et ayant appris le mal qu'il fit, le
chassa de l'Église. Ce scélérat mourut
peu de temps après, et s'en alla dans la
géhenne réservée à Satan son maître8.
— Que sa mémoire soit en malédiction !

Après lui, le 52e évêque de l'église
d'Antioche fut Euphrosius, surnommé
Bar Malaha9.

1. Vénus. — 2. Land, III, 244. — 3. Land, III, 244. — 4. Cf. I Reg., vrr. — 5. u«<Î9M> (L). —
6. Cf. Cedren., ad ann. 7 Justini ; Theoph., ad ann. C. 517.

7. Ps.-Den., ad ann. 836; cf. Land., III, 244; Chron. edess., n° xc.

8. Ps.-Den., ad ann. 837; cf. Land, II, 291. — 9. C'est-à-dire « fils du matelot ». Cf. Jac. Edess.,
ad ann. 195; et Land, III, 234.

180

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

[271] Le fleuve Daiçan subit une crue
violente ; le mur se fendit subitement
depuis le haut ; le flot trouva un obstacle
et une barrière, et revint en arrière,
déborda complètement, monta sur toutes
les rues et inonda la ville. Le peuple et
les animaux furent noyés, et les objets
inondés. Ceux qui se trouvaient dans les
lieux plus élevés que l'inondation vou-
lurent sortir par les portes de la ville,
mais l'inondation se trouva entrer par
les portes. La ville était remplie comme
un lac ; tout à coup le mur se fendit et
il se fit trois brèches, parce qu'il ne put
supporter la force de l'inondation ; les
tours furent renversées, le flot se ré-
pandit, entraînant les cadavres comme
des balayures'; des demeures et des
maisons descendirent, jusqu'à l'Eu-
phrate.

Quelques jours8 après, quand l'inon-
dation eut cessé et se fut calmée, tous
ceux qui survivaient criaient que Dieu
était irrité contre la ville à cause de
l'emprisonnement des bienheureux; et
ils prirent des pierres pour lapider As-
clepius. Il se cacha et s'enfuità Antioche,
près d'Euphr[asi]us. Celui-ci fit monter
Asclepius avec lui à l'ambon, et disait au
peuple : «Venez, voyez le nouveau Noé,
qui lui aussi, comme dans l'arche, a
échappé au déluge ».

Ceux qui survécurent à Edesse, et
échappèrent à l'inondation des eaux,
échappèrent aussi à l'impiété de Chal-

Or, [271] un édit de l'empereur pres-
crivit que tous les soldats 3 adhérassent
au synode de Chalcédoine, et que ceux
qui n'adhéreraient pas soient privés de
rations4 et des honneurs delà milice.
Et pour cela, la plupart des soldats adhé-
rèrent. — Alors, se montrèrent coura-
geux dans la piété Amantus, le prœposi-
tus,Theocritus,et André,le cubicularius.
Ces trois martyrs véritables brillèrent
par l'orthodoxie et furent couronnés
par le glaive, parce qu'ils ne consenti-
rent pas à proclamer le synode impie 5.

En l'an 2 de Justinianus6 (Justin),
mourut Jean de Constantinople ; — et
son successeur, le 21e évêque, fut Epi-
phanius.

AÉdesse, le38eévêque fut Asclep[ius],
qui7 fut ordonné par Euphrosius d'An-
tioche8.

ARome,le 50° évêque fut Hormisdas9,
au commencement du règne, de Jus-
tinianus] l'ancien (Justin), le persécu-
teur des orthodoxes.

Jean de Constantinople10 ne proclamait
pas le Synode de Chalcédoine. Alors,
l'impératrice Lucipina11, femme de Jus-
tinianus l'ancien, qui était elle-même
encore plus enivrée de l'amour du Sy-
node, manda à Jean : « Si tu ne procla-
mes pas le Synode, je n'entrerai pas à
ton église. » Alors il se mit à proclamer
les quatre (Synodes) ; et dès lors com-
mença la ruine.

En l'an 9 de Justinianus12, Euphrosius

1. U-âûo. — 2. Ps.-Den., loc. cit.

3.          — 4. àvvtova. — 5. Jac. Edess., ad ann. 195; cf. Land, III, 233. — 6. Jac Edess., ad

ann 195. — 7. U«l. — ' 8. Chr. edess., n° lxxxix ; Jac. Edess., ad ann. 196. — 9. Jac. Edess., ad

ann. 193. — 10. Ps.-Den., ad ann. 829. — 11 . Ps.-D. : |.i»ûû3o\; Theoph. : Aouimix. — 12. Jac.
Edess., ad ann. 201.

LIVRE IX. CHAP. XVI

181

cédoine; car la colère divine atteignit
Asclepius à Antioche, et il ne retourna
pas à Edesse.

Le nombre des cadavres des noyés qui
furent ensuite [272] ensevelis monta à
trente mille ; et on dit que la somme to-
tale du peuple qui périt est de deux
cent mille.

Euphr[osi]us, à l'instar de Paul le
Juif, affligeait de maux les fidèles. La
justice (de Dieu) ne le supporta pas. Elle
secoua la ville dans un tremblement de
terre et la reriversa; la colère (de Dieu)
l'atteignit en la 7e année de son impiété-

En l'an 9 de Justinianus (Justin), qui
est l'an 840 des Grecs, Antioche fut ren-
versée pour la cinquième fois *.

Ce fléau fut tellement violent que
le feu enveloppait ceux qui avaient
échappé et les consumait; des étin-
celles voltigeaient et brûlaient tout ce
qu'elles atteignaient ; la terre elle-même
bouillonnait sous la cendre, brûlait
et incendiait tout ce qui se rencontrait.
Les fondements eux-mêmes avec les
édifices, étaient projetés en l'air, étaient
soulevés*, montaient et descendaient, et
retombaient brisés. Quand ceux qui
avaient échappé voulaient fuir, le feu
les enveloppait et les consumait comme
du bois sec. Les flammes pleuvaient du
ciel comme une pluie, et toute la ville
était comme une fournaise. A part quel-
ques maisons qui demeurèrent sur le
flanc de la montagne, et encore lézar-

étant mort Iorsqu'Antioche s'écroula
dans le tremblement de terre, il eut
pour successeur Ephrem, (originaire)
d'Amid3, qui passait pour sage et élo-
quent; mais il était atteint du mal de la
doctrine des diophysites et il séduisit
beaucoup de gens par son astuce, [272]
et par les menaces de l'empereur qui
l'écoutait très volontiers. — En réalité4,
cet Ephrem était un païen. Il surpassa
ceux qui l'avaient précédé dans toute
sorte de méchancetés. Il ruina de nom-
breux couvents et renversa les autels.
Il circula avec des troupes barbares
dans toutes les contrées d'Orient, jus-
qu'aux frontières des Perses, et persé-
cuta les fidèles, pendant 18 ans, jusqu'à
ce que la colère de Dieu l'atteignit, lui
et sa ville : les Perses montèrent et la
détruisirent.

Après ce saint Mara5, il y eut à Amid,
comme évêque, un homme inique :
Abraham Bar Kaili, qui excita encore
davantage la persécution.

Bar Kaili9 voulait contraindre un
certain prêtre,(nommé)Cyrus7,de rece-
voir de lui la communion. Celui-ci ré-
pondit : « Tu me montres toi-même que
ton oblation n'est pas consacrée, en
m'obligeant de force à la recevoir. » —
Il ordonna qu'on la lui mette de force
dans la bouche. Le prêtre l'ayant rejetée
en soufflant, Bar Kaili, fils de chien8,
ordonna de faire brûler le prêtre. Il
écrivit à l'empereur qu'un homme avait

1. Land., II, 299 ; Ps.-Den., ad ann. 837. — 2. <*ja*y> (L).

3. Cf. Ps.-Den., ad ann. 842. — 4. Cf. Land, II, 294. — 5. Cf. ci-dessus, p. 174. — 6. Ps.-Den.,
ad ann. 837; Bibl. or., II, 48 sqq. — 7. Ms. : Qouri(a)s. — 8. C'est-à-dire « enragé » ; jeu de mots :
Bar Kailif bar kalba.

182

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

dées et prêtes à s'écrouler, il ne resta
pas une maison ou une église, ni même
un mur, qui n'ait été crevassé. De sous
terre bouillonnait et s'élevait une pous-
sière humide. On constatait aussi une
odeur de pourriture marine, comme si
les flots de la mer l'envahissaient. —La
grande église qui avait été bâtie par
Constantin le Grand, et qui, disait-on,
n'avait pas sa pareille dans tout l'Empire
romain, était demeurée debout, lézardée ;
le septième jour, le feu l'attaqua et elle
s'écroula. Il en fut de même des autres
églises.

D'après ce qu'écrit Jean, qui était
d'Antioche même, ceux qui restèrent en
vie trouvèrent et découvrirent deux cent
cinquante mille asphyxiés ; car c'était
le moment d'une fête, et il y avait beau-
coup d'étrangers dans la ville, qui tous
furent suffoqués.

Le troisième jour de la catastrophe,
une croix lumineuse apparut dans la
région septentrionale. Ceux qui avaient
survécu furent saisis de crainte et
criaient : Kyrie eleison. Ils la virent pen-
dant environ une heure, [273] et elle dis-
parut dans une nuée.

Au bout de trente jours, on trouva
dans la terre des hommes, des femmes,
des enfants encore vivants : c'est un
miracle dû à la bonté de Dieu. — Le

tremblement de terre ne cessa ni jour ni nuit pendant un an et demi.

En découvrant les cadavres des suffoqués, ils trouvèrent ceux d'Euphrosius1 et
d'Asclep[ius] d'Edesse, dans un chaudron de poix des zqqê*. Ils heurtèrent et tombè-

foulé la communion aux pieds, et que
pour cela il avait été brûlé.

Quand quelqu'un n'acceptait pas le
Synode,Bar Kaili conduisait à sa maison
une troupe des lépreux qui se trouvaient
dans un monastère hors de la ville et
qui s'établissaient dans cette maison ; de
sorte que l'homme devait nécessairement
abandonner sa maison et s'enfuir ; car
leur aspect était terrifiant, avec leur
faces rongées, leurs corps pourris et
laissant couler un pus fétide, leurs mains
dégouttantes de sang [273] et de pus.De
plus, leurs âmes étaient cruelles et as-
tucieuses, leurs desseins très menaçants
pour la ruine des chrétiens. Ils se cou-
chaient sur leurs vêtements, se roulaient
sur leurs lits ; ils s'emparaient de tout
ce qui leur plaisait, et il n'y avait per-
sonne qui pût les contenir. Ils man-
geaient et souillaient * tout. Lorsqu'ils
s'apercevaient qu'on voulait les chasser
de la maison dans laquelle ils étaient, ils
s'attaquaient aux bouteilles de vin, aux
vases d'huile et de miel, et y plongeaient
leurs mains pourries, de manière que
personne n'en pût goûter. — Ce chapi-
tre est fini, ainsi que le précèdent. Que
celui qui lit prie pour moi, par l'amour
de Jésus.

1. Ms. : Euphorsios. —2. Ps.-D. : ^Saoû^S! b.~.L oow s$joiû>»N 1-û-ûm lûoi» « des zqqê, qui

étaient sous son palais épiscopal ». La version arabe porte : ....|<à>aj3fc>flo| ?o©v>H ^^î^o u3.

J'ignore ce que signifie le mot iox>i.

3. Lire :

LIVRE IX. CHAP. XVI, XVII ET XVUI

183

rent : leurs corps furent submergés dans la poix, et leurs têtes se trouvèrent en dehors
sur le bord du chaudron; on les reconnut à leur visage, car tous leurs os étaient dé-
dépouillés de chair, (plongés) dans la poix. — Certains hérétiques, leurs partisans,
disaient quelques jours auparavant qu'ils avaient été ravis au ciel; mais Dieu, pour
dévoiler leur erreur, conserva leurs visages afin qu'ils soient reconnus.

Séleucie1 de Syrie, Daphné, qui est à côté d'Antioche, et tous leurs environs jusqu'à
vingt milles en long et en large, furent totalement renversés dans ce tremblement de
terre. — Justinianus, en l'apprenant, jeta la toge, dépouilla la pourpre, et resta
dans le deuil; il envoya 5 xevxYjvapia d'or pour la reconstruction des villes.

A cette époque1, Dyrrhachion3, ville métropolitaine de la province [nouvelle]*
s'écroula subitement. — De même aussi, Corinthe5, métropole de l'Hellade, et Ana-
zarba8 de Cilicie, tombèrent dans ce tremblement de terre.

[CHAPITRE   XVII.]  — Sur les

choses accomplies par Justinianus
{Justin), parmi les rois Indiens et
Kousites1.

Ces royaumes [sont plus à l'intérieur
que celui des]8 Himyarites situé en face
les pays d'Egypte et de Thébaïde, en-
deçà de l'Inde.

Un certain Juif ayant commencé à ré-
gner sur les pays des Himyarites et
ayant tué les chrétiens, enleva encore
les marchands qui se rendaient du pays
des Romains dans les contrées des In-
diens, et les massacra, «parce'que (di-
sait-il), dans les pays des Romains les
chrétiens maltraitent les Juifs. » —Pour
ce motif, le commerce cessa dans les
pays des Indiens et des Kousites. Alors

[CHAPITRE XVIII.] — Des royau-
mes des Indiens, des Kousites et des
Himyarites, qui rendirent témoignage
à la vérité9 en Van 835, du temps de
Justinianus {Justin) le persécuteur des
chrétiens18.

Il y a trois royaumes des Indiens, et
quatre des Kousites, dans les régions
du sud intérieur, sur le littoral de la
mer australe et orientale qui entoure la
terre habitée et qu'on appelle le grand
Océan. — A l'époque où Justinianus
excita une persécution contre les
orthodoxes, les Juifs prévalurent et se
donnèrent un roi. Cela arriva surtout
parce que les rois de la grande Inde tom-
bèrent en querelles : le roi de l'Inde ex-
térieure, nommé Aksdôn u, contre ie roi

1. Ps.-Den., ad. ann. 837 ; cf. Jac. Edess., ad ann. 198. — 2. Ps.-Den., ad ann. 840. — 3. <ojoi
(Ps.-D.). — 4. Ps.-D. : «^3;30w |~»;cfcao> U,- ^apooi»; lire : «eî^ooi (?), Epiri Novi. — 5. Ps.-
Den., ad ann, 841. Jac. Edess., ad. ann. 196. — 6. Ps.-Den., ad ann. 842.

7. Cf. Bibl. or., I, 361. — 8. Lire ainsi d'après Ps.-Den. : Umsû-» i*w <»       U^^x» I-ao-O» |Loii>so.

9. « Qui subirent le véritable martyre » ; litt. : testati sunt testimonia ver a. — 10. Pout" tout ce
chapitre, cf. Bibl. or., I, 359-385, où Assemani donne le texte du Pseudo-Denys. — 11. Ps.-D. :
sP;Jaaa3l. U est possible qu'il y ait ici confusion entre le nom du roi et celui du pays ; peut-être
avons-nous une transcription du grec 1% 'IvSûv (?).

184

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

le roi des Kousites manda à ce Juif, qui
régnait sur les Himyarites : « Tuas mal
fait en tuant les marchands, car tu as fait
cesser les affaires de mon royaume ;
mais, s'il te plaît, ouvre pacifiquement
la route aux marchands. » — Le Juif ne
le voulut point ; il répondit au roi des
Kousites par des choses dures et des mer
naces. Pour ce motif, ils se préparèrent
à la guerre. Alors Anzoug roi des Kou-
sites, se ditenlui-même :« Si je triomphe
de celui-ci, au nom du Christ, je me
ferai chrétien.» Quand on livra bataille,
Dieu donna la victoire [274] à An-
zoug le Kousite, qui tua le Juif et sou-
mit le pays. Après cette victoire, deux
notables, accompagnés de deux cents
Indiens, vinrent en ambassade près de
l'empereur Justinianus,demandant qu'on
leur donnât un évêque et des clercs pour
leur enseigner les mystères des chrétiens.
On leur donna comme évêque un homme
nommé Jean, -îuapaj/.ovapioç, homme chaste
et vertueux, qu'ils emmenèrent, avec
des clercs, et s'en retournèrent dans leur
pays. Ils reçurent tous le baptême et se
firent chrétiens.

, Ce roi des Kousites ayant prévalu de
nouveau, grâce au Seigneur*, fut em-
brasé de zèle; il envahit les contrées
des Himyarites et fit périr tous les Juifs ;
car, une seconde fois, les Juifs avaient
obtenu le pouvoir dans le pays des
Himyarites, s'étaient donné un roi, et

de l'Inde intérieure nommé Anzoug3.
Quand ce Juif commença à régner, il
massacra les chrétiens,dont le martyre et
l'histoire sont racontés par l'évêque
saint Siméon surnommé le disputateur.
Ils furent mis à mort dans la ville de
Nédjran, en l'an 835, qui est l'an 4 de
Justinianus (Justin), ainsi qu'il écrit à
l'archimandrite de Gaboula*, en ces
termes5 :

« Nous faisons savoir à Ta Charité que
le 20 de kanoun il de la présente année
835, nous sommes partis de Hîrta de
Nou'man, avec le prêtre Abraham, fds
[274] d'Euphr[a si]us, qui fut envoyé par
l'empereur Justinianus près de Mondar
pour faire la paix. Nous avons parlé de lui
dans notre lettre précédente, et ici tous
les fidèles lui rendent grâces parce
qu'il a qidé notre parti. Il sait bien tout
ce que nous avons écrit précédem-
ment, et ce que nous écrivons encore
maintenant.

« Nous avons voyagé par le désert, vers
le sud-est, pendant dix jours, et nous
avons rejoint Mondar en face des monts
appelés de Hîlê, (dans un autre ms. de
IJala9), dans la langue arabe Ramleh.
En entrant dans le camp de Mondar,
nous rencontrâmes les Taiyayê païens,
et les Ma'adayê, qui nous disaient : « Que
ferez-vous, maintenant que votre Christ
a été chassé parles Romains, les Perses,
et les Himyarites? ».  Et comme ils

1. Ps.-D. : «^1. — 2. Bibl. or., I, 381.

3. Ps.-D. : >^oi*l. — 4. Nommé aussi Siméon. — 5. Pour la lettre et ses différentes recensions, cf.
GuiDr, La lettera di Simeone vescovo di Bêth-Arèâm sopra i martyri Oineriti (Acad. dei Lincei,
ann. 1881). Recension de Zacharie dans Land, III, 235 sqq., et dans Mai, Nov. coll., t. X, p. 3ri8
sqq. — 6. Cette leçon est la bonne; Ilala signiûe « sable », comme l'arabe ramleh.

LIVRE IX. CHAP. XVtl, XVIII ET XIX

185

recommençaient à massacrer les chré-
tiens. Il tua aussi ce roi dans le combat et
détruisit leur royaume. Il établit un roi
chrétien nommé Abraham; alors les
chrétiens qui étaient dispersés se réu-
nirent. Le roi Abraham leur envoya
chercher un évêque à Alexandrie, près
du pape 1 Timotheus, qui n'avait point
été ébranlé et n'avait point accepté le
synode de Chalcédoine.

[CHAPITRE XIX.] — De ce qu'on
avait à subir à cette époque; et com-
ment les fidèles furent opprimés dans
la persécution, pour la seconde fois,
par l'impie Ephrem d'Antioche et par
Abraham Bar Kaili d'Amid*.

Ephrem, patriarche d'Antioche, étant
descendu en Orient, se mita persécuter
les fidèles orthodoxes. Il les fit chasser
par Abraham Bar Kaili,(évêque) d'Amid.
Beaucoup de moines se réunirent dans
le couvent de Telia appelé de Tauta s.
Comme ils commençaient à le rebâtir,
on envoya contre eux une troupe de sol-
dats pour les chasser. Quand les soldats
virent les longues files d'hommes appli-
qués à l'office, ils eurent peur et les lais-
sèrent; ils se mirent h piller les villages
des environs et dirent aux habitants de
ces villages : « Allez chasser ces moi-
nes ». Les moines s'en étant aperçus, et
voyant les pleurs et les lamentations des
gens* des villages, ils consentirent à par-
tir et allèrent au lieu appelé Madbaha b ;

nous injuriaient nous ressentîmes de la
tristesse. — Bientôt la douleur s'em-
para de nous, parce que des envoyés du
roi des Himyarites arrivèrent près de
Mondar et lui remirent une lettre pleine
d'arrogance dans laquelle il écrivait
ceci :

« Le roi des Kousites est mort. L'hi-
ver a surpris les chrétiens, et ils n'ont
pu venir établir un (autre) roi comme
ils en avaient la coutume. C'est pourquoi
j'ai établi mon règne sur tout le pays
des Himyarites. J'ai songé à faire périr
tous les chrétiens, pour qu'il n'en reste
plus. J'ai tué 280 hommes qui s'y sont
trouvés, ainsi que les Kousites qui gar-
daient l'église, et j'ai fait une synagogue
de leur église. Ensuite, avec 120 mille
hommes, je suis allé àNédjran, siège8 de
leur empire. Les notables vinrent me
trouver à la suite de serments, mais j'ai
résolu de ne pas observer mes serments
à l'égard d'ennemis. Je me suis em-
paré7 d'eux. Je leur ai demandé d'ap-
porter leur or et tous leurs biens ; et ils
les ont apportés. Je réclamai Paulus
leur évêque, et ils me dirent : Il est mort.
Je ne les crus point avant qu'ils ne
m'eussent montré son tombeau ; et je fis
brûler ses ossements. Je les ai tous
pressés de renier le Christ, mais ils
ne l'ont pas voulu. Pour cela, ils furent
massacrés. Nous amenâmes leursfemnies
pour qu'elles vissent le massacre de
leurs maris, afin qu'elles fussent ef-
frayées, mais elles n'ont point eu peur;

1. Titre que les Orientaux donnent spécialement à l'évêque d'Alexandrie; cf. Niceph. Call.,//,
È., XIV, xxxiv. — 2. Land, II, 294. — 3. L : \LqL. _ 4. Lire : uJLa». — 5. L : (ou U**&»)
6. Restituer : .owtaïk.xj ûo*t», d'après les autres recensions. — 7. kâav (Mai).

186

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

ils se fixèrent dans le couvent des
Hourounayatê *, au nombre de mille
hommes et plus.

Quand l'impie Ephrem parvint à
Edesse, il leur fit mander par son frère
Jean de lui permettre de venir près d'eux,
ou d'envoyer quelques-uns d'entre eux
près de lui, comme pour s'expliquer.

Ce monastère était situé entre [275]
Edesse, Amid et Samosate*. Ils n'ac-
ceptèrent point de le voir. Alors il fut
rempli de fureur et envoya des trou-
pes pour les enchaîner 3 et les lui ame-
ner. Quand les moines eurent connais-
sance de cela, ils se divisèrent par
groupes ; chaque groupe prit avec lui
un prêtre et un diacre pour aller où il
voudrait. « Ce qui fit, dit Jean d'Asie,
en parlant de lui-même, qu'alors que
nous étions encore au rang des diacres
et dans la jeunesse, dix hommes nous
furent confiés 4 ».

Le monastère resta rempli de provi-
sions8,de livres et de beaucoup de choses.

Qui ne pleurerait en voyant ces
hommes divins obligés de passer les ri-
vières pendant l'hiver et par le froid ?
D'autres, qui étaient malades, restèrent
dans une grande misère. — Auparavant
on avait écrit dans tous les districts :
« Quiconque recevra l'un d'entre eux sera
mis à mort. » — Les uns demeurèrent en-
fermés dans les cavernes et les rochers.
Les fidèles leur apportaient du pain, la
nuit, avec crainte. D'autres passèrent
dans la région de Claudia et de Hanazît,

au contraire, elles se précipitaient (à la
mort) l'une devant l'autre, et toutes
furent massacrées, à l'exception de
Roumê6, femme de celui qui devait être
fait leur roi, qui est la seule femme que
nous n'avons pas laissé mourir. Mais
nous lui demandâmes : «Renie le Christ
et tu vivras ! » et nous lui prescrivîmes :
« Va-t-en régner. » Elle était suivie de
gardes. Elle sortit et courut par les rues
de la ville, tête nue, en disant : « Femmes
de Nédjran, chrétiennes, juives [275] et
payennes, écoutez! Vous connaissez ma
race, ma tribu, et de qui je suis fille;
j'ai de l'or et des champs; si je voulais
me marier, j'aurais (comme dot) 4 mille
dinars, sans compter mes bracelets, mes
perles, et sans compter le trésor de mon
mari mis à mort pour le Christ. Il n'y a
pas pour la femme de plus grande joie
qu'aux jours de son festin nuptial. De là
viennent ensuite les douleurs : soit
qu'elle enfante, soit qu'elle perde ses
enfants. Aujourd'hui, je suis libre de
tout; comme au jour de mon festin nup-
tial, j'ai paré joyeusement pour le Christ
mes cinq filles vierges, Regardez-moi,
mes compagnes; vous aurez vu mon visage
deux fois ; lors de mes (premières) fian-
çailles, et maintenant dans les secondes.
Imitez-moi ainsi que mes filles. Je ne
vous suis pas inférieure en beauté, et,
resplendissante de son éclat, je m'en
vais vers le Christ, sans être corrompue
par l'apostasie judaïque. Que ma beauté
soit témoin devant mon Seigneur qu'on

1. L : ICutia», — 2. Lire ainsi d'après L. —
Land, ii, 297, 5. — 5. àvaXw[Jia.
6. u»o», Roumi (Guidi).

3. Lire : 'A$> (L). — 4, Sens préférable à celui de

LIVRE IX. CHAP. XVIII ET XIX

187

et succombèrent1 pendant le rude hiver
de cette année.

Abraham Bar Kaili envoya des persé-
cuteurs dans la contrée des Ourtayê
et à Hanazît.Il réunitde nombreux clercs
et moines fidèles pour les faire adhérer
au Synode. Cette assemblée comprenait
environ 1.400 hommes. Quand le satrape
et l'évêque de l'endroit leur adressèrent
la parole, afin qu'ils acceptassent le
Synode, ils répondirent : « Nous n'ac-
ceptons pas d'autre évangélisation, ainsi
que Paul l'a prescrit1. » — Le satrape
et l'évêque dirent : « Donc, le pa-
triarche et l'empereur admettent une
autre prédication ?» — Ils répondirent :
« De même que nous n'avons pas dit que
vous receviez ou que les Pères ont en-
seigné une autre prédication, de même
ne nous inquiétez pas ». — Le satrape et
l'évêque dirent : « Ces choses ont été
prescrites pour la confirmation de la
foi. » — Les moines répondirent : « La
foi des chrétiensn'a pas besoin d'une nou-
velle confirmation : elle n'a point été
ruinée, pour être relevée, ni démolie,
pour être rebâtie. » — Le satrape dit :
« Qu'a donc fait de mal le synode que
vous rejetez, lui qui a appelé Marie
Mère de Dieu et a anathématisé Nesto-
r[ius] et Eutychès ? »— Les bienheureux
répondirent : « Il est écrit* : Exami-
nez tout; [276] approuvez ce qui est
bien, et évitez tout ce qui est mal.
Que Votre Grandeur nous instruise*, car
nous sommes très peu versés dans la

n'a pu m'entraîner au péché d'apostasie ;
mon or, mon argent, tout ce que je pos-
sède : je ne l'ai point préféré à mon Dieu.
Le roi rebelle m'a demandé de renier le
Christ. A Dieu ne plaise, à Dieu ne
plaise ! que je renie le Christ dans lequel
j'ai cru et j'ai été baptisée ainsi que
mes filles. Voici que j'abandonne tout
ce qui charme les yeux du corps sur la
terre, pour aller recevoir5 ce qui ne
passe point. Bonheur à vous, mes com-
pagnes! si vous écoutez mes paroles, et
aimez le Christ. Priez pour moi, afin
que je m'en aille et que je sois reçue ».
Et aussitôt, elle prit ses filles, parées
comme des fiancées, et elles vinrent de-
vant moi. Elle délia le bandeau 6 de sa
chevelure qu'elle enroula autour de sa
main, et elle courba la tête en criant :
« Je suis chrétienne. » Je lui demandai
de dire seulement que le Christ était un
homme; et elle n'y consentit point. Sa
fille nous injuria parce que nous avions
dit que le Christ était un homme. Sur
mon ordre, ses filles furent immolées,
et leur sang coula dans sa bouche ;
ensuite elle eut la tête tranchée. Je
n'ai pas tué les jeunes garçons ni les
jeunes filles, espérant qu'en grandissant
ils deviendront juifs. Je t'ai écrit ces
choses afin que tu ne laisses subsister
dans ton pays (aucun) de ces chrétiens \ »
Un enfant que sa mère emmenait8
avec elle, lorsqu'elle partit avec les
femmes qui furent massacrées, voyant le
roi revêtu de son vêtement royal, courut

1. Ou : a se cachèrent >\ — 2. Gai., i, 9. — 3. I Thess., v, 21. — 4. <*3M.

5. ;s\ oaoU (Mai). — 6. iCsi^o. — 7. L'auteur laisse ici de côté une partie de la lettre de

Siméon. — 8. ov^ Low ia»^.

188

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

science. Comment le Synode appelle-t-
ïl Marie Mère de Dieu, alors qu'Ibas
d'Edesse, un de ses chefs, blasphéma
contre celui qui est né de Marie en disant :
« Je ne porte point envie au Christ parce
qu'il est Dieu. S'il est Dieu, je le suis
aussi : car il est simplement un homme
comme moi », et encore : « J'adore la
pourpre et celui qui en est revêtu ; j'ho-
nore le temple et celui qui l'habite. »
Comment le synode a-t-il anathématisé
Nestor[ius], alors que leur profession de
foi tient pour deux natures qui forment
une seule personne1? Nestor[ius] con-
fesse aussi deux natures et deux hy-
postases, Le synode confesse deux na-
tures et enseigne une personne : ce
qui est digne de dérision. Comment
donc une personne peut-elle être en
deux natures? Comment une nature
peut-elle exister sans la personne?
Comment ne rirait-on pas de celui qui
dirait : « Voici deux hommes qui n'ont
qu'une tête, c'est-à-dire une personne?»

— L'évêque dit : « Accomplissez-vous
l'ordre de l'empereur et recevez-vous le
Synode, ou non? » — Les bienheureux
dirent : « Nous avons appris qu'il vaut
mieux obéir à Dieu qu'aux hommes*. »

— Le satrape dit : « D'après vos paroles,
il ne faut pas obéir à l'empereur. » —
Les bienheureux dirent : « Nous obéis-
sons aussi à l'empereur en tout ce qu'il
convient d'obéir ». — Le satrape dit :
« Nous devons en partie obéir et en
partie ne pas (obéir) ? ».

Il les chassa et ils passèrent l'Eu-

embrasser ses genoux. Le roi [276] se
mit à l'embrasser et lui dit : « Que pré-
fères-tu? mourir avec ta mère ou rester
près de moi? » — L'enfant répondit :
« Je préfère mourir avec ma mère ; car
elle m'a dit : Viens, allons mourir pour
le Christ. Laisse-moi, laisse-moi, que
j'aille près de ma mère, de peur qu'elle
ne meure sans que je la voie; car ma
mère m'a dit : Le roi des Juifs a com-
mandé que quiconque ne renierait pas
le Christ mourrait. Et moi, je ne renie-
rai point le Christ. » — Le roi (lui)
dit : « D'où connais-tu le Christ? » —
L'enfant répondit : « Chaque jour je le
vois dans l'église, lorsque je vais à
l'église avec ma mère. » — Le roi lui
dit : « M'aimes-tu plus que le Christ? »

— L'enfant reprit : « J'aime le Christ
plus que toi. » —Le roi lui dit : « Renie
le Christ ! » — L'enfant répondit :
« Mais, mais3, tu es donc juif, toi?»;
et il mordit le roi à la cuisse, pour qu'il
le laissât. — Le roi lui dit : « Com-
ment donc es-tu venu embrasser mes
genoux? » — L'enfant répondit : « Je
pensais que tu étais un roi chrétien,
comme celui que j'ai vu dans l'église. »

— Le roi lui dit : « Je te donnerai des
noix et des amandes. » — L'enfant dit :
« Par le Christ, je ne mangerai point
les noix des Juifs. » — Le roi dit :
« Demeure près de moi et sois mon fils ».

— L'enfant reprit : « Par le Christ, je ne
demeurerai point près de toi; car ton
odeur est fétide et puante, et n'est pas
agréable comme (celle de) ma mère. »

1, up6(7WTïov. — 2. Act, Ap., v, 29. — 3. Je traduis ainsi le mot «^>t d'après Bar Bahloul, bien
que j'aie des doutes sur son véritable sens.

LIVRE IX. CHAP. XVIII, XIX ET XX

189

phrate (pour aller) dans le pays de — Le roi dit à ceux qui étaient pré-
Claudia, en anathématisant le Synode. sents : « Voyez le mauvais rejeton que
— Fin de ce chapitre ainsi que de Vautre.        le Christ a séduit dès son enfance pour

le perdre. » — Un des grands dit à
l'enfant : « Viens, je te conduirai vers
la reine, et tu seras son fils. » — L'enfant répondit : « Que ta face1 soit souffletée!
Ma mère qui me conduit à l'église, est meilleure pour moi que la reine. » — Alors le
roi le donna à un des grands, en lui disant : « Veille sur lui jusqu'à ce qu'il ait grandi :
s'il apostasie,il vivra; sinon, il mourra. » —Comme un serviteur l'emportait, l'enfant
(le) frappait de ses pieds et appelait sa mère : « Viens! prends-moi, que j'aille avec
toi à l'église. » — Elle lui cria : « Va, mon fils, je t'ai confié au Christ; ne pleure
pas! » — Or", plus tard, cet enfant vint à Constantinople, et Jean d'Asie l'y vit
visitant très pieusement les églises et les monastères3.

CHAPITRE [XX]. — De Vépoque de la fin de la vie de l'empereur Justinianus 1er

l'ancien (Justin).

Justinianus l'ancien [277] s'associa dans l'empire Justinianus, fils de sa sœur.
Après que celui-ci eut été proclamé César, il dirigea le gouvernement4 de l'em-
pire.

Lorsqu'il descendit en Orient, contre l'empire des Perses, il vint à Mabboug,
et prit là pour femme Theodora, fille d'un prêtre orthodoxe, qui, n'étant point
satisfait de le voir se mêler aux Chalcédoniens, ne voulut point lui donner sa
fille sans qu'il eût fait serment de ne pas la contraindre à recevoir le Synode5.

Il retourna à Constantinople, et, trois mois après, Justinianus l'ancien mourut
après avoir régné 9 ans.

Mâma de Mélitène et Socrates [277]
de Césarée de Cappadoce, ayant appris
qu'on saisissait les évêques pour leur
faire accepter le Synode, convinrent
entre eux de lutter jusqu'au sang. Ils
avertirent les gens de leurs villes en
disant : « Quiconque adhère au Synode
est un païen. » — Mais quand ils mon-

Les évêques des Eglises du temps de
Justinianus (Justin) [277] furent ceux-
ci6 :

A Rome, après Symmakos, Hôrmaz-
dos, et après lui Iwannis.

A Jérusalem, après Elias, Jean.

A Antioche, après l'exil de saint Se-
verus, Paulus le Juif, pendant un an. Il

1. \fùsS>. — 2. La suite de la lettre est omise par l'auteur. — 3. Cf. Bibl, or., I, 380.
4. noXixeîa. — 5. Ce récit paraît inventé par les Monophysites. Selon Evagrius et Niceph. Call.,
Theodora était originaire de Chypre. Cf, Hist. du Bas-Emp., 1. XLI, § v.
6. Cf. Land, III, 232, 249.

190

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

tèrent à la ville impériale, ces malheu-
reux tremblèrent devant le glaive et
adhérèrent. Ils disaient : « Quel visage
ferons-nous en revoyant nos villes? »
Et ils demandèrent une troupe de sol-
dats avec lesquels ils revinrent. —¦
Quand ces choses furent connues dans
leurs villes, on décrocha leurs images,
on cracha dessus et on les mit en pièces.
Lorsqu'ils arrivèrent à Césarée, on ferma
les portes devant eux et on les anathé-
matisa. On se disposait à combattre ;
mais les notables, par crainte de l'empe-
reur ouvrirent les portes, et les évêques
entrèrent au milieu du tumulte. — Pa-
reillement, à Mélitène (Màma subit) des
opprobres et des injures nombreuses.

fut chassé, exilé, et mourut. — (Puis)
Euphrosius, le persécuteur, qui fut
étouffé dans le tremblement de terre.
— Après lui, Ephrem, encore plus mé-
chant, (originaire) d'Amid.

A Alexandrie, après Dioscorus, Ti-
motheus, pendant 12 ans. — Celui-ci,
en mourant, confia le siège à un homme
de cette église appelé Theodosius.

A Constantinople, après Timotheus,
vint Jean, qui fut le 20e évêque ; il
vécut deux ans et demi et mourut en la
2° année de Justinianus. — Le 21e fut
Epiphanius, pendant 7 ans. Il mourut,
et alors ils firent passer à Constantinople
le bienheureux Anthimus de Trébizon-
de, à cause de sa vertu. Il y resta jusqu'à
ce qu'il l'abandonnât volontairement.

CHAPITRE [XXI]. — De Vépoque du commencement du règne de Justinianus II1.

Justinianus Ier (Justin) mourut après avoir accompli 9 ans et 20 jours de règne.

11 eut pour successeur Justinianus, fils de sa sœur, qui avait gouverné l'empire
avec son oncle pendant trois mois, et que son oncle établit empereur au moment
de sa mort. Il fut reconnu comme aùioxpaTwp à la fin du mois de tamouz (juillet)
de l'an 840 des Grecs, en la CCCXXVIP Olympiade. II régna 38 ans, 7 mois et

12 jours2.

[278] A cette époque régnait sur les Perses, le roi Qawad. — Celui-ci confia
son fils, pour apprendre à écrire, aux Manichéens de son pays». Or, les Mani-
chéens flattèrent l'enfant et l'entraînèrent dans leur confession. L'enfant fit la
promesse de favoriser la confession des Manichéens s'il obtenait le royaume.
Ils lui assurèrent qu'il régnerait par leurs prières. C'est pourquoi l'enfant et sa
mère allèrent trouver Qawad, et lui demandèrent de faire régner l'enfant de son
vivant. Le roi comprit d'où venait cette affaire et fut fort irrité ; car il craignait
que les Mages n'apprissent que le roi voulait détruire le Magisme. Il ordonna
de tenir un conseil4, et que les Manichéens s'y trouvassent. Quand l'assemblée
fut réunie, les Manichéens se réjouissaient, car ils pensaient que le fils du roi

1. Justinien Ior. Cf. ci-dessus, p. 169, n. 1. — 2. Cf. Land, III, 252. — 3. Cf. Malala, Patr. Gr.,
XCVII, 653; Theoph., ad ann. Chr. 516 ; Hist. du Bas-Empire, 1. XL, § xxrr. — 4. TiXsvrtov.

LIVRE IX. CHAP. XXI

191

allait régner. Alors le roi appela astucieusement l'évêque des Manichéens, et il
leur dit : « Je sais maintenant que vous nous aimez beaucoup, moi et mon fils ; et
que pour cela vous nous désirez ce bien. Maintenant mettez-vous tous à part d'un
seul côté, afin que nous avisions avec vous à faire régner mon fils. » En enten-
dant cela, les Manichéens se réjouirent vivement; ils se dévoilèrent et se mon-
trèrent avec orgueil; ils se réunirent tous : clercs et peuple. Alors, le roi
Qawad ordonna qu'ils soient tous passés au fil de l'épée. Ensuite, sur son ordre,
on les brûla tous. Ainsi moururent tous les Manichéens. —En outre [279] le roi
ordonna que partout où on trouverait un Manichéen, il fût brûlé. Et il donna
leurs églises aux chrétiens.

A cette même époque se trouvait aussi à Constantinople une foule nombreuse
qui partageait l'erreur de Mânî; et comme ils ne consentirent point à se conver-
tir de leur erreur, on les brûla dans le feu1.

A cette époque*, Belisarius fut envoyé combattre les Perses, dans la semaine
de la Passion du Sauveur. Le général des Perses lui fit dire : « Respectons la fête,
à cause des Nazaréens et des Juifs qui sont avec moi, et à cause de vous autres
chrétiens». Belisarius y consentit; mais les généraux des Romains murmu-
rèrent et n'acceptèrent point de respecter le jour de la fête. Ils se préparèrent au
combat la veille du dimanche des Azymes : ce fut un jour froid, et le vent (souf-
flait) contre les Romains.Ils se montrèrent faibles, et prirent la fuite. Beaucoup
tombèrent dans l'Euphrate et se noyèrent : le reste des Romains fut tué.

Ensuite Kosrau, fils de Qawad, régna sur les Perses2.

La mère de ce Kosrau avait été possédée du démon du vivant de Qawad3.Ne
recevant aucun secours des Mages et des incantations, elle vint trouverle moine
Moïse, qui habitait un couvent près de Dara, et fut guérie. Il lui donna une partie
des reliques du martyr Mar Cyriacus, et elle bâtit dans son pays un oratoire,
celui qu'on appelle couvent de Moïse de Tarmel.

Kosrau envoya des ambassadeurs à Justinianus, et ils firent la paix entre eux
[280] pour sept ans4.

Les Samaritains5 de Palestine se créèrent un chef, envahirent Naplouse, tuè-
rent l'évêque et beaucoup (de chrétiens); ils ramassèrent du butin, et brûlèrent
plusieurs églises. Pour ce motif, les Romains montèrent là et engagèrent le
combat avec les Samaritains. Ils s'emparèrent de la ville, tuèrent le chef des
Samaritains et une multitude d'entre eux. — Fin.

A cette époque», une croix lumineuse Au commencement du règne de ce

parut dans le ciel, du côté du Nord. Peu        Justinianus II, il prescrivit d'enlever les

1. Ps.-Den., ad ann. 842. — 2. Land, III, 258. — 3. Land, III, 261. — 4. Ibid; Jac. Edess.,
ad ann. 205. — 5. Land, III, 262; cf. Jac. Edess., ad ann. 207.
6. Jac. Edess., ad ann. 199.

192

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

de temps après, les Perses et les Taiyayê
vinrent jusqu'à Antioche et Apamée \ Ils
pillèrent les régions de ces villes et
firent descendre leurs habitants en
Perse.

Il y eut une sédition* à Constanti-
nople. Hypat[i]us fut massacré, et la
grande église fut brûlée'.

En la 3e année de Justinianus II, les
Perses et les Huns montèrent de nou-
veau, et mirent le siège contre Maipher-
qat ; mais ils ne purent s'en emparer*.
[278] Alors, la nouvelle de la mort de
Qawad, leur roi, étant arrivée, ils pil-
lèrent et brûlèrent toute la région des en-
virons, et s'en allèrent dans leur pays.

En la lre année de Justinianus II,
Agrîpâs5, roi desHérules6, vint le trou-
ver, avec sa famille et son sénat. Il se
convertirent au Christianisme. Il fut
baptisé à la fête de l'Epiphanie. L'em-
pereur Justinianus lui-même fut le par-
rain d'Agrîpâs, et lui donna de grandes
richesses.

A cette même époque, Gourdios7, roi
des Huns, vint aussi à la ville impériale
avec une armée nombreuse. Il se fit in-
struire et reçut le baptême. L'empereur
fut aussi son parrain. — Etant retourné
dans son pays, il se mit à briser les
idoles d'or et d'argent qu'ils adoraient.
Quand son frère et ses troupes virent
cela, d'accord avec les prêtres, ils lui
tendirent des embûches et le mirent à
mort. Ensuite, craignant que l'empe-

églises à toutes les hérésies, et de laisser
entrer et de recevoir les hérétiques,
quels qu'ils soient, dans les églises. En
enlevant les églises aux fauteurs des
hérésies, il en soumit un grand nombre
et les fit entrer dans l'Eglise.

Ensuite, il vit les maux causés par
ceux qui, du temps de son oncle, s'étaient
emparés des églises, avaient fait de
l'Eglise une maison de négoce, et avaient
excité la persécution contre les églises
sous prétexte de religion, en forgeant des
accusations contre(les fidèles), en ravis-
sant et pillant leurs biens ; et qui tous,
grands et petits, marchaient à leur
guise. [278] Justinianus comprit tout
cela, et il ordonna que la persécution
cessât, et que les persécutés revinssent
à leurs demeures. Beaucoup revinrent,
à l'exception des évêques qui ne ren-
trèrent pas dans leurs sièges.

L'empereur se préoccupait de la paix
des églises; cependant les péchés l'em-
pêchèrent. — L'impératrice fidèle, Theo-
dora, se préoccupait encore davantage de
la paix des églises et persuadait à l'em-
pereur d'y travailler. Dans la charité et
la foi, elle recevait et nourrissait les
persécutés dans une grande cour du pa-
lais de Hormizdas8 ; elle nourrissait plus
de cinq cents hommes, syriens et grecs,
quiavaientété chassés deleurs demeures,
et les visitait constamment. Quand le
patriarche saint Severus monta à la ville
impériale, elle le fit habiter et le nourrit

1. Jac. Edess., ad ann. 201. — 2. dtaenç. — 3. Jac. Edess.; ad ann. 202 ; cf. Land, III, 260. — 4.
Jac. Edess.. ad ann. 203.— 5. Ps.-Den., ad ann. 844 : u*a.i^|. — 6. Ps.-D, : Wow.-7. Ps.-D.,
ad ann. 845; texte, Rev. de l'Or, chr., 1897, p. 474.

8. Rebâti par Justinien, et ainsi appelé parce qu'il avait servi de résidence à Hormizdas, frère de
Sapor, lors de sa fuite à Cple.

LIVRE IX. CHAP. XXI

193

reur des Romains ne tirât d'eux ven-
geance, ils s'enfuirent dans une autre
région.

L'empereur Justinianus établit comme
loi, que les évêques, les économes, les
intendants ne pourraient rien donner en
héritage, excepté ce qu'ils avaient avant
d'obtenir ces fonctions. On devait inven-
torier tout ce qu'ils avaient, avant qu'ils
ne reçussent une charge quelconque,
afin que quand l'un d'eux mourrait, il ne
pût léguer que ce qui était à lui.

Il réunit aussi toutes les lois des em-
pereurs et les renferma en abrégé en
un [volumej dans lequel il exposa toute
la portée des lois du monde.

En la 2e année1 [279] du règne de Jus-
tinianus II, il y eut un violent tremble-
ment de terre dans lequel Pompeiopo-
lis* de Mysie3 [fut détruite]. Tout le sol
se fendit et s'ouvrit d'un côté à l'autre
de la ville, avec les maisons les habitants
descendirent vivants au sê'ôl. Le cri
douloureux de leurs clameurs s'élevait,
sans que personne pût les secourir en
quelque chose.

Antioche fut aussi renversée dans ce
tremblement de terre4 : ce fut pour la
sixième fois, quatre ans après avoir été
ruinée pour la cinquième fois. En même
temps que le tremblement de terre, la
voix d'un violent tonnerre retentit dans
les airs, et de la terre s'élevait une voix
d'effroi, comme celle d'un taureau qui
mugit. Toutes les églises furent renver-
sées ainsi que les maisons, neuves et

plusieurs années dans le palais, ainsi que
Theodosius, le patriarche Anthimus, et
la plupart des évêques persécutés. Elle
envoyait beaucoup d'or aux assemblées
des persécutés pour leur subsistance.
— Tandis que les évêques synodites
écrivaient5 des mensonges (à l'empereur)
et l'excitaient, elle l'apaisait par sa sa-
gesse. Elle fit encore beaucoup d'autres
choses en faveur des orthodoxes dans la
ferveur de sa foi.

Lors de la sédition du peuple, d'au-
tres douleurs survinrent aux fidèles. —
Le siège d'Alexandrie, qui était seul
en paix, (ut aussi atteint alors par la
tempête Il y eut un schisme parmi
les fidèles de cet endroit '. Deux partis
se formèrent pour le motif que voici :
[279] Quand Theodosius fut ordonné
patriarche, selon la loi apostolique, un
homme nommé Gayana, entraîné par la
passion du désir de la primauté, donna
de l'or aux citoyens pour qu'ils le de-
mandassent comme patriarche et chas-
sassent Theodosius. Theodosius s'en
étant aperçu s'en alla, et un évêque avec
des laïcs et des riches, installèrent
Gayana sur le siège (épiscopal) illégiti-
mement et toutàfait séditieusement. Ils
recherchèrent même Theodosius pour
le tuer, mais ils ne le trouvèrent point.
Quand l'empereur apprit ces choses, il
envoya un général avec 6.000 hommes
pour rétablir l'ordre. Il fit cela dans l'es-
poir qu'en rétablissant Theodosius sur
son siège, celui-ci accepterait son édit et

1. Ps-D., ad ann. 850; Land, II, 301. — 2. Ms. : Pamphilos. — 3. Lire : L.<»<»o>; èv tyj Muat'a
no^riioyTioXu (Malala, Patr. Gr., XCVII, 644). — 4. Ps.-D., ad ann. 851. Land, II, 301.

5. Lire : ^ûa. - 6. yijl ^ Ai, _ 7, Cf. Theoi»h., ann. Chr. 533 ; Cedren., ann. 14 Justiniani.

25

194

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

vieilles, et les villages des environs.
Quand on découvrit les gens suffoqués,
on en compta 4.770. Ceux qui échap-
pèrent s'enfuirent dans les villes et les
montagnes. La ville demeura abandon-
née pendant cinq mois, puis quelques
personnes y revinrent.

Ensuite, la même année, l'hiver fut ri-
goureux; et il y eut trois coudées de
neige. Ceux qui faisaient des Rogations
pendant cet hiver marchaient pieds nus
et se prosternaient le visage sur la neige :
aussi leur couleur se changea et se
transforma.

Tandis qu'ils faisaient ces Rogations,
un homme fidèle eut une vision1 pour
dire à ceux qui avaient survécu, à An-
tioche, qu'ils devaient écrire sur les
portes de leurs maisons, pour qu'elles ne
s'écroulassent pas : « Le Christ (est) avec
vous. Tenez-vous debout. » Ils écrivirent
ainsi sur les maisons et entrèrent dans
la ville avec le patriache Ephrem. [280]
Celui-ci informa l'empereur de ces
choses. L'empereur demeura dans le
deuil, et envoya de nouveau de l'or
pour la reconstruction de la ville ; il
ordonna de démolir le mur extérieur et
de bâtir un mur au milieu de la ville. Le
reste de son étendue demeura en dehors.
L'empereur ordonna aussi de creuser
en dehors du mur qui serait rebâti pour
créer un lit au fleuve, car le fleuve était
près du mur et passait d'un côté à
l'autre (de la ville). Ainsi le fleuve fut
encaissé * et passa dans le (nouveau) lit à
côté du mur de la ville qui [avait été re-

recevrait le Synode. Quand l'armée ar-
riva, Gayana prit la fuite et Theodosius
reparut. Ils le rétablirent sur le siège.
Deux mille hommes armés le proté-
geaient. Ensuite, Gayana fut pris, et l'em-
pereur l'envoya en exil où il mourut. Il
y eut un combat à Alexandrie et trois
mille hommes périrent, parce qu'ils
étaient divisés : une partie suivant Gayana
et une autre partie, Theodosius. Comme
le zèle des Alexandrins était véhément,
ils disaient ; « Theodosius * partage le
sentiment de l'empereur, tandis que
celui qui est exilé est orthodoxe. » Au-
cune de ces choses n'était vraie.

Il y eut à Alexandrie une hérésie,
sous le nom de Gayana, qui fut une
grave erreur. Des laïcs offraient le pain
au nom de Gayana, [280] et ils venaient
le prendre comme une oblation qui avait
été sanctifiée par lui. Au lieu du nom du
Christ, ils se laissaient séduire par le nom
de cet homme. On surprit* même des fem-
mes qui baptisaient elles-mêmes leurs
enfants dans la mer au nom de ce
Gayana.

Quand Theodosius fut renvoyé à son
siège, l'empereur lui demanda de rece-
voir le Synode. Il n'y consentit point, et
pour cela l'empereur l'exila.

Tandis que Theodosius était encore
sur son siège, saint Severus ^'illustrait
dans le désert.

Le bienheureux Anthimus fut trans-
féré malgré lui au siège de Constanti-
nople. Auparavant, il était évêque de
Trébizonde du Pont. C'était un moine

1. Texte du Pseudo-Denys : Rev. de l'Or, chrétien, 1897, p. 477. — 2. (Ps.-D.).
3. Ms. : Theodoros. — 4. iS1.

LIVRE IX. CHAP. XXI

195

bâti]. Ce qui se fît avec beaucoup de
travail.

Dans ce même tremblement de terre1,
le fleuve de l'Euphrate fut totalement
obstrué au-dessus de la région de Clau-
dia, par suite de la rupture de la mon-
tagne qui tomba dedans ; il causa l'inon-
dation et la destruction des campagnes,
car il revint en arrière. Ensuite le fleuve
s'ouvrit une issue en avant, dans son lit.

Dans ce tremblement de terre2, Lao-
dicée fut aussi renversée. Sept mille
cinq cents chrétiens et beaucoup de Juifs
y périrent. La partie gauche, où était la
grande église de la Mère de Dieu, ne fut
pas renversée, ni les églises des autres
parties.

Ephrem d'Antioche ne réprima ni ne
refréna sa malice; il ne redouta point le
châtiment; au contraire, il excitait l'em-
pereur contre les fidèles, et fit promul-
guer un édit de colère contre ceux qui ne
recevaient pas de lui la communion. Il en
envoya beaucoup en exil, et excita sans
pitié la persécution contre tout l'Orient.

Extrait de l'histoire de saint Seve-
rus*. — Tandis que saint Severus
était dans la demeure de l'impératrice
Theodora, Anthimus, patriarche de la
ville, désirait le voir. L'impératrice y
engageait le saint. Celui-ci attendit la
décision d'en haut; puis il y consentit,
et (Anthimus) vint. Quand il entra et
s'inclina, (Severus) lui demanda de
prier. Ceci est un signe de perspica-
cité spirituelle ; [281] car ce gardien

naziréen et ascète qui avait passé des an-
nées dans une grande abstinence, sans
goûter ni pain, ni vin, ni huile. Il avait
converti beaucoup de païens, et chacun
admirait sa mansuétude et son humilité.
Lorsqu'il fut requis d'accepter le Sy-
node, il abandonna son pallium et par-
tit. L'impératrice Theodora le cacha
dans son palais pendant 12 ans.

Quand Theodosius quitta son siège,
il vint aussi à la ville impériale et de-
meura pendant 10 ans dans le palais de
l'impératrice.

Quand saint Severus fut appelé par
l'empereur, pour l'affaire de l'union, il ré-
sida aussi dans le palais de l'impératrice ;
et ces trois patriarches se trouvèrent
dans la familiarité les uns des autres.

Saint Severus fut mandé par ordre de
l'empereur et de l'impératrice, en vue
de la paix des Eglises. Il y demeura
pendant un an et demi, démontrant la
vérité de la foi, et la transgression du
synode de Chalcédoine. L'empereur
réunit de nombreux controversistes pour
le convaincre. Plusieurs fois il les con-
fondit et montra qu'ils étaient schisma-
tiques et se trompaient : mais il n'obtint
aucun avantage, et ils ne se convertirent
point de leur erreur. C'est pourquoi,
il prit congé et s'en retourna avec
les moines qui l'accompagnaient. —
Fin.

igneux de l'orthodoxie ne priait point

1. Ps.-D., ad ann. 841. — 2. Land, II, 303 ; Ps.-D., ad ann. 852. — 3. Une vie de Sévère, avant
son épiscopat, par Zaeharie le Rhéteur, a été publiée par Spanuth, Dus Leben des Severus,
Gôttingen, 1893; trad. de Nau, Rev. de l'Or, chr., 1899-1900. Notre fragment vient probablement
de la vie rédigée par Jean Bar Aphtonia; cf. Wright, Cat. of. syr. mss., p. 855.

196

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

avec les hérétiques; Quand il eut prié, le saint répondit : « Amen! » —Lorsqu'il se
fut assis, le saint causa avec lui et lui dit : « Je loue ta conduite, qui est, peu s'en
faut, celle d'un être incorporel; et je prie pour qu'elle brille par la foi; car l'acquisi-
tion de chacune des qualités qui marquentl'homme de Dieu, privée de cette compagne,
est sans utilité. » ¦— Le saint vieillard lui répondit : « Je ne reçois point, ô notre
Père, le synode de Chalcédoine quant à sa définition de la foi, mais seulement quant
à la condamnation de Nestorius et d'Eutychès. » — Le docteur lui dit : « Si tu lui
attribuesl'expulsion deshérétiques, tu dois nécessairement lui reconnaître la foi; car on
ne peut réprimer les adversaires que par la foi saine, selon la loi proclamée par le
grand Paul*. » Et un peu après : « Si quelqu'un n'a pas la foi orthodoxe, il ne peut
ni reprendre, ni séparer8; celui qui pervertit la foi de Pierre, a perdu l'autorité de
celui à qui notre Sauveur a dit, après qu'il l'eut confessé Dieu3 : « Je te donnerai les
clefs du royaume des cieux; ce que tu lieras sur la terre sera lié dans le ciel, et ce
que tu délieras sur la terre sera délié dans le ciel. » Or, le synode qui a perverti la
foi de Pierre, n'a pas le pouvoir de lier, de délier ou de séparer. » — Le saint (évêque)
entendit ces choses et les écrivit soigneusement dans son esprit. Il sortit sur le
champ et abandonna tout : le siège, la chaire, les honneurs, la gloire; il se mit au
nombre des persécutés, bien mieux, devint leur patriarche et leur docteur.

[CHAPITRE XXII.] — De la réu-
nion des évêques et des moines qui eut
lieu à cette époque dans la ville im-
périale, et ce qu'ils firent.

Quand les évêques fidèles, qui avaient
été rappelés de l'exil dans la ville impé-
riale, en vue de la paix et de l'union, avec
une foule de moines zélés pour la reli-
gion, virent ce qui s'était passé, comme
nous l'avons raconté plus haut, ils écri-
virent à l'empereur une SiàOsaiç de sup-
plique ainsi conçue* :

« Autres et autres sont ceux qui cou-
ronnent ta tète de couronnes de lou-
anges, ô empereur victorieux! D'autres
prendront d'ailleurs l'occasion d'écrire

CHAPITRE [XXIII]. — De rassem-
blée des évêques et des moines qui
montèrent à la ville impériale : les
uns convoqués par l'empereur en vue
de l'union, comme saint Severus ; les
autres, par un zèle divin, comme Mar
Ze'ôra.

Le pape Theodosius n'obéit point à
l'empereur, n'accepta point le symbole
impie de Chalcédoine, quitta Alexandrie,
et se tint caché dans la ville impériale,
dans le palais de l'impératrice Theodora.
— Saint Anthimus abandonna aussi son
siège, dans un zèle divin, se condamna
à l'exil avec le pape5, et se tint caché au
même endroit. — Saint Severus fut

1. Cf. Tit,, i, 9. — 2. C'est-à-dire « excommunier ». — 3. Matth., xvi, 16 sqq.
4. Land, III, 273 sqq. — 5. L'évêque d'Alexandrie; cf. p. 185, n. 1.

livre rx. CHAP. xxrr et xxrrr

197

un discours de remercîment à cause de
tes bienfaits à leur égard. Pour nous,
qui avons été jugés dignes de vénérer
Ton Excellence, nous tressons une
splendide couronne de glorification, en
te rendant grâces. Alors que nous étions
dans le désert, et pour ainsi dire aux
confins de l'univers, ayant passé un
long temps dans la solitude, priant le
Dieu bon et miséricordieux pour Ta
Majesté, et pour nos péchés, Ta Mansué-
tude s'est inclinée vers notre bassesse,
et, par ses e'crïûs fidèles, nous a appelés
près d'elle. Et, chose prodigieuse pour
nous, sans attendre [d'avoir reçu]1 notre
présente pétition, mais par la philan-
thropie qui réside en elle, elle a souffert
avec nous qui souffrions, et elle a fait
cela sans que personne ait intercédé
pour nous.

« Pour nous, comme il nous convient
d'obéir lorsque nous recevons un ordre,
nous avons promptement abandonné le
désert8, et nous nous sommes mis en
route pacifiquement, sans faire en-
tendre un mot; nous sommes arrivés à
tes pieds, et nous prions Dieu, riche dans
ses dons, de récompenser pour nous Ta
Mansuétude et l'Impératrice ' aimant
Dieu, par d'excellents dons d'en haut;
de vous accorder la paix parfaite, de
mettre comme un escabeau sous vos
pieds tout peuple rebelle. Cependant,
en arrivant ici, nous avons rédigé pour
Votre Sérénité, un libelle de la vraie foi;
ne voulant pas adresser à quelqu'un une

rappelé du désert, par un édit de l'em-
pereur. Des évoques et des moines fu-
rent aussi convoqués, et d'autres montè-
rent de leur propre volonté, par zèle
pour la religion ; par exemple : saint Mar
Ze'ôra, qui, d'après son nom, était
petit4 par la taille du corps, mais était
grand et en surpassait beaucoup d'autres
par les sentiments.

Ce saint se tenait sur une colonne,
opérant [282] des prodiges et des mi-
racles, à l'instar de son maître, Habîb de
Paitar*. Les Synodftes /'ayant fait des-
cendre de sa colonne, parce qu'il ne
voulait pas communiquer avec eux, il
emmena avec lui dix de ses disciples, et
se rendit à la ville impériale. Il blâmait
l'empereur outre mesure, à cause de
l'introduction du Synode et de la per-
sécution de la foi. Il disait : [ « Le Sei-
gneur]6 te demandera compte de toutes
ceschosesau grand jour (du jugement). »
L'empereur   fut irrité, mais il n'osa
mettre la main sur le saint. Ayant perdu
sa modération, il ferma le poing et frappa
sur la poitrine du bienheureux en di-
sant : « Le Synode est vérfdique, et je
ne supporterai pas d'en entendre encore
parler en ces termes. Si vous étiez dans
la vérité, Dieu me montrerait un prodige
par vos mains! » Quand le bienheureux
entendit l'empereur dire ces choses et
menacer de mort quiconque anathéma-
tiserait le Synode, il fut enflammé de
zèle, se dressa en face de lui, et dit :
« Le Synode qui a divisé le Christ n'çst

1% Compl. : Û^aû Uo£>> (L). — 2. |pyx>. — 3. |£^*ài>.

4. Ze'ôra signifie « petit », en syriaque. — 5. "Voir la vie de Habîb, par Jean d'Asie (Land, II,
p. 4), et celle deZe'âra {ibid., p. 8, Î2 et suir.). — <?. Ainsi d'après la note marginale du ms.

198

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

parole inutile, comme il est écrit1, pour
ne pas fatiguer vos oreilles; car il est
très difficile qu'un homme persuade la
volonté [282] des autres, quand bien
même il fait briller la vérité. Donc,
comme dit l'Apôtre1, nous nous abste-
nons de discuter avec ceux qui n'admet-
tent point de discipline3. L'Apôtre dit,
en effet4 : « Nous n'avons pas une telle
coutume, ni l'Eglise de Dieu. » Donc,
victorieux empereur ! nous ferons con-
naître la liberté de notre foi, mainte-
nant aussi bien que dansledésert. Quand
nous avons reçu ton ordre, par l'inter-
médiaire du général5 Theodotus, nous
avons écrit et fait connaître ce que nous
pensions. Et Votre Majesté nous a donné
une véritable réponse, exempte de pas-
sion, puisque vous avez été touché de
pitié et que vous nous avez appelés près
de vous.

«Ayant été jugés dignes en cela de la
miséricorde de Dieu, nous informons
Votre Fidélité, que, par lagrâcede Dieu,
nos ongles étaient encore très tendres
quandnousavons reçu la foides Apôtres ;
nous avons grandi en elle et avec elle.
Nous pensons et nous croyons comme les
318 Pères, inspirés de Dieu", qui ont
écrit ' la foi vivante et salutaire, que les
150 Pères autrefois assemblés ici ont
confirmée, et qu'ont scellée les véné-
rables évêques d'Ephèse qui ont chassé
l'impie Nestorius. Nous avons été bapti-
sés et nous baptisons dans cette foi des
Apôtres, et cette intelligence du salut

pas seulement anathématisé par nous,
mais aussi par les saints anges. Et puis-
que tu demandes un prodige, sache
qu'il est écrit8 : «Les prodiges ne0 sont
pas nécessaires pour les fidèles. » Le
Seigneur ne fera pas paraître de signe
en dehors de toi. » — Le lendemain, le
signe qu'il avait demandé parut en lui-
même : frappé à la tête, il perdit l'esprit ;
une horrible inflammation couvrit son
visage. —- Cela ne fut pas connu de la
ville; mais l'impératrice manda au saint
de venir prier pour lui, afin qu'il se
relevât, et qu'aussitôt il ferait la paix
dans les Eglises. Le saint y alla, le vit,
[283] et lui dit : « Voilà le signe que tu
as demandé! ». Le bienheureux fit une
prière, et à l'instant l'empereur recouvra
l'esprit, il reconnut le bienheureux et lui
demanda de prier pour qu'il revînt à la
santé. Il fit tout ce que le saint lui pres-
crivit. Ayant été secouru et guéri (par
ses prières), la crainte du bienheureux
s'empara de lui, et il l'écoutait favora-
blement en toute chose. Cependant, il
ne rétablit pas les affaires de l'Eglise,
peut-être « parce que les crimes des
Amorrhéens n'étaient pas encore com-
plets10 »; mais il n'usa plus de violence,
et les fidèles tenaient ouvertement leurs
assemblées.

La renommée de saint Ze'ôra étant
parvenue jusqu'à Rome, à cause des pro-
diges qu'il opérait, Agapitios, patriar-
che de Rome, fut enflammé de jalousie.

Quand Ephrem d'Antioche entendit

1. Cf. Job, xv, 3 (?). — 2. II Tim., n, 23. — 3. Lire : IIU (L). — 4. I Cor., xi, 16. — 5. Soi%. —
6. Osocpopoi, —i 7. oaûol (L).

8. I Cor., xiv, 22. — 9. Rest. : U (BH). — 10. Cf. Gen.,'xy, 16.

LIVRE IX. CHAP. XXII ET XXIII

199

est solidement fixée dans nos cœurs ;
nous connaissons cette doctrine de la
définition de la foi, et nous n'acceptons
rien de plus; car elle est parfaite en
toute manière, ne vieillit pas, et n'a pas
besoin d'être renouvelée. Nous confes-
sons la Trinité adorable et sainte, égale
en nature, une seule vertu et dignité,
connue en trois personnes. Nous adorons
le Père, et le Fils unique, Verbe-Dieu,
engendre de lui éternellement avant les
temps, et qui est avec lui en tout temps,
sans changement, et le Saint-Esprit,
qui procède du Père et est consubstan-
tiel au Père et au Fils. Nous disons que
par la volonté du Père, l'une des per-
sonnes de cette Trinité sainte, Dieu le
Verbe, a pris un corps à la fin des temps
pour le salut des hommes, par l'Esprit-
Saint, de la Vierge sainte Marie, Mère
de Dieu : un corps animé d'une âme rai-
sonnable et intelligente, passible, con-
substantiel à nous; il s'est ainsi fait
homme, sans changer en rien comme
Dieu. C'est pourquoi, nous confessons
qu'étant consubstantiel au Père par la
divinité, il est consubstantiel à nous par
l'humanité. Donc, celui qui est le Verbe
parfait, Fils de Dieu, est devenu sans
changement homme parfait. Il ne man-
que rien à notre rédemption, comme l'a
prétendu l'insensé Apollinaire, (d'après
lequel le Christ)1 était privé des choses
principales pour notre rédemption.
S'il ne s'est pas uni notre intelligence,

parler du départ de Zecôra pour la ville
impériale, et des prodiges qui s'accom-
plissaient par ses mains; quand il apprit
que le pape Theodosius, thaumaturge,
dialecticien et saint, ami de saint Severus,
se trouvait aussi là ; quand il eut connais-
sance de la réunion de moines qui s'y
étaient rendus, il trembla et craignit,
surtout parce que Petrus de Jérusalem
n'était pas courageux, mais changeait
selon les temps.

Il arriva* qu'en ces jours, Sergius, le
grand médecin* de Rês'ayna, monta à
Antioche pour accuser Aschol[ius] *, évê-
que de l'endroit, auprès d'Ephrem.
Ephrem vit que Sergius était un homme
éloquent, versé dans la lecture des livres
grecs, [284] et dans la doctrine d'Ori-
gène. Il avait lu les traités des Docteurs
à Alexandrie ; il connaissait bien le sy-
riaque ; il était habile dans la médecine
corporelle , et fidèle par sa volonté ,
comme l'attestent le Prologue et le Com-
mentaire de Denys, et le Discours5 sur
la Foi, qu'il composa du temps du
fidèle Pierre. Cependant, dans ses
mœurs, Sergius était très adonné au
désir des femmes, débauch é et non pas
chaste; il était avide d'argent. — Or,
Ephrem lui promit d'accomplir tout
ce qu'il demanderait, pourvu qu'il allât à
Rome avec des lettres et en rapportât
d'Agapitus. Sergius alla donc à Rome et
porta à Agapitus les lettres d'Ephrem,
qui l'excitaient contre les fidèles. Aga-

1. La phrase est ici altérée ; sens d'après L.

2. Land, III, 289. — 3. àpxcaxpo;. Cf. sur cet auteur et ses ouvrages, Wright, Syriac Litteratur,
p. 88 sqq.; Baumstark, Lucubrationes syro^-grsecse ; Leipsig, 1874. — 4. L : ^.aoo|, Asyl[osJ? leçon
préférée par Kleynj Johannes van Telia, p. 59. — 5. X&yo?.

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

comme celui-ci le prétend, nous ne
sommes pas rachetés et nous devons être
privés, dans la rédemption, des princi-
pales parties de nous-mêmes. Mais il
n'en est pas ainsi qu'il dit. Dieu parfait
est devenu pour nous homme parfait,
sans changement, et Dieu le Verbe n'a
rien laissé de côté dans son Incarnation,
comme nous l'avons dit. Ce n'est pas un
fantôme comme l'a prétendu l'impie
Mânî, avec l'hérétiqueEutychès. En effet,
le Christ, la vérité même, qui ne sait pas
mentir et ne trompe pas, [283] puisqu'il
est Dieu, (nous montre) que Dieu le
Verbe s'est véritablement incarné, en
réalité et non pas en imagination, par
les passions naturelles et non coupables
qu'il a pour nous subies volontaire-
ment1 dans la chair passible, consubs-
tantielle à la nôtre; il a souffert notre
mort volontairement, et nous a procuré,
par sa résurrection divine, la vie incor-
ruptible2 et immortelle dans laquelle il a
restauré notre humanité. Et, de même
que Dieu le Verbe n'a pas fait incomplète
ou imaginaire l'incorporation, c'est-à-
dire l'humanisation, de même il ne l'a
pas partagée en deuxhypostases et deux
natures, selon la doctrine de l'anthro-
polâtre Nestorius et de ceux qui ontpensé
et pensent encore aujourd'hui comme
lui. Leur doctrine est détruite3 par la
foi de votre confession, en opposition
avec elle; car dans vos écrits vous avez
dit : « Dieu est apparu incarné; celui
qui est en tout semblable au Père, à
l'exception de la propriété de la pater-

pitus en fut d'autant plus réjoui qu'il était
déjà auparavant pris de jalousie contre
saint Mar Ze'ôra. Il partit et vint avec
Sergiusà Constantinople, au moisd'adar
(mars) de la 14e [indiction]4, alors que
s'y trouvaient saint Severus , Ànthimus,
Theodosius, Ze'ôra, et une multitude
d'autres saints moines.

A l'entrée de l'orgueilleux et arrogant
Agapitus, la ville fut saisie d'horreur;
le soleil se mit à s'obscurcir pendant le
jour, et la lune pendant la nuit, tandis
que l'océan agitait ses flots. — Tout le
sénat courut à sa rencontre.

Quand [Agapitus] parut devant l'em-
pereur, il fut très bien accueilli par lui,
car ils parlaient la même langue. Or, il
n'avait pas beaucoup lu les Ecritures, il
n'était pas instruit, il n'appelait pas la
Vierge « Mère de Dieu ». Il s'abstenait
de communiquer avec les patriarches
Severus, Anthimus [285] et Theodosius,
comme aussi eux (de communiquer) avec
lui. Il changea l'affection de l'empereur
pour ceux-ci. Avec violence et insolence,
il blâmait l'empereur de n'avoir pas fait
tuer et périr quiconque ne confessait
pas deux natures. En lui s'accomplit ce
qui est écrit6 : « L'insensé laisse tout
de suite paraître sa colère. » — Justinia-
nus montra ce qu'il convenait de faire
à son égard comme prêtre. Il le reçut
pacifiquement et humblement.

Agapitus pressait l'empereur de faire
contre quiconque n'accepterait pas le
Synode un édit6 (portant) : qu'on ne lui
donnerait aucune charge, que s'il en avait

1. Compléter : (?). — 2. Lire : tf> (L). •

4. TeaaapsCTxouôïxcm); |£a,a«a;«o^ (L). — 5. Prov., xn, .10.

— 3. Lire : ^Jôxso ....Uî* (L).
, — 6. Siaxafr;.

LIVRE IX. CHAP. XXII ET XXIII

201

nité, s'est fait consubstantiel a nous et
a été appelé Fils de l'homme ; un seul et
même était à la fois [Dieu et]1 homme,
qui nous est apparu, est né petit enfant
à cause de nous, s'étant fait homme pour
notre rédemption. » Si ceux qui luttent
contre nous adhéraient réellement à ces
(maximes) et ne les tenaient pas seule-
ment en apparence, ils consentiraient8 à
professer la même foi que nous, que vous,
etque nos saints Pères,inspirés de Dieu ;
ils cesseraient cette lutte continuelle.

« En effet, les Docteurs de l'Église,
pleins de sagesse, ont dit clairement
que le Christ est composé de Dieu [le
Verbe]3 uni à l'âme et au corps, dans
une âme raisonnable et intelligente.

« Denys VAréopagite, qui fut amené et
conduit, par Paul, des ténèbres de Ter-
reur à la lumière précieuse de la con-
naissance de Dieu, dit dans le livre qu'il
fit sur les Noms de la Trinité sainte1* :
«Nousla glorifionscomniephilanthrope,
et nous parlons convenablement de phi-
lanthropie, car elle s'est complètement
associée à tout ce qui est de nous, en réa-
lité, dans une de ses personnes5,attirant
à elle et élevant la bassesse de notre
nature,   de laquelle, ineffablement6,
Jésus, le simple, a été composé7 : et ce-
lui qui est éternel, au-dessus des temps,
a reçu une existence temporelle ; celui
qui surpasse tous les ordres et les na-
tures, s'est fait, sans changement ni con-
fusion, à la ressemblance de notre na-
ture. »

une on l'en chasserait, qu'il ne serait pas
admis à témoigner ni à faire un testa-
ment.

A propos de Mar Ze'ôra,il dit à l'em-
pereur : « Pourquoi laisses-tu ici ce sé-
ducteur syrien, qui bouleverse le monde
par ses incantations? » — L'empereur
dit: « Que lui ferai-je; car c'est un vail-
lant, qui ne tremble point devant
les hommes. » — Agapitus dit : «Laisse-
moi, et je ferai en sorte qu'il se soumette
ou qu'il quitte tous les pays. » — L'em-
pereur dit : « Fais comme tu pourras. »

On était aux premiers jours du Jeûne.
Le saint était parti au TCpôaorstov de
Syca?8, qui se trouve sur l'autre rive,
où l'impératrice lui avait donné une
place, et où il résidait. — L'audacieux
Agapitus lui manda : « L'empereur et le
patriarcheont prescrit ou quetu viennes,
ou que j'aille près de toi. Si tu n'obéis
pas, tu ne resteras pas en ce lieu. »

— Le bienheureux répondit : « Nous
[286J avons pour règle de ne recevoir
personne en ces jours et de ne pas faire
de correspondance9. Aussi notre porte
est-elle close. Attends donc jusqu'au
Jeudi-Saint, où nous ouvrons la porte;
Dieu fera ce qu'il sait [convenable]10. »

— Quand Agap[it]us entendit cela, il fut
rempli de colère et commanda au magis-
tros de l'amener enchaîné.

Celui-ci s'y rendit dans unebarque11,
avec une troupe; mais quand il arriva a
l'autre rive, le vent souleva la barque et
le bateau18,qui revinrent à l'endroit d'où

1. U'^o lov^ on P o« (L). — 2. Lire : ^iCs*» (L). — 3. Sic L. — 4. Patr. Gr., t. III, col.
592. — 5. $7to<TTà<7îwv. — 6. «ppriTCuî;. — 7. ô ànXîO; 'Ir|<7où<; (tuvstIOy) .

8. Lire : u»aoott; ïuxaf, région au-delà de la Corne d'Or, auj. Galata. — 9. àuôxpcffsiç. — 10.
Ho»      (BH). — 11. 3p6[Awv, — 12. xapaêtov.

II. 26

202

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

« Athanase, dans son livre sur la Foi,
appelle « composition » l'union du Verbe-
Dieu avec la chair animée. Il parle ainsi1 :
« Quel est donc l'attachement à l'infidé-
lité de ceux qui parlent d'habitation au
lieu d'incarnation ; et d'opération hu-
maine au lieu d'unité* et de composi-
tion * ? »

« Si donc, d'après nos saints Pères,
auxquels adhère Votre Sérénité, ce-
lui qui était simple et non composé,
Dieu le Verbe, a pris un corps de la
Vierge Marie Mère de Dieu, et s'est uni
hypostatiquement une chair animée et
intelligente, l'a faite sienne, et s'est com-
posé avec elle dans l'Incarnation, il est
clair que d'après les ss. Pères, nous de-
vons confesser une seule nature de Dieu
le Verbe qui s'est incarné et s'est fait
homme parfaitement. Or, celui qui aupa-
ravant était simple, Dieu le Verbe, [284]
n'est pas reconnu comme composé, si on
le divise après l'union en parlant de deux
natures. Car, de même que l'homme en
général, qui est constitué par des na-
tures différentes : l'âme, le corps et le
reste, ne doit pas être partagé en deux na-
tures, parce que l'âme entre en composi-
tion avec le corps pour constituer l'uni-
que nature et personne de l'homme ; de
même, Dieu le Verbe, qui est uni hypo-
statiquement et qui est composé avec la
chair animée, ne peut pas être « deux
natures » ou « en deux natures ». Il ne
peut être divisé à cause de son union et
dé sa composition avec la chair. Il faut,

ils étaient sortis. Cela arriva par trois
fois. Le magistros s'irrita4 contre les
bateliers5. Dès qu'ils se furent un peu
avancés, une sorte d'éclair sortit, tou-
cha le bateau et lui enleva, d'une extré-
mité à l'autre, une pièce de bois qui
s'éleva dans les airs aussi haut que l'œil
peut voir.

Alors les malheureux comprirent que
Dieu lui-même agissait par les prières
du bienheureux. A peine purent-ils s'en-
fuir6 en hâte. Ils firent connaître toutes
ces choses à celui qui les avait envoyés.
— Cet impie continua à blasphémer. Il
continua à tendre des embûches aux
fidèles. II déposa, comme de sa propre
autorité, saint Anthimus, et établit
à sa place un homme d'Alexandrie
nommé Maina7. Ils prononcèrent des
anathèmes contre saint Severus, Theo-
dosius, Anthimus et Ze'ôra, et pro-
clamèrent que la Vierge Marie ne de-
vait pas être appelée Mère de Dieu.
Quand l'empereur l'apprit, il le blâma.
Le Seigneur Je frappa cruellement dans
sa langue, qui se gonfla, s'épaissit et
sortit hors de sa bouche ; il ne pouvait
la rentrer dans sa bouche. A cause de
cela, elle fut coupée deux fois par le
médecin ; elle se corrompit et se putréfia.
Sontourment dura jusqu'au Jeudi-Saint,
(jour) auquel le bienheureux avait fixé le
rendez-vous, en disant : « Le Seigneur
sait ce qu'il fera ». Ce jour-là, le misé-
rable succomba. La crainte s'empara
de ceux qui le virent; et ses partisans,

1. Cf. Patr. Gr., XXVIII, 124. — 2. I^a-. — 3. œn\ Ivwfféioç xoù auvOêaeùç.
4. ûùq-U. — 5. Ipûso»» dromonarii (L). — 6. Lire : a£bâL|. — 7. My]v5ç.

LIVRE IX. CHAP. XXII ET XXIII

203

selon la parole de nos saints Pères, aux-        couvcrtsdeconfusion, disaient : « Ze'ôra
quels Votre Piété adhère, que Dieu le        a fait des incantations à Agap[it]us et Ta
Verbe, qui était auparavant simple, soit       tué ! » — Que sa mémoire soit en malé-
composé, à cause de nous, avec une chair        diction ! — Fin.
animée et intelligente, et soit devenu
homme sans changement. On doit donc

proclamer une seule nature et hypostase de Dieu incarné, et reconnaître une seule
opération du Verbe-Dieu, dans les choses sublimes et glorieuses qui conviennent a
Dieu et dans les choses viles et humaines. Comment donc nos frères1 peuvent-ils ne
pas s'appliquer à annuler les choses que Léon a écrites dans son Tome? »

Ils exposèrent les passages* de Léon, de Nestorius, de Theodorus, de Diodorus, de
Theoderetus et du synode de Chalcédoine, qui proclament deux natures après l'union
et l'incarnation de Dieu le Verbe, et deux hypostases; et ils les réfutèrent par les
témoignages des Pères, qui ont considéré et enseigné en divers temps dans l'Église
une 3 nature et une personne du Verbe de Dieu incarné. J'omets de les écrire parce
qu'ils se trouvent dans l'ouvrage contre les diophysites.

A la fin, ils dirent : « Nous ne recevons ni le Tome, ni la définition de Chalcédoine!
Car nous observons la définition que les Pères réunis à Ephèse ont portée (en ces
termes)4 : « Nous réprouvons et anathématisons ceux qui oseront faire une autre défi-
nition de la foi, en dehors de celle de Nicée qui a été établie en l'Esprit-Saint ».
— Ceux de Chalcédoine ont méprisé cette définition et les canons, comme le montrent
les Actes5 de cet endroit, et ils sont eux-mêmes tombés sous le blâme, pour avoir
fait à nouveau une définition de la foi qui est contraire à l'enseignement des Doc-
teurs, qui maintenant aussi croyons-nous, supplient avec nous Ta Mansuétude de
venir en aide à la vérité de leur foi, puisque tu honores les combats8 du sacerdoce de
ceux dont l'Eglise se glorifie »

L'empereur lut ces (paroles), et bien des choses furent dites pendant une année et
plus, par les évêques fidèles. — L'archimandrite Jean Bar Aphthonia y était, et les
mit par écrit.

L'empereur ne mit point hors de l'Eglise le synode de Chalcédoine. Saint Se-
verus écrivit une lettre à l'empereur, dans laquelle il expose pourquoi il s'est abstenu
de se rendre près de lui; elle commence par les mots : « Le Verbe-Dieu ».

Le patriarche Theodosius, les évêques qui l'accompagnaient et une foule de
moines allèrent de nouveau trouver l'empereur. Il les reçut en paix et concorde, et
ils se retirèrent contents. Lorsqu'ils retournèrent le lendemain, ils trouvèrent beau-
coup [288] d'adversaires préparés à la controverse, et après avoir conféré longue-
ment, ils se retirèrent victorieux. Le troisième jour, quand ils eurent agité beaucoup

1. L. : « des gens ». — 2. xpifaeiç. — 3. Lire : (L). — 4. Cf. ci-dessus, p. 57. — 5. Treirpayaiva.
— 6. àywvsç. — 7. (L).

204

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

de questions au sujet de la foi, l'empereur comprit qu'ils tenaient la vérité; les ad-
versaires furent tous consternés et craignirent que l'empereur ne se laissât convaincre
par leur vérité. Les orthodoxes se retirèrent dans la joie. Alors, les partisans du
Synode allèrent trouver l'empereur et lui dirent : « Que Votre Miséricorde ne se
laisse pas entraîner après ces hommes peu nombreux; car dans leur parti, il n'y en a
pas d'autres que ceux qu'elle voit. »

Quand l'impératrice Theodora apprit cela, elle intima l'ordre aux fidèles de se
réunir pour la confusion des hérétiques; et ainsi un clergé composé d'environ six
cents hommes entra saluer l'empereur. Chacune des choses qui avaient été dites par
les hérétiques fut examinée par eux.

Le jour de la fête de Pierre et Paul1, le peuple de la ville, qui avait appris ce qu'a-
vaient dit les hérétiques, se réunit et vint au (palais de) Hormizda, à l'Hippodrome.
Beaucoup d'entre eux s'en retournèrent, car le moment était venu où on faisait des
distributions et des largesses, par les mains d'Archelaus* (?) qui était sur le point
d'être envoyé h la guerre.

Quand ils virent les troupes armées de cuirasses3, de boucliers et de glaives, ils
crurent que l'empereur avait donné l'ordre de les massacrer. Ils furent saisis de crainte
et s'enfuirent. Ceux qui étaient enflammés de zèle s'exposèrent d'eux-mêmes à la
mort, en restant dans l'hippodrome, ce qui signifie « course de chevaux». —Ils étaient
environ 18 ou 20 mille. Quand l'empereur descendit pour la prière, ils criaient et
disaient : « Il n'y a qu'une foi pour les Chrétiens! »; et ils répétèrent cent fois cette
parole. Lorsque l'empereur apprit qui ils étaient et ce qu'ils demandaient, il pleura
ainsi que les sénateurs, et leur ordonna de se taire. Ils se mirent alors à crier : « Oui,
seigneur! que sous ton règne, nous soyons tous rapprochés en une seule Eglise. » Puis
ils crièrent encore : « Nous confessons que celui qui est né de la Vierge, et a été cru-
cifié pour nous, est Dieu ». Et ils répétèrent cela cent fois. — Ils crièrent encore :
« Dieu, qui as été crucifié, donne-leur l'intelligence pour qu'ils pacifient ton Église. »
— Après plusieurs autres choses, pleurant et levant les yeux au ciel, ils crièrent :
« Seigneur, aie pitié de nous ! » ; et, épuisés par les cris et les pleurs, ils tombèrent la
face contre terre. L'empereur les fit relever et parla pacifiquement avec eux.

Ils se réunirent encore une seconde fois, et dirent et entendirent les mêmes choses.
Tout ceci en l'an 850.

Les évêques, les moines et de nombreux solitaires montèrent de nouveau (à
Constantinople) au sujet de l'union. Ils combattirent pour la vérité.

Une réunion de moines égyptiens vint aussi : ils disputèrent, réfutèrent, et virent
qu'il n'y avait aucun moyen d'arriver à la paix ; et ils s'en allèrent*. — Une impor-
tante assemblée 5 de scholastiques, de moines,.<|e grammairiens, monta de nouveau,

1. Le 29 juin. — 2. Le nom est incertain ; ms. : Aiditqlios. Cf. ^ooUa,!, Land, III, 286, 20 (?).
3. Çaêa. — 4. Land, II, 390. — 5. Land, ibid. ; Ps.-Den. ad ann. 869.

LIVRE IX. CHAP. XXIV

205

avec les patrons des navires 1 qui amenaient les blés du demosion, en vue d'un exa-
men. L'empereur engagea la discussion sur la foi avec les patrons des navires.
[286] Ceux-ci répondirent : «Nous sommes des hommes habitués à lutter avec la mer,
et non h nous mêler aux discussions. » Quand les scholastiques et les moines apprirent
cela, ils montèrent discuter. L'empereur fut étonné ; car il était habitué lui-même à la
discussion et pensait que personne ne pouvait lui résister. Quand il vit qu'ils lui ré-
sistaient, il se tut. Ils furent là environ un an, discutant victorieusement. Mais,
voyant qu'ils n'avançaient à rien, que plusieurs saints avaient appris par révélation
que cela ne servirait de rien, que saint Severus s'abstenait et était retourné au dé-
sert, que les évêques fidèles allaient secrètement se cacher chacun de son côté : les
moines retournèrent chacun à son pays.

C'est ainsi que ces réunions prirent fin, sans avoir rien fait ; peut-être que dans les
desseins secrets et insondables de Dieu, ces choses avaient pour but de préparer la
victoire aux hommes sincères, qui devaient être couronnés et triompher dans les
combats de la patience.

Je supplie donc tout lecteur intelligent qui se rencontrera avec le temps, de réciter
pour moi : « Jésus notre Dieu (qui avez dit :) Pardonnez, et on vous pardonnera ; re-
mettez, et on vous remettra »... avec le reste de ce qui suit ces paroles. Et parce que je
sais que mes fautes * sont nombreuses, je supplie d'autant plus instamment. Ceci en
l'an 1909*.

CHAPITRE [XXIV] DU LIVRE IX. — De Vépoque de Justinianus II (Ier); et
des choses qui arrivèrent après rassemblée.

Tandis que Justinianus II était dans la ville impériale, [287] Domnus* se ré-
volta5 contre lui à Carthage6. L'empereur envoya assiéger le tyran, et le fit ame-
ner enchaîné

En l'an 11 de Justinianus8, qui est l'an 850 des Grecs, une grande et effrayante
comète apparut, bien des jours, au moment du soir. Et en cette même année,
la paix entre les empires fut rompue. Kosrau9, roi des Perses, monta et pilla la
ville de Soura, ainsi qu'Antioche, Alep, Apamée et leurs régions, très cruelle-
ment. — Les Romains descendirent en Perse et pillèrent la région des Qar-
dawayê, des Arzanéniens, des 'Arabayê.

1. Lire : Ij^ooU :r vavxXïipot. — 2. Lire — 3. 1598 de notre ère. Date du ms. d'Orfa.

4. Domnos. Bar-Hebraeus a la même leçon. Land, III, 287,47 (Prog., B. V., Il, 16 :

Aofxvïxoç) ; c'est au contraire le nom d'un transfuge africain. Il s'agit de la révolte de Gélimer. Cf.
Hist. du Bas-Empire, 1. XLII, § îv et suiv. — 5. — 6. Ms. : Qartagena. — 7. Jac. Edess., ad
ann. 209; cf. Land, III, 287.', — 8. Jac. Edess., ad ann. 215. — 9. Sur ces diverses expéditions
de Chosroès, cf. Hist. du Bas-Emp., 1. XLVI, § i-xxr, xi/vm-u.

206

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Kosrau monta de nouveau avec une grande armée1, fît des captifs à Callinice,
ainsi que dans tout le pays de Mésopotamie, et s'en retourna.

Kosrau monta de nouveau contre Edesse; n'ayant pu s'en emparer, il pilla
Batnan et s'en alla*. Il n'y eut personne pour élever la voix et pousser un cri,
comme il est écrit.

Kosrau monta de nouveau, et les armées des Perses mirent le siège contre
Antioche3, qu'ils prirent, incendièrent et pillèrent complètement. Ils enlevèrent
jusqu'aux plaques' de marbre qui étaient incrustées dans les murs, et firent
descendre (les captifs) dans leur pays, où ils bâtirent une ville qu'ils appelèrent
Antioche. — Ephrem s'enfuit dans une grande terreur, et se cacha pour ne pas
rencontrer quelqu'un de connu. Peu de temps après, il mourut, tandis qu'il
était caché; il fut privé de la vie d'ici(-bas), mais là(-haut) il est réservé pour la
justice. — L'empereur Justinianus pleura grandement sur Antioche. — Fin.

Ephrem, en apprenant ces choses5,
et que Severus et Anthimus n'avaient
pas [287] été acceptés, accentua sa ty-
rannie et demanda h l'empereur une
armée pour l'emmener avec lui en
Orient, « de sorte que, (disait-il,) quand
nous exhorterons par la parole et enga-
gerons les habitants des villes et des
villages à recevoir le synode de Chalcé-
doine, nous soumettions par la force
ceux qui ne se laisseraient pas persuader
par le discours. » Il circula, soumettant
ceux-ci par les promesses, ceux-là par
la crainte de l'exil, et chassant les autres
d'un lieu à un autre.

Il enleva le bienheureux Jean de Telia,
de la montagne de Singar, et l'enferma à
Antioche, où il finit sa vie en prison8.

Paulus, qui succéda à Theodosius
d'Alexandrie, pendant un an environ,

Tandis que le pape Theodosius de-
meurait caché dans la ville impériale, il
faisait des ordinations pour toutes les
églises de l'Egypte. — Jean, évêque de
Telia de Mauzelat, [287] faisait les ordi-
nations pour l'Orient.

Les Chalcédoniens établirent à Alexan-
drie un certain Paulus, surnommé Bar
Cursus. Au bout d'un an ils le déposèrent
et établirent Zoilus7.

Quand Agapitus8 de Rome mourut
par le châtiment de Dieu, le 55e (évêque)
fut Silverius, pendant 6 ans; et ensuite
Vigilus9.

Dans l'année même, Zoilus d'Alexan-
drie fut déposé, et Apollinarius lui
succéda10.

Du temps de Justinianus on découvrit
le corps du martyr Marinus, en dehors
de Gindaris, village de la région d'An-

1. Jac. Edess., ad ann. 221. — 2. Jac. Edess., ad ann, 227. — 3. Ps.-Den., ad ann. 850. —
4. Ps.-D. : l^l&S.

5. La disgrâce des monophysites ; cf. p. 204-205. — 6. Cf. Land, II, 175; III, 315.
7. Land, III, 316 : Hli. — 8. Ms. : Agiptos. — 9. Ms. : Big(ï)los, cf. Joh. Ephes., ad ann. 215,
216. — 10. Joh. Ephes., ad ann. 215. — 11. Mai.ala, Patr. gr., XCVII, 664.

LIVRE IX. CHAP. XXIV

207

blâmait son archidiacre, h cause de la foi
orthodoxe; il l'étouffa dans les bains, et
emprisonna son fils, de peur qu'il ne
parlât de la mort de son père. —
Paulus ajouta encore à l'iniquité, en
faisant jeter dans les bains, pour les
chauffer, beaucoup de fidèles qui ne par-
tageaient point son impiété et ne rece-
vaient pas le Synode. Beaucoup mou-
rurent ainsi dans un supplice inconnu
même parmi les païens.

Or,il arriva que le fils de l'archidiacre
s'enfuit de prison, monta à la ville im-
périale et fit connaître ces choses à l'im-
pératrice qui en informa l'empereur1.
L'empereur fut ému, ainsi que toutes ses
armées, de la cruauté de ces actes. Il or-
donna que Paulus soit chassé et jeté en
exil. Il eut pour successeur Zoilius', de
Palestine. Celui-ci, voyant que son pré-
décesseur avait été réprouvé et chassé à
cause de sa cruauté, s'abstint de persé-
cuter [288] les fidèles. Mais par la suite,
il fut aussi trouvé coupable d'actions
honteuses3 et fut déposé.

Ephrem d'Antioche* bâtit l'église
Ronde et les quatre triclinia qui y sont
annexés. Quand il en fit la dédicace, il
réunit 132 évêques de sa juridiction,
qui tous confirmèrent par écrit le synode
de Chalcédoine et anathématisèrent,
comme s'il en avaient eu le droit, saint
Severus et quiconque n'adhérait pas au
Synode.

Dieu, qui juge les oppresseurs, fit
passer sur lui et sur sa ville les Assy-

tioche, et il fut déposé dans le temple
de Mar Julianus, dans le pays d'Antioche.
On trouva son corps fixé sur une plan-
che, avec de grands clous par tout le
corps3. — Comme il opérait des mira-
cles et des prodiges, il était honoré par
toutes les confessions.

A cette époque se trouvaient dans la
ville impériale de nombreux païens6;
ils furent malmenés : ils se convertirent
au christianisme et reçurent le baptême.
L'un d'eux, homme connu et notable,
appelé Phocas, voyant la rigueur de l'in-
quisition, prit pendant la nuit un poison
mortel et mourut. L'empereur ordonna
qu'il fut enseveli comme un âne.

En l'an 15 de Justinianus7, Dieu visita
les régions d'Asie, de Carie, de Lydie,
de Phrygie, par l'intermédiaire de l'évê-
que Jean, surnommé d'Asie, chroniqueur
diligent. Soixante dix mille âmes furent
évangélisées par lui, sur les instances de
l'empereur Justinianus. L'empereur
fournissait en grande abondance les dé-
penses, et les vêtements du baptême. A
cause de cela, ils furent instruits selon
l'opinion [288] de Chalcédoine, parce
que le saint qui les convertissait jugeait
qu'il valait mieux qu'ils quittassent l'er-
reur du paganisme même pour le chalcé-
donisme. — Que celui qui voudrait sa-
voir exactement combien de labeurs, de
sueurs, de miracles et de prodiges écla-
tants causèrent leur conversion, lise le
livre que le saint lui-même a écrit sur leur
évangélisation. — C'est pourquoi Mar

1. ^fc^. _ 2. Ms. : Euzolios. —3. Lire : Iwu. — 4. Land, III, 323; cf. Jac. Edess., ad ann. 214.
5. e-^wv xoaà toxvtoi; xoO <rwy.axoç aÛTOÛ y^ou; ffiSrçpoOî, sî; cravtSa rtapanXwOeî;. —6. Ps.-Den. ; « en l'an
19 de Justinien ». Texte Rev. de l'Or, chr., 1897, p. 479. — 7. Ps.-Den., ad ann. 853 ; cf. op. cit.

208

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Jean fut appelé « d'Asie », et surnommé
« le convertisseur des païens ». Il a
aussi écrit soigneusement et très lon-
guement sur tous les événements qui
survinrent de son temps parmi les rois
de la terre, et dans les Eglises.

riens, comme ilest dit dans le prophète1 :
« Assur est le fléau de ma colère; je
l'ai envoyé contre un peuple trompeur,
faire des captifs et piller le butin. »
Kosrau, roi des Perses, monta contre
eux, s'empara d'Antioche et la détruisit
complètement. Il emmena en captivité
tous ses habitants et les conduisit en

Perse. — L'empereur Justinianus, en apprenant cela, se vêtit de noir, et le maudit
Ephrem prit la fuite.

[CHAPITRE XXV.] — Ici nous plaçons les lettres des trois saints patriarches,
qui montrent clairement, pourquoi ils abandonnèrent leurs sièges, par zèle pour
la religion et pour la conservation de la foi véritable*.

Lettre de saint Anthimus, patriarche
de Constantinople, à saint Severus, pa-
triarche d'Antioche3. — « A notre véné-
rable et saint frère et collègue le pa-
triarche Severus : Anthimus. Salut en
Notre-Seigneur. — Quand je remets
dans mon esprit la parole de Notre-
Seigneur, qui dit4 : « De celui à qui on
a confié davantage, on redemandera
davantage », et la parole du psaume5 :
« Qui montera à la montagne du Sei-
gneur? Qui se tiendra sur sa montagne
sainte ? »,et comment doit être celui qui
est consacré au Seigneur, selon le pré-
cepte de l'Apôtre8, je ne suis pas dans
une crainte médiocre. Car, si parmi les
grands patriarches l'un se nomme
« poussière et cendre 7 », et l'autre (se
nomme) « ver de terre et [non pas]
homme8 », que dirais-je, moi, vil et mé-
prisable? La perturbation des saintes

Lettre de saint Severus en réponse à
s. Anthimus9, — « A notre très vénérable
et saint frère et collègue, le patriarche
Anthimus : Severus. Paix dans le Sei-
gneur! — A cause des lettres que m'a
adressées Ta Chasteté, l'apôtre Paul me
fournira le début (de celle-ci) et je dirai
très opportunément : « Grâce à Dieu pour
son don inénarrable10»; car prompte-
ment, et en même temps que tu étais pro-
mu au siège du trône patriarcal de la
ville impériale, tu as jugé que tu devais
mépriser, pour la vraie piété, la gran-
deur de la primauté, qui est pour d'au-
tres l'occasion de trahir leur foi. A ceux
qui veulent s'attacher aux préceptes
divins, et, comme il est écrit, suivre le
Seigneur, des sentiments convenables
sont inspirés : aux diacres, aux prêtres,
aux patriarches, selon le rang de leur
sacerdoce.

1. Cf. Is., x, 5, 6. — 2. Cf. Evagr., H. E., IV, xi ; Niceph. Call., XVII, vin.
3. Land, III, 292 sqq. — 4. Luc, xrr, 48. — 5. Ps. xxir, 3. — 6. Cf. I Tim., m, 1. — 7. Gen.,
xvin, 27. — 8. Lire : U>;» Wo (L) ; Ps. xxr, 7.
9. Land, III, 297. — 10. II Cor., ix, 15.

LIVRE IX. CHAP. XXV

209

Églises afflige mon âme. Des hommes
attachés aux occasions du péché, a/ors
même qu'ils ont Tair d'éviter le chan-
gement et la confusion : ce qui n'est pas,
séparent et divisent Dieu le Verbe, qui
est un et indivisible, qui s'est incarné
sans changement. Et pour cela, je suis
dans une grande tristesse. Comme dit
le psalmiste dans le psaume1 : « La
tristesse s'est emparée de moi à cause
des pécheurs qui ont abandonné ta loi ».
L'espérance en Dieu [289] me donne de
la joie; j'ai confiance qu'il tiendra ses
promesses : qu'il nous donnera, à nous
pauvres, ce dont nous avons besoin, non
parce que nous sommes ses amis, mais
à cause de l'importunité *, et qu'il ven-
gera tous ses élus. C'est lui qui a gardé
Ta Sainteté, par le moyen des combats,
des sueurs apostoliques, des doctrines
spirituelles dont la grâce l'a favorisée,
comme une pierre inébranlable, pendant
longtemps, pour nous et pour les saintes
Eglises, en vue du fondement immuable
de la foi. Dieu lui-même donne l'éléva-
tion aux humbles, la grandeur aux pe-
tits, la force aux faibles, et comme dit
le divin Apôtre3 : « Nous avons tous
besoin de la grâce » ; et ces choses ont
été accomplies dans la faiblesse par la
vertu divine4. Dans ses desseins ineffa-
bles, il a aussi conduit Notre faiblesse
à devenir le chef de l'Église sainte de
la ville impériale. Nous louons donc sa
bonté, et nous vous demandons, ô véné-
rables, de prier le Christ-Dieu d'aider
notre bassesse. Or, chacun a sa dési-

« Ainsi, le patriarche Abraham, après
s'être fixé en nombre d'endroits diffé-
rents, vint en un lieu; et il buvait abon-
damment au puits qui s'y trouvait et qui
était nommé <> le Puits des serments ».
Comme il fit avec les barbares voisins de
cet endroit un serment et un pacte, et y
planta une plantation superbe et fructi-
fère, de peur que son esprit ne s'y at-
tachât, il invoqua en cet endroit le nom
du Seigneur, Dieu éternel, qui lui avait
dit : [289] Que ton esprit ne se laisse pas
entraîner par l'éclat des choses visiblesB»
et, dans le charme délectable de ce qui
se voit, n'oublie pas Dieu qui est seul
éternel. Les choses visibles réjouissent
les yeux, délectent le palais, et dispa-
raissent. — L'Écriture raconte ceci* :
« Abraham planta un champ auprès du
Puits des serments, et invoqua en ce lieu
le nom du Dieu éternel. » Quelques-
uns ont interprété un  champ planté
d'arbres ; d'autres un champ ensemencé.

« De la même manière, après que Ta
Sainteté eut siégé en d'autres endroits,
tuas été amené, comme à un champ très
productif, au « Sommet des serments »,
je veux dire au siège de la ville impériale,
orné desapparences 'mondaines, t'abreu-
vant de l'opulence qui y coule abondam-
ment. Quand tu t'es aperçu que quel-
ques-uns voulaient t'entraîner à un es-
prit détestable, hors du symbole pur,
irréprochable et excellent de la foi or-
thodoxe, l'œil de ton intelligence n'a
point été offusqué par l'éclat de ce
monde, ni par la gloire de ses vanités8

1. Ps: gxviii, 53. — 2. Cf. Luc, xi, 8. — 3. Cf. Rom., m, 24. — 4. Cf. II Cor., xu, 13.
5. |La*|.9       y&w,v$L i^ilt U» (L). — 6. Gen., xxi, 33. — 7, çavraffi'ou. — 8. uoio-^soi (L).

II. 27

210

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

gnation1; (celle) des prêtres est de prê-
cher l'Evangile. Parlez, prêtres ! [dirai-
je]*, et puisque vous êtes montés sur la
montagne, [annoncez]* la paix antique
et spirituelle et l'effusion de la charité!
Je suis d'accord avec vous, ô saints!
Me réjouissant de votre union et d'être
attaché à vous par un lien spirituel,
selon les lois ecclésiastiques, je confesse
qu'il n'y a qu'une seule et unique pro-
fession de foi. »

Et après avoir écrit toute la définition
il dit : « Avec ces trois saints Synodes
je reçois en outre Y Henoticon de Zenon,
qui a été fait pour l'annulation du sy-
node de Chalcédoine ».

Et après avoir récité la foi au sujet de
l'Incarnation et anathématisé les héré-
sies, il dit à la fins : « Sur ces doc-
trines apostoliques et divines, irré-
prochables, ô notre frère saint, je te
donne la main dans une union que je gar-
derai jusqu'au dernier soupir ; car je ne
consentirai pas à l'union avec ceux qui
pensent autrement. Basilius dit, en
effet : « Celui qui communique avec les
hérétiques sera privé du paradis. » —
Je sais, que vous aussi, vénérables, qui
gardez ces (doctrines), vous avez depuis
longtemps à (en) souffrir. Qui donc a ainsi
de nos jours [290] supporté 4 des com-
bats, a ainsi changé de place en place,
pour ne pas laisser ébranler sa foi? En
toi, je vois les Docteurs de l'Église :
car tu as fort bien placé manifestement
la lampe sur le candélabre, en la faisant
briller par l'action et par la parole. Il

passagères; mais, imitant la foi du
patriarche Abraham, tu as invoqué là le
nom du Seigneur, Dieu éternel, auquel5
nous devons rendre compte de nos ac-
tions, et tu as dis, comme l'Apôtre6 :
« Les choses visibles appartiennent au
temps et les invisibles à l'éternité ; »
nous sommes appelés à celles-ci, nous
avons cru et nous avons été baptisés en
elles; si nous espérons seulement pour
cette vie dans le Christ, nous sommes
les plus malheureux de tous les hommes.
Il appartenait à Ta Charité de nous an-
noncer ces choses par tes écrits canoni-
ques et ecclésiastiques : tu as fait ce qui
était convenable. Nous nous sommes
grandement réjoui, et nous nous réjouis-
sons avec toi, comme disait Paul en écri-
vant aux Philippiens7. Nous tenons la
même foi que tu as écrite, et nous ne con-
naissons qu'une seule définition de la
foi : celle des 318 Pères de Nicée.

« Le Verbe et le Fils de Dieu (engen-
dré) du Père, splendeur et Fils de son
essence, consubstantiel à lui et à l'Es-
prit-Saint, s'est incarnépour notre salut,
dans un corps consubstantiel à nous,
animé d'une âme intelligente, sans
changement, car il n'a pas changé ou
mélangé dans sa propre nature la chair
qu'il a prise. Des deux natures : la di-
vinité du Verbe et l'humanité qu'il a
formée par l'Esprit-Saint de la Mère de
Dieu, [290] parfaite et non amoindrie,
un seul Emmanuel est apparu, qui est
le Christ, Fils et Seigneur. La per-
sonne8 unique et la nature du Verbe

1. Litt. : aliorum alia significatio. — 2. Compléter : 'Jîo\ ; et : |»o>= o><*> (L). — 3. Land, III,
296, 22. — 4. L : j^..

5. Ce qui suit n'est pas dans Land (III, 298, 1. 13). — 6. II Cor., îv, 18. — 7. Philipp., n, 17.

8. 7ïp6<îu>7lOV,

LIVRE IX. CHAP. XXV

211

convient donc que Ta Sainteté, pour ces
motifs, nous fasse jouir de ses doctrines
en échange de nos lettres.

« Prie pour moi1, ô vénérable, afin
que le Christ-Dieu, par tes saintes
prières, me dirige en tout selon son
bon plaisir, pendant les jours qui me
restent à vivre, qu'il me délivre des
épreuves qui me sont imposées, et me
juge digne de sa miséricorde ; puisque
je marche dans cette foi et que je com-
battrai pour elle, selonla petite forcequi
est en moi, afin qu'il me confesse, con-
formément à sa parole évangélique2,
devant son Père qui est aux cieux. Je
demande la paix de la fraternité qui est
près de toi; celle qui est avec moi de-
mande ta paix dans le Seigneur. Porte-
toi bien dans le Seigneur, et souviens-
toi de moi, ô très vénérable ! »

Réponse du pape Theodosius à saint
Severus patriarche du siège apostolique
d'Antioche'. — « Au vénérable et très
saint patriarche, Mar Severus : Theodo-
sius. Salut en Notre Seigneur. — Assu-
rément, ô prince qui m'est cher par-
dessus tout dans le nom du Christ4 et
gardien inébranlable de la foi pure !
c'est un bienfait de notre époque, d'avoir
montré aux saintes Églises de Dieu
votre constance. Aussi, sommes-nous
dans une grande confiance, et espérons-
nous conserver près de nous le modèle
irréprochable que nous possédons en
Votre Excellence'. Mais je ne sais ce
qu'on doit tout d'abord admirer davan-

incarné, ne se divise pas en deux natures
après l'union. L'incarnation n'a pas fait
disparaître non plus la diversité intelli-
gible6 des natures qui ont concouru à
l'union ineffable ; mais l'Incarnation est,
et doit être reconnue par ceux qui
examinent dans la foi ce grand mystère,
exempte de division et de confusion. Il
est semblable à nous, en tout, excepté
le seul péché. N'ayant pas réprouvé la
ressemblance des passions commu-
nes'!?) : il s'est incarné ; et (cependant)
il possède l'impassibilité, puisqu'il est
demeuré le même Dieu qu'il était. Dans
la chair, en effet, il a souffert volontai-
rement les passions non répréhensibles :
la faim, la soif, la fatigue de la route, et
celles qui viennent de l'extérieur, je
veux dire : les coups, le soufflet, le
percement des mains et des pieds sur
la croix par le fer ; mais non pas Dieu le
Verbe qui existait avant les mondes,
impassible et immortel. Comment pou-
vait-il en venir à l'épreuve de nos pas-
sions autrement qu'en s'unissant hypo-
statiquementuncorps passible etmortel?
L'effort des passions arrivait jusqu'à
celui qui souffrait ; mais il était émoussé
et impuissant contre l'impassibilité de
la divinité. Ainsi, nous nous glorifions
que Dieu qui a souffert dans la chair
était nôtre; et par sa soumission à la
mort, il nous a délivrés et nous a procuré
une captivité salutaire, mais il n'était
pas privé de l'impassibilité divine. Nous
ne disons pas non plus ceci : « il a

1. Passage supprimé par Zacharie le Rhéteur. — 2. Cf. Ma.tth., x, 32. — 3. La.nd, III, 303. —
4. ; L porte : U»»**o» lxa*>o « rocher du Christ »! — 5. vOStojk**»» (L).

G. La distinction logique. — 7. Lire : ^ to\>, ou 1û<^' (?)

212

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

tage en Votre Excellence. Qu'il y a-t il
en vous qui soit petit ou ait besoin d'être
loué davantage? Si j'admire les belles
actions de votre vie brillante, l'excel-
lence de la piété m'attire vers elle, et la
pureté glorieuse de la foi orthodoxe
demande justement à précéder1 toutes
les autres (vertus), et votre application
à un grand labeur temporel en vue de
Dieu, et votre migration d'un lieu à un
autre, et tout ce que vous avez préféré
souffrir' pour que la foi orthodoxe ne
soit pas changée. En cela même, bien
des fois, avec Paul, par les [291J actions
tu as crié3 : « Qui me séparera de
l'amour de Dieu ? Les angoisses ? ou la
calamité? ou la persécution ? ». Mais de
quel côté* devons-nous placer l'exacti-
tude de votre enseigement par lequel les
erreurs sont réfutées, l'astuce radica-
lement arrachée, ceux qui ont la vraie
foi délivrés et transplantés dans l'ortho-
doxie. Il me semble entendre le Christ-
Dieu lui-même te dire ce qu'il disait au
divin prophète Jérémie 5 : « Voici que j'ai
placé mes paroles dans ta bouche; voici
que je t'ai suscité aujourd'hui sur les
peuples et les royaumes pour arracher,
et pour démolir, et pour renverser, et
pour épuiser, et pour bâtir, et pour
planter » ; et ces autres paroles qu'il di-
sait à propos de Paul6 : « Il est pour
moi un vase d'élection, qui portera mon
nom devant les rois, les peuples et les

souffert », selon l'apparence et l'imagi-
nation.

« J'emploie' très à propos, avec ceux-
ci, les paroles8 de l'Ecclésiaste ; et en
conséquence, ceux qui'se sont écartés de
cette voie royale pour s'en aller dans la
voie tortueuse, et qui se réjouissent dans
des détours mauvais, ainsi qu'il est dit
dans l'Ecriture —je parle selon l'esprit
des Proverbes9, — nous les plaçons sous
l'anathème, selon la loi donnée tout
d'abord h l'Église par les Apôtres. Avec
le manque d'expérience dans la recher-
che10, on souffre d'une maladie persis-
tante et indélébile comme la lèpre.

« Si quelqu'un dit que les Chapitres de
Cyrillus, qui ont frappé l'hétérodoxie
de l'artifice de Nestor[ius] sont, selon la
prophétie d'Habacuc11, des traitsrapides
de lumière qui ont traversé l'univers et
l'ont éclairé, [291] il ne se trompe pas.
Il en est de même de tous ses ouvrages,
accompagnés de toute l'exactitude et la
splendide sagesse des doctrines divines,
qui procure la liberté, et, selon ce que
dit le Seigneur à Job4î : « Qui nous sont
réservés pour le moment delà lutte et le
temps du combat contre les ennemis. »

« La loi de l'Église exige non seule-
ment que nous confessions la doctrine
orthodoxe, maisaussi que nous condam-
nions par l'anathème le blasphème qui
lui est contraire, comme le montre le
symbole des 318 (Pères).

1. .>o0,oL (L). — 2. ^aooL,. — 3. Cf. Rom., viti, 35. — 4. Peut-être l>a>^? cependant L a aussi
Nû^. — 5. Jekem., I, 9, 10. — 6. Act., xi, 15.

7. Land, III, 299, 1. 15. — 8. Ces paroles se trouvaient dans la phrase antérieure qui appartient
à la partie de la lettre que l'auteur n'a pas transcrite : ij3*^ ^ ^^^o aâaoas^ kà. ^ot^vo « Istis
nihil addendum, ex eis nihil minuendum » (cf. Eccl., ni, 14). — 9. Cf. Prov., n, 14. — 10. (.aoo^a.
— 11. Cf. Hab., m, 11. — 12. Job, xxxvni, 23.

LIVRE IX. CHAP. XXV

213

empires, et devant tout Israël. » Ces pa-
roles s'appliquent h toi, ô Père divin! Il
est peut-être facile d'admirer ces choses :
il n'est pas facile de les accomplir
justement. Ainsi donc, maintenant, par
les labeurs vigilants de ta sainte âme,
des bienfaits ont été procurés à l'Eglise
de Dieu; car, par le Christ-Jésus, ceux
qui étaient auparavant éloignés sont
rapprochés. Le vénérable Anthimus,
qui resplendit par ses œuvres et par sa
foi1, le souverain pontife, le pasteur de
la ville impériale, est devenu volontai-
rement notre compagnon, h vous et à
nous, et il suit notre foi orthodoxe; car
il s'est empressé de repousser le piège
de l'adulation, il a foulé aux pieds la ri-
chesse temporaire et instable, il a cru
que la grandeur humaine n'était rien, et
il a proclamé librement la foi ortho-
doxe et infaillible. Combien nous nous
sommes réjoui de ce qui était arrivé,
combien nous avons loué Dieu, quelle
fête spirituelle nous avons célébrée, ô
Père honorable ! il est impossible de le
dire par la parole.

« II a fait des promesses dans des
écrits canoniques, qu'il a envoyés à notre
trône évangélique*. Ainsi que Ta Sain-
teté nous l'avait annoncé par ses lettres,
en ce qu'il a écrit, il a fait connaître3
l'exactitude de la foi saine et ortho-
doxe4; il a réprouvé par ses anathèmes
toute l'astuce hérétique. Il a promis
[292] de confesser ces choses avec nous ;

« Je me réjouis de communiquer en ce-
la avec Ta Sainteté, par une adhésion
inséparable, et avec ceux-là seulement
qui pensent ou disent ces choses; [ceux
qui pensent ou disent autrement]5 je les
repousse comme répudiés et étrangers
à notre communion. Je fuis l'insanité
qui se trouve en eux, ainsi que dit
Malachie6, comme la chose qui nous
rend étrangers à la familiarité du
Christ et donne à plusieurs l'occasion de
pécher, comme l'a dit un homme pé-
nétré de la sagesse divine7 : « A cause
de leur manque de jugement, plusieurs
ont péché. » Si nous nous en tenons à
cette garde et à cette conservation, et
si nous la prêchons à ceux qui dépen-
dent de nous, nous leur entendrons dire :
« De bonnes paroles sont comme un
rayon de miel, leur douceur est la gué-
rison de l'âme8 ». — Puisque tu as pré-
féré combattre le bon combat, que tu as
confessé une bonne confession, crie
comme le divin Habacuc0 : « Je me tien-
drai à mon poste, et je marcherai sur la
pierre. » Méprise ceux qui sont entraî-
nés ,0 en bas; et s'ils te placent sous la
malédiction et l'anathème, dis à Dieu
avec David 11 dans la magnificence :
« Ceux-ci maudiront : et toi tu béniras !
Ceux qui s'élèvent contre moi seront
couverts de confusion : et ton serviteur
se réjouira! » Car1*,ceux qui confessent
la foi saine, selon la parole de l'Apôtre13,
« sont parvenus à la montagne de Sion,

1. ILaua.ovao (L). — 2. C'est le titre du siège d'Alexandrie dans ces documents, en souvenir de
l'évangéliste S. Marc. — 3. \*>o1 oCss» ^4ao (L). — 4. (L).

5. Une ligne a dû être omise par le copiste; ajouter d'après L : ^*;so!o <«v}k*5 lus»)?-]» ^*Wo. — fi.
L : ;.*>| yaU» â|, ; cf. Mal., ii, 6 (?). — 7. Baruch, nr, 28 (?) — 8. Prov., xvr, 25. — 9. Cf. Hab., tr,
1. — 10. L : <^Cs*>. — H. Ps. cvm, 28. — 12. fc^âl (L). — 13. Hebr., xir, 22,

214

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

il a déclaré qu'il était en communion
avec ceux dans la communion desquels
notre sainte Eglise se réjouit, et qu'il les
proclamait avec nous. Il a promis de dé-
tourner son visage de ceux dont nous
détournons notre visage; il a anathéma-
tisé nommément le concile de Chalcé-
doine et la lettre de Léon. Et quand
nous avons examiné diligemment, comme
il convenait, les écrits que cet homme
nous avait adressés, et que nous avons
scruté minutieusement toutes choses,
nous avons constaté qu'il ne s'éloignait
en rien de la vraie foi, et nous nous
sommes réjoui de ce que là aussi quicon-
que est notre ennemi serait transpercé.

u Nous avons été très étonné de votre
décision à ce sujet. Car nous avons
trouvé que les choses qui ont été écrites
canoniquement à Votre Sainteté par le
vénérable Anthimus, au sujet des doc-
trines divines, étaient d'accord avec
celles qui nous ont été écrites. Quand
nous avons reconnu que tels étaient les
écrits d'adhésion et de communion de
saint Anthimus, comme le prophète en
son temps, je me suis écrié1 : « Que les
cieux se réjouissent en haut, et que les
nuées fassent pleuvoir la justice; car le
Seigneur a eu pitié de son peuples ». De
tels bienfaits ont été envoyés à la sainte
Eglise de Dieu, et nous avons reçu
l'affaire les mains tendues, et nous avons
couru vers ces pactes ; nous avons admis
très joyeusement dans notre communion
cet homme vénérable, et nous avons

à la ville sainte du Dieu vivant, à la Jé-
rusalem céleste, à l'assemblée des my-
riades d'anges, à l'Eglise des premiers-
nés qui sont inscrits dans les cieux. »
Comment quelqu'un pourrait-il de la
terre jeter et lancer un trait contre
ceux qui font partie de l'Eglise du
ciel? C'est en vain qu'il sue, et sans
utilité qu'il tend son arc ; ets'il a l'audace
de tirer contre le ciel, les traits qui sont
lancés retomberont sur lui ; car nous
avons aussi entendu un homme sage
dire que « celui qui jette une pierre en
haut, la jette sur sa tête8 ». Seulement,
attendons jusqu'à la fin, [292] revêtus
de la cuirasse de la foi orthodoxe *,
ceints de toute part du glaive de l'esprit"
et de la ceinture de la paix6, comme dit
l'Apôtre.

« J'informe notre collègue, Mar Theo-
dosius, le saint pape et archevêque d'A-
lexandrie, qui travaille apostolique-
ment, qui soutient7 la lutte, et court le
danger8 à cause de la parole orthodoxe
et des œuvres qui lui ont été confiées.
Il multiplie continuellement le tra-
vail en vue du mérite. Il se réjouira cer-
tainement de la nouvelle. En lui écri-
vant comme tu nous as écrit, étant d'ac-
cord 9 sur ces choses, il écrira une ré-
ponse dans des lettres de communion,
selon les définitions et les lois des saintes
Églises. C'est pourquoi, il convient à Ta
divine Charité d'avoir soin d'accomplir
d'elle-même, la même chose à son égard.
Ce sera pour toi, selon la prophétie

1. Lire (?); L : — 2. Is., xlv, 8.

3. Eccli., xxvn, 28. — 4. I Thess., v, 8. — 5. Eph., vi, 17. —
xt'vSvvoç. —9. Littér. : a manus unionis tenet ».

6. Eph., iv, 3. — 7. — 8.

LIVRE IX. CHAP. XXV

215

échangé avec lui des lettres dans les-
quelles nous avons exposé la foi véritable
et paternelle, et avons dévoilé la per-
versité de foi et la faiblesse d'esprit des
impies. — Afin de faire savoir à ceux
qui viendront par la suite pourquoi nous
avons communiqué avec lui, nous en-
voyons à Votre Paternité des exem-
plaires de ces (lettres), car nous ne vou-
lons pas que vous ignoriez quelque chose
de ce qui nous concerne, et surtout
de ce qui regarde notre sainte église,
et je le dirai forcément, de ce qui con-
servera et procurera au siège évangé-
lique l'honneur principal qui lui est dû.

« De même que dans les lettres qui
nous ont été écrites vous avez manifesté
votre âme sainte, vraiment digne, et sou-
cieuse que tout [293] se fasse selon le ju-
gement et la volonté de Dieu, je fe-
rai connaître ouvertement mon opinion.
Mon principal honneur, qui me réjouit
beaucoup, est l'honneur même qui vous
est justement rendu par tout le monde.
J'ai donc confiance, ô notre vénérable
Père! que j'accomplis, sans divergence,
les choses qui vous plaisent ajuste rai-
son, à cause delà sainte Eglise, songeant
combien les choses qui peuvent secourir
l'Église sont agréables k Votre Paternité.
Qu'elle ne cesse donc pas d'agir et de
conseiller. Mais il en est ainsi. En ce
qui nous concerne, ô notre Père saint et
honoré! j'aurais voulu vous faire con-
naître aussi par ces lettres dans quelles
angoisses nous sommes présentement,

d'Isaïe « un mur et un avant-mur >>. —
Je salue la fraternité qui est près de toi ;
celle qui est avec moite salue en Notre-
Seigneur. »

Du même saint Severus à Theodo-
sius*. — «A notre vénérable et très
saint frère et collègue, l'archevêque Mar
Theodosius : Severus. Paix en Notre-
Seigneur ! — Dans le livre inspiré des
Juges, c'est-à-dire des saftê*, il est écrit
que le juge Judas invitait à une asso-
ciation de guerre4 le juge appelé Siméon,
son frère, et le pressait de faire une
alliance fraternelle, en ces termes3 : « Et
Judas dit à son frère Siméon : Viens
avec moi dans mon héritage. Et Siméon
alla avec lui. » Pour moi, je n'invite pas
ta tête fraternelle et sainte à une com-
munion de guerre, ni à une communion
de combat, ni à quelque alliance pour
une portion d'héritage ; mais plutôt à une
communion de paix et de concorde, pour
la seule utilité6 de l'Église,que le Christ-
Dieu a acquise par son sang.

« Comble du prodige ! Saint Anthi-
mus, l'archevêque qui [a mérité] ' de gou-
verner l'église de Constantinople qui lui
est échue en partage8, a brisé les liens et
les lacets de la rébellion hérétique. II a
réfuté tantôt les embûches de l'impiété,
tantôt son arrogance ; il tient notre com-
munion, professant la foi saine, dans la
pureté et l'éloignement de la communion
avec les adversaires. Il a fait un long
discours, [293] et il a envoyé à ma fai-
blesse, par écrit, un pacte de communion.

1. Is., xxvr, i. —» 2. Land, III, 301. — 3. Sufètes\ nom sémitique signifiant «juges ». — 4.
C'est le sens du contexte (Jod., i, 3 sqq.); littér. : « participatio sortis ». — 5. Jud., r, 3. — 6.
^>La> ,~ (L). — 7. Chez Land, on lit simplement : V^J»> v*©k*| ILa^»-» &ojj»> 1L*S\» ow. — 8. Cor-
riger : ©ik£*o.

216

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

et la malice humaine, et les violentes
calomnies qu'on forge contre nous, pour
que nous partions volontairement en
abandonnant la sainte Eglise, ou que
nous soyons chassés de force par les
autres, et que nous leur donnions encore
ici l'occasion de tromper l'Eglise; car
ainsi, vous qui souffrez beaucoup avec
nous, nous vous aurions excité à prier
pour nous. Mais il ne faut pas que nous
ajoutions le fardeau au fardeau ni la
charge à la charge. Je dis donc seu-
lement, en exposant la grande nécessité :
en vérité, nous avons grand besoin de
vos saintes prières1; et si tu n'arrives
par tes saintes supplications à nous
rendreDieu propice, sache,ô notre Père,
que nous avons déjà perdu tout espoir.
Non pas que quelque chose de l'exacti-
tude de la foi ait été amoindri, à Dieu ne
plaise! ni que nous ayons perdu l'éner-
gie de la lutte pour la vraie foi; mais
parce que nous serons chassé de notre
pays, et [les églises]2 seront livrées aux
impiétés.

« Les(choses3) dont(j'ai parlé) dans ma
réponse, à propos des exigences chalcé-
doniennes, car je me sers maintenant de
vos paroles prudentes, sont arrivées en-
tièrement près de vous, sages serviteurs
deDieu, J'ai fait savoir ouvertement etj'ai
dit avec liberté que j'aimais mieux subir
tous les maux que d'abandonner quel-
que chose des doctrines ou des coutumes
des Pères, que nous conservons dans
notre conduite pour la solidité et le

Il a établi la rectitude de la confession
sans amoindrissement, et il a anathéma-
tisé complètement quiconque est héré-
tique ou schismatique. Son opinion ne
s'éloigne pas des préceptes et des aver-
tissements du Seigneur, que les saints
Pères ont laissés comme de saintes lois
que nous devons tous considérer soi-
gneusement, en disant, à l'imitation de
Job, éprouvé dans ses œuvres et sa
vertu* : « Considérant la justice, je ne
serai pas négligent. »

« C'est pourquoi j'ai accueilli avec
bonne volonté et diligence, comme un
don de Dieu, ce qui est arrivé, etj'ai pro-
noncé cette parole du Livre saint : « Au-
jourd'hui nous connaissons que le Sei-
gneur est avec nous; de sorte que tous
les peuples de la terre sauront que la
vertu de Dieu est puissante. » Ces choses
sont écrites dans Josué5, fils de Noun. »

« Il convenait, certes, que saint Anthi-
mus courût tout d'abord à votre trône
évangélique et vous offre les prémices
de l'union. La nécessité du temps, l'é-
loignemcnt du lieu, et aussi la crainte6
des événements, a changé l'ordre : car
cela s'est fait mystérieusement. Tu'con-
nais, comme les docteurs des divines
doctrines, ce qui est dans le récit écrit
par Jean le Théologien, en plus des
autres évangélistes8 : « Alors que les
portes étaient fermées par crainte des
Juifs et que les disciples étaient réunis,
Dieu, notre Sauveur Jésus, apparut mi-
raculeusement à l'intérieur, les portes

1. La suite manque chez Zacharie. — 2. Le plur. fém. semble exiger ce mot. — 3. Ou : « Les
gens » (?).

4. Job, xxvii, 6 (?) — 5. Cf. xxu, 31 ; îv, 25. — 6. Ou « la précipitation »? — 7. Lire : &l (L). —
8. Joh., xx. 19.

LIVRE IX. CHAP. XXV

217

maintien indéfectible de la foi véritable
et apostolique, pour la réfutation et la
destruction de toute maxime [2941 vaine
et profane. — Je demande la paix de la
fraternité qui est près de toi ; celle qui
est avec moi demande ta paix, en Notre-
Seigneur. Je prie le Seigneur que tu sois
en bonne santé et que tu te souviennes
de moi, ô notre frère saint! »

De la letti'e de Theodosius à Anthi-
mus1. — « Et comment se fait-il, ô pon-
tife sage et vigilant, que tu paraîtras avec
l'assurance que donnent  les œuvres,
devant le Créateur de l'univers et le Dieu
sauveur, en criant comme le divin pro-
phète Jérémie* : « Je ne me suis pas
fatigué, car j'ai marché après toi ; je n'ai
pas désiré le jour de l'homme », sinon
parce que tu as méprisé l'honneur des
hommes, et qu'avant tout tu as conservé
la religion? Ce qui a été fait par Ta
Sainteté est incontestablement grand.
Tous nos fidèles l'admiraient déjà; ils
l'admireront encore par la suite lors-
qu'elle sera proclamée ajuste titre dans
toutes les saintes Églises. Aucune autre
(vie) n'est plus sublime que votre vie
apostolique, vraiment grande et sainte3.
A toi, qui par l'effort incessant de l'as-
cétisme as mortifié tes membres terres-
tres, pour parler comme l'Écriture, et
qui peux dire avec Paul4 : « Je suis cru-
cifié avec le Christ, ce n'est plus moi
qui vit maintenant : mais le Christ vit
en moi; » il appartenait vraiment de

demeurant fermées, et se tint au milieu
d'eux en disant : La paix soit avec vous !
— Je joins à cette lettre et j'envoie5
maintenant à Ta Sainteté, sous l'empire
de la crainte des juifs (c'est-à-dire) des
hérétiques, un exemplaire de l'écrit
d'union 6 entre moi et le religieux7 pon-
tife dont il a été parlé plus haut. Et d'ail-
leurs 8, le religieux prêtre et économe
Theopemtos0 vous a [déjà]fait connaître 10
l'histoire de cet événement ; il a parti-
cipé lui aussi avec nous, à cette résolu-
tion 11 et à cette affaire,dont je crois que
ta piété :e réjouira, surtout quand vous au-
rez vu les écrits canoniques des pactes.

« Sache, ô homme vénérable, qui m'est
cher par dessus tous, que les exigences
des Chalcédoniens ne diffèrent en rien
de celles de Nahas l'Ammonite vis-à-vis
des enfants d'Israël11. Ceux-ci disaient :
[2941 « Fais un pacte avec nous, et nous
serons tes serviteurs » ; et il répondit
par cette parole barbare : « Je ferai un
pacte avec vous pour vous arracher à
tous l'œil droit et faire de vous l'oppro-
bre d'Israël >>. Nous avons donc besoin
d'une grande vigilance et d'une foi im-
muable, de prières etde supplications1*»
pour que celui qui garde Israël ne s'en-
dorme pas et ne sommeille pas, et qu'il
fasse retomber l'opprobre sur ceux qui
prospèrent et   s'enorgueillissent; de
sorte qu'il n'y ait ni dérision ni op-
probre pour ceux   qu'ils entourent;
comme le chante David quelque part u.

1. Land, III, 309. — 2. Jér., xvii, 16. — 3. Je lis avec L : U*;oo M. — 4. Gai., ir, 20.

5.  L>>t*. — 6. |La*£^ |ûol'ûa (L). — 7. Lire : lov^ (L). — 8. uâvirw;. — 9. L : ^i^û9|i ;

rest. : ^>c^q3o|L (?) — 10. s^jol *fO (L). — 11. Lire : ^a«.a (L). — 12. Cf. I Sam., xi. — 13.
Lire : lltûa (L). — 14. Ps. xxt, 13 (?).

ii. 28

218

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

considérer, à l'exemple du grand Moïse,
la grâce du Christ comme un bien plus
précieux que les trésors de ce monde, et
de préférer souffrir [avec]1 le peuple de
Dieu, plutôt que de posséder le plaisir
passager du péché.

« En effet, moi qui suis faible, je pense
que je subis toutes les difficultés qui
m'arrivent à cause de mes péchés, puis-
que je suis condamné à voir l'Église
qui est sous la juridiction du trône évan-
gélique, qui maintenant subit tant et de
si grands maux qu'il n'est pas facile de
l'exprimer. Pour le moment, je dis,
comme disait le divin Paul2 « Plus les
souffrances du Christ croissent en nous,
plus notre consolation augmente dans
le Christ ». — J'ai pu éviter3 à peu près
toutes les calamités qui menaçaient.
Quelles actions de grâces pouvons-nous
rendre à Dieu , encore maintenant [295]
j'emploie les paroles apostoliques4, pour
le grand secours qu'il a accordé à ses
saintes Eglises, en te constituant leur
soutien et le premier champion de la
religion ? Tu as fais voir, ô vénérable !
que tu étais familiarisé avec cette sainte
parole du Seigneur qui ditb : « Ne crai-
gnez pas ceux qui tuent le corps, mais
ne peuvent tuer l'âme; craignez plutôt
celui peut perdre l'âme et le corps dans
l'enfer », et que tu juges que & les souf-
frances temporelles ne sont pas compa-
rables à la gloire future qui doit être
manifestée en nous6 ». Ainsi, quand votre
lumière spirituelle brille de la sorte de-

De plus en s'écartant des choses divines,
ils feront périraussi leschoseshumaines ;
car rien n'est stable pour les infidèles
et les ennemis de Dieu. — Toi qui pos-
sèdes l'intelligence des choses divines,
tu comprendras celles qu'on vient de
dire. »

Lettre à"Anthimus à Theodosius"1. —
« A notre vénérable et très saint frère et
collègue, le patriarche Mar Theodosius :
Anthimus. Salut en Notre-Seigneur. —
Le Christ Jésus, notre Dieu, qui a appelé
des hommes- simples et des pêcheurs
comme Apôtres et Docteurs; qui aupa-
ravant, a pris les rois et les prophètes
parmi les pasteurs de troupeaux; qui a
choisi les faibles et les méprisables, com-
me dit l'Apôtre divin8 : m'a aussi appelé,
moi vil, à l'œuvre de ce ministère spiri-
tuel, par des desseins que lui seul con-
naît, pour être le chef de cette Église de
Constantinople. Et quandje mesouviens,
moi pécheur, de la sentence que le Sei-
gneur a prononcée par le prophète
Ézéchiel, et qui dit9 : « Toi, homme, je
t'ai établi sentinelle pour ceux de la
maison d'Israël, et si tu entends une
parole de ma bouche, tu la leur annon-
ceras de ma part; lorsque je dirai : Dis10
au pécheur : Situ pèches tu mourras de
mort; si tu ne dis pas au pécheur de se
garder de son impiété, afin qu'il se con-
vertisse de sa voie et vive, l'impie
mourra dans son iniquité, et je te récla-
merai son sang! »; et (lorsque je me
rappelle)   en   outre  le  précepte de

1. >ï\y (L). — 2. II Cor., r, 5. — 3. Land, III, 311, 2. — 4. Cf. I Thess., m, 9. — 5.
Matth.,x, 28. — Q.Rom., vm, 18.

7. Land, III, 306. — 8. Cf. I Cor., i, 28. — 9. Ezech., m, 17. — 10. ts>\ po\ *>| ,s.

LIVRE IX. CHAP. XXV

219

l'Apôtre à Timothée qui montre l'irré-
prochabilité de l'épiscopat4, je suis saisi
de crainte et de tremblement. Lorsque
je considère en même temps le trouble
qui s'accroît dans les saintes Eglises, par
(le fait de) ceux qui ne veulent pas agir
correctement, qui ont surtout considéré
la religion comme un négoce et un mar-
ché, qui attirent hautement5 l'iniquité sur
leurstêtes6, [295] qui partagent le Verbe
qui s'est incarné, sans changement, et
s'est parfaitement fait homme : je suis
pris de pleurs et de gémissements, et
je m'afflige de ne pas être digne; mais
mon espoir en Dieu me console, ainsi
qu'il est dit' : « Considérez les généra-
tions précédentes et voyez : qui a cru
dans le Seigneur, et a été confondu? Ou
qui a persisté dans sa crainte, et a jamais
été abandonné? Ou qui l'a invoqué, et
a été méprisé par lai? Car le Seigneur
est miséricordieux et compatissant; il
pardonne les péchés, et il délivre dans le
moment de la tribulation ». J'ai placé en
lui tout mon espoir et tout mon souci.
Celui qui a planté l'oreille et façonné
l'œil voit nos affaires et entend celui qui
blâme8 l'agitation de ceux qui pervertissent les voies du Seigneur. Le pasteur vé-
ritable qui a donné son âme pour ses brebis, qui appellera de sa voix ses serviteurs,
celui qui ne trompe pas et a dit* : «Personne ne les ravira de mes mains », a lui-même
conduit Votre Sainteté à la tète de la grande Eglise d'Alexandrie. Il vous a confié10
le gouvernail de l'Eglise non pendant le calme, mais dans Pagitation des tempêtes,
parce que vous étiez bien capable d'arracher la barque h l'impétuosité des flots, de
l'amener au calmeetde la faire reposer auportjoyeux du Christ notre Dieu, par la vertu
de l'Esprit saint et adorable, vivificateur. Par les prières de vos saints Pères, les di-
recteurs qui vous ont précédé, parla grâce de Dieu, puissiez-vous vous tenir brillam-

vant les hommes : Dieu en est glorifié,
l'Eglise véritable de Dieu reçoit de l'ac-
croissement par le nombre de ceux qui
sont sauvés.

« C'est pourquoi, très joyeusement,
dans l'exultation1 et l'allégresse, j'ai
reçu les écrits canoniques d'adhésion et
d'union de Ta Sainteté, qui m'ont été
apportés maintenant. — De même2
que l'enfant est un homme constitué par
l'âme et le corps, et qu'il est un formé
de ces deux (substances), qui toutes les
deux ensembles sont appelées une na-
ture, bien que l'âme n'aitpas été changée
en chair, ni le corps transformé dans la
substance de l'âme ; de même, le Christ
qui est constitué de deux (choses) : de
la divinité et de l'humanité, qui exis-
tent parfaitement en elles mêmes3, est
un et indivisible, bien que soit inexpli-
cable l'union sans confusion qui se voit
en lui. — Je demeure dans son amour
et sa fraternité. »

Fin de ces lettres fidèles et de leurs
réponses.

1. loi. — 2. Land, III, 313. —3. Littéralement ; « quœ perfecte suut in ratione sui ipsius. »
4. Cf. I Tint., m, 2. — 5. L : (.yso;^». — 6. Littér. : « qui injquitatem loquuntur in excelsis
adversus caput suum ». — 7. Eccli., il, 10 sqq. — 8. ja*^. — 9. Joh., x, 28. — 10. soi^ ^a*w.

220

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

ment à la tête du peuple aimant le Christ, qui vous a été confié et qui marche dans
la foi véritable et inébranlable, après les doctrines divines, par les œuvres et la parole.
Or, chérissant votre communion et les lois ecclésiastiques, nous (vous) faisons savoir
par cette lettre synodale que nous tenons une seule définition de la foi. » — Et en-
suite (viennent) les statuts, la confirmation, l'anathème des hérésies, et enfin le salut.
— Ces [lettres] sont aussi finies.

Ces trois saints patriarches s'encourageaient mutuellement par de telles paroles
saintes. Ils acceptèrent la persécution pour le maintien de l'orthodoxie; ils finirent
joyeusement leur vie dans les oppressions, et acquirent la vie qui ne passe pas. Ils oc-
cupent dans le ciel des sièges spirituels, et se réjouissent sans fin. Puissé-je mériter
par leurs prières, moi, faible et pécheur, Michel, dernier des moines, le pardon de
(mes) fautes et l'absolution de (mes) péchés, et la compagnie de ces saints dans le
monde stable et éternellement durable. Oui! Amen!

Que celui qui litprie pour nous, par l'amour de celui qui a prié et sué pour tous les
hommes, notre Père saint Mar Michel, patriarche, qui a composé avec empressement
et diligence le livre que f ai écrit moi-même 1 d'après une copie faite sur Vexemplaire de
Mar Michel; c'est-à-dire que le vénérable Moïse de Tyr a transcrit Vexemplaire que
Mar Michel écrivit de sa main, et moi] ai copié le sien.

CHAPITRE XXVI. — [296] Des choses qui arrivèrent dans l'Église du temps
de Jus Unie n second.

En Tan 15 de Justinianus, qui est l'an 854 des Grecs, les Perses montèrent et
pillèrent toute la région des frontières2. Ils dévastèrent Callinice et BeitBalas3.
Ils enlevèrent les reliques du martyr Mar Bacchus et l'or incrusté dans la
châsse de Mar Sergius.

Or, un peu auparavant, en l'an 848, il y eut un signe dans le soleil4. On n'en
avait jamais vu et il n'est nulle part écrit qu'il en soit arrivé un pareil dans le
monde. Si ce n'était que nous l'avons trouvé consigné dans la plupart des
écrits éprouvés et croyables, et affirmé par des hommes dignes de foi, nous
ne l'aurions pas écrit; car il est difficile à concevoir. On dit donc que le soleil
s'est obscurci, et que son éclipse dura un an et demi, c'est-à-dire dix-huit mois.
Chaque jour, il éclairait environ quatre heures et encore cette lumière n'était-
elle qu'une ombre débile. Chacun déclarait qu'il ne reviendrait pas dans l'état

1. C'est le diacre Bar Çauma, auteur du ms. d'Edesse, qui parle. Voir le commentaire de cette
note dans notre Introduction,

2. àiVitov. — 3. i^=> (BH). — 4. Ps.-Den., ad ann. 842 (Rev. de l'Or, chr., 1897, p. 476).

LIVRE IX. CHAP. XXVI

221

de sa lumière primitive. Les fruits ne mûrirent point; et le vin avait le goût
de celui qui provient de raisins acides. — Fin.

[296] A cette même époque (du règne)
de Justinianus, on trouva à Constanti-
nople des évêques chalcédoniens livrés
à l'impureté sodomite. Pour eux s'ac-
complit ce qui a été dit par le divin
Paul à propos des païens plongés dans
l'erreur1 : « Parce qu'ils ont changé
le culte de Dieu en celui de la créature,
Dieu les a abandonnés, et ils ont changé
l'usage des femmes, etc.. » De même
ici, ayant changé la vraie foi, ils ont
succombé; et parce qu'ils ont préféré la
gloire du monde à Dieu, ils ont été
abandonnés et sont tombés dans une
grande corruption.Quand cela fut connu
de l'empereur, il ordonna de leur cou-
per les parties viriles. C'étaient Isaïe,
évêque de Rhodes, (et) Alexandre, évê-
que de Diospolis, qui étaient accourus
de leur propre volonté à Constantinople ;
ils étaient chalcédoniens et zélés pour
l'hérésie. Quand ils furent découverts,
l'empereur ordonna de les faire prome-
ner par toute la ville, tandis que leurs
membres amputés étaient portés au bout
de lances8 et qu'un héraut criait : « Voilà
ce qui convient à l'évêque qui ne garde
pas son vêtement3dans la sainteté. » —A
ce propos, on établit, au nom de Dieu, la
loi que quiconque serait surpris couché
avec un mâle, aurait les parties viriles
coupées. La crainte régna par tout l'em-
pire*.

Encore à cette époque, Bar Kaili ex-

[296] Lettre de saint Severus aux mo-
nastères orientaux pour leur faire con-
naître son départ de Constantinople et
celui de saint Anthimus5. — « Aux amis
de Dieu les prêtres, diacres, archiman-
drites et directeurs, à tout l'ordre6 saint
du monachisme chrétien : Severus. Paix
dans le Seigneur ! — Etant hors de cette
ville qui commande aux villes, et hors
de cet hospice que quelques-uns d'entre
vous, qui étaient présents, ô saints !
ont vu de leurs propres yeux, il m'a
paru convenable de vous écrire briè-
vement une lettre, pour vous exciter
à des prières d'actions de grâces. Je
songe à faire connaître ouvertement par
celle-ci, ma libération; car les choses
accomplies à notre égard par la Provi-
dence divine nous affermissent dans la
conservation de la foi orthodoxe et dans
une nouvelle disposition de volonté,
dont il faut, pour ainsi dire, nous revê-
tir comme d'un vêtement7 nouveau, et
vers la fuite de tout sentiment hérétique
ou schismatique.

« Et en effet, le patriarche Jacob,
dans des labeurs très ardus et des actions
(accomplies) pour Dieu, en s'écartant du
mélange des barbares de Sichem et des
dangers qui l'environnaient en ce lieu,
invitait ceux qui demeuraient avec lui
aux choses mêmes auxquelles je vousin-
vite, ainsi qu'il est dit dans l'Ecriture8 :
« Jacob dit à sa maison et à tous ceux qui

1. Rom., i, 23-26. — 2. Lire : U»*jo*. —. 3. w^pa. — 4. iroXiTeca.
5. Land, III, 290. — 6. -rây^a. — 7. stoXy). — 8. Gen., xxxv, 2.

222

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

cita la persécution à Amid, par ordre de
l'empereur1. — L'ordre était ve^nu, par
écrit, de proclamer le synode de Chal-
cédoine, et cela fut connu du peuple
zélé; ils s'assemblèrent à l'église, [297]
et unanimement il*? s'écrièrent : «Jamais
nous n'accepterons le Synode ni le
Tome. » Et ils se Luirent à jeter violem-
ment des pierres. Les [j.aytaTpiavoi et l'é-
vêque eurent peur et se cachèrent. Pen-
dant la nuit, l'évêque s'enfuit près du
Goth Thomas, commandant8 de Telia,
pour (qu'il vînt) à son secours. Tous
deux écrivirent à l'empereur, qui en-
voya Bar Yohannan, homme cruel, qui
regardait les corps des hommes comme
moindre que ceux des animaux et n'avait
pas pitié d'eux. Bar Kaili sortit à leur
rencontre, comme pour les congédier.

En arrivant, Thomas et Bar Yohannan
emprisonnèrent environ cinquante per-
sonnes, et les frappèrent à mort. Ils en
firent crucifier quatre, et un grand nom-
bre furent chassées de la ville. — Afin
que l'iniquité de ces oppresseurs fût dé-
voilée aux sages, un démon (qui possé-
dait) une certaine Eusebia, jeûneuse,
résista lorsqu'on le chassait, et, étant
tourmenté et enchaîné, il criait en disant
que les nouveaux martyrs et les opprimés
de l'autre s génération les empêchaienti
de devenir sa maison de refuge ; afin
aussi de faire entendre la vérité aux
oreilles des hommes de la génération
qui viendrait après eux, même malgré

étaient avec lui : Enlevez du milieu de
vous les dieux étrangers, et purifiez-
vous ; [297] changez vos tuniques, et
montons à Béthel ; nous y ferons un au-
tel au Dieu qui m'a exaucé dans l'an-
goisse et m'a délivré dans la voie que
j'ai suivie. » Il m'a délivré, en vérité de
toute l'attente des adversaires qui me
détestaient sans motif et me tournaient
en dérision, qui branlaient leur tête
contre moi5 en disant, comme à Job 6 :
« Son pied est tombé dans le piège et a
été pris dans le filet ; que les pièges lui
soient tendus, que ceux qui sont ani-
més' contre lui prévalent; que son piège
soit caché dans la terre, et que le filet
soit (tendu) sur ses sentiers. » Mais la
malice de ces gens, qui était insatiable
de sang, a été rendue vaine à mon égard
par l'impératrice aimant le Christ, et par
Dieu lui même, qui m'a conduit, par vos
prières, vers ce qui lui est agréable; ainsi
qu'il le déclare à Isaïe vis-à vis de ceux
qui l'humiliaient8 : « Ne crains pas, car
je t'ai délivré. Je t'ai appelé par ton nom,
parce que tu es à moi. Si tu passes les
eaux, je serai avec toi, et les fleuves ne
couvriront pas ta bouche ; tu ne seras
pas consumé par le feu, et la flamme ne
te brûlera pas ; car je suis le Seigneur
ton Dieu, le saint d'Israël, qui te déli-
vrera ».

« Celui qui a dit ces choses a procuré
non seulement à moi un salut admirable,
mais encore un accroissement au parti

1. Ce qui suit constituait très probablement le chap. n (auj. perdu) du livre X deZachariele Rhé-
teur (cf, Land, III, 313), car dans le Pseudo-Denys ce récit précède immédiatement l'histoire du
prêtre Cyrus (ci-dessus, p. 181) qui formait le chap. m de ce livre X. — 2. 8oû£k — 3. Lire : U^l,
« dernière » (?). — 4. Lire : ^^po,

5. Cf. Ps. xxxiv, 19; xxi, 8. — 6. Job, xvm, 8-10. — 7. Littér. :« qui ont soif ». —8. Is.; xlui, 1-3.

LIVRE IX. CHAP. XXVI

223

eux, pour qu'ils se tiennent en dehors
de la communion des hérétiques. — Les
couvents de moines furent aussi ex-
pulsés.

Bar Kaili fut (évêque) pendant trente
ans. — C'était un homme de bel aspect;
il était très coquet et prenait soin de son
corps ; à la fin, au lieu des poils blancs
de sa tête et de sa barbe, sa chevelure
parut noire. En observant ce fait nou-
veau, les habitants d'Amid disaient :
« Le mauvais temps est rajeuni ». Amid
signifie « tristesse ». La coutume exis-
tait dans cette ville que, les jours de la
passion du Carême, on renvoyait ceux
qui avaient été pris selon la loi, et on
n'exerçait pas la justice; mais lui les1
contraignait d'adhérer (au Synode) et
les envoyait au jugement et à la prison;
plusieurs furent blessés, d'autres furent
enfermés; quelques-uns furent brûlés
dans le tetrapylum.

Le mercredi et le vendredi de toutes
les semaines du carême on faisait des
Rogations, et, vers le soir, on con-
sacrait et on distribuait la commu-
nion.   Comme  ce vieillard, Abraham

Bar Kaili, avait coutume de manger pendant le jour, et était pur devant les
hommes mais non devant Dieu, il en vint3 à commettre un grand péché, par
la passion de la gourmandise; car il prenait des mets recherchés et du vin géné-
reux; il nourrissait son corps pendant le jour, et le soir il offrait le sacrifice devant
le peuple, avec ostentation, et re recevait. Je n'ai point écrit ceci par colère3, mais
parce que je l'ai appris, en vérité, de ses prêtres et de ses diacres, et, malgré moi, je
l'ait écrit comme avertissement ; afin qu'en le dévoilant aux lecteurs et aux audi-
teurs, on prie pour lui, pour que Dieu lui pardonne ; car le Seigneur est miséricor-
dieux : il pardonne les péchés et ne détruit pas. En effet, un père égyptien, très ar-
dent*, avertit et ordonna de retirer et d'humilier le cadavre d'un homme pécheur

des fidèles; à vrai dire, il a accru la part
du Seigneur et le champ de l'héritage
d'Israël, de manière qu'il ne soit pas
comme ceux que blâme l'Ecriture5 :
« Vous avez en vain semé vos semences ».
En effet, le vénérable archevêque Anthi-
mus, qui avait reçu le siège de la ville
impériale et pouvait très facilement le
garder, ne l'a pas voulu ; mais justement,
avec un jugement solide et une science
[éclairée] ; [298] il a réprouvé leur im-
piété ; il a accepté notre communion et
celle du pape Theodosius d'Alexandrie,
et tous les pasteurs qui sont dans notre
confession.

« C'est en vain que cherchent à trom-
per ceux qui disent: « Nous n'acceptons
pas le synode de Chalcédoine quant à
la définition de la foi, mais quant à la
déposition d'Eutychès et de Nestorius. »
Flavien se parait de ces choses, et il ne
put tromper leur zèle. Vous pouvez dire
comme Paul6 : « Ses pensées ne m'ont
point trompé. »

Et le reste de la lettre. — Fin.

1. vao^.. — 2. Lire :      -—3. — 4. àywviaxixôç (?).

5. Lev., xxyt, 16. — 6. II Cor., u, 12.

224

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

qui avait été enseveli avec honneur, afin qu'ayant été l'objet du mépris, Dieu ait
pitié de lui. ¦—Fin.

CHAPITRE XXVII. — Sur l'hérésie d
époque par Julianus d'Halicarnasse ; et
à cette époque.

Récit expositif à propos de ce Julianus.
Or, saint Severus passait de désert en
désert; afin de n'être pas reconnu des
persécuteurs, il vivait tranquillement,
vêtu d'un vêtement pauvre, coiffé d'un
bonnet et chaussé de sandales. Alors
la semence de zizanie (semée) par
Julianus d'Halicarnasse, de Césarée en
Carie, commença à pousser. Il disait,
comme Mânî, Marcion, Bar-Daiçan, que
la passion du Christ avait été apparente1
et non réelle; que, dès l'union dans le
sein (de la Vierge), Notre-Seigneur avait
fait son corps immortel et impassible.
Il dit encore qu'il fit paraître en sa pas-
sion seulement des apparences, selon sa
volonté, tandis qu'il ne souffrait pas.

Saint Severus écrivit contre lui; mais
il ne céda point; il prétendait que la
passion était apparente, et Severus di-
sait,selonlaparolede l'Apôtre8, « qu'il fut
en tout semblable à nous, à l'exception
du péché », que le corps fut passible et
mortel jusqu'à la résurrection, et que,
dans ce corps, il souffrit et mourut vrai-
ment pour nous. — Julianus, ayant été
condamné, se forma un parti et répandit
faussement que : « Severus attribuait la
corruption au corps de Notre-Seigneur,

e Phantasiastes, que Satan excita à cette
sur les impurs Messaliens, qui parurent

Comme avertissement, pour que per-
sonne ne se laisse aller à une semblable
iniquité, je consigne ici une partie de la
lettre de Rabboula d'Edesse à Gemelia-
nus dePerrhin*. — « J'ai appris que dans
votre pays, gens de Perrhè! quelques
frères, qui ne connaissent point leurs
monastères, et même des archimandrites
célèbres de l'endroit, ont résolu à tort
de ne pas manger de pain ni boire
d'eau, et ont décidé de s'abstenir de
vin. J'ai appris qu'ils méprisent* le corps
et le sang du Fils de Dieu.

« Bien que je craigne de le rappeler,
voulant épargner les oreilles des audi-
teurs, la nécessité des convenances m'o-
blige de prémunir contre un tel péché,
et de dire ce qu'ils n'ont pas craint de
faire, en offrant le corps et le sang de
Notre-Seigneur d'une façon impie et
sans discernement. Je ne sais com-
ment les retenir. Ils satisfont inique-
ment avec la communion, le continuel
besoin naturel de la faim et de la soif;
leur subsistance ne permet pas qu'ils
soient volontairement, même un jour,
sans oblation ; mais la communion leur
fournit continuellement la matière de
leur nourriture. Pour cela, ils font fer-

1. cpavTaaîa. — 2. Hehr., iv, 15.

3. Land, III, 316. Le texte est aussi dans Overbek, Ephrem syri, etc. opéra selecta, p. 331 sqq.
Traduction de Bickell : Ausgew. Schrift. der syr. Kirchenv., Aphraates, Rabulas, etc..., p. 250
sqq. — 4. ^ûsac.

livre ix. chap. xxvii

225

de sorte qu'il aurait été corrompu et
pourri dans le tombeau ». Il excita et
ébranla beaucoup de gens par ces (allé-
gations).

Ce Julianus1 était un homme âgé, et
auparavantzélé pour la foi. Il avait refusé
de proclamer les deux natures, mais il
tomba dans une telle hérésie. Il est né-
cessaire de dire comment il parvint à
une semblable aberration.

Lorsque ce vieillard droit était avec
les évêques fidèles, pendant la persécu-
tion des Chalcédoniens, quelqu'un lui
demanda quelle était la confession de la
sainte Eglise, et il fit un discours* contre
les diophysites. Il ne le composa pas
d'une manière pure et irréprochable.

Quand Severus l'apprit, il dissimula
ce sentiment, car il comprit [299] qu'en
le redressant, la maison serait peut-être
divisée contre la maison3. — Mais après
que Julianus eut écrit au sage Severus,
car il lui était connu, et que le saint lui
eut répondu par deux fois, sans qu'il se
laissât convaincre, il devint nécessaire
que l'affaire fût découverte et l'erreur
dévoilée, par l'éloquence et la foi de
Severus, pour l'utilité des fidèles.

Nous écrivons d'abord la lettre de Ju-
lianus à Severus1. — « On a vu des gens
qui disent que son corps est corruptible,
en se servantdetémoignages des. Cyril-
lus. Le premier est tiré de ce qu'il écrivit,
h Succensus5, disant6 : « Après la ré-
surrection, c'était (bien) le corps qui
avait souffert; mais alors il n'y avait plus

menter à l'excès, salent avec précau-
tion, et cuisent avec soin l'hostie qu'ils
fabriquent, afin qu'elle devienne leur
nourriture, et non pas pour devenir le
mystère du corps du Christ. Quand ils
sont pressés, ils offrent même de leurs
propres mains du pain ordinaire, sans
distinction, et le mangent ; parfois, étant
en route, ils calment leur faim et leur
soif avec la communion7 deux ou trois
fois, et lorsqu'ils arrivent le soir à l'as-
semblée, ilsoffrentde nouveaul'oblation,
et la reçoivent comme s'ils étaient à
jeun. Ils font la même chose pendant le
Carême. Des hommes qui prétendent
s'abstenir [299] de pain et de vin toutes
leur vie, mangent le pain sacré, boivent
le vin consacré, même les jours où les
misérables mêmes observent le jeûne.
Je prends à témoin, ô notre frère,
l'Esprit qui est en moi, que je redoute
d'écrire h Ton Honneur tout ce que j'ai
appris, car ma conscience ne peut le
croire. — Ne pense donc pas, ou qu'ils
ne croient pas, que je t'écris parce que
j'ajoute foi à tous ces mauvais rapports;
mais j'hésite, et je dis aux autres qu'il
estimpossible qu'un si grand péché soit
commis par ceux qui ont été baptisés
dans le Christ.

« On dit, en effet, que dès qu'ils ont
fait la consécration dans la patène, ils en
mangent autant qu'ils veulent; ils mé-
langent dans le calice de l'eau chaude
et en boivent : ils le remplissent de nou-
veau et se le donnent l'un à l'autre. O

1. Cf. Land, III, 263. — 2. Xôyo;. — 3. Cf. Luc, xi, 17. — 4. Land, III, 263. — 5. Ms. : Suken-
sos. — 6. Patr. Gr.t t. LXXVII, col. 236.
7. Littér. : « avec le corps ».

II. 29

226

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

en lui d'infirmité humaine, et il était
impassible. » Delà, il veulentdémontr er
qu'avant la résurrection il était corrup-
tible, puisqu'il nous était consubstantiel,
et qu'après la résurrection il obtint l'in-
corruptibilité. — Le second témoignage
(est tiré) de ce qu'il écrivit à l'empereur
Theodosius en disant1 : « Est-il étonnant
et prodigieux que le corps qui fut natu-
rellement corruptible soit ressuscité sans
corruption? » Ceux-ci parlaient d'après
ces passages2. Moi, j'ai rétabli tout le
chapitre et je me suis efforcé de montrer
le sens d'après plusieurs Docteurs. —
Ils m'ont aussi apporté son LXIC Dis-
cours5, qu'il écrivit sur la Vierge Mère de
Dieu, dans lequel on trouve que : « Le
corps de Notre-Seigneur ne fut absolu-
ment pas soumis à la corruption du
péché; mais qu'il a cependant subi la
mort et la sépulture, qu'il a détruites et
anéanties en lui », Pour moi,je pense que
c'est une erreur de l'écrivain. — C'est
pourquoi, afin de résoudre la contro-
verse, je t'ai envoyé les choses que j'ai
écrites4, pour que tu les examines. Je
suis aussi persuadé que nos Pères ont
tenu ces opinions. Ecris-moi prompte-
ment,que je sache quelle opinion on doit
tenir en ces choses ; car je ne suppose
pas qu'on puisse dire que celui qui n'a
pas été corrompu était sujet à la corrup-
tion. — Priez que notre vie réponde à
la grâce de Dieu ».

Sur la réponse" à la lettre de Julia-

quelïe iniquité! d'avoir fait des vases
sacrés et honorés, qui devaient leur être
redoutables*, les instruments du service
de leur ventre ! Ils ne se sont pas sou-
venus du châtiment quia frappé Baltasar,
parce qu'il se servit avec mépris des
vases du service de Dieu : l'image d'une
main7 fut envoyée d'en haut pour écrire
sur la paroi8 de sa maison la condamna-
tion de son audace. En quoi les vases du
temple de Jérusalem son t ils comparables
aux vases du ministère du corps et du
sang de Dieu? Le pain de proposition
n'est pas digne non plus d'être comparé
à la gloire du sublime sacrement. Et si
quelqu'un compare0 le pain de la table
sacrée dont David mangea10, au corps du
Christ, il mérite d'ètrecondamné comme
un insensé, « pour n'avoir pas discerné le
corps et le sang du Seigneur11. » Celui-
là purifiait à peine des souillures corpo-
relles, et était accompagné d'ablutions
de divers genres et de certaines obser-
vances; le corps et le sang vivifiant du
Seigneur n'efface pas seulement les
péchés de l'âme et du corps, mais fait en
sorte que le Seigneur lui-même est en
nous par son Esprit, comme nous en lui
par son corps. « Quiconque mange ma
chair et boit mon sang, dit le Fils de
Dieu1*, je suis en lui et lui en moi, et je
leressusciteraiau dernier jour. » —Nous
pouvons encore comprendre autrement
la grandeur de ce ministère qui nous a
été confié par Dieu : par [300] le châti-

1. Pair. Gr., LXXVI, col. 1165. — 2. L : — 3. L : « son LXVII° discours ». Ce Traité est
perdu. — 4. Lire ; ûokal (L). —• 5. àv-riYpaçq.

6. L : « que les esprits célestes redoutent d'approcher ». — 7. Lire avec L : !?»! k*»9» —
8. Compléter : ^ oofcot, (L). — 9. Lire : 1»;» (L). — 10. Cf. I Reg., xxi. — 11. I Cor., xr,

29. — 12. Joh., vr, 54.

LIVRE IX. CHAP. XXV 11

227

nus, quil écrivit1 à saint Severus''. —
« D'abord, quand j'ai reçu la lettre de
Ta Sainteté, je me suis réjoui, selon ma
coutume, de ta salutation qui m'est très
chère. Tu m'as pressé dans cette lettre
de lire le volume» que tu m'as envoyé
en même temps, composé par toi
contre ceux qui, dis-tu, pensent et
disent que le corps de Notre Seigneur
était corruptible, [300] et tu m'as de-
mandé d'en écrire la critique et de l'en-
voyer à Ta Charité divine. Répondant à
ton désir, j'ai fait cela volontiers. Je
suis un homme qui change constamment
de lieu; je n'ai pointle temps nécessaire
ni les autres choses requises; cependant
(je réunirai)4 comme je pourrai dans un
mémoire», la doctrine des Pères, d'après
les quelques volumes» qui se trouvent
ici. Je sais très bien qu'une telle ques-
tion a été agitée dans la ville impériale,
et que la question et la discussion ont
été résolues par les exemples des Pères
que javais recueillis. Or, comme il m'a
semblé qu'il y avait quelque chose d'in-
convenant dans ce que tu as écrit, car
je trouve que les Docteurs de la sainte
Eglise, en divers temps, nous ont ins-
truits autrement de ces choses, j'ai tardé,
comme il convenait,d'envoyer à Ta Sain-
teté ce que j'ai écrit, de peur que quel-
ques-uns ne pensent, par ignorance,
que cette discussion7 de mots, était une
division entre nous ; et que l'examen qui,
fait dans la charité, comme tu sais,
peut être très utile, ne soit considéré

ment dur et cruel que Paul a décrété
contre ceux qui le méprisent, plus grand
que celui que subissaient ceux qui mé-
prisaient le ministère antique (établi)
par Moïse. Il dit en effet8 : « Si celui qui
trangressait la loi de Moïse, devait
mourir sans pitié, sur la parole de deux
ou trois témoins, à combien plus forte
raison celui qui foule aux pieds le Fils de
Dieu, considère le sang de son alliance
comme celui du premier venu et méprise
l'Esprit de la grâce, en laquelle nous
avons été sanctifiés? » Celui-ci est le
pain de vie descendu du ciel, à cause de
son union avec Dieu, et qui donne la vie
au monde. Qui serait insensé au point de
le comparer aux pains de proposition?

« Le corps du Christ n'est donc pas
seulement du pain,comme il leur semble,
mais dans ce pain est le corps de Dieu
invisible, comme nous le croyons. Et
nous prenons ce corps, non pas pour la
satiété de notre ventre, mais pour la
guérison de notre âme ; car ceux qui
mangent avec foi le pain consacré,
mangent en lui et avec lui le corps de
Dieu, et ceux qui* le mangent sans foi
reçoivent une nourriture semblable aux
autres choses. Si ce pain est ravi et
mangé par les ennemis : ils mangent un
pain ordinaire ; car la bouche de ceux
qui le mangent n'a point la foi qui lui en
fait goûter la vitalité ; le palais goûte le
pain : mais c'est la foi qui goûte la vertu
cachée dans ce pain. Ce n'est donc pas
seulement le corps de notre Vivifica-

1. L : a que lui écrivit S. Severus ». — 2. La.nd, III, 264. — 3. xop.o;. — 4. U\ (L).

- 5. Peut-être : « de mémoire ». — 6. Ttivaxsç. — 7. Lire : (L).
8. Cf. ffebr., x,28. — 9. Ure : H,*.

228

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

par quelques-uns comme une attaque.
Donc, fais-moi connaître ce qui te plaît ;
je suis prêt en ces choses d'accomplir
ce qui peut être agréable à Ta Sainteté,
suivant le conseil de l'Apôtre qui a dit1 :
« Que tout ce que vous faites soit fait
dans la charité. »

Seconde lettre de Julianus à saint
Severus1. — « Vous avez écrit que quel-
que chose vous a paru inconvenant
dans ce que j'ai écrit; vous deviez
promptement nous le faire connaître par
lettre, et nous tirer d'embarras, — Je
pense que dans tout ce que j'ai écrit, j'ai
confessé la vérité de l'Incarnation (faite)
de notre race ; et je me suis efforcé de
montrer que les Pères sont d'accord
entre eux. Je ne suppose pas que nous
devions croire et penser que le même
soit à la fois corruptible et incorrup-
tible. Nous confessons passible celui
qui a guéri l'univers par ses plaies, mais
nous savons qu'il est plus élevé et plus
grand que les passions; que s'il fut
mortel, il a cependant foulé aux pieds
la mort ; et nous confessons qu'il a donné
la vie aux mortels par sa mort. C'est
donc simplement un souci que vous
m'avez causé en disant que j'ai écrit
quelque chose d'inconvenant, sans me
faire connaître ce que c'était, de manière
que j'en puisse faire l'apologie. Mais
daignez'm'écrire ce qu'ont dit les Pères :
Athanasius, Cyrillus et les autres, [301]
dont je désire connaître l'opinion, ainsi
que la vôtre.

« Pour moi, je pense* avoir suivi le

teur qu'on mange, comme nous l'avons
déjà dit, mais celui qui y est asso-
cié, comme nous le croyons. Car au
corps comestible est associé le corps
qu'on ne mange pas, et qui ne fait qu'un
pour ceux qui le reçoivent ; de même que
sont associées des vertus secrètes aux
eaux visibles, par lesquelles est engen-
drée la renaissance; car l'Esprit caché
couve les eaux apparentes, pour en faire
naître   véritablement   la    forme de
l'homme5 céleste. De même donc que
dans les eaux visibles sont cachées les
vertus invisibles, de sorte que quicon-
que est baptisé en elles visiblement ob-
tient la vie invisible : de même, dans le
pain visible, est cachée une vertu, par
laquelle quiconque le reçoit6 convena-
blement acquiert [301] la vie immortelle.
Paul nous assure que ceux qui le re-
çoivent avec mépris, en retirent la ruine
de leur âme et de leur corps, et non l'uti-
lité, alors même qu'ils sont comptés
parmi les fidèles, et s'ils ajoutent foi à
la parole de l'Apôtre qui dit7 : « Que
l'homme s'examine lui-même, et ensuite
qu'il mange de ce pain et boive à ce
calice; celui qui en mange sans être
digne, mange et boit sa propre condam-
nation ». Et il fait connaître dans son
discours qu'à cause de notre mépris pour
le corps et le sang (du Christ), diverses
maladies et des morts subites nous attei-
gnent par un juste châtiment : « A
cause de cela, plusieurs d'entre vous
sont faibles et malades, et plusieurs
sont endormis. Si nous nous jugeons

1. I Cor,, xvi, 14. — 2. Land, III, 265. — 3. ^aoUI (L). — 4. Mai, Nov. coll., X, i, 356.
5. Lire :       La*,. — 6. Lire : omi, —7.1 Cor., xr, 28,. 29.

LIVRE IX. CHAP. XXVII

229

sentiment des Pères, qui ne peuvent être
en opposition avec eux-mêmes, ni les uns
avec les autres. Par exemple, Paul di-
sant que « le salut ne vient pas des
œuvres, mais de la foi' », avec Jacques
qui dit que « la foi sans les œuvres est
morte* ». Ils n'ont pas dit cela en oppo-
sition l'un avec l'autre, mais bien d'ac-
cord. Prions pour être éclairés par Dieu
et ne laissons pas notre volonté se livrer
à la passion. Eclaire-nous en peu de
mots.

« Voici que s. Cyrillus écrit* : « Il ne
nous est pas possible de dire que la cor-
ruption ait jamais atteint* le corps qui
a été uni au Verbe. » Et un peu plus
loin : « C'est un prodige que le corps
naturellement corruptibleait été élevé. »
— En quel sens peut-on montrer qu'il
n'est pas en contradiction avec lui-
même, s'il n'a pas eu en vue ici la cor-
ruption de la nature universelle? Car
il a subi notre infirmité volontairement
et non par nécessité de la nature. Il a
offert sur le bois, dans son corps, (une
oblation pour) nos fautes, c'est-à-dire le
péché5. »

Réponse de saint Severus'1'. — « Il sem-
ble que Ta Charité ait dit quelque chose
de bien étrange, « qu'elle a été dans une
grande préoccupation, lorsqu'elle a
reçu, dans un petit mémoire, ce que
j'ai écrit. » En réalité, je n'ai pas fait
autre chose, sur ta demande, que de
t'éviter toute anxiété et trouble. Si
tu   ne m'avais  adressé   que quelque

nous-mêmes, nous ne serons pas ju-
gés ; lorsque nous sommes jugés par
Notre-Seigneur, nous sommes corrigés,
afin de n'être pas condamnés avec le
monde 7. »

« Or, si vous jugez coupables du corps
et du sang du Seigneur, « parce qu'ils
n'ont point, comme dit Paul, discerné
le corps du Seigneur », ceux qui com-
munient aux jours désignés du minis-
tère et prennent seulement une parcelle
(du pain) de vie, lorsqu'ils ne la reçoi-
vent pas fidèlement, avec un sentiment
de pénitence et une crainte respec-
tueuse, encore qu'ils ne fassent en réa-
lité rien de contraire à leur foi, quel
châtiment plus violent que celui dont
l'Apôtre menace ceux-ci, ne s'ajoutera-
t-il pas à la condamnation de ceux-
là, qui offrent (le sacrement) sans res-
pect et n'en usent pas selon la foi,
mais pour rassasier leur faim? Malheur
à une telle arrogance, que la crainte de
Dieu ne suffit pas à réprimer ! Qui ne
tremblerait rien qu'en apprenant [302]
qu'avec cette parcelle de feu dévorant,
ils satisfontaux nécessités de leur corps,
comme avec du pain ordinaire ? Qui ne
serait effrayé de raconter que ceux-ci
mangent sans crainte la parcelle, source
de notre vie, dont un Séraphin, pour en-
seigner la sublimité de nos mystères,
s'approche avec attention et respect pour
la prendre 8 avec une fourche de fer
qu'il tient à la main-; qu'ils mangent
pour le soutien de leur vie corporelle,

1. Rom., m, 28 ; cf. Gai., h, 16. — 2. Jac, ir, 26. — 3. Patr. Gr., LXXVI, 1164, 1165. — 4. Lire :
»o*»k*. — 5. L : ,5 « en mourant pour notre péché ». —» 6. Land, III, 266.

7. I Cor., xi, 30, 31. -- 8. Cf. Is., vi, 6.

230

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

petite question ou investigation, peut-
être aurnis-je pu y répondre par un
petit discours. Mais comme tout l'é-
crit que tu as rassemblé est un long1 vo-
lume* que tu m'as adressé pour l'exami-
ner ; après avoir considéré, selon ma
force, tout ce qui y est renfermé, je te
ferai connaître mon sentiment. J'ai jugé
opportun à cause de ce qui arrive à Ta
Sainteté de le faire promptement. Et je
ne ments pas. Ecoute ce que tu as écrit :
« Pour l'examen de la question, j'ai en-
voyé ce que j'ai écrit; examine si ces
choses sont d'accord avec les saintes
Ecritures, car je suppose que les Pères
sont d'accord avec elles; et écris moi
en quel sens ils les ont employées. » —
Tu m'as donné l'occasion d'en parler
plus longuement, lorsque tu m'as de-
mandé, dans ta seconde lettre, de faire
en peu de lignes et d'un mot, comme tu
dis, le commentaire de plusieurs choses,
qui exigerait beaucoup de paroles et des
démonstrations (tirées) des bienheureux
Pères, qui ont parlé sous l'inspiration
de Dieu.

« Le Livre saint dit* : « Le Seigneur
lui-même enseigne l'intelligence et la
science », et dans un autre endroit* : « Le
Seigneur donne la sagesse; de lui vien-
nent la science et la prudence; il donne
le salut à ceux qui sont droits ». — Si
donc Ta Sainteté, et nous pareillement,
devons nous efforcer de montrer que les
Pères ne sont pas en contradiction les

ce corps qui a été donné pour la vie
future, sans que leur cœur ressente de
frayeur, sans que leurs mains soient
débilitées, sans que leurs genoux trem-
blent jusqu'à tomber ?

« Sans doute, il faut dire que Notre-
Seigneur, dans sa science qui atteint
toutes les choses futures, a connu l'ac-
tion de ces gens. Et pour cela, il bénit
le pain et le donna à ses disciples après
qu'il eut mangé et qu'ils furent rassasiés
par la pâque légale ; de manière que
ceux-ci ne puissent pas dire qu'ils se
rassasièrent après qu'il eut consacré,
mais il consacra après qu'ils eurent
mangé ; et le Maître et ses disciples
prirent (une part) d'une petite parcelle.
Il dit en parlant du calice : « Prenez;
buvez-en tous. » Douze hommes ont-
ils pris de cette petite coupe, dont ils
se servaient pour boire, pour s'en ras-
sasier?

« Il faut dire que si ces gens ont cru
exciter l'admiration des sots5 en s'abste-
nant de pain et de vin, ils n'ont pas
compris que le mépris des sages qui
s'abat sur eux est mille fois plus grand
que la louange qui leur vient des
insensés comme eux. — Ceux qui, par
une si grande iniquité impardonnable,
se sont attiré la louange des mortels,
encore qu'ils n'en jouissent point, ne
doivent pas même être appelés des
hommes ; mais il est juste de les
nommer [303] des chiens enragés ; car

1. Lire : t^JaM u^oe ; cf. I»<^»a<*> ^^o, dix lignes plus bas. — 2, -rô(j.o;. — 3. Cf. Job, xii, 13. —
4. Prov., ir, 6, 7.
5, cScwTai,

LIVRE IX. CHAP. XXVII

231

uns avec les autres, il n'y a rien qui s'op-
pose à ce que nous examinions diligem-
ment et comprenions en quel sens ils ne
paraissent pas en contradiction ni les
uns avec les autres, ni avec eux-mêmes,

« Tu as1 très justement dit que les
[302] Docteurs ne sont pas en contradic-
tion les uns avec les autres, pas plus que
Paul avec Jacques, bien que celui-là dise
que « par la foi l'homme est justifié sans
les œuvres », et que celui-ci écrive que
« la foi sans les œuvres est morte »; car
Paul parle de la foi avant le baptême,
qui a sa perfection* dans un cœur pur, et
qui n'est pas précédée de bonnes œu-
vres dans le monde : elle justifie l'homme
lorsqu'il croit et reçoit le baptême;
Jacques dit que la foi après le baptême
est morte sans les œuvres, si l'homme
ne la confirme par une conduite droite;
car le baptême est le gage d'une bonne
conduite. En effet, le Seigneur même,
qui estnotre modèle, après avoir sanctifié
les eaux, avoir reçu le baptême de Jean
et nous avoir donné les prémices du
baptême, en montant sur la montagne et
en acceptant le combat du tentateur, dont
il dissipa toute la puissance, nous ap-
prend qu'après la divine ablution nous
devons soutenir la lutte par les œuvres
et combattre normalement avec l'en-
nemi pour faire paraître notre vertu.

« Mais quelqu'un objectera1 peut-être
en disant : Paul prend Abraham comme
exemple, et dit que l'homme est justifié

le signe que les chiens sont enragés est
qu'ils s'attaquent au corps de leur maî-
tre pour le dévorer. Il faut donc que
celui qui se prive lui-même de pain, ne
goûte absolument rien jusqu'au temps
fixé. Cela est connu de ce que, quand
Saûl décréta que personne ne mange-
rait de pain4, le jour du combat, avant
le soir, Jonathan ayant goûté du miel
avec le bout de son bâton, fut con-
damné à mort, et ne fut délivré que
par la violence du peuple. Comme le
principe de la vie humaine est le pain et
l'eau, dit Jésus fils de Siméon Asira
sous le nom de pain, il étendait son pré-
cepte à tous les comestibles.

« On dit de ceux-ci : Après avoir pris
l'oblation le jour, et encore le soir, ils
mangent encore d'autres aliments6 : des
bettescuites et des légumes, du fromage,
avec lequel ils se soutiennent au lieu de
pain, des poissons, des fruits frais et
secs, des rayons de miel, des jaunes (?)
d'œufs7. A cause de la chaleur du vin
qu'ils boivent sous l'apparence de la
communion, la soif les enflamme; et
pendant tout l'été, où on trouve du lait
de chèvres, ils en boivent au lieu d'eau.
Ils font cela avec astuce ; car ils ont ex-
périmenté que l'humidité et la fraîcheur
du lait pouvaient tempérer l'incendie du
vin dans leur estomac. On peut leur
adresser le reproche du Seigneur à Héli8 :
« Je vous ai donné tous les biens de la
terre, dont vous pouvez user sans pé-

1. Mai, X, i, 356 sqq. — 2. |û«?ot» |La*k* (L, M). — 3. Lire I;~&m (L, M).

4. Lire : comme porte le texte biblique (I Iteg., xiv, 24). — 5. Eccli,, xxix, 28.

III, 319. — y. Litlér. : des sphères d'œufs. — 8. Cf. I Reg., u, 28 sqq.

—¦ 6. Landj

232

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

par la foi sans les œuvres. Il dit1 : « Ceux
qui, [dans la foi]', seront bénis avec le
fidèle Abraham ». Celui qui n'avait pas
accompli d'œuvres, et avait cependant
cru en celui qui peut justifier les pé-
cheurs, fut réputé juste à cause de sa
foi. Jacques, au contraire, montre par le
même Abraham que l'homme n'est pas
justifié par la foi seule, mais par les œu-
vres confirmées par 1 > foi. — Comment
ces choses ne sont-elles pas contradic-
toires : le même Abraham est donné
comme exemple de ceux qui n'ont pas
agi, mais ont cru, et de ceux3 qui ont
manifesté leur foi par les œuvres? Je me
dispose à le montrer par l'Écriture.

Celui qui examine les temps d'Abra-
ham (trouvera) qu'il est l'exemple des
deux : de la foi avant le baptême, qui
croyait au salut par le Christ, et de la
foi postérieure au baptême, qui est jointe
aux œuvres, dont l'image est l'ancienne
circoncision de la chair qui éloigne l'in-
fidélité du prépuce et procure l'adoption
divine. C'est pourquoi Moïse reçut
l'ordre de parler au Pharaon * : « Ainsi
tu diras au Pharaon : Israël, mon fils
premier-né. » C'est pourquoi Paul écrit
aux Colossiens5 : « En lui vous avez été
circoncis, d'une circoncision qui n'est
pas faite par la main, en dépouillant la
chair du péché, par la circoncision du
Christ, et vous avez été ensevelis dans
le baptême ». Et pour cela, il dit d'Abra-
ham : qu'il a été justifié par la foi sans
les œuvres, lorsqu'il avait encore le prê-

ché, de même que je vous ai partagé
toutes les offrandes des enfants d'Israël
pour que vous en jouissiez sans être blâ-
mables : pourquoi donc avez vous com-
mis l'impiété [304] sur mon corps,
comme ceux qui ont prévariqué dans
mes sacrifices? Et pour cela j'ai dit :
Ta maison 6 et la maison de ton père
serviront en ma présence; maintepant
le Seigneur dit : Loin de moi ! mais je
glorifierai celui qui me glorifie et mes
comtempteurs seront couverts d'oppro-
bres7. » — Comment parle-t-il de ceux
qui n'obéissent pas aux Prophètes et
n'écoutent pas les Apôtres? Qu'on l'ap-
prenne de Pierre. Quand Clément lui
demanda d'être seul ministre de son
office, il lui parla ainsi, louant son zèle
et se moquant de sa nourriture 8 : « Qui
est capable de tout ce ministère ? Nous
mangeons habituellement non seulement
du pain et des olives, mais parfois, s'il
s'en trouve, des légumes. »

« Paul aussi, à cause de sa grande
indigence envoya vendre son manteau,
et il est écrit qu'il acheta du pain avec
le prix, et on lui apporta en même
temps des légumes. Et Notre-Seigneur
lui-même mangeait du pain, et même
parfois du pain d'orge. Après sa résur-
rection, il mangea du pain avec ses dis-
ciples, afin de leur rendre croyable sa
corporéité. — Mais ceux-ci, d'après ce
que j'entends dire, n'imitent pas les héré-
tiques dans leurs actions, et ne sont pas
non plus d'accord avec les fidèles dans

1. Gai., tu,9. —2. Aj. :Uû^ov3 (M. L). — 3, Lire : ^ob-o. — b. Ex., îv, 22. — 5. Col., it, 11, 12.
6. Rom., iv, 9, 10. — 7. Lire : yû^o. — 8. Recogn., vu, 6.

LIVRE IX. CHAP. XXVII

233

puce, avant d'être circoncis, ayant en
vue la confession antérieure au bap-
tême sans les œuvres. Il dit, en effet,
écrivant aux Romains1 : « La foi
d'Abraham lui a été imputée à justice.
Comment? Non pas dans la circoncision,
mais dans le prépuce. » Et il ne trompe
pas, comme l'atteste la parole de Moïse
qui dit de Dieu* : « Il dit à Abraham :
Regarde le ciel et compte les étoiles, si
tu peux les compter. Et il ajouta : Ainsi
[303J sera ta race. Et Abraham crut en
Dieu, et cela lui fut imputé à justice. »
— Jacques de son côté, prend Abraham
comme exemple de la foi quisauvepar les
œuvres, alors qu'il était circoncis et non
plusavec leprépuce. Nous l'apprenons de
l'Ecriture même. Il écrit, en effet, ceci3 : «Veux-tu savoir, ô homme, que la foi sans les
œuvres est morte? Notre père Abraham fut justifié par les œuvres quand il fit monter
son fils Isaac sur l'autel. Vois la foi qui soutient les œuvres, et qui est perfectionnée
par les œuvres. Alors fut accomplie l'Ecriture qui dit : Abraham crut en Dieu, et
cela lui fut imputé à justice, et il fut appelé son ami. » Il est facile à celui qui lit le
livre de Moïse d'apprendre de la Genèse qu'Abraham fit monter Isaac sur l'autel
après avoir été circoncis : il accomplit un précepte et il fut justifié par les œuvres.
On nous propose l'image de la foi postérieure au baptême, lequel est une circonci-
sion intellectuelle, qui justifie l'homme par les œuvres. Il est écrit4, en effet,
qu'Abraham fut circoncis avec Ismaël, son fils, ceux de sa maison, et ceux qui avaient
été achetés à prix d'argent des peuples étrangers. Ensuite, Dieu voulant éprouver
Abraham lui dit5 : « Emmène ton fils chéri, Isaac; va dans la région élevée, et là, fais-
le monter sur l'autel ».

« Donc, ni ces paroles des Apôtres,ni celles qui sont écritesdans TAncienTestament,
ne paraissent se contredire mutuellement. Elles sont une même chose et ont été
dites par un même Esprit : (l'une) de la foi antérieure au baptême, qui, par une
courte confession, sans les œuvres, justifie celui qui la possède, le baptême étant
pour lui la plénitude du salut s'il quitte aussitôt ce monde; l'autre, de la foi posté-
rieure au baptême : qui demande l'accomplissement des bonnes œuvres et qui élève

leur conduite; ce ne sont pas6des nazi-
réens comme les Marcionites, ni des
ascètes comme les chrétiens; car ils
n'imitent pas ces apostats qui mangent
seulement des légumes7, ou du pain,
mais n'osent falsifier leurs oblations,
et ils ne nous ressemblent aucunement,
à nous fidèles. » — Le reste de la lettre
est rempli par les exemples de l'Ecri-
ture. — Avec l'aide de Jésus, est aussi
fini ce chapitre, qui est un avertissement
que, dans la réception des oblations
sacramentelles, personne ne doit en
user avidement, comme il est écrit ci-
dessus 8.

1. Rom., iv, 9, 10. — 2. Gen., xv, 5, 6. — 3. Jac, ii, 20-23. — 4. Gen., xvn, 26, 27. — 5. Gen.,
xxir, 2.

6. »«s^U (L). — 7. Lire : U>*». — 8. Le ms. arabe de Londres ajoute : la«w=> i2vv Mjj \ \a^ « que

le lecteur prie pour moi dans la charité fraternelle ».

IL 30

234

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

au comble de la perfection et à l'ordre1 le plus élevé. Jacques dit donc très conve-
nablement de celle-ci : « que la foi est perfectionnée par les œuvres » ; et le sage
Paul, lui-même, enseigne pareillement, dans un autre passage, que la foi est perfec-
tionnée par les œuvres. Les Galates, en effet, après avoir reçu le baptême et avoir
été réputés enfants de Dieu par l'Esprit, retournèrent au judaïsme et se faisaient cir-
concire, pensant vainement qu'ils auraient plus de mérite aux yeux du Christ par la
circoncision de la chair qu'avec le prépuce. Il leur écrivit et les blâma en disant3 :
« Dans le Christ Jésus, la circoncision n'est rien, ni le prépuce non plus; mais seu-
lement la foi qui opère dans la charité ». Il est donc évident d'après cela que la foi
après le baptême est utile et sauve, si elle est pratiquée dans la charité, et si elle
est suivie et accompagnée d'œuvres. Et quelles sont les œuvres de la charité? Paul
lui-même les énumère en disant' : « La charité est longanime, elle est bienveillante;
la charité n'est pas jalouse, elle n'est pas turbulente, ni orgueilleuse, ni honteuse,
elle ne se recherche pas elle-même, elle ne s'irrite pas, elle ne pense pas le mal, elle
ne se réjouit pas de l'injustice, mais elle se réjouit de la vérité; [304] elle espère tout,
elle supporte tout ; la charité ne tombe pas subitement ». Ces choses tendent à diri-
ger l'action, le labeur et les sueurs, afin que la plupart de ceux qui sont unis dans la
foi en fassent leur profit et se sauvent. Et qui les oserait blâmer? puisque Notre Sei-
gneur a dit4 : « Si vous m'aimez, gardez mes commandements ». — Selon ce que
l'Ecriture, et nos Pères pareillement, nous ont enseigné, sur cette question que nous
traitons, et à propos de laquelle il est écrit5 : « Tout est compréhensible pour les gens
intelligents, et droit8 pour ceux qui ont trouvé la science, » je me suis efforcé
d'avertir Ta Charité prudemment, comme il convient à des chrétiens.

« Comme j'ai appris de plusieurs endroits, d'après ce qu'on m'a écrit, que tu as ré-
pandu le volume7 de ta doctrine non seulement à Alexandrie mais en divers lieux,
j'ai mandé8 dans la charité, croyant me conformer en cela au Christ-Dieu, (notre)
législateur, etj'ai écrit à notre frère le prêtre Thomas de ne pas divulguer mon ou-
vrage, mais de le garder près de lui, parce que je pensais qu'après un second avis
mes (sentiments) et ceux de Ta Sainteté paraîtraient venir d'une seule bouche et
d'une seule âme. — En ce sens, j'ai examiné une fois et deux fois la doctrine des
évêques Xenaias9, digne de mémoire, et Eleusinus10, et le traité spéculatif11 qu'ils ont
fait sur la foi, et je n'ai rien trouvé de répréhensible chez eux. Nous devons agir
dans la charité l'un à l'égard de l'autre lorsque nous discutons; puisque nous profes-
serons une même opinion, avec l'aide du Seigneur. Jamais, soit pour être considéré
devant les hommes, soit pour flatter, hors de la mesure qui convient à ma faiblesse,
je n'ai fait paraître un écrit ou une action, si ce n'est dans la rectitude de l'Evan-

1. TiÇiç. — 2. Gai., v, 6. — 3. I Cor., an, 4-8. — 4. Joh., xfv, 15. — 5. Prov., vin, 9. — 6. j«»t
M). — 7. tojjloç. — 8.        (L). — 9. Philoxène de Mabboug. — 10. Lire : (L) ; év. de Sasi-

mes (Evagr,, III, xxxi). — 11. èv ôewpfa.

LIVRE IX. CHAP. XXVIII

235

gile et selon la doctrine et la loi de l'Apôtre. Cependant, il ne faut pas que, même
pour le moment, nous abandonnions la lutte contre les hérétiques pour nous com-
battre mutuellement par des écrits, de peur que ne s'accomplisse à notre égard la
parole de l'Apôtre qui dit1 : « Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres,
prenez garde de vous détruire mutuellement. » Il convient à ceux qui aiment Notre-
Seigneur d'éviter de toute leur force de telles querelles, de s'aimer les uns les autres,
afin que la paix se répande et se dilate sur le peuple de Dieu8. Je demande la paix de
la fraternité qui est avec toi; celle qui est avec moi te salue dans le Seigneur. »

Quand Julianus reçut la lettre,il frémit et fut en colère contre Severus. Il écrivit et
dit qu'il avait été ajourné pendant une année et des mois par celui-ci, qui n'avait pas
compris3 sa dignité et s'était esquivé. — Alors Severus écrivit un grand Traité
dans lequel se trouvent les démonstrations des Docteurs, disant que le corps pris par
le Christ de notre race fut sujet aux passions non coupables, à l'exception du péché,
jusqu'à la résurrection. Plusieurs ouvrages furent aussi composés par saint Severus
contre Felicissimus4 et Romanus5. — Fin.

CHAPITRE [XXVIII]. — [305*] De la peste qui survint par toute la terre, et

surtout dans les pays du Sud6.

Dans le livre de Jean d'Asie7 on parle
amplement de la grande peste qui sur-
vint en l'an 855, qui est l'an 16 de Jus-
tinianus, (peste) qui depuis l'origine du
monde n'avait eu, et n'aura jamais sa pa-
reille. L'univers absolument entier fut
frappé du cruel fléau. Elle commença
d'abord par les peuples intérieurs des
contréesdusud-est de l'Inde, c'est-à-dire
de Kous, Himyarites et autres ; ensuite
par les régions de l'Occident, qu'on ap-
pelle « supérieures », les peuples des

Quand le fléau s'abattit8 sur la ville im-
périale il sévit d'abord parmi les pauvres.
Il y avait des jours où on en empor-
tait cinq mille, d'autres, sept, d'autres,
douze, et jusqu'à seize mille en un jour.
Comme c'était au début, des hommes se
tenaient sur les ports, aux portes, sur
l'autre rive, et relevaient leur nombre.
Et si on veut compter, en fait, on en
compta plus de trois cent mille qui fu-
rent emportés des places publiques ;
quand ceux qui les comptaient furent

1. Gai., v, 15. —2. Littér. : « super Israël Dei » ; cf. Gai., vi, 16. — 3. — 4. u»a*&ûa.a^*9

(L) — 5. Cf. Wbight, Cat. syr. mss., p. 1005 b, 939 a.

6. Cf. Hist. du Bas-Empire, liv. XLI, § lvii ; XLVI, § lu; XLIX, § xxxin.

7. Dans son Histoire ecclésiastique; les passages relatifs à cette peste, sauf le premier concernant
l'Egypte, se trouvent parmi les fragments qui nous restent de la seconde partie de cet ouvrage, et
qui ont été édités par Land dans le t. II de ses Anecdota syriaca.

8. Land, II, 314.

236

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Romains, des Italiens, des Gaulois, des
Espagnols. On apprit que les hommes
devenaient enragés, comme des chiens,
devenaient fous, s'attaquaient les uns
les autres, s'en allaient dans les mon-
tagnes et se suicidaient. Ces choses n'é-
taient encore considérées que comme
des échos de mauvais augure, mais le
fléau progressa et gagna les contrées de
Kous, sur les confins de l'Egypte, et de
là il se répandit en Egypte même. —
Comme la faux recourbée1 du moisson-
neur, il s'emparait successivement2 de la
terre et progressait sans cesse. Quand
la plus grande partie du peuple eut péri,
au point que l'Egypte en arriva à être
privée de ses habitants, ruinée et dé-
serte, il s'abattit sur Alexandrie et con-
suma une foule de gens. Ceux qui échap-
pèrent à une mort prompte furent frap-
pés d'une terrible maladie : celle des
tumeurs des aines ; les uns d'un côté,
les autres des deux côtés. Les aines se
gonflaient, se tuméfiaient, s'emplissaient
d'eau, puis survenaient des ulcères
grands et profonds, qui laissaient cou-
ler du sang, du pus3 et de l'eau, nuit et
jour. — Avec cette plaie fondit sur eux
ce fléau par lequel ils étaient prompte-
ment enlevés.

La miséricorde de Dieu se montra
partout à l'égard des pauvres, car ils
moururent les premiers : d'une part,
afin de faire paraître le zèle des habi-
tants des villes et de leur procurer des
avantages spirituels, par l'ensevelisse-

parvenus à deux cent trente mille, ils
s'arrêtèrent. Lorsque ceux qui étaient
de basse condition furent morts, le dé-
vastateur étendit la main sur les puis-
sants du siècle et les grands de l'empire,
et sur ceux qui avaient échappé à la
mort momentanément, (en les frappant)
du mal des aines et de la variole, qu'on
appelle dans notre langue « tumeurs »
et qu'ils nomment bubones*. On vit que
cette plaie ne montrait pas son action
seulement sur les hommes, mais aussi
sur les animaux, même sur les animaux
sauvages, même sur les reptiles de la
terre. On pouvait voir le bétail et les
chiens, et jusqu'aux souris, dont les
aines étaient tuméfiées, qui succom-
baient et périssaient.

On vit ensuite une autre (maladie) de
ce genre : certains signes apparaissaient
dans la paume de la main des hommes,
comme des cavités noires qui n'exis-
taient pas extérieurement, mais seule-
ment dans la profondeur; comme trois
gouttes de sang. Dès que ces signes ap-
paraissaient, la fin5 arrivait. L'un mou-
rait en travaillant à son métier, d'autres
au bain6, d'autres par les rues. Il n'y
avait plus ni vente ni achat; les bou-
tiques pleines de richesses, les ban-
ques7 importantes, et même l'alimenta-
tion de toute la ville avaient cessé8.

Hélas ! mes frères, quel cruel spec-
tacle0 ! ceux qui se tenaient sur le bord
de la mer lançaient et jetaient dans des
barques  (les cadavres)   accumulés en

1. xâ(X7txoç. — 2. xaxafj.époç. — 3. [Aoû/Xa.

4. fiouëcovsî; L : 'ûjojûuûs. — 5. Littér. : dissolutio. — 6. L : asûl^a. —
n. 5. —8. La phrase, un peu obscure, est mutilée dans L. — 9.

7. Cf. ci-après, p. 238,

LIVRE IX. CHAP, XXVIII

237

ment des pauvres; d'autre part, parce
que si1 la calamité les avait confondus
avec les autres, comment aurait-on pu
enlever du milieu des places publiques
leurs cadavres en putréfaction et leurs
ossements dénudés8, puisqu'il n'y au-
rait eu personne pour s'occuper d'eux?
Ceux-ci moururent donc les premiers,
alors que tout le monde était encore en
bonne santé pour les enlever, les empor-
ter et les ensevelir. On avait ce signe3
que si le mal commençait par le plus
jeune d'une maison, cette maison [306]
en était réduite au désespoir d'après ce
signe : car tous mouraient pareillement.
Il arriva qu'on donnait jusqu'à 12 da-
riques, et à peine trouvait-on quelqu'un
pour les emporter et les jeter dehors
comme des chiens. Il arriva qu'une ci-
vière étant placée sur quatre porteurs,
ceux-ci tombaient et périssaient. L'un
succombait en parlant, l'autre en cou-
rant; un autre mourait en mangeant;
chacun avait perdu l'espoir de la vie, et
craignait de sortir, disant : « Je périrai
au milieu de la maison ». Quand ils
étaient contraints de sortir, celui qui
sortait, soit pour accompagner soit pour
ensevelir (les morts), écrivait une ta-
blette ainsi libellée qu'il suspendait à
son bras : « Je suis un tel, fils d'un tel,
de tel quartier ; si je meurs, pour Dieu,
et pour manifester sa miséricorde et sa
bonté, qu'on aille le faire savoir dans
ma maison, et que les miens viennent
m'ensevelir ». — Cette grande ville ar-

monceaux de trois, de cinq mille, ou
même innombrables. Le nombre4 des
ensevelisseurs était trop petit, et cette
grande ville devint un sépulcre lugubre
pour ses habitants. Comme on ne trou-
vait plus de tombeaux, on les accumu-
lait dans des barques et on les jetait
comme du fumier sur l'autre rive. L'em-
pereur voyant ce qui arrivait, ordonna
[306] de fabriquer environ six cents ci-
vières, et désigna un de ses référen-
daires5, auquel il prescrivit de prendre
et de donner autant d'or qu'on en de-
manderait et de louer des hommes, pour
faire de grandes fosses dans lesquelles
on amoncellerait les cadavres. On fit
cela dans la montagne, et on déposa
dans chacune de ces fosses soixante-dix
mille (cadavres). II plaça en cet endroit
des hommes qui les amoncelaient par
rangées, l'une au-dessus de l'autre, de la
même manière qu'on foule le foin en
meule. Par suite de cette sollicitude, la
ville fut délivrée 6 des cadavres. Un de
nos diacres7 qui était occupé à cette be-
sogne rencontra une maison fermée et
puante. Il y entra et trouva environ
vingt personnes en putréfaction et dé-
vorées par les vers. Il amena quelques
hommes, et ils les emportèrent. Il y avait
là des femmes qui avaient succombé et
dont les petits enfants, encore vivants,
tenaient les mamelles8 en pleurant. La
calamité fut plus grande en cette ville
que partout ailleurs. Il n'y avait plus ni
pleurs ni gémissements.

1. c&.. — 2. Ou « abandonnés ». — 3. ar,[j.Eïov.

4. Land, II, 319. — 5. (L). Il s'appelait Theodorus (L). — 6. I*;-*» (L). — 7. Un diacre

monophysite. C'est Jean d'Asie qui parle. — 8. ^ov»Vi.

238

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

riva à l'épuisement et fut ruinée; les
hommes craignaient d'aller dans les
rues, à cause de la puanteur des cadavres
et des corps qui étaient dévorés par les
chiens.

Lorsque1 [Alexandrie] fut consumée^
le fléau passa sur le littoral de laPalestine
et à Jérusalem (?). On voyait des spectres
terrifiants dans la mer. Quand la peste
passait d'un lieu à un autre, on voyait
comme une barque d'airain dans laquelle
siégeaient des hommes noirs et sans tête
qui parcouraient précipitamment la mer.
Ils couraient en face d'Ascalon et de
Gaza, et c'est par leur apparition que le
fléau commença en ces lieux. Il fut en-
core plus terrible en Palestine qu'à
Alexandrie. L'or, les richesses, les biens
étaient abandonnés, et quiconque avait
le désir de prendre quelque chose était
saisi par le châtiment. — Une certaine
ville de la frontière d'Egypte périt en-
tièrement. Il n'y resta que sept hommes
avec un enfant de vingt ans*. Ils circu-
lèrent pendant cinq jours par la ville et
virent que tout le peuple avait péri. Ils
résolurent d'entrer dans les maisons des
grands, et recueillirent de l'or et de l'ar-
gent dont ils remplirent une maison.
Aussitôt, ils succombèrent tous les sept,
et l'enfant resta seul, pleurant. 11 vou-
lut sortir et vint à la porte de la ville :
un homme lui apparut, [307] l'enveloppa
et le replaça' à la porte de la maison où
l'or avait été accumulé ; et cela à plu-
sieurs reprises. — Un homme riche,

Quand aux legs et aux héritages *, per-
sonne n'en parlait, car maintes fois les
héritiers avaient précédé (dans la mort)
ceux qui les faisaient hériter. Quelqu'un
voyait-il une boutique ou un trésor ou-
vert, s'il y entrait et enlevait quelque
chose, aussitôt la mort le saisissait. Les
pauvres n'acceptaientpas deprésentsdes
riches : ceux qui en acceptaient succom-
baient. Quelques pauvres voulurent
mendier, se disant: peut-être resterons-
nous en vie en n'entrant pas dans les
maisons des morts, mais en demandant
aux vivants. Ils allèrent à une grande
banque5; ils virent un vieillard qui était
assis à la porte, el lui demandèrent
(l'aumône). Celui-ci leur dit : « Voiciune
boutique devant vous! » Ils y entrèrent
et chargèrent autant d'or qu'ils en pou-
vaient porter. Mais lorsqu'ils voulurent
sortir, ils tombèrent et moururent sur le
seuil.

Deux jeunes hommes, vigoureux, de
ceux qui portaient les morts, deman-
daient avidement leur récompense. Le
référendaire6 de l'empereur leur dit :
« Allez, prenez ce que vous aurez ras-
semblé » ; ils mirent beaucoup d'empres-
sement à faire leur somme, et quand ils
emportèrent les cadavres des morts,
étant parvenus à la fosse, ils défaillirent,
tombèrent et moururent ; ils furent joints
au reste (des morts). En voyant cela,
l'homme s'écria : « Malheur à toi, ava-
rice humaine! que le moment7 présent
a seul refrénée. » Il ordonna de prendre

1. Land, II, 306-307. ...;»»»       xfc^ol» ImUo u9U ^ |t>^ J^o^l p. — 2. Land : a dix

ans »; ce qui convient mieux au contexte. — 3. ovatol (L).

4. Land, II, 321. — 5. ^.^^ia^l, àpyupoirpaTSÏov (L) — 6. U»i3> (L). — 7.

LIVRE IX. CHAP. XXVIII

239

qui était sorti dans ses propriétés1 avant
la peste, ayant entendu dire que la peste
sévissait, s'adonna à la prière pour ob-
tenir de demeurer vivant. Au bout de
quelque temps, il envoya ses serviteurs
pour avoir des nouvelles de sa maison.
Quand ceux-ci arrivèrent à la ville, ils
n'y trouvèrent personne en vie, si ce
n'est cet enfant qui pleurait, et qui leur
raconta tout ce qui s'était passé. Alors
l'intendant8 fut pris de cupidité, et
dit aux serviteurs de son maître d'em-
porter de l'or; mais ils ne le voulurent
pas. Il entra doue lui-même et en char-
gea sur sa monture autant qu'il put.
Quand il arriva à la porte du mur, une
forme humaine courutaprèslui, l'arrêta,
ainsi que l'enfant, et les fit revenir avec
l'or. Alors les autres lui crièrent : « Re-
tourne et abandonne l'or! Peut-être se-
ras-tu délivré ! » En arrivant à la maison,
cet homme et l'enfant succombèrent :
les autres furent sauvés.

Dans une autre ville3 de Palestine, les
démons apparurent sous l'aspect d'anges.
Ils disaient aux hommes d'adorer une
certaine idole d'airain, qui se trouvait
dans la ville, et qu'on y adorait autrefois,
afin que la peste ne les atteignît pas.
Les malheureux se laissèrent séduire et
attirèrent sur eux une seconde mort par
leur idolâtrie. Tandis qu'ils étaient réu-
nis devant la statue, une sorte de tem-
pête fondit sur elle, l'enleva en l'air à
environ mille pas, et la laissa retomber
violemment sur la terre : la statue se

[307] l'or qu'ils portaient et de le don-
ner aux autres qui viendraient apporter
des cadavres. — D'autres réunirent
450 dinars, et sortirent de la ville pour
se les partager. Quand les lots4 furent
faits, chacun voulut en prendre sa part.
Ilstombèrentet moururent tousles trois,
et l'or resta (là).

L'ange qui préside aux fléaux prenait
soin 6 de poursuivre les hommes jusqu'à
ce qu'ils méprisassent toutes les choses
de ce monde.

Le chroniqueur, qui est Jean d'Asie,
dit9 : « Est-ce que je n'imite pas, en vou-
lant raconter ces choses, celui qui tombe
dans l'immensité de la mer7, qui ne
peut ni en palper la profondeur, ni s'ap-
procher du bord pour en sortir, et qui
est sur le point d'être submergé? »

Les démons voulurent induire les
hommes en erreur dans la ville (impé-
riale)*. Un individu quelconque laissa
échapper cette parole : « Si on jette les
vases'dans les rues par les fenêtres des
habitations, la peste s'en ira de la ville. »
Des femmes en étant venues à cette in-
sanité, tout le monde se laissa entraîner
à cette aberration, de sorte qu'on ne
pouvait plus paraître dans les rues, tan-
dis que, dans l'intérieur des maisons,
on était occupé, pour chasser la mort, à
briser les vases. Cela ne servit à rien, et
chaque jour la mort faisait des victimes.
Alors les démons les trompèrent de nou-
veau, voulant leur faire mépriser le saint
habit des hommes de Dieu. Dès que pa-

1. ouata. — 2. imipoTtoç. — 3. Land, II, 309.

4. (xépoç — 5. àxptêeia. — 6. Land, II, 325. — 7. TilXayo;. — 8. Ce qui suit ne se trouve pas
dans les parties conservées de Jean d'Asie; mais la citation se rencontre dans le Pseudo-Denys.
— 9. y-lpau-oç ; Ps.-D. : laa-o.

240

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

raissait un moine ou un clerc, ils hur-
laient et s'enfuyaient, pensant que c'était
la mort. Et pour cela on ne voyait aucun
religieux3 dans les rues ; car dès qu'il en
paraissait un, ceux qui le voyaient hur-
laient et s'enfuyaient en criant : « Où
viens-tu? Nous sommes à la Mère de
Dieu! Nous sommes à tel martyr! » —
Chez quelques-uns cette aberration per-
sévéra jusqu'à deux années après que le
fléau eut cessé.

Or, de myriades innombrables, un
petit nombre de gens seulement resta
dans cette grande ville. — Ce fléau de
la peste dura l'espace de trois ans.

Zacharie le Rhéteur écrivit aussi au
sujet de ce fléau, en ces termes* : « Dans
la version grecque, dans la prophétie
d'Ezéchiel5, au sujet de la peste des bu-
bons, au lieu de ce que dit le syriaque :
« Tous les genoux laisseront couler
l'eau », il est écrit : « Tous les flancs
seront souillés de pus. » — Cette peste
des pustules, qui se manifestait par des
bubons aux flancs et aux aines des
hommes, se répandit de Kous, en Egypte, à Alexandrie, en Libye, en Palestine, en
Phénicie, en Arabie, à Byzance, en Italie, en Afrique, en Sicile, [308] en Gaule; elle
parvint jusqu'en Galatie, en Cappadoce, en Arménie, à Antioche, dans lOsrhoëne,
la Mésopotamie, et peu à peu chez les Perses6, et jusque chez les peuples du Nord-
Est. S'il arriva que ceux qui furent frappés par ce fléau échappèrent et ne moururent
pas, ils demeurèrent chancelants et titubants.

Il est notoire que ce fléau venait de Satan, qui avait reçu de Dieu la permission
de châtier les hommes.

Dans la ville d'Emèse se trouvait la tête de Jean-Baptiste : plusieurs mirent en
lui leur espoir et furent sauvés. Les démons hurlaient par la bouche de certains
hommes et se plaignaient du saint. — Fin.

brisa et se répandit comme de l'eau. Le
glaive de la mort lés atteignit, de sorte
qu'au soir il ne restait pas âme qui vive
dans la ville.

Cette peste 1 passa sur tout le pays de
Palestine, et toute la contrée du Nord,
du Midi, de l'Orient, jusqu'aux régions
de Cilicie, de Syrie, d'Iconie, de Mysie,
d'Asie, de Bithynie, de Galatie, et de
Cappadoce. Les stations*, sur les routes
étaient remplies [308] de morts et dé-
sertes; le bétail abandonné, délaissé,
errait sur les montagnes, et il n'y avait
personne pour le rassembler ! les champs
étaient remplis de récoltes et de fruits,
et il n'y avait personne pour les mois-
sonner! le temps de la vendange des
vignes était passé, etil n'y avait personne
pour vendanger ! car tout le monde avait
succombé sur toute la terre habitée. A
peineunsur milleavait-ilsurvécu,quand,
après trois années entières, le fléau se
calma. — Ce [récit) est aussi fini.

1. Land, II, 310. — 2. (TxaTtwvsç. Jean d'Asie, que l'auteur résume, parle ici de son voyage de
Mésopotamie à Cple.

3. Litt. : « fils de l'habit ». — 4. Dans le ch. ix du Xe livre ; ce chapitre est perdu; cf. Mai, X, 387,
n. 1. — 5. Ezech., vu, 17. — 6. Lire :

LIVRE IX. CHAP. XXIX

241

CHAPITRE XXIX. — Sur Vépoque de Vempereur Justinianus second; sur la
dévastation de Rome; sur la mort de Vimpératrice fidèle Theodora ; et sur la
mort du grand patriarche Severus.

En l'an 18 de Justinianus, qui est l'an857 des Grecs1, les Huns* s'emparèrent
de Rome, grande ville de l'Italie ; et comme ils ne pouvaient pas la garder, ils
se fixèrent dans le camp3 qui est à côté d'elle. — Ils la laissèrent déserte et vide
de ses habitants.

Afin que tu saches quel détriment sa prise causa à l'empire des Romains,
j'écris maintenant sa description, en abrégé toutefois, faite par un homme ins-
truit et qui avait vu ses édifices *.

Trois ans après la destruction de la ville dTlion, qui fut détruite du temps
des (grands ) prêtres Samson et Héli, les rois commencèrent à exister dans la
ville de Rome, qui s'appelait auparavant Italia, et les rois qui y régnaient
(étaient appelés rois) des Latins. Du temps de Jo[a]tham et d'Ahaz, rois de Juda,
régna en ce lieu Romulus5 qui bâtit la ville [309] avec de grands édifices; elle
fut appelée Rome, de son nom, et leur royaume fut appelé (royaume) des Ro-
mains, depuis le temps du roi Ezéchias6.

Il y a dans cette ville les saintes églises des saints Apôtres, catholiques,
au nombre de 24. — H y a aussi 2 grandes basiliques, où siège7 l'empereur8,
et où s'assemble devant lui le sénat9. — H y a 324 rues, grandes et spacieuses.
— Il y a 2 grands capitolia. — 11 y a 80 idoles10 d'or, et 64 idoles11 d'ivoire. —
Il y a 46 mille 63 11 maisons d'habitation, et 1797 *' maisons des grands1*. — Il y
a 1352 canaux'8 qui projettent les eaux. —Il y a 274 boulangers qui fonctionnent

1. Jac. Edess., ad ann. 227. La prise de Rome par Totila eut lieu en décembre 546. — 2. Lire :
t-lLjoot. — 3. xâffTpa. Proc. : èv xwP'<p 'AXyr)56v( (B. G., III, 21). — 4. Ce texte de la description
de Rome a été édité par Guidi, Bulletino délia Comm. arch. di Borna, 1891, p, 61 sqq. Dans le
même recueil (ann. 1885, p. 218 sqq.) le même savant avait édité et commenté le texte du ms. syr.
145 du Vatican (Mai, Nov, coll., t. X, p. 359; cf. p. xij), collationné avec celui de Londres, add.
12154 (Land, III, 323). Nous avons déjà rencontré plus haut (texte, p. 49 ; trad., t. I, p. 81) une
troisième recension de cette description. Dans les notes qui suivent ici nous désignons par L, V,
M,les textes de Londres, du Vatican et de Michel. Pour un commentaire plus développé, voir les
deux opuscules cités de Guidi. Je leur emprunte les conjectures et restitutions proposées ci-
après. — 5. Ms. Rôm(e)laos. — 6. Cf. tome I, p. 56, 81. — 7. Ou bien : « où habite ». — 8. Lit-
tér. : rex. — 9. M : « le peuple ». — 10. V : « dieux » ; M, L : « statues ». Le Breviarium latin
porte : dei aurei. — 11. V : « dieux », M : « statues », L omet. — 12. V : 46603; L : 46793 ; M :
46063. Ce sont les « insulae ». — 13. M : 797. — 14. M,: « des princes » (dans la Notitia : domus
Mdccxc). —  15. V : iûbo?-j|x>; L : «sém^Io ; M : u»»U-»û (xavâ/y]?).

II. 31

242

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

et donnent la nourriture1 aux habitants de la ville, en dehors de ceux qui tra-
vaillent pour eux-mêmes et vendent dans la ville. — H y a aussi 5 mille sépulcres,
où ils rassemblent* et ensevelissent (les morts). — Il y a 31 grandes bases
de marbre. — H y a 3785 statues d'airain des rois et des préfets3. — H y a aussi
125* statues d'airain de la famille d'Abraham, de Sara, de Hagar, et des rois de
la famille de David, qu'y avait transportées Vespasianus lorsqu'il détruisit
Jérusalem, et enleva ses portes d'airain et les autres choses5. —H y a aussi
2 très grandes6 statues de héros7. — [310] Il y a deux colonnes en colimaçon8.
— Il y a deux cirques9 et trois théâtres. — Il y a 2 'wdry'i0, et 4 W. — Il
y a 11 'wlmphy''li. — Il y a 22 chevaux d'airain, grands et puissants. — Il y a 5613
bains. — Il y a 4 'rbiliqwn. — Il y a l^ktinwn 'nphtwr1*. — Il y a 2 xxps^êoAai des
chevaux d'airain15 spéciaux. — Il y a 45 sistra16. — Il y a 2 mille 3 cents dépo-
sitaires17 d'huile publics. — H y a 291 prisons18 ,sphwq,,\ —H y a dans le voi-
sinage *° 254 latrines publiques. — Il y a 673*1 éparques2* pour garder la ville, et
7 23 qui ont l'autorité sur tous les autres. — Les portes de la ville [sont au
nombre de 37; et son pourtour]24 est de 26 myriades 6 mille et 36 pieds 2b, qui

1. àvviova. Distinction entre les fours publics qui donnaient gratuitement le pain à ceux qui étaient
munis de la tessera annonse et les boulangeries privées. — 2. « rassemblent », ou bien a se rassem-
blent ». Il s'agit peut-être des réunions, si fréquentes, aux tombeaux. —¦ 3. V et L de même. M
paraît altéré en ce passage. — 4. V et L : 25 ; M : 29. — 5. V aj. : « d'airain ». — 6. V omet les
mots « très grandes », qui peuvent traduire « colosses ». —- 7. V ; ©v^ai^i « des héros de cette
(ville) ». L et M omettent. — 8. L om. ; M : ^aà.aao, lire : .a^sao, cochlides, ou un autre dérivé
de xtr/Xsaç Les colonnes de Trajan et d'Antonin. — 9. M : u^oo»» a*il£no. «nâSia ôpojju'wv (ou un
autre dérivé de ôpa[a£Îv ; et non pas « des Romains », comme j'ai traduit plus haut). — 10. V, M ;
U>ol ; ce mot répondrait facilement à wSeïa ; mais c'est plutôt une corruption de Mo|L = ta Ostopta,
amphitheatra duo. L : >^ ^cu^iao = xuvrjytov, qui a le même sens à la basse époque. — 11. M :
1*L9 ^ol, par suite de l'omission d'une ligne. 1 t-^©l est une corruption de XoûSo;. L omet. — 12.
V : ^ûso) ; L omet; probablement une corruption de Uâ*Q>l ou Lûxsoj = njmphsea. — 13. V, L :
926. Le nombre donné par la Notitia est 856 (var. : 956). L omet la suite jusqu'aux « portes ». —
14. Le traducteur primitif a coupé en deux un texte qu'il ne comprenait pas, et qui était apparem-
ment : [xoopJêixtXcov wvxivwv Ixxouêixopca ; M : ^•ja^tBlol > — 15. « d'airain » est une interpolation
(aussi dans V) qui n'est pas dans M. La phrase traduit : Castra equitum singulariorum duo, du
Breviarium. — 16. Lupanaria ; grec : (reïa-rpa. Cf. Fiuenkel, Z. D. M. G., t. LVI, p. 99. — 17. Apo-
thecarii. — 18. Sic v, M. Corriger : L11ûû| ko « magasins », correspondant aux horrea du Brevia-
rium. — 19. M : |-oaaoo! ; ce mot corrompu est resté inexpliqué (spaciosa ?). — 20. M omet quelques
mots, et joint le nombre 254 aux « prisons » (Supprimer la note 3, t. I, p. 82.). Le texte avait
probablement ; àçeSpwvsç Ô7]u.6<not, que le traducteur aura lu : !<p'£8p<x. — 21. Sic V, M, et
notre texte lui-même d'après la copie de Guidi. — 22. srcapxoi, vicomagistri. — 23. M : 707
(ou 77?)— 24. Sic V, L; restituer: |û">àlô c»V*> ôfc> o»»»o- Ion •'• W^o ^^.L |ki.,:>o> o^yL ^ow. —
25. V : 216036 ; notre chiffre 266036 se rapproche davantage de l'exactitude.

LIVRE IX. CHAP. XXIX

243

forment 40 milles. L'étendue de la ville à l'intérieur, entre l'Orient et l'Oc-
cident, est de 12 milles1.

Par suite de la destruction de cette grande ville, qui fut brûlée tout entière
à cette époque, par les Barbares, l'empereur Justinianus fut profondément
affligé; lui et tout le sénat revêtirent des vêtements noirs.

En ces jours-là, la douleur de l'empereur fut encore augmentée par la mort
de feu l'impératrice Theodora ; elle arriva en l'an 20 de Justinianus, qui est
l'an 859 (des Grecs)8. Il distribua beaucoup d'or pour (le repos de) son âme.

Saint Anthimus et Theodosius [311] se présentèrent devant l'empereur; et
ils étaient dans la paix et la joie parce qu'il leur permit de demeurer en paix
dans leur opinion. — Fin.

A cette époque, le couvent de Mar Si-
méon le Stylite, dans la région d'An-
tioche, brûla et fut totalement détruit.

A cette époque, il y eut de la pertur-
bation et de la confusion dans les
églises à propos du commencement du
jeûne et delà Pàque, surtout à Constan-
tinople*.

En l'an 23 de Justinianus, Tarse de
Cilicie, fut inondée par le fleuve qui la
traverse*.

A cette époque, il y eut un autre
tremblement déterre et la ville de Lao-
dicée fut renversée, Environ sept mille
hommes y périrent8. — Dans la contrée
de Mysie, la moitié de la ville de
Pompéiopolis6 fut engloutie et ses habi-
tants descendirent vivants dans la terre
avec leurs demeures7. Le cri de leur gé-

Lc bienheureux patriarche Mar Seve-
rus sortit de la vie temporelle et mourut
à Alexandrie,dans le lieu appelé Ksouta8,
le 8 de sébat (févr.) de l'an 850 des
Grecs9. Les Orthodoxes établirent à sa
place, comme patriarche pour le siège
d'Antioche, l'excellent Sergius. —> Il
vécut peu de temps, et après lui vint
Paulus de Beit Oukamîn*0.

Après saint Anthimus, qui avait aban-
donné le siège de Constantinople11, vint
dans cette ville Mennas18, vase de co-
lère 13 ; — et ensuite Eutychus1*.

A Rome, après Agapit13, vint Vigi-
lius16.

Les évêques de toutes les villes de
l'empire des Romains se montrèrent
pusillanimes, à l'exception (de ceux) du
siège d'Alexandrie,qui fut cependantjeté

1. V, L, M, ajoutent : « et du nord au sud de 12 milles ». — 2. Jac. Edess., ad ann. 227.

3. Ps.-D., ad ann. 856. — 4. Ps.-Den., ad ann. 861. — 5. Land, II, 303 (ann. 852). Cf. ci-des-
sus,p. 195. Malala, Patr. Gr., XCVII, 652. — 6. Lire ainsi. Cf. Malala, Patr. Gr., XCVII, 644 ;
voir ci-dessus, p. 193. Répétition du même fait. — 7. vpw«ï-*o<».

8. Cette leçon est à corriger en (Land, II, 248); transcription régulière du grec E6ïç. —

9. Land, II, 248 ; Ps.-D., ad ann. 849 (B. O., II, 54). Jac Edess., ad ann. 215. —10. Cf. Land, II,
249; Jac Edess., ad ann. 229. — 11. Ms. : Constantinos. — 12. Jac Edess., ad ann. 213. — 13.
Rapprochement entre le nom du patriarche et le mot syriaque mana « vase ». — 14. Jac. Edess.,
ad ann. 225. — 15. Ms. : Agiptos. — 16. Ms. : Big(i)lios. Cf. Jac Edess., ad ann. 215.

244

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

missement s'éleva du milieu de la terre
pendant longtemps sans que personne
pût leur porter secours. — D'autres
villes furent aussi renversées dans le
même pays.

A la même époque1, sur le littoral de la
Phénicie, la ville de Tripoli fut englou-
tie, [309] ainsi que Beirout, Biblos, Bo-
trys* et les villes de Galilée. La mer se
retira à deux milles sur elle-même, et
des navires gisaient sur le sol.

A cette époque florissait à Alexan-
drie Jean Philoponos 3.

A cette époque, les Romains enva-
hirent le pays des Qardewayê, des Ar-
zanéniens, et des Arabayê*. — De son
côté, Kosrau, roi des Perses, monta et
s'avança jusqu'à Pétra5, où il établit une
garnison6.

Les Romains luttèrent contre cette
(ville) pendant sept ans ; enfin les
Perses furent vaincus, et les Romains
s'en emparèrent7.

A cette époque, il y eut une disette
de récoltes et un manque de fruits;
elle eut lieu en la neuvième8 (indiction).

Il y eut aussi une faim qui agissait
sur l'âme et sur le corps : elle fut sui-
vie de la peste. — Un homme mangeait
en un instant dix litre de pain, avec des
fruits, gloutonnement et avidement; et
alors qu'il était chargé et gonflé de
nourriture, il n'était pas rassasié, mais

dans l'hérésie des diophysites, au bout
de vingt ans, par Paulus.

Xenaias de Mabboug mourut à Gan-
gres. Philoxenus, fils de sa sœur, pour
un motif queje m'abstiens d'écrire,adhé-
ra au [Synode] et devint [309] évêque
en Cypre0. — Thomas de Germanicia,
Thomas de Damas, et d'autres dépen-
dant d'Alexandrie, quittèrent ce monde ;
et (aussi) Mara10 d'Amid. — Severus,
alors patriarche, et quelques-uns du
petit nombre de ceux qui faisaient la
volonté de Dieu, dont la constance
n'avait pas faibli et qui soutenaient la
lutte, demeuraient dans la ville impé-
riale, apaisaient l'empereur et exci-
taient la sollicitude de l'impératrice en-
vers les fidèles ; je veux parler de Con-
stantinus de Laodicée et de Jean l'Égyp-
tien; Petrus, Theodosius, Anthimus
et quelques évêques, étaient confinés
dans une forteresse et y étaient gardés.

Thomas de Dara, Jean de Telia, An-
toninus d'Alep, Sergius de Soura, Pe-
trus de Res-'ayna étaient tous morts,
et l'Orient était dépourvu de pontifes11.
Par nécessité et à cause du manque de
pasteurs, dans la région des Perses, un
certain Qîrôs li, évêque fidèle l3, se trou-
vait (seul) à consacrer et à établir des
prêtres, depuis la lre jusqu'à cette 8e
(indiction). Afin que les chefs des cor-
porations  des  fidèles   ne  soient pas

1. Ps.-D., ad ann. 864. — 2. Rest. : u»o|^a. — 3. Jac. Edess., ad ann. 215. — 4. Cf. ci-
dessus, p. 205. — 5. Dans la Lazique. — 6. Jac. Edess., ad ann. 226. — 7. Jac. Edess., ad ann.
227. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. XLVI § xxxn ; 1. XLVII, § Lxxir. — 8 èvarr) ; cf. Jac Edess., ad
ann. 227; Theoph., ann. Chr. 538.

9. Cf. Bar Hebr., Chr. eccl., I, 215. — 10. Restituer : liUo; ms. : M tira. — 11. Ce passage et
les suivants paraissent empruntés au ch. xit (perdu) du livre X de Zacharie. — 12. BH : -.oaolo,
var. : ioai»|.io (Chr. eccl, I, 218, n. 1). — 13. Ev. de Singar (BH).

LIVRE IX. CHAP. XXIX

245

avait faim, désirait et demandait du
pain tandis que son ventre était rempli.
Il mourait ainsi.

Ensuite survint la peste des bœufs1,
dans tous les pays, mais principale-
ment en Orient, pendant deux ans; de
sorte que les champs étaient incultes,
faute de bœufs '.

Il y eut un nouveau tremblement de
terre très violent dans la ville impériale,
au mois de 'ab (août)' : beaucoup de
maisons furent renversées et devinrent
le sépulcre de leurs habitants. Des
églises, des bains, et le mur qu'on ap-
pelait « Porte dorée », s'écroulèrent
aussi. — Dans ce tremblement de terre
Nicomédie fut entièrement détruite. —
Ces tremblements terribles eurent lieu
pendant vingt [310] jours, comme
pour inviter les hommes à la pénitence.
On fait leur mémoire chaque année,
par des rogations, dans une grande
plaine4 à sept milles de la ville impé-
riale.

De nouveau, en l'an 31 de Justinia-
nus 5 il y eut un violent tremblement
de terre, et les deux murs de la ville
impériale s'effondrèrent : l'ancien mur
intérieur de Constantin, et lè mur ex-
térieur de Théodose. Beaucoup de mai-
sons s'écroulèrent. Les autres étaient

blâmés, et que ceux qui avaient été or-
donnés prêtres chez les Perses ne soient
pas calomniés par les adversaires et
ne courent aucun danger, les (évê-
ques qui se trouvaient à Constantinople)6
se montrèrent justement zélés et em-
pressés ; ils méditèrent ce qui convenait
et ils consacrèrent et établirent en Ara-
bie, comme pontifes le moine Theodo-
rus, homme diligent, qui se trouvait
dans la ville impériale, et Jacques8,
actif et laborieux, qui se montra par-
tout très courageusement, visitant et
encourageant (les fidèles). C'était [310]
un homme austère et pauvre, très rapide,
qui marchait comme Asaël0. 11 était
prêtre dans le monastère de Pesilta, et
originaire du village de Gamoua, dans
le mont Izala. Grâce au dépôt10 qui lui
fut confié, il délivra plusieurs (fidèles)
du pays des Perses u.

En cette année14 mourut Mar Jean, fils
de Cyriacus, qui était emprisonné à An-
tioche, et aussi l'archimandrite Mar Jean
Bar Aphtonia.

En cette année 13 eut lieu l'ordination
de deux évêques : les saints Jacques de
Pesilta, pour Edesse, et Theodorus pour
Hirta de Na'man, dans la ville impériale
même, par les soins et les instances de
Héret1*, et par la sollicitude de l'impé-

1. Jac. Edess., ad ann. 227. — 2. IîoL (J. Ed.). — 3. Theoph., ann.  Chr. 546; Cedren.,

ann. 27 Justiniani. — 4. xâ[ATto;. — 5. Malala, Patr. Gr., XCVII, 707 ; cf. Cedren., anno 31 ; Theoph.,
ann. Chr. 550. Cf. Hist. du Bas-Emp., 1. XLIX, § xxxir.

6. Sens indiqué parle contexte. — 7. Sic ms., mais de fait Jacques fut créé év. d'Edesse; cf.
ci-après, ligne 28. — 8. Jacques Baradée, de qui les monophysites de Syrie, ont reçu le nom de
Jacobites. Cf. sa Vie dans Land, II, 249-257 ; 364-383 ; et Kleyn, Jacobus Baradseus, etc., Leide,
1882. — 9. Cf. II Reg., n, 18. — 10. uapaOrjxï). — 11. Le sens est : « Grâce au don des miracles
qu'il avait reçu, il guérit, etc. » ; cf. Land, II, 366. — 12. Ps.-Den., ad ann. 849. — 13. Jac. Edess.,
ad ann. 220. — 14. Le nom est ainsi vocalisé dans le ms, à différentes reprises. Le roi Ghassa-
nide Arétas V, jj-^- £r? ^¦X^-.

246

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

lézardées, crevassées et chancelantes.
Il ne resta pas un édifice qui ne portât
la marque du tremblement de terre.

Dans cetremblement de terre, la ville
de Rhegion1 fut renversée de fond en
comble; au point qu'on ne reconnaissait
pas qu'il y avait eu une ville. La grande
colonne impériale de porphyre qui
se dressait devant le palais de l'Hebdo-
mon', et sur laquelle se trouvait la
statue de l'empereur, tomba aussi après
avoir été arrachée et projetée en l'air par
la violence de la secousse ; elle retomba
le haut en bas et s'enfonça dans la terre,
à la profondeur de huit pieds. — Beau-
coup de villes et de villages furent ainsi
détruits. — On n'avait jamais entendu
dire qu'il y eût eu dans les tremble-
ments antérieurs un pareil à celui-ci,
par lequel la terre fut secouée et agitée
de côté et d'autre, comme les arbres
par le vent, pendant dix jours et (dix)
nuits.

Botrys, ville de Phénicie8, située sur
le bord de la mer, s'écroula dans ce vio-
lent tremblement ; la grande montagne
qui dominait la ville, et qu'on appelle
« Masque de pierre * », fut ébranlée,
soulevée subitement par la violence de
la secousse, et une grosse fraction tomba
dans la mer ; [311] elle fut projetée au
loin dans la mer par le tremblement de
terre; elle s'y enfonça et forma un bar-
rage en face de la ville sur une grande
longueur ; la mer se trouva à l'intérieur ;

ratrice Theodora. Le pape Theodosius
les ordonna.

A Edesse, les Chalcédoniens avaient
comme évêque, le38e, Amazon6 qui re-
bâtit et orna la grande église de cette
ville.

Jacques de Pesilta, qui avait été or-
donné pour Edesse, circulait par tous
les pays d'Orient et donnait l'ordination
aux Orthodoxes. II se montrait sous l'ha-
bit d'un mendiant, surtout en route, par
crainte des persécuteurs.

Héret, fils de Gabala, foi des Taiya-
yê chrétiens, et ses familiers étaient fort
scandalisés du Synode, et ne mangeaient
pas même le pain avec les Chalcédo-
niens. Ephrem le Juif, d'Antioche, fut
envoyé près d'eux, avant sa mort, par
l'empereur. Il dit à Héret : « Pourquoi
êtes-vous scandalisés à notre sujet et au
sujet de l'Église? Héret répondit :
« Nous ne sommes pas scandalisés au
sujet de l'Église de Dieu, [311] mais
par le mal que vous avez causé à la foi.
Nous nous éloignons (de vous) parce
que vous introduisez une quaternité au
lieu de la Trinité, et que vous obligez
les hommes à renier la vraie foi. » —
Éphrem ajouta encore : « 11 te paraît
donc juste, ô roi, qu'une assemblée de
630 personnes, à moins que ce ne soient
des comédiens*, soit anathématisée; et,
étant donné que tous étaient évêques,com-
ment pourrait-on mépriser tous ceux-ci
et accepter le petit nombre de ceux qui

l. Sic ms. Il s'agit du faubourg de Byzance appelé TyJyiov. — 2. ^vxs.^l. — 3. Ps.-Denys., ad
ann. 868. Malala., Patr. Gr., XCVII, 704. — 4. At6oirp6<7Wm>v.
5. Jac. Edess., ad ann. 227. — 6. fxc'{xoç.

LIVRE IX. CHAP. XXIX

247

[il resta une entrée]1 du côté de la mer,
de sorte qu'il y eut un vaste et mer-
veilleux port, capable de contenir les
grands navires.

Quand eut lieu ce terrible tremble-
ment de terre2, à Beirout, et dans les
autres villes du littoral de la Phénicie,
la mer se retira, par l'ordre de Dieu,
l'espace d'environ deux milles. Le fond
de la mer fut à découvert, et on y vit
beaucoup de choses, et des navires qui
avaient fait naufrage, pleins de marchan-
dises. Et au lieu [d'être effrayés]8 par
ces horreurs, ceux qui [étaient sur le
bord de la mer] coururent [avec empres-
sement] pour s'emparer de ces trésors
cachés [dans les profondeurs] ; ils y en-
trèrent et les chargèrent pour les retirer.
D'autres se précipitèrent pour y entrer
[à leur tour] ; la puissance terrible de la
mer revint et les engloutit dans ses
profondeurs, par le secret dessein de
Dieu. Ceux qui n'étaient encore que sur
le bord, voyant que la mer revenait,
s'enfuirent pour échapper, mais le trem-
blement de terre renversa les édifices
sur eux, et ils furent ensevelis. — Cela
arriva dans toutes les villes du littoral,
et surtout à Beirout, où le feu prit après
la destruction de la ville ; l'incendie
dura deux mois ; les pierres même
furent consumées et transformées en
chaux. — L'empereur Justinianus en-
voya beaucoup d'or : on rechercha les
cadavres des victimes pour les enseve-
lir, et on rebâtit une partie de la ville.

sont hérétiques ? » -— Héret lui répondit
en disant : « Je suis un barbare et un
soldat; je ne sais pas lire les Ecritures,
cependant, je te proposerai un exemple :
quand je commande à mes serviteurs de
préparer un festin à mes troupes, de
remplir les chaudières de viande pure
de mouton et de bœuf, et de la cuire,
s'il se trouve dans les chaudières un rat
nain, par ta vie, patriarche ! toute cette
viande pure est-elle souillée par ce rat,
oui ou non? » — Celui-ci répondit :
« Oui ! » — Alors Héret reprit : « Si
une grande masse de chair est corrom-
pue par un petit rat infect, comment
toute l'assemblée de ceux qui ont adhéré
à cette hérésie impure ne* serait-elle
pas souillée*? Car tous ont donné par
écrit leur adhésion au Tome de Léon,
qui est ce rat infect. » — Ephrem ne
pouvant faire changer Héret d'avis,
commença à le tourmenter pour qu'il
participât à la communion que lui
Ephrem, lui donnerait. Le roi Héret"
lui dit : « Aujourd'hui, prends place avec
nous au festin. » Et il commanda, en
langue arabe, à ses gens, de n'apporter
h la table que de la viande de chameau.
Quand ils l'eurent apportée, Héret dit
à Ephrem : « Bénis notre table ». Il fut
troublé et ne la bénit pas. Héret man-
gea selon sa coutume. Ephrem dit :
« Vous avez souillé la table, car vous
avez apporté devant nous de la viande de
chameau. » Héret répondit : « Pourquoi
veux-tu me contraindre de prendre ton

1. Compléter : (Ps.-D.). — 2. Ps.-Den., ad ann. 870; cf. Land, II, 326. — 3. Com-

plété d'après le Pseudo-Denys que l'auteur abrège ici.
4. cL.û>i»|. — 5. Ms. : Hirta.

248

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

A cette époque 1 surgit l'hérésie des
Agnoètes, ce qui signifie « ignorants ».
Elle surgit à Alexandrie. Ils interpré-
tèrent stupidement cette maxime * :
« Personne ne connaît le jour ni
l'heure », et ils prétendirent que « le
Fils ne connaît pas ce jour »; ils pri-
vaient le Fils de Dieu de cette connais-
sance qui a été communiquée par la
grâce même aux prophètes, —r Ils re-
cueillirent des témoignages des Ecri-
tures pour le prouver.

L'évêque Euseb[ius] (?) devint leur chef
l'Eglise. — Fin de ce récit.

oblation, puisque tu te crois souillé par
ma nourriture ? Sache donc que ton
oblation est plus méprisable pour nous
que ne l'est pour toi cette viande de
chameau que nous mangeons; car en elle
se trouvent cachés l'apostasie et l'aban-
don de la foi orthodoxe. <> Ephrem rou-
git3 et s'en alla, sans avoir pu séduire
Héret. — Fin.

et fut aussi anathématisé avec eux par

CHAPITRE [XXX]. — [312] Du synode que Justinianus rassembla à Cons-
tantinople et quon appelle Cinquième synode; de la persécution qu'il fit
subir aux Orthodoxes ; et des hérésies qui surgirent de son temps.

Les hérésies qui surgirent du temps
de Justinianus II (Ior) sont celles-ci :

I. Les Borboriens*, qui sont appe-
lés dans notre langue Maliounê B. C'est
une secte des Marcionites. Quand les
Manichéens furent chassés du pays des
Perses, ils vinrent dans le pays des Ar-
méniens. Ils étaient revêtus de l'habit
du monachisme et leurs femmes (por-
taient) pareillement des vêtements noirs,
afin de passer pour saints. Ils passèrent
en Syrie et s'emparèrent des couvents
des persécutés, où ils s'assemblaient et
se multipliaient *. Leur impudicité ayant

Après la mort7 de la fidèle Theodora,
d'aucuns pressaient l'empereur de réu-
nir ceux qui n'avaient pas accepté le Sy-
node, dans l'espoir que, voyant l'impé-
ratrice morte, ils auraient peur et l'ac-
cepteraient. — L'empereur appela tout
d'abord Jean d'Asie, et se mit à l'exhor-
ter à réunir tous ceux de Syrie, pro-
mettant les honneurs. Il ordonna aussi
de pourvoir aux dépenses. Jean refusa,
et l'empereur en envoya un autre.

Il vint environ quatre cents évêques,
qui passèrent toute une année en dis-
cussions. L'empereur, voyant qu'ils ne

1. Jac. Edess., ad ann. 228. Cf. Léon. Byzant., de Sectis, Act. x; Niceph. Cal., H. E., XVIII,
xxxvr. — 2. Marc, xiir, 32.

3. Lire : f&~L\ (?).

4. Bopêoptavot; Borboritse. •— 5. BH : Ua_.~i.yj, maliounayê. — 6. Peut-être : « y faisaient leurs of-
fices ».

7. Pseudo-Den., ad ann. 874.

LIVRE IX. chap. xxx

249

été découverte, les gens commencèrent
à les prendre en horreur. A la fête de
leur impiété, ils prennent un petit en-
fant d'un an qu'ils piquent avec des ai-
guilles, comme font aussi les Mani-
chéens, et avec le sang qui en découle
sur de la farine, ils fabriquent leur im-
pure oblation. Ils mélangent aussi avec
le sang d'un homme, celui d'une poule
blanche. S'il arrive qu'un chrétien en
mange, il perd l'esprit et s'attache à eux
jusqu'à la mort. — Ensuite, étant réu-
nis dans une maison, ils éteignent les
lumières, les hommes saisissent les
femmes, sans rien dire; chacun prend
celle qui se rencontre, et, que [ce soit sa
mère] 1 ou sa sœur, il se souille avec
elle jusqu'au matin. — Cette hérésie se
distinguede cellede Mânîpar cesommeil
impudique. — Au matin ils sortent,
ayant revêtu leurs habits noirs, et ils cir-
culent en se proclamant des chrétiens !

II. A cette époque parut à Edesse un
écrivain appelé Stephanus bar Çoud-
yahb-li*. 11 se mit à faire de lui même
des commentaires, il paraissait pieux, et
en sortant de son monastère, il alla trou-
ver Xenaias de Mabboug pour le séduire
et lui faire dire, comme lui, qu'il y au-
rait un terme au châtiment ; que, selon
le péché qu'on aurait commis, on serait

faiblissaient point, les congédia, et ils
s'en allèrent chacun dans son pays.

Mennas de Constantinople mourut;
il eut pour successeur Eutychus3 d'A-
masia*. L'empereur ayant découvert et
reconnu qu'il professait l'hérésie des
Sabbatiens le chassa. — On mit à sa
place Jean5, qui anathématisa Euty-
chus, Eutychus anathématisa Jean : et
Dieu (les anathématisa) tous les deux.

Constantinus, de Laodicée de Syrie,
soutenait la lutte de la persécution. Il
était accoutumé à une grande absti-
nence : depuis la fête de l'Epiphanie
jusqu'à la Résurrection, en quelque lieu
qu'il se trouvât, il vivait en reclus.
Quand il eut été appelé à la ville impé-
riale, les grands et les femmes nobles
s'assemblaient pour entendre sa doc-
trine et recevaient de lui la communion.
Quelques-uns lui dirent : « Il faut que
tudonnes unedirection, et que vous vous
unissiez à l'empereur. » Il leur répon-
dit : « Quelle direction peut conduire à
la vérité mieux que la vérité même? Si
nous voulons une direction, attachons-
nous à la vérité : elle nous dirigera, et
ce n'est pas à nous de la diriger. Car
pour moi, je n'ai point appris, ni pra-
tiqué d'autre direction en dehors de la
vérité. » — Quand il se rendit près de

1. Compléter ainsi d'après BH. — 2. Cette orthographe est particulière à notre ms. Sur les diffé-
rentes formes du nom, voir Thesaur. syriac., col. 3377. Sur le personnage et sur l'influence dans
la littérature syriaque de son ouvrage panthéiste intitulé Le Livre de Hiérothée, cf. Wright, Sy-
riac Literature, p. 76; Duval, La Littérature syriaque, p. 359 ; Frothingham, Stephen bar Sudaili;
Leide, 1886.

3. Jac Edess., ad ann. 225. — 4. Rest. : Um*>|. Eutychius était apocrisiaire de l'évêque
d'Amasia (Evagr., H, E., IV, xxxvtn). — 5. Jean de Sirmin ou Sirimis ; o èx xoO Sip6[juoç (Evagr., IV,
xxxvm) ; Jac. Edess., ad ann. 238; Ps.-D., ad ann. 853.

II. 32

250

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

châtié pendant un an ou plus ou moins ;
que si l'on était justifié, on jouirait de
même, et qu'ensuite aurait lieu le mé-
langedes justesetdes impies. Ils'appuya
sur cette parole de Paul1 : « que Dieu soit
tout en toUs », et il supprima les expres-
sions de « vie éternelle » et « supplice
éternel. » — Mar Xenaias lui ayant fait
connaître que telle était l'hérésie d'Ori-
gène, pour laquelle celui-ci avait été
anathématisé, il prit ses livres pendant
la nuit et s'enfuit en Palestine. [313]
Plusieurs lui adressèrent des remon-
trances qu'il n'accepta pas. Il fut ana-
thématisé.

III. A cette époque, une autre er-
reur se répandit par un moine nommé
Jean, originaire d'Apamée*. — Celui-ci
alla à Alexandrie et se joignit à ceux
qui étudient les doctrines profanes et
la médecine. S'étant laissé induire en
erreur, il disait « que Dieu est un être
sans commencement; après un certain
temps, il engendra sept fils ; de ceux-ci
sortit une foule innombrable d'autres
(fils). Chaque pensée conçue par Dieu
ou par ceux qui naquirent de lui, en-
gendre des hypostases vivantes. » —
Lorsqu'il revint, il se retira au désert ;
il fit des livres sur la perfection, dans
lesquels est cachée son hérésie. On les
appelle « de Jean le Moine ».

Xenaias de Mabboug combattit aussi
cet (hérétique) ; il détruisit son couvent,
et brûla publiquement ses livres à An-

l'empereur et combattit les hérétiques,
toute la lutte reposa sur lui'. L'empe-
reur irrité lui dit : « C'est aujourd'hui
samedi; mais lundi tu ne sortiras pas
avant d'avoir souscrit. » Il fut indigné
et dit : « Si Dieu m'exauce*, il ne me
ramènera pas lundi, et je ne verrai plus
votre face. » Il s'en alla à sa demeure,
entra devant l'autel, et pria en disant :
« Seigneur, prends mon âme5. » Aussi-
tôt il tomba malade. A la veille du lundi
il entra de nouveau devant l'autel, se
mit à genoux en prière, répéta la même
parole, et mourut en cet endroit. —
Comme il tardait, son diacre entra [313]
et crut qu'il était à genoux en prière.
Ayant dit : « Bénis-moi, seigneur! »
sans qu'il répondît, il s'approcha de lui
et le trouva inanimé. 11 sortit en pous-
sant des cris et informa ses compagnons.
Des foules s'assemblèrent; l'empereur
vint lui-même avec ses grands et assista
avec crainte et tremblement à ses funé-
railles; et le bienheureux fut enseveli
avec honneur. Que par ses prières, la
divine providence conduise son Eglise
et son peuple pour toujours !

A cette époque, Theosebius, arche-
vêque d'Ephèse, fut requis de monter à
la ville impériale pour recevoir le sy-
node de Chalcédoine8. Il demanda un
délai de trois jours et alla se prosterner
devant l'autel, priant, veillant et jeû-
nant. Au bout des trois jours, il convo-
qua les clercs et leur dit : « Maintenant,

1. I Cor., xv, 28. — 2. Cf. Bibl. or., I, 430 ; III, r, 50. R. Duval, La Littér. syriaque, p. 240, et
spécialement l'exposé de Théodore Bar Kounî (H. Pognon, Inscriptions mandaites des Coupes de
Khouabir, p. 142, 207).

3. Cf. Pseudo-Denys, ad ann. 855. — 4. Litt. : « me connaît ». — 5. Ou simplement : « prends-
moi ». — 6. l^oi^S^».

LIVRE IX. CHAP. XXX

251

tioche; et bientôt après cette hérésie
s'éteignit.

(IV) . A cette même époque, Julia-
nus évêque d'Halicarnasse, en Carie, fit
naître une hérésie en enseignant que,
dès le sein de la Vierge, Notre-Seigneur
avait fait son corps impassible, immor-
tel, incorruptible. De sorte que, d'après
lui, la passion et la mort qu'on trouve
qui ont suivi sa naissance sont des ap-
parences [,des..........]l et des fictions.

— Alors saint Severus le réfuta par des
exemples tirés des Livres saints. Mais
son hérésie pervertit l'esprit des gens
simples, en certains lieux, dans les pays
des Romains, des Perses, des Indiens,
des Kousites, des Himyarites, des Ar-
méniens. Les partisans de l'opinion de
Julianus prétendaient que Severus at-
tribuait la corruption au Verbe et disait
« que le corps de Notre-Seigneur fut cor-
rompu et se putréfia dans le tombeau. »

(V) . A cette même époque surgit
Phérésie des Trithéites, (suscitée) par
Jean Asquçnâgès, ce qui veut dire :
« fond d'outre* ». — Ceux-ci comptent
dans la Trinité des natures, des essences,
des dieux.

Un certain Samuel, surnommé Petrus,
originaire de Res 'ayna de Mésopotamie,
était versé dans les écrits des Syriens ; il
était interprète, et menait une conduite
excellente. Pendant l'espace de vingt
ans, il avait étudié les livres grecs et les
doctrines profanes. Jean Fond-d'outre

pourvoyez-vous d'un évêque, car je
m'en vais vers le Maître de tous les rois,
pour ne pas m'associer à ceux qui divi-
sent le Christ en deux natures. » —La
nuit même il mourut, et chacun admira
la vertu de sa prière. — Il eut pour suc-
cesseur Hypat[ius], qui fut reconnu ma-
nichéen et fut déposé. — Andréas lui
succéda.

A cette époque vivait Mar Ahoudem-
meh, évêque dans le pays des Perses,
homme instruit et saint3. Les Nestoriens
de Nisibe et des environs s'élevèrent
contre lui, et le bienheureux fut con-
traint de paraître devant Kosrau, roi
des Perses. Ils amenèrent le catholicos
des Nestoriens : et par des démonstra-
tions empruntées à l'Ecriture et à la
nature, le saint vainquit le catholicos.—
Kosrau et ceux qui étaient avec lui ad-
mirèrent la science et la sagesse d'Ahou-
demmeh et le louèrent. — Sur l'ordre
du roi les deux partis s'assemblèrent.
Les Orthodoxes se trouvèrent être cinq
fois plus nombreux que les Nestoriens.
Kosrau leur donna la liberté de bâtir
une église et de se montrer ouvertement ;
les Nestoriens furent humiliés4.

Du synode que Justinianus réunit dans
la ville impériale de Constantinople. —
En l'an 26 de Justinianus, qui est l'an
864 des Grecs5, un synode s'assembla
dans la ville impériale ; et, pour qu'on
sache bien qu'il ne s'agit pas de l'autre6,
il fut appelé Cinquième Synode.

1. Lacune d'un mot. — 2. Selon l'interprétation vulgarisée par Assemani. « Potius cujus calcei
ex utre facti sunt ». Payne-Smith, Thes. syriacus, col. 2046.

3. Sa biographie inédite se trouve au British Muséum (Add. ms., 14645). Cf. Wkight, Cat.,
p. 11.13. — 4. Littér. : « souffletés ». — 5. Jac. Edess., ad ann. 227. Ps.-D., ad ann. 872 ; il est
cité ici à peu près textuellement. — 6. Pour le distinguer du synode de l'an 381.

252

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

s'attacha à lui ; et après s'être légère-
ment instruit dans les doctrines profanes,
il tomba dans l'hérésie des Ariens. —
Ayant été réfuté par Samuel, il garda le
silence. Or, Samuel [314] étant mort
dans la ville impériale, ce Jean préten-
dit occuper sa place et se montrer phi-
losophe. Il se présenta devant l'empe-
reur. Et quand celui-ci l'interrogea sur
sa croyance, il dit : « Je confesse des na-
tures, des essences, des divinités, selon
le nombre des personnes. » — L'em-
pereur s'irrita et dit : « Par le Christ,
cet homme est un païen ; faites-le sor-
tir de ma présence et chassez-le! » —
Jean d'Asie dit : « Nous mêmes nous
fûmes méprisés à cause de lui1, et nous
le blâmâmes. » — Aussitôt, à cause de
sa honte, il alla composer un livre
d'Extraits* : « Les Pères, disait-il,
comptent des natures et des divinités
dans la Trinité ». — Comme chacun le
réprimandait et lui disait : « S'il en est
comme tu dis, le Fils n'est plus consub-
stantiel au Père, mais chacun des dieux
que tu proclames est indépendant des
autres ; » cet impie répondait : « Oui,
certes; et je ne fais point une Trinité
restreinte et misérable, ayant le désir
de s'étendre et de se dilater. » — Le
patriarche Theodosius fut informé à
son sujet; il l'excommunia et l'anathé-
matisa. — Lorsqu'il était blâmé et ré-
primandé, il montrait les apparences
de l'humilité, (disant) qu'il était ca-
lomnié.

Il y avait à ce synode trois patriar-
ches : Eutychus de Constantinople
même; Apollinarius d'Alexandrie, et
Domnus d'Antioche. Vigilus 1 de Rome
se trouvait bien dans la ville impériale,
parce que Rome était dévastée; mais il
ne vint point a l'assemblée, sous pré-
texte de ne pas [314] être méprisé en
étant compté avec ces trois; ce qui est
le comble de l'arrogance et de l'insanité.
Mais, comme ils se trouvaient tous les
quatre dans la ville, on dit que ce fut
le plus glorieux de tous les synodes. Il
y avait aussi beaucoup de métropolitains
etd'évêques. —Parmi eux, il y avait des
Chalcédoniens, qui vinrent pour faire
l'apologie du synode de Chalcédoine,
(prétendant) : « qu'il n'avait point pro-
fessé l'opinion de Theodoretus, ni celle
de Theodorus; que la lettre d'Ibas au
persan Marî n'avait pas été lue et accep-
tée. »

Or1, le synode confirma l'anathème
d'Origène, qu'avait porté Justinianus
lui-même, de Theodorus et de sa doc-
trine, de Theodoretus et de tout ce qu'il
écrivit, et aussi de la lettre dTbas. A
cause de cela tout le pays d'Italie,
c'est-à-dire de Rome, fut troublé. Vigi-
lus demandait pourquoi anathématiser
Theodoretus 130 ans après sa mort.

Ensuite, Vigilus accepta lui-même le
synode ; mais il y eut de nombreux schis •
mes et divisions, et il ne fut pas admis
partout le monde.

Le synode   établit xiv chapitres5,

1. Parce qu'il se donna comme appartenant à la secte des monophysites (BH). —
cerpta, ou Recueil de passages des Pères.

3. Bigilos. — 4. Cf. Land, II, 385. — 5. xqpaXata.

2. Uta-J, Ex-

LIVRE IX. CHAP. XXX

- 253

(VI) . Photinus1, prêtre dAntioche,
composa aussi des livres dans la ville im-
périale et proclama des essences et des
divinités. Ayant été condamné par le
pape Theodosius, il cessa momentané-
ment ; puis il retourna, comme le chien,
à son vomissement.

(VII) . Theodosius, moine, du pays de
Cappadoce, erra aussi et blasphéma en
disant que la divinité du Fils n'est pas la
divinité du Père. Et a cause de cela, il
fut méprisé de tout le monde et anathé-
matisé.

(VIII) . Il en fut de même d'Athanasius,
fils de la fille de l'impératrice Theodora.
Amonitesa, moine édessenien, l'avait
élevé, et quand celui-ci mourut, il eut
pour précepteur Sergius, prêtre de
Telia, qui devint ensuite patriarche
d'Antioche. Il embrassa aussi l'hérésie
des Trithéites, et regardait Jean Fond-
d'outre comme un saint. — Athanasius
ébranla5 même le patriarche Sergius.

L'empereur voulut persuader à Theo-
dosius de faire Athanasius prêtre pour
Alexandrie ; Theodosius jura qu'il ne fe-
rait point d'ordination hors de son siège.
Quand Theodosius mourut, l'empereur
voulut faire établir Athanasius à sa
place. Dieu ne permit pas que cela se
fît. Car l'empereur, ne jugeant pas que
cela se pouvait faire sans la participation
des Alexandrins et leur assentiment,
[316] envoya (consulter) à Alexandrie.
On répondit : « Renvoie ApoIIinarius,
qu'il prenne sa place. » L'empereur n'y
consentit point.   Quand ApoIIinarius

dont il doit être blâmé, parce qu'il s'y
montre en contradiction avec lui-même,
attendu que les uns sont contre le synode
de Chalcédoine et que les autres le
louent.

Chapitres du Ve Synode1. — (I). Si
quelqu'un ne confesse pas que la nature
et substance 5 du Père, du Fils et l'Es-
prit-Saint est une Trinité égale en na-
ture, et adorable dans ses trois hypos-
tases : qu'il soit anathème! Un, en effet,
est Dieu, qui est au-dessus de tout ; un,
est le Seigneur Jésus-Christ, par qui
tout existe; un est l'Esprit-Saint, vivifi-
cateur, et Seigneur de tout.

(II) . Si quelqu'un ne confesse pas qu'il
y a deux naissances du Verbe-Dieu :
l'une spirituelle et incorporelle, de Dieu
le Père, éternelle, et antérieure aux
mondes et aux temps; et l'autre qui eut
lieu aux derniers jours, quand il des-
cendit du ciel et s'incarna, par l'Esprit-
Saint, de Marie toujours vierge : —
qu'il soit anathème !

(III) 6. Si quelqu'un dit qu'autre est
Dieu le Verbe qui fit des miracles et
autre le Christ qui a souffert; ou dit que
Dieu le Verbe est avec le Christ qui na-
quit de la femme, ou qu'il est en lui
comme un autre dans un autre; ou si
(quelqu'un) ne confesse pas qu'il est un
seul et même [316] Seigneur Jésus, c'est-
à-dire le Verbe-Dieu incarné et fait
homme, auquel appartiennent les mi-
racles et les souffrances jqu'il a subies
volontairement pour nous dans la chair :
— qu'il soit anathème!

1. Ou : Photianus. — 2. BH :        ose|. Amantius? — 3. Lire : Li\o.

4. Texte grec dans Mansi, IX, 375 sqq. — 5. oitaia. — 6. Cf. ci-dessus, p. 117.

254

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

mourut, un autre fut établi, et Athana-
sius resta. Se voyant déçu dans son es-
poir, celui-ci propagea l'hérésie des Tri-
théites. C'était un simple frère auquel
se joignirent Conon, de Tarse en Cili-
cie,. et Eugène, de Séleucie d'Isaurie1.

Theodosius* fit avant sa mort un
Traité contre les polythéistes. Il convo-
qua tous les fidèles et les avertit de ces-
ser toute dispute. Or, les adversaires se
mirent à répandre le bruit que le pa-
triarche pensait comme eux. Alors
Theodosius fut obligé de faire un Traité
contre ces nouveaux Ariens qui confes-
saient trois dieux, et contre les Sabel-
liens, qui professaient une seule per-
sonne sous trois noms, et disaient que
la Trinité entière s'était incarnée.

Ensuite Fond-d'outre fut convoqué,
mais il ne rétracta point ses blasphèmes,
et il fut excommunié de l'Eglise. Il ne
survécut pas longtemps, et mourut.
Theodosius permit à grand'peine de
l'enterrer.

(IX). Aprèscelui-civinrent Amphîkos *
et d'autres qui disaient que quiconque
n'attribue pas à chaque personne la
substance, la nature et la divinité, fausse
la notion des personnes de la divinité;
que quiconque confesse un seul Dieu et
n'en confesse pas trois, tient la foi des
Juifs. Ils colligèrent' des témoignages
des Pères. — A la fin, Amphîkos et le
fils de Fond-d'outre acceptèrent le
synode de Chalcédoine et roulèrent de
fosse en fosse.

(IV)5. Si quelqu'un dit que l'union de
Dieu le Verbe avec l'homme a été faite
selon la grâce, ou l'opération, ou la di-
gnité, ou l'égalité d'honneur, ou l'auto-
rité, ou l'affinité, ou l'élévation, ou la
puissance ; — ou en ce sens que Dieu le
Verbe s'est complu en l'homme et a
voulu du bien à cet homme, comme l'a
dit Theodorus, dans son insanité; —ou
selon la synonymie, d'après laquelle les
Nestoriens, dans leur ineptie, appelant
Dieu : Verbe, Fils et Christ, et l'homme
séparément : Christ et Fils, disent ma-
nifestement qu'il y a deux personnes6,
prétendant qu'il n'y a qu'une personne ',
un Fils, un Christ seulement par le nom,
l'honneur, la dignité, l'adoration, ne
confessant pas que l'union de Dieu le
Verbe et de la chair animée d'une âme
raisonnable et intelligente a eu lieu se-
lon la composition, c'est-à-dire a été
hypostatique8, comme nos saints Pères
l'ont enseigné, de manière à former une
seule hypostase composée qui est Notre-
Seigneur Jésus-Christ, un de la Trinité :
— qu'il soit anathème.1 Comme l'union
peut être entendue en plusieurs sens9,
ceux qui suivent iniquement Apolli-
narius et Eutychès, comprenant une
union qui altère ceux qui sont unis et
entrent en composition, introduisent la
confusion; d'autres, partisans de Theo-
dorus et de Nestorius, tout en confes-
sant la dualité, divisent l'union et la
considèrent seulement comme une union
d'affection. Or, la sainte Eglise de Dieu

1. Deux évêques ordonnés par Jacques Baradée. Comp. sur toute cette histoire des Trithéites,
Jean d'Asie, Hist. eccl., 3e part. Livre V, ch. 1-12. — 2. Ms. : Theodoros. — 3. Sic ms. ; version
arménienne : Ampigos. Restituer ; Amphi[lo]ckus (?) — 4. Lire : a*.C^.

5. Cf. ci-dessus, p. 117. — 6, repôircoTCa. — 7. yirôoraffi?. — 8. xa6' £m6<jTa<7sv. — 9.

LIVRE IX. CHAP. XXX

255

Les démonstrations réunies par
Fond-d'outre, tombèrent aux mains
d'Athanasius, qui les envoya à Alexan-
drie, à Jean Grammaticus. Celui-ci fit
un livre sur cette opinion et l'envoya à
Athanasius, dans la ville impériale. Les
Alexandrins en eurent connaissance, et
ilsl'anathématisèrentainsi que ses livres,
parce qu'il enseignait trois dieux, tels
que trois hommes ou natures, étrangères
les unes aux autres. — Bien des fois il
y eut des réunions pour discuter; mais
(les hérétiques) après avoir accepté la
vérité, retournaient à leur vomissement.
— Pendant 13 ans ils furent les commen-
saux d'Athanasius, etaveceux Aboui1.....

et Conon, et Eugène.

Athanasius alla trouver l'empereur et
accusa les évêques Alexandrins de vou-
loir s'enfuir. Le mensonge fut découvert.
Il accusa même faussement [316] Jean
d'Asie d'avoir pris du demosion 70 xsv-
Tirçvapta d'or.

Theodosius dit, dans son Traité, que
chacune des personnes de la Trinité, con-
sidérée (en elle-même), est une certaine
nature de l'essence2. Plusieurs [le blâ-
mèrent], et il y eut deux partis. Les uns
disaient : « Ilconfeses des natures et des
essences. » D'autres réprouvaient le

détruit l'impiété de ces deux hérésies,
en confessant l'union hypostatique de
Dieu le Verbe, qui s'est fait chair et a
été composé, qui maintient sans chan-
gement ni confusion ceux qui ont été
unis dans une composition indivisible.

(V) 3. Si quelqu'un entend l'hypostase
de Notre-Seigneur Jésus-Christ en ce
sens qu'elle peut être l'équivalent de
plusieurs hypostases diverses, et s'ef-
force ainsi d'introduire dans le mystère
du Christ deux hypostases ou personnes,
prétendant qu'il n'y a en cela qu'une
seule personne des deux hypostases par
la  dignité, l'honneur ou l'adoration,
comme l'ont écrit, dans leur insanité,
Theodorus et son compagnon ; [316] ca-
lomniant et altérant le saint * synode de
Chalcédoine, en disant qu'il a employé
en ce sens blasphématoire l'expression :
« une hypostase »; — ou si (quelqu'un)
ne confesse pas que Dieu le Verbe est
uni hypostatiquement à la chair, et que
le saint synode de Chalcédoine l'a con-
fessé ainsi : — que celui-là soit ana-
thème! Caria Trinité sainte n'a pas reçu
d'accroissement de personne ou d'hy-
postase quand l'un de cette Trinité, Dieu
le Verbe, s'est incarné.

(VI) . Celui qui appelle sainte Marie

*Note marginale ; Je suis stupéfait, mes frères, de cette phrase qui appelle « saint » le synode
de Chalcédoine que tous nos Pères orthodoxes ont réprouvé. Toutefois, je pense que quand on le
compare avec des opinions plus mauvaises que les siennes, par la diversité des sentiments particu-
liers, et non selon les Pères, on peut rappeler saint ; mais quand on le compare isolément avec les
trois synodes œcuméniques qui l'ont précédé {on doit l'appeler) mauvais et exécrable. On y trouve
quelque chose de conforme à la règle des Pères, qu'on peut invoquer pour fermer la bouche de ses
adhérents qui le disent « saint ».

1. Cf. ci-dessous, p, 286 et 288. J'ignore le sens du mot qui suit ce nom propre, et qui paraît en
être un qualificatif; peut-être à corriger l^ai-, « embaumeur » (?). —2. Cf. ci-après, p. 260, col. 1.

3. Cf. ci-dessus, p. 118.

256

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Traité, mais acceptaient le patriarche.
Et comme les Chalcédoniens formaient
deux partis, avec les deux nôtres, il y
avait quatre sectes. A cause de cette dis-
pute, des milliers parmi les nôtres re-
tournèrent en arrière et acceptèrent le
synode de Chalcédoine, disant : « Il vaut
mieux suivre ceux qui admettent deux
natures dans l'incarnation que ceux qui
en admettent quatre (dans la Trinité) ».

Héret, roi des Taiyayê, monta vers
l'empereur1 avec deslettres de Jacques et
des Orientaux (disant) : « La Trinité est
une divinité, une nature, une essence;
celui qui ne signera pass cette lettre
doit être anathématisé ». — Sept évêques
et le patriarche signèrent. Conon et Eu-
gène dirent : « Nous ne signerons pas,
nous combattrons ces (lettres)3. » —
Alors Héret dit : « Je sais maintenant
que vous êtes hérétiques. Nous et nos
armées, nous acceptons ces choses, ainsi
que Jacques et les Orientaux. »

Ensuite, Jacques rencontra Eugène^
à 'Arbadis4 (?), village du district de
Mar'as. Il l'avertit bien des fois de se
détourner, lui et ses partisans, de cette
hérésie pernicieuse; comme il n'y con-
sentit point, Jacques le retrancha de
l'Eglise ainsi que ses partisans.

Le bienheureux Theodorus, compa-
gnon de Jacques, étant monté à la
ville impériale, Conon se rendit près
de lui avec ses partisans. Theodorus
l'interrogea sur cette opinion. Comme
Conon ne répondit pas, Theodorus lui
dit : « Si vous n'anathématisez pas qui-

toujours vierge « Mère de Dieu » mé-
taphoriquement, selon l'apparence et
non pas en réalité, comme si un homme
ordinaire était né d'elle ; ou qui pense,
selon la doctrine des hérétiques, qu'elle
doit être appelée « Mère de Dieu » parce
que Dieu le Verbe était uni à l'homme
né d'elle; — (celui) qui calomnie le sy-
node de Chalcédoine (prétendant) qu'il a
lui-même pensé que la Vierge devait en
ce sens être appelée « Mère », comme
Theodorus; — ou si quelqu'un l'appelle
« Mère de l'homme » ou « Mère du
Christ », comme si le Christ n'était pas
Dieu; ne confessant pas qu'elle est vrai-
ment et proprement « Mère de Dieu »,
puisque celui qui a été engendré éter-
nellement du Père a pris chair et est né
d'elle à la fin des temps ; ni que le sy-
node de Chalcédoine a ainsi lui-même
proclamé la Vierge Marie « Mère de
Dieu»; [— que celui-là soit anathème!]
(VII)8. Si quelqu'un dit que notre
unique Seigneur Jésus-Christ est connu
en deux natures, non pas comme dans
la divinité et l'humanité, pour signifier
par là la différence des natures, des-
quelles une ineffable union s'est faite
sans confusion; car le Verbe n'a pas été
changé en la nature de la chair, ni la
chair n'a pas été convertie en la nature
du Verbe, mais les deux substances6
sont demeurées ce qu'elles étaient selon
la nature, même après l'union hyposta-
tique du Verbe; — mais, si (quelqu'un)
prend cette expression, dans le mystère
du Christ, dans le sens d'une division par

1. En oct. 563 (Theoph., ann. Chr. 556). — 2. Lire : l*>»     ow. — 3. Ou : « ces (choses). » —
4. Kleyn, Jac. Baradseus, p. 191, donne : 0^,3^^, leçon qui est peut-être préférable. Cf.
(Bar Hebr., Chr. syr., p. 370. — 5. Cf. ci-dessus, p. 119. — 6. ouatât.

LIVRE IX. CHAP. XXX

257

conque parle d'un nombre de natures
et d'essences dans la Trinité, qui n'ad-
met de nombre que dans les personnes,
dans les noms, et dans les propriétés,
l'essence et la nature restant en dehors
de tout nombre : vous êtes étrangers
à l'Eglise. » —Et ainsi celui-ci les ana-
thématisa également.

Tous les deux furent donc destitués
du sacerdoce : l'un à 'Arbadis1, l'autre
dans la ville impériale, par les deux pon-
tifes.

Un certain Polycarpus, moine, parti-
san de leur erreur, sema aussi la confes-
sion du polythéisme, grâce à l'or qu'il
distribua, dans les contrées d'Asie et de
Carie.

Après [317] la mort de Theodosius8,
le soin des Orthodoxes de la ville impé-
riale fut confié, par l'évêque Jacques, à
saint Jean d'Amid, (évêque) d'Asie. —
A cause de cette charge, celui-ci fut ca-
lomnié par Conon et Eugène. Ils com-
posèrent contre lui de honteuses accu-
sations3 qu'ils envoyèrent en Orient.
Plus tard leur mensonge fut réfuté, et
le Seigneur fit retomber leur rétribution
sur leur tête. — Ils enlevèrent même
de leurs diptyques le nom de Jacques,
qui les avait ordonnés évêques, en di-
sant qu'il délirait, était fou, et avait
perdu l'esprit. A la fin, dans leur au-
dace, ils prononcèrent même sa déposi-
tion et celle de ses compagnons, alors
qu'eux-mêmes étaient excommuniés et
déposés.

Les Trithéites voyant que tout le

parties; — ou si, confessant le nombre
des natures dans noire unique et même
Seigneur Jésus-Christ, Dieu le Verbe
incarné, il n'entend pas seulement
spéculativement la distinction des (na-
tures) dont il est composé, et qui n'ont
pas été détruites ni changées par l'union,
car il est « unus ex utroque et per
unum utraque » ; mais s'il emploie le
nombre en ce sens que les natures
existent séparément [317] avec une sub-
sistance propre : — que celui-là soit
anathème !

(VIII). Si quelqu'un ne confesse pas
que l'union a été faite de deux natures,
c'est-à-dire de la divinité et de l'huma-
nité, — ou si (quelqu'un) disant qu'il
n'y a qu'une nature de Dieu le Verbe
incarnée, ne l'entend pas dans le sens
que nos saints Pères ont enseigné, à
savoir qu'un seul Christ parfait a été
constitué par l'union hypostatique de la
nature de la divinité et de l'humanité;
mais ose introduire cette formule :
ô une nature », dans le sens d'une
unique substance* de la divinité et de
l'humanité : — qu'il soit anathème!
Quand nous disons que Dieu le Verbe
a été uni hypostatiquement à la chair,
nous ne disons pas que les natures ont
été mélangées ou confondues l'une
avec l'autre, car toutes les deux sont
demeurées ce qu'elles étaient ; mais nous
comprenons que le Verbe s'est uni la
chair, qu'ainsi un seul et même Christ
est Dieu et homme, le même étant con-
substantiel au Père dans sa divinité et

1. Cf, p. 25 5, n. 4. —
4, o'Jîia,
II.

2. Cf. ci-dessous, p. 2G8.  -   3. xîsâXxia.

33

258

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

monde les avait en horreur, allèrent
trouver l'empereur et lui demandèrent
à être jugés sur les accusations portées
contre eux par leurs adversaires. Ils
disaient : « Severus et Theodosius pro-
fessent aussi des natures, des essences,
des divinités; de même que les plus
grands Pères. » — Il leur fut interdit
par l'empereur et par le patriarche de
la ville impériale1, de citer le nom d'au-
cun des Pères que reçoit l'Eglise des
diophysites, mais seulement ceux de Se-
verus et de Theodosius ; pour cela ils se
servirent seulement de ceux-ci8.

Ensuite, en Pannée8813, le patriarche
des Chalcédoniens invita les â'.ax.p'.vc-
[/ivoi, c'est-à-dire les Orthodoxes, à se
réunir mutuellement. Des foules s'as-
semblèrent; on répandit sur nous des
blâmes et des injures. Les évêques dio-
physites, avec Jean leur patriarche,
étaient nos juges*. Aprèfavoir longue-
ment conféré ensemble, notre parti fît
l'apologie de la foi et triompha, et ceux
du parti de Conon [furent couverts] de
confusion ce jour-là. — Le jour suivant
eut lieu la seconde réunion. Nos parti-
sans ne voulurent pas discuter à moins
de pouvoir apporter des témoignages
de tous les Pères; (déclarant) que si on
s'en tenait seulement à l'examen de ceux
de Severus et de Theodosius, devant
les adversaires, ils ne répondraient
pas. On apporta un cahier5 de Conon

consubstantiel à nous dans son huma-
nité. La sainte Eglise, en effet, détourne
également sa face et de ceux qui sépa-
rent et divisent le mystère de l'écono-
mie et de la divinité du Christ, et de
ceux qui le confondent; et elle les ana-
thématisé.

(IX)6. Si quelqu'un dit que le Christ
doit être adoré en deux natures, en ce
sens qu'il introduit deux adorations,
pour Dieu le Verbe séparément, et pour
l'homme séparément; —ousiquelqu'un,
pour la destruction de la chair ou pour
la confusion des (natures) qui ont
concouru à l'union, c'est-à-dire de la
divinité et de l'humanité, adore le Christ
comme une seule nature impossible, au
lieu d'adorer d'une même adoration
Dieu le Verbe incarné avec sa chair,
comme l'Eglise de Dieu l'a admis depuis
l'origine : — que celui-là soit ana-
thème '

(XI)'. Que quiconque n'anathématisé
pas les impies Arius et Eunomius, avec
Macedonius et ApoIIinarius, et Nes-
tor[ius], et Eutychès, et Origène, ainsi
que leurs écrits impies, de même que tous
les hérétiques qui ont été condamnés et
analhématisés par la sainte Eglise ca-
tholique et par les quatre synodes men-
tionnés, et tous ceux qui ont parlé, ont
pensé ou pensent encore comme ces hé-
rétiques, et sont demeurés jusqu'au-
jourd'hui ou demeurent encore dans

1. Littéralement : Urbis Grœciee ('EXXaç). — 2. jCf. Bar Hebr., Chr. eccl., I, 227. — 3. Par con-
séquent sous le règne de Justin II. Cf. Joh. Ephes., III, v, 3. — 4. Photius parle des Actes de
cette dispute (Bibl., cod. 24). — 5. x<*pT/];.

6. Cf. ci-dessus, p. 119. — 7. Le chap. X omis par notre auteur est ainsi conçu : Eif tcç ou-/
ôjAîXoyôî tov £<TTaupu)[x£vov trapxi Kuptov rijAtbv I. X. eïvai ©eôv àXv)6(vbv xoù Kûpiov xr)? SôÇt)Ç xa\ e'va Tr(ç àyia;
TpiaSoçj 6 fotoÛTOç avâO^fAa sut».

LIVRE IX. CHAP. XXX

259

qui contenait, outre les témoignages de
Mar Severus et de Theodosius, cette ci-
tation des 318 (Pères) : « Lumière de
lumière, Dieu vrai de Dieu vrai »; et
celle-ci1 : « Le Seigneur a fait descendre
le feu de devant le Seigneur » ; et celle-
ci8 : u Le Seigneur a dit à mon Seigneur :
Siège à ma droite. » Ensuite, ils écri-
virent des anathèmes contre quiconque
admet trois dieux; mais ils s'abstinrent
de parler d'essences et de natures. —
Le troisième jour, [318] ils s'assemblè-
rent de nouveau en grand nombre et de-
mandèrent à Jean d'Asie et à Paulus5 :
« Si toute la Trinité s'est incarnée? » Là-
dessus ils répondirent très bien. On
produisit un cahier de Theodorus, leur
docteur, dans lequel il est écrit que « la
divinité du Fils n'est pas la divinité du
Père » ; et le libelle de Theodosius qui
anathématise cette locution. Et l'assem-
blée fut congédiée. — Le quatrième
jour, ils y amenèrent des gens qui accu-
saient faussement Severus et Theodo-
sius de confesser des natures et des es-
sences. Ensuite, notre parti produisit
un cahier rempli de démonstrations des
Pères. En le lisant, on arriva à la parole
écrite par Paulus, disant : « Est-ce parce
qu'il n'y a pas de Dieu en Israël, que tu
vas vers Baalzeboub, le dieu de Eq-
rôn '* ? » Le patriarche des Chalcédoniens
pensa qu'on avait écrit ceci à cause de
lui. II reprit le lecteur et fit en sorte
qu'on ne se réunît plus de nouveau, et
l'assemblée fut dissoute. — Les Syno-

leur impiété : — (que celui-là) soit ana-
thème !

(XII)8. [318] Siquelqu'un prend la dé-
fense de l'impie Theodorus de Mop-
sueste disant qu'autre est Dieu le Verbe
et autre le Christ qui fut molesté par les
passions de l'âme et les désirs de la
chair ; qui, se dépouillant peu à peu de
ces choses, se perfectionna dans la ver-
tu par les œuvres et devint parfait par
sa vie, comme un homme ordinaire; qui
fut baptisé au nom du Père et du Fils et
du Saint-Esprit, reçut par le baptême la
grâce de l'Esprit-Saint et mérita l'adop-
tion filiale; qui, à l'instar d'une image
royale, est adoré dans la personne6 de
Dieu le Verbe ; qui, après sa résurrec-
tion devint totalement parfait et immua-
ble dans l'impeccabilité : — Que celui-
là soit anathème !

L'impie Theodorus a dit encore que
l'union de Dieu le Verbe avec le Christ
fut comme celle dont parle l'Apôtre 7 en
disant de l'homme et de la femme ; « Ils
seront tous les deux une seule chair » ;
en plus de beaucoup d'autres blasphèmes,
il osa avancer que quand le Seigneur
souffla sur ses disciples, après la résur-
rection, en disant : « Recevez le Saint-
Esprit », il ne leur donna pas le Saint-
Esprit, mais il souffla seulement comme
symbole ; de même, (à propos de) la con-
fession de Thomas, qui, ayant palpé les
mains et le côté du Seigneur, après la
résurrection, s'écria : « Mon Seigneur et
mon Dieu! » il prétend que Thomas n'a

1. Cf. Ps. xcvi, 3. — 2. Ps., cix, 1. — 3. Patriarche monophysite d'Antioche. — 4. II Beg.,
i, 3.

5. Cf. ci-dessus, p. 119. — 6. i;pô(7W7tov. — 7. Cf. ci-dessus, p. 120, n. 1.

260

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

dites favorisaient ceux-là1, dans l'espoir
qu'ils se laisseraient entraîner de leur
côté. Et ainsi s'éteignit cette hérésie.

Jean le Stylite2 dit : & Ces Trithéites,
en lisant les écrits des saints Pères, y
trouvèrent que chacune des personnes
de la sainte Trinité doit être confessée
Dieu, c'est-à-dire nature et substance,
lorsqu'on la considère en elle-même sé-
parément par une distinction logique ; et
(comme) parfois elle estaussiappeléepar
eux « une nature », « une substance1 »,
ils imaginèrent et décrétèrent de dire
trois dieux, et aussi trois substances
et trois natures, « parce que cette addi-
tion : une* substance, ou bien : une na-
ture, signifiant une nature particulière
ou une substance particulière, selon la
définition des philosophes profanes, il
faut nécessairement confesser trois na-
tures ou substances. » Lorsqu'on em-
ploie le nom de substance ou de nature
sans y ajouter ce prédicat : une*, il si-
gnifie, disent-ils, la substance univer-
selle oula nature universelle, qui n'est pas
quelque chose (de réel) mais seulement
une notion abstraite de l'intelligence ;
le nom abstrait est seul employé des
trois personnes de la Trinité générique ¦
ment, de la même manière qu'il est em-
ployé de tous les hommes; il n'existe
que par les personnes et non par lui-
même. Ils définirent en ce sens l'essence
divine, et, selon leur opinion, considé-
rèrent"   simplement  comme   un nom
abstrait, cette essence que les Docteurs

pas voulu dire que le Christ était Dieu,
mais que Thomas, plongé dans l'admi-
ration de la résurrection, loua Dieu qui
avait ressuscité le Christ ; ce qui est
encore pire, dans le Commentaire des
Actes des Apôtres, que fit l'impie Theo-
dorus, il compara le Christ à Platon, h
Muni, àMarcion, à Hypocvate6 : « de
même dit-il, que chacun de ceux ci, ayant
inventé une doctrine, fut cause qu'on ap-
pela ses disciples de son nom : Platoni-
ciens, Manichéens, Hypocratiens, Mar-
cionites ; de même, le Christ ayant trouvé
une doctrine, les Chrétiensfurent appelés
ainsi de son nom. » — Donc,que celui qui
prend la défense de ses écrits, que tous
ceux [319] qui le reçoivent ou pensent
comme lui soient anathèmes l

(XIII) Que celui qui parle en faveur
de l'impie Theodoretus ou des écrits
impies qu'il fit contre le premier saint
synode d'Ephèse, contre saint Cyrillus
et les XII Chapitres que celui ci écrivit
contre Theodorus et contre quiconque
pense comme lui ; — que ceux qui ap-
pellent « impies » les Docteurs de l'Égli-
se qui ont confessé l'union hyposla-
tique de Dieu le Verbe avec la chair ; —
que ceux qui refusent d'analhématiser
les dits écrits de Theodorus, de Theo-
doretus, de Nestorius et du reste de
leurs semblables, qui ont écrit et pensé
en blâmant les XII Chapitres de saint
Cyrillus, et sont morts ainsi : — que
ceux-là soient anathèmes!

(XIV) 8. Si quelqu'un parle en faveur

1. Les partisans de Conon. — 2. Moine du couvent de Litarba, contemporain de Jacques d'E-
desse. — 3. Natura quœdam, substantia qusedam. — 4. quxdam. — 5. Lire : oa**».

G. Sic ms. ; Mansi : « Épicure ». — 7. Cf. ci-dessus, p. 120. — 8. Cf. ci-dessus, p. 121.

LIVRE IX. CHAP. XXX

261

confessent véritable et réelle, e'est-à- de l'inepte Ibas et de sa lettre à l'héré-
dire manifestée véritablement et réelle- tique Mari, le persan, qui est pleine
ment dans les personnes; ils la consi- d'impiétés; n'anathématise pas cette
dérèrent [319] comme trois dieux indivi- lettre, ou dit qu'elle est orthodoxe, du
duels, trois natures individuelles, trois moins en partie; — ou (si quelqu'un)
substances individuelles,à la manière des écrit en sa faveur au nom des saints
païens et non des chrétiens. Us ajouté- Pères du synode de Chalcédoine, et
rent, pour tromper : « de même genre persiste obstinément dans ce sentiment :
et cle mêmes natures; et non pas d'un — qu'il soit anathème!
autre genre ou d'autres natures, selon « Ces choses ayant été ainsi procla-

l'opinion d'Arius et d'Eunomius.' » mées et définies, si quelqu'un ose s'éle-

(X) . A cette époque surgit un cer- ver contre ce qui a été régulièrement
tain séculier (nommé) Zakai, maître dé- défini ici par nous : qu'il devienne
cole, à Edesse. Deux prêtres, Jean et étranger à l'épiscopat ou au clergé ; s'il
Zénob, osèrent ordonner Zakai évêque, est moine ou séculier : qu'il soit anathé-
et lui-même ordonna évêques les prê- matisé ! » — Ces choses sont finies.
très qui l'avaient ordonné. — Ceux-ci

enseignèrent « qu'il fallait rebaptiser1

et réordonner ceux qui abandonnaient le synode de Chalcédoine », sous l'apparence
du zèle de la foi. Ils furent blâmés par les Orthodoxes. Zakai, chef de cette erreur,
fut déposé par l'évêque de Dara, qui ensuite le fit sous-diacre.

(XI) . A cette époque naquit l'hérésie des Catacéphalites 8, c'est-à-dire « suspendus
la tête en bas ». —Un certain Egyptien,qui fut accueilli par un autre Egyptien dans la
ville impériale, se mit à enseigner à son hôte que celui qui reste suspendu la tète en bas,
chaque jour durant trois heures de jour et trois heures de nuit, pendant vingt jours,
est purifié du mal, surmonte toutes les passions et devient impassible. Ensuite, s'il
mange, ou s'il commet la fornication, ou s'il accomplit tous les désirs cle son cœur,
« il agit comme un être spirituel, et ces choses ne lui sont point imputées à péché ». —
Il séduisit beaucoup de gens; mais pour lui, il mangeait, buvait et dormait. Il disait :
« L'Anté-Christ est proche; mangeons et buvons, avant que l'or ne soit jeté comme
du fumier' ». Et sous ce prétexte, il se livrait aux plaisirs lascifs. — Après un festin,
il faisait suspendre deux ou trois personnes la tête en bas, et plaçait les autres au-
tour, afin qu'elles priassent pour que ceux qui étaient suspendus obtinssent la perfec-
tion mystérieuse et l'impassibilité. Et ceux-ci affirmaient qu'ils étaient parvenus à
l'impassibilité, et que leur âme était purifiée. — Une nombreuse assemblée se réunit.
Ils lui apportaient leur or. Celui-ci choisit et créa parmi eux des apôtres qu'il envoya
pour répandre l'erreur. — Son affaire ayant été connue de feu l'impératrice Theo-
dora, qui vivait encore à cette époque, elle le fit saisir et jeter en prison. Ayant con-

1. — 2. KaTaxsqjâXiTai. — 3. Cf. Ezech., vrr, 19.

262

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

fessé son aberration, il fut chassé de la ville et ne fut pas accepté dans un autre en-
droit. — Fin de toutes ces liistoires.

CHAPITRE [XXXI]. — De Cépoque du temps de Justinianus second; et du pro-
grès des Phantasiastes.

En Pan 28 de Justinianus second *, les Juifs et les Samaritains de Césarée de
Palestine se révoltèrent de nouveau, [320] sous le nom de Pharisiens et d'[E]bio-
nites. Ils massacrèrent les chrétiens, démolirent les églises*, et profanèrent le
Saint-sacrement. L'empereur envoya des troupes avec le générals Amantius,
qui prit et fit crucifier quelques révoltés, en fit torturer et même brûler (d'au-
tres)

Il y eut aussi en cette année des violents tremblements de terre en plusieurs
endroits6.

Dans la ville impériale6, il y eut un tremblement de terre, à la troisième heure.
On lisait l'Évangile dans la grande église et celui qui le lisait tomba et mourut.
Le sommet s'écroula, et il fut très difficile de démolir les parties qui subsistè-
rent; car il y avait une grande voûte qui demeurait suspendue et se maintenait
d'un côté. On ne pouvait ni monter dessus ni passer dessous. Peu de temps
après il y eut une nouvelle secousse : la voûte tomba, frappa et broya les co-
lonnes et les parties supérieures, et réduisit en poussière tout le magnifique
ciborium avec l'autel.

Dans ce même tremblement de terre, la moitié de Cyzique7 s'écroula\ ainsi
que d'autres villes.

Sur l'ordre de l'empereur9 ce qui restait10 fut démoli, avec beaucoup de
travail, et il la fit rebâtir tout entière. Il la fit de vingt pieds plus élevée que
n'était la première, et en certaines parties de trente. Il dépensa beaucoup d'or,
et la construction fut si admirable qu'on ne pensait pas qu'il y en eût au monde
de plus solide.

A l'époque de Justinianus11 [321] il y avait à Ba'albek, ville de Phénicie, entre
le Liban et Sanîr, une grande et fameuse idole ; et, à ce qu'on disait, une des so-
lides maisons qu'avait bâties Salomon. Sa longueur était de 150 coudées, et sa

1. Ps.-Den., ad ann 863. — 2. |t'^o. — 3. <-rpaT/jAch;r)ç. — 4. Cf. Ilist. du Bas-Emp., 1. XLIX,
§ xxx. — 5. Ps.-Den., ad ann. 864. — 6, Ps.-D., ad ann. 867 et ad ann. 875. L'auteur confond en un
même les deux récits du Pseudo-Denys. Il y a d'ailleurs plusieurs confusions dans l'ordre chrono-
logique des différents tremblements de terre qui ont éprouvé Cple sous le règne de Justinien. Çf.
Hist. du Bas-Emp., 1. XLIX, § xxxn et 1. XLVIII, § lxii. — 7. moao>|ao. — 8. Ps. Den., ad. ann.
875. — 9. Ps.-Den., ad. ann. 867. Cf. Theoph., ad ann. Chr. 550, 551. — 10. De la grande église de
Cple. — 11. Ps.-Den., ad ann. 866; cf. Rev. de l'Or, chr., 1897, p. 490.

LIVRE IX. CHAP. XXXI

263

largeur de 75. Elle était bâtie avec des pierres entièrement polies dont chacune
avait vingt coudées de long et dix de large, et [quatre]1 d'épaisseur. [On admi-
rait], outre la solidité de l'édifice, ses colonnes, et sa charpente faite de gros
cèdres du Liban et recouverte de plomb par dessus ; les portes étaient d'airain.
En haut, des têtes de béliers d'airain, de trois coudées, paraissaient à l'intérieur
de l'édifice, au-dessous de chacune des solives de la charpente. Tout le reste
de l'œuvre était admirable. Les païens, séduits par la grandeur de l'édifice, y
offraient des sacrifices aux démons ; et personne n'avait pu le détruire. Dieu,
pour leur confusion, y fit tomber le feu du ciel, qui le dévora et consuma le bois,
l'airain, le plomb, et les idoles qui s'y trouvaient. Il n'y resta bientôt plus que
les pierres calcinées par l'incendie. Une grande douleur saisit2 tout le parti des
païens. Maintenant, disaient-ils, le paganisme est ruiné sur toute la face de la
terre.

En l'an 860 des Grecs, les partisansde
Julianus le Phantasiaste, à Ephèse, re-
çurent chez eux un évêque nommé Pro-
copius, qui était aussi attaché à la doc-
trine phantasiaste de Julianus3. Comme
il était blâmé par beaucoup de [320]
fidèles, il fit pénitence, mais ensuite il
retourna à son vomissement. Il parvint
à une profonde vieillesse. Ses partisans
lui demandèrent d'ordonner un évêque
à sa place. Bien qu'il fût dans l'erreur,
il observa les canons et s'y refusa en di-
sant : « Les canons ne me permettent
pas de créer seul un évêque. » Quand il
mourut, sept prêtres s'assemblèrent et
amenèrent le moine Eutropius. Ils le
firent prosterner près de ce cadavre
dont ils soulevèrent la main et la pla-
cèrent sur sa tète, tandis qu'eux-mêmes
récitèrent les prières de l'ordination
épiscopale *. Ils pensaient l'avoir ainsi

A cette époque 5 il y eut parmi les
fidèles orthodoxes une controverse au
sujet des Chalcédoniens qui se conver-
tissaient, [320] et deux partis s'élevèrent
l'un contre l'autre. Les uns disaient :
« l'ordination faite par les Synodites ne
peut aucunement être acceptée »; les
autres disaient : « il ne convient pas
qu'ils soient de nouveau (ordonnés) ».
Lorsque cette affaire fut examinée con-
venablement par ceux qui occupent les
administrations ecclésiastiques, ils en-
seignèrent : « Nous n'acceptons pas
l'ordination du Synode ; car, selon
nous, les Synodites n'ont jamais reçu
l'ordination. En effet, si les 630 (évê-
ques) qui étaient réunis dans le Sy-
node étaient évêques avant le Synode,
ils ne furent plus évêques dans le Sy-
node ; car à cause de la défection qui
eut lieu dans le Synode, ils furent re-

1. Compléter ainsi d'après le Ps.-Denys. — 2. Lire : ,*»|.

3. Pseudo-Denys, ad ann. 860 ; cf. Bibl. Or., II, 87. — 4. 13ooau3|?.

5. Tout cet alinéa me paraît emprunté à l'Histoire de Jean d'Asie ; probablement aux premiers
chapitres, aujourd'hui perdus, du IVe Livre de la 3e partie.

264

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

ordonné évêque, en transgressant la
règle !

Le malheureux Eutropius, vase inu-
tile1, ajouta a sa malice et ordonna dix
évêques qu'il envoya de tous côtés,
pour être les avocats de l'hérésie des
Phantasiastes.

L'un d'eux descendit à Ilirta de Beit
Na'man, et dans le pays des Himya-
rites, Il s'appelait Sergius. Il avait été
un ascète et avait reçu la tonsure : il
devint un vase inutile; il induisit en
erreur et pervertit ces contrées. Il
ordonna des prêtres, et après avoir
passé trois ans dans le pays des Himya-
rites, il établit à sa place comme évê-
que un certain Moïse; lui-même mou-
rut, dans le pays des Himyarites.

D'autres, parmi (ces évêques) s'en
allèrent dans des pays éloignés, et
trompèrent beaucoup de gens. Par des
récits mensongers et de fausses accu-
sations, ils calomniaient saint Severus^
en disant : « Il affirme que le corps de
Notre-Seigneur s'est décomposé et s'est
corrompu dans le tombeau ; qu'il s'est
pourri et a fourmillé [321] de vers. » Or,
chacun sait que saint Severus a écrit
dans ses ouvrages qu'il réprouve cette
opinion, et anathématisé quiconque dit
oralement ou pense dans son cœur que
le corps de Notre-Seigneur ait jamais
éprouvé la corruption, qu'il ait jamais
subi la décomposition dans le tombeau ;
il réprouve également celui qui nie l'in-
carnation du Seigneur; ou qui dit que
par l'union, il a rendu son corps impas-

jetés du sacerdoce, déchus du rang des
pontifes orthodoxes, et furent tous ana-
thématisés. Quant à ceux d'entre eux
qui se convertissent, lorsque quelques-
uns, refléchissant à cette trangression
et à cet abandon delà vérité, se conver-
tiront, pour se réfugier dans la vérité,
et anathématiseront l'illégalité qu'ils
ont commise, la prière (de l'ordination)
sera récitée sur eux par les orthodoxes,
afin qu'ils reçoivent l'ordre véritable du
sacerdoce dont ils étaient déchus, et ils
exerceront l'ordre du sacerdoce véri-
table de l'orthodoxie. Ils n'ont pas reçu
le sacerdoce du Synode; car le sacer-
doce est un don du ciel qui fut donné
aux saints Apôtres, et qui découle et
descend de ceux-ci jusqu'à nous, jusqu'à
la fin et la consommation. Pour nous,
nous avons reçu et recevrons cela8 ; quant
à ceux qui ont été créés par les héré-
tiques, dans l'illégalité, nous les régu-
lariserons3 et nous les recevrons. » —
Cette doctrine était bonne. [321] Elle
fut envoyée par écrit de la ville impériale
àceux quiétaient enOrient.Lesbienheu-
reux Jacques et Theodorus en étaient les
porteurs : plusieurs excitèrent contre
eux, pendant longtemps, une vive résis-
tance. Peu à peu, ils comprirent le con-
seil et acceptèrent cette discipline. Ils
apprirent que ni le sacerdoce ni le bap-
tême des Synodites n'étaient accepta-
bles; et que ce qu'on prescrivait à leur
égard, ce n'était pas qu'ils fussent bap-
tisés de nouveau, ce qui constitue les
hérésies, mais qu'ils reçussent (le bap-

1. Ps.-D. :.Ma-j. l'^ « vase de perdition ».

2. Ce [don], ou ce [jugement]? — 3. Litt. : « sanamus ».

LIVRE IX.

sible et immortel, comme l'enseigne
Julianus. Severus a écrit dans son livre
contre ce Julianus : « Si dès le sein 1 (de
la Vierge) le corps de Notre-Seigneur
était impassible et immortel, lui qui
s'est abaissé et s'est fait homme pour
souffrir et mourir pour nous, et, comme
dit l'Apôtre, « s'est fait semblable à nous
en tout, excepté le péché », la passion et
la mort qui l'a suivie seraient une appa-
rence et une fiction manichéenne. » —
Mais nous informons ceux qui sont tom-
bés dans cette erreur des Phantasiastes
et ont reçu d'eux le baptême ou l'ordi-
nation qu'ils ne participent absolument
à aucun des ordres du sacerdoce ni au
baptême, car ceux-ci étaient, par la
force des choses, morts dans l'erreur
de l'hérésie.

Ensuite, les Phantasiastes s'unirent
aux Gayanites d'Alexandrie, et ils se firent
ordonner par un des évêques (de ces der-
niers) un patriarche illégitime. Celui-ci
créa aussi de nombreux évêques qu'il en-
voya dans toute la contrée d'Egypte et de
Ko us et en des pays éloignés, de sorte
qu'ils firent tomber beaucoup de gens
dans leur erreur. [322] Ensuite, ils se di-
visèrent entre eux et ils constituèrent des
factions. Les uns (suivaient) un certain
Ammonius qui disait que « le corps de
Notre-Seigneur n'a été ni créé, ni li-
mité*, ni perceptible; de sorte que lors-
qu'il était dans le sein de la Vierge,
c'était quelque chose d'incréé, d'indé-
fini, d'insaisissable; ce qui était dans le
sein (de la Vierge), se trouvait dan s le

CHAP. XXXI 265

tême) canoniquement. — D'ailleurs les
Synodites, excepté les plus fougueux et
les insensés, n'ont point entrepris d'or-
donner de nouveau les prêtres qui
l'avaient été par les (évêques) fidèles ; ex-
cepté seulement (dis-je), ceux qui étaient
remplis de colère, de stupidité et d'une
férocité diabolique. Le décret porté par
les Orthodoxes au sujet de ceux qui se
convertissent de l'hérésie des diophysites
était ainsi conçu : « Ils passeront deux
années dans la pénitence, qu'ils soient
évêques, prêtres ou diacres; à la fin de
la pénitence, la prière (de l'ordination)
sera récitée sur eux par l'évêque, et leur
sacerdoce sera reconnu valide. »

Dans l'entourage3 du pape Theodo-
sius se trouva un prêtre nommé Julia-
nus. Il se montra zélé pour le peuple
qui était sur la frontière supérieure de
la Thébaïde, à l'est, et à l'intérieur de
l'Egypte. — Ce peuple recevait un tri-
but des Romains, pour ne pas entrer
piller. Julianus voulant s'occuper de ce
peuple, le fit savoir à feu notre impéra-
trice Theodora, [322] qui prenait soin
alors de protéger la foi ; elle fit connaître
avec joie, la chose a l'empereur, afin
qu'il contribuât avec elle à ce que Julia-
nus fût envoyé. Mais l'empereur voulut
envoyer un évêque chalcédonien. II
écrivit en hâte au préfet* de la Thébaïde
d'envoyer un des évêques de cet endroit.
L'impératrice ayant appris cela, écrivit
au préfet une lettre ainsi (conçue) :
« Moi et l'empereur, nous avons songé
à envoyer une (mission) chez le [peuple

1. Us;.». — 2. Lire ; lau»*>; cf. même col., 1. 7, 11.

3. (jyvoôo;, Le récit est abrégé de Jean d'Asie ou d'EpHÈsE, H. E., IIIe part., îv, 6. — 4. âoui;.
II. 34

266

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

sein de toutes les femmes, d'une ma-
nière imperceptible et indéfinie; en
même temps qu'il était dans le sein, le
corps était aussi dans les cieux; tandis
qu'il était suspendu à la croix, il était
au ciel » et d'autres inepties paroles
vaines et fables sans fin.

Deux de leurs évêques étaient empri-
sonnés à Nisibe. Quand l'ambassadeur
des Romains arriva, il demanda à Kosrau
de les mettre en liberté; et ils sortirent au
bout de sept années (de captivité). L'un
s'appelait Joseph. Lorsqu'il fut libéré,
iî s'en alla habiter dans le désert, louant
le Seigneur qui l'avait délivré. L'autre
nommé Dada, qui était captivé davan-
tage par l'erreur de Julianus le Phan-
tasiaste, à l'instar d'une bête féroce qui
sort de ses verrous, se dirigea aussitôt
vers le Nord et vgagna l'Arzanène et
l'Arménie. Il demandait aux évêques
d'anathématiser Severus, comme ayant
attribué la corruption au corps de Notre-
Seigneur.

Comme les évêques étaient gravement
molestés par lui, ils envoyèrent des
lettres dans la ville impériale au pa-
triarche Theodosius, pour qu'il leur fît
savoir si Dada pensait juste ou non.
Comme les réponses tardèrent* et que le
temps normal1 était écoulé, il pervertit
ces pays, et soixante-douze évêques se
laissèrent entraîner dans l'erreur. Ces
lettres étant arrivées après la mort du
pape Theodosius, il y eut un doute à

des Nobadites *. Voici que j'envoie Ju-
lianus, et je veux qu'il y entre le pre-
mier. » En conséquence, le préfet arrêta
l'envoyé5 de l'empereur, jusqu'à ce que
Julianus fût arrivé pour y aller. Quand
l'envoyé de l'empereur comprit (l'af-
faire), il déchira ses vêtements; mais il
n'entra que plus tard.

Julianus5, parvenu près du roi des
Nobadites, futaccueilli avecjoie.On lut la
lettre de l'impératrice; le roi et tout son
peuple se convertirent et furent bapti-
sés Julianus les informa du schisme
de Chalcédoine. Quand les envoyés de
l'empereur arrivèrent et leur dirent de
ne pas s'attacher à ceux qui étaient schis-
matiques, ils répondirent : « Nous re-
cevons le présent de l'empereur, et nous
lui renverrons un présent; mais nous ne
recevrons pas sa foi corrompue. Nous
avons été jugés dignes d'être chrétiens ;
nous suivons Theodosius, qui a aban-
donné son siège pour la foi orthodoxe.
A Dieu ne plaise, que nous ayons aban-
donné le paganisme pour tomber dans
l'hétérodoxie! » Et ils congédièrent en
ces termes les envoyés de l'empereur.

Julianus demeura là l'espace de deux
ans. On racontait que depuis la troi-
sième jusqu'à la dixième heure, nu et
ceint d'un linge, il se tenait dans des
grottes pleines d'eau, n'ayant que la
partie supérieure du corps hors de l'eau.
Il baptisa le roi et tout son peuple. Il
avait emmené avec lui un évêque de la

1. Littér. : vomitus, —2. Lire : <*»--ol. — 3. rtpoôeo-|jua.

4, Lire : i^u^â'p) l»* (J. Eph.). NoêctTaî (Proc, B. P., I, xix) ; les Nubiens. Cf. Payne-Smith,
Upon the Geography of Nubia, dans son Ecclesiastical History ofJohnof Ephesus, p. 338, et p. 250,
n. a. — 5. Sic d'après Jean d'Asie ; ms. : « les envoyés ». — 6. Joh. Eph., III, iv, 7. — 7. oimxo.

LIVRE IX. CHAP. XXXII

267

leur sujet, et elles ne servirent à rien. Thébaïde. Après les avoir instruits et
— Fin du chapitre concernant la doc- organisés, il les abandonna à cet
trine phantasiaste du maudit Julianus.        évêque1 et retourna h la ville impériale.

Il y mourut.

Le patriarche Theodosius*, au mo-
ment de sa mort se souvint de ce peuple, et il ordonna que Longinus fût leur
évêque. L'empereur, en ayant eu connaissance, empêcha Longinus d'aller en ce lieu.
Au bout de trois ans, celui-ci s'enfuit, gagna ce pays et y bâtit des églises. Il leur
enseigna aussi la discipline 3 et les saints mystères du christianisme. Longinus avait
déjà passé là six ans, quand les fidèles l'envoyèrent chercher pour qu'il vînt ordonner
le pape d'Alexandrie. Il partit et vint à Mareotis4. — Ce peuple était soumis au siège
d'Alexandrie, et ils tenaient la foi orthodoxe. —Fin.

CHAPITRE [XXXII]. — Du fléau dont Amid fut châtiée, à l époque de
Justinianus; et d'autres choses.

Amid, ville de Mésopotamie, après
les nombreuses calamités qui avaient
fondu sur elle, (après) quarante années
de persécution de la part des héré-
tiques, [323] (après) le pillage de ses
richesses et la ruine de son sacerdoce5,
fut atteinte du fléau de la famine pendant
environ huit ans. Après la famine, le
Seigneur eut pitié d'elle, et il y eut de
la fertilité : les semences se mirent à
très bien pousser.

En l'an 871 des Grecs6, elle fut at-
teinte par un violent fléau, qui est la
rage, la démence et le diabolisme. La
fausse nouvelle se répandit que le roi

A Antioche, après Ephrem, les Chal-
cédoniens eurent pour (évêque) Dom-
nus1, [323] qui s'occupait uniquement
de la nourriture de son corps, montait
un cheval, et persécutait pour satisfaire
son estomac; — après lui, ils eurent
Anastas[ius]8 ; celui-ci fut chassé et s'en
alla; — puis, (vint) l'hérétique Grego-
rius0, qui fut aussi chassé ; et alors
Anastas[ius] revint.

A Rome, après Vigiliusl0, dont il a été
parlé, vint Silvestros41.

A Constantinople, après Eutychus,
vint Jean Sirimaya14.

A Jérusalem13, après Jean, vint1* Pe-

1. Nommé Theodorus (Jean d'Asie). — 2. Joh. Eph., III, îv, 8. — 3. xàÇeis. — 4. Cf. Joh. Eph.,
III, îv, 9.

5. Peut-être : « de sa prospérité ». — 6. Ps.-Den., ad ann. 871 ; texte : Rev. de VOr, chrét., 1897,
p. 486.

7. Troisième du nom. Jac. Edess., ad ann. 217. — 8. Jac. Edess., ad ann. 236. — 9. Ibid., ann.
229.— 10. Ms. : Bigalios — 11. L'ordre véritable de succession des papes est le suivant : Agapetus,
Silverius, Vigilius, Pelagius. — 12. Jac. Edess., ad ann. 238, a la même leçon. Jean de Sarmin ou
Sirimin, |x toO Stpî|juoç (Evagr., IV, xxxviir). — 13. Cf. Jac. Edess., ad ann. 199, 218.— 14. |o«.

268

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

des Perses entrait dans la ville; et les
habitants s'enfuirent tous, se disper-
sant de tous côtés, et disant : « Amid a
été prise par les Perses. Quittez le
pays. » — On connut qu'ils avaient été
atteints par une épreuve diabolique.
Ils se mirent à aboyer comme des chiens,
à bêler comme des moutons, à glousser
comme des poules, et à imiter toute es-
pèce d'animaux. Les jeunes gens et les
jeunes filles se jettaient les uns sur les
autres; ils couraient aux tombeaux, ils
chantaient; ils se mordaient les uns les
autres, et prononçaient des paroles ob-
scènes. Ils montaient sur les murs et se
suspendaient la tête en bas, et criaient
comme dans des trompettes1. Ils ne re-
connaissaient pas leurs maisons. Ceux qui étaient demeurés sains d'esprit les con-
duisaient aux églises ; mais même dans les églises, ils écumaient, étaient furibonds
et disaient : « Nous sommes tant de myriades. Si l'apôtre Thomas n'était pas sorti
au devant de nous, nous aurions pillé et massacré toute la ville; mais les Apôtres et
les Martyrs qui sont dans cette ville nous ont empêchés de la détruire. » — Quand les
uns fléchissaient les genoux pour prier, d'autres sautaient et montaient sur eux,
trois ou quatre les uns sur les autres. Bien des gens furent empêchés de se rendre
à l'église pour ne pas entendre des paroles obscènes. Cette démence dura l'espace
d'un an.

A Edesse et à Telia, l'abandon de Dieu se fit ainsi sentir; les gens furent possédés
des démons, à ce point qu'ils se souillaient impudiquement les uns les autres au
milieu des églises. Quand on connut cela, on les priva de nourriture : on leur
donna seulement du pain sec et de 1 eau. Le temps du fléau passé, quand ils revinrent
à eux-mêmes,ils se vêtirent de noir, à cause de ce qui leur était arrivé, et ils s'en
allèrent par troupes à Jérusalem.

Ensuite, la ville d'Amid fut châtiée par le fléau de la peste8; il y mourut plus de
trente mille personnes, et elle demeura déserte 3.

1. Lire : usa^lûaM, puxâvouç. — 2, \>Lclv>. — 3. Ps.-Den., ad ann. 869.
4. Jac. Edess., ad. ann. 240.— 5. Cf. ci-dessus, p. 245.

trus ; — et après celui-ci, Macarius, le
58°. Celui-ci n'accepta jamais le concile
de Chalcédoine.

A Edesse, le 40e évêque fut Epipha-
nius4.

Les Orthodoxes avaient comme pape
d'Alexandrie, du temps de Justinianus,
Theodosius qui mourut en même temps
que Justinianus, en l'an 877.

Dans la ville impériale, Jean d'Asie
dirigeait les fidèles.

En Syrie, étaient Jacques, du monas-
tère de Pesilta,et Theodorus,qui avaient
été envoyés par le pape Theodosius3. —
Fin.

LIVRE IX. CHAP. XXXIII

269

CHAPITRE [XXXIII]. — Sur l'époque de la fin de la vie de Justinianus ; sur
l'église qu'il bâtit; sur les ossements des martyrs, qui furent découverts de son
temps; et sur les autres hérétiques qui parurent à cette époque.

En l'an 27 de Justinianus, Mondar (fils) de Saqiqa1, monta dans le pays des
Romains et ravagea beaucoup de régions. — Héret, fils de Gabala, le rejoignit,
lui livra bataille, le vainquit et le tua, à la source [324] de 'Oudayê2 (?), dansla ré-
gion3 de Qennésrin. — Le fils de Héret, nommé Gabala, mourut, ayant été tué
dans le combat. Son père l'ensevelit dans un martyrion de ce village*.

Ensuite vinrent les armées des Huns et des Esclavons, qui assiégèrent la
ville impériale. Ils percèrent le mur extérieur; ils pillèrent et brûlèrent tous
les faux-bourgs5, firent captifs tous ceux qu'ils y trouvèrent, et s'en allèrent.
— Ils revinrent une seconde et une troisième fois. Alors, les Romains préva-
lurent contre eux; ils les détruisirent et les tuèrent tous dans le combat. On ne
vit plus nulle part le petit nombre de ceux qui s'étaient enfuis. — Et ainsi ils
furent délivrés d'eux8. —Fin.

Dans le pays de Phrygie, il y a un
lieu appelé Pépouza7, où les Monta-
nistes avaient un évêque et des clercs ;
ils l'appelaient Jérusalem, et ils y tuaient
les chrétiens. Jean d'Asie s'y rendit et
fit brûler [324] leur synagogue, sur l'or-
dre de l'empereur8. On trouva dans
cette maison un grand reliquaire9 de
marbre 10 scellé avec du plomb et lié
par des garnitures de fer. Sur le dessus
était écrit : « De Montanus et de ses
femmes ». On l'ouvrit et on y trouva
Montanus et ses deux femmes, Ma^ximilla

En * l'an 29 de son règne, Justinianus
acheva le tombeau des empereurs u, qu'il
bâtit dans le temple des Apôtres.

Il rebâtit aussi l'église dans laquelle
les empereurs de la famille de Constan-
tin étaient ensevelis. Quand on se mit h
l'agrandir, on creusa pour consolider
l'emplacement de l'autel, et on trouva
dans les fondements trois châsses1S de
plomb placées l'une contre l'autre. [324]
Sur l'une était écrit : Andréas, sur
l'autre : Loukas, et sur la troisième : Ti-
motheos. La ville fut remplie de joie de

*Note marginale : Je devais écrire cette histoire dans la colonne supérieure ; je me suis trompé
en la plaçant ici ; mais priez pour moi.

I. 'A/ajAouvSapo; o Saxixâç (Proc., B. P., I, vu), — 2. Les auteurs arabes appellent le lieu de
cette bataille lAïn Oubâgh, (^Jj| jjt*). Cf. Nœldeke, Gesch. der Perser und Araber, p. 170, n. 1. —
3. Uas. — 4. xâarpov. — 5. 7rpo<7xo<8a. — 6. Cf. Hist. du Bas-Empire, liv. XLIX, § xliii sqq.

7. Lire : rUnouSa; cf. Epiph., Hxres. 48. — 8. Cf. Ps.-Den., ad ann. 861. — 9. yXwcraoxofxov.

10. Lire : U-*-*».

II. Sur le tombeau des empereurs ('Hpùov), cf. Ducange, Constantinopolis christiana, II, 108. —
12. yXw(Tffôxo(xa,

270

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

et Priscilla, qui avaient des lames d'or
sur la bouche. Us furent couverts de
confusion en voyant les ossements fé-
tides qu'ils appelaient « l'Esprit ». On
leur dit : « N'avez-vous pas honte de
vous être laissé séduire par cet impu-
dique, et de l'appeler « Esprit »? \3n
esprit n'a ni chair ni os. » Et on brûla
les ossements. —Les Montanistes firent
entendre desgémissements etdespleurs.
« Maintenant, disaient-ils, le monde est
ruiné et va périr. » — Ou trouva aussi
leurs livres honteux et on les brûla. La
maison fut purifiée et devint une église.

Auparavant, du temps de Justinia-
nus Ier (Justin), quelques personnes
avaient informé l'empereur que Monta-
nus, au moment de sa mort avait ordon-
né à ses ensevelisseurs de le placer à
cinquante coudées sous terre « parce
que, disait-il, le feu doit1 me découvrir,
et dévorer toute la face de la terre ».
Ses partisans, par l'opération perni-
cieuse des démons, répandaient fausse-
ment le bruit que ses ossements chas-
saient les démons ; ils avaient suborné
quelques individus qui, moyennant le
pain de leur bouche, affirmaient qu'il les
avait guéris. — L'empereur écrivit à
l'évêque de l'endroit. Celui-ci fit creuser
profondément et retirer les ossements
de Montanus et ceux de ses femmes, pour
les brûler. Alors, les Montanistes vinrent
trouver l'évêque pendant la nuit, et lui
donnèrent cinq cents dariques d'or; ils
emportèrent les ossements et en appor-

ce que les corps avaient été retrouvés
entiers, avec la croix placé© sur chacun
d'eux. Alors tout le inonde connut que
cette église avait été appelée dès l'ori-
gine « des Apôtres », à cause des corps
des apôtres qui y étaient déposés. Ils
furent replacés1 dans le même lieu avec
honneur *.

Ensuite, une main humaine fut en-
voyée de Sébaste, dans le pays des Sa-
maritains, comme étant celle de Jean-
Baptiste. Elle inspira du doute à plu-
sieurs, parce qu'elle avait été envoyée
par Marinus de Harran, un homme
païen de nom et de fait. Cependant,
l'empereur, avec toute la ville, la reçut
en grande pompe et la vénéra. Elle
fut placée dans un reliquaire d'or.

L'empereur Justinianus bâtit de nom-
breuses églises et des monastères, comme
l'atteste Jean d'Amid, qui dit4 : « Nous
l'avons vu de nos yeux ; car pendant
trente ans, nous fûmes proche, depuis
le temps de notre jeunesse, et de la
sienne, jusqu'à la vieillesse. Il ne cessa
de bâtir des églises, des couvents, des
hospices. Par notre entremise, il bâtit
quatre-vingt-seize églises, douze mo-
nastères et quatre hospices1", en divers
lieux d'Asie, de Carie, de Phrygie, de
Lydie. Il donna les livres, les objets d'ar-
gent, les vases du ministère; 70 mille6
hommes se convertirent et reçurent le
baptême. » — Dans les diocèses d'E-
phèse, deMagnésie,de Nysse,deTralles,
des milliers de personnes se converti-

1. Lire :

2. o»u»L|'. — 3. Cf. Theoph., ann. 542 ; Ma.la.la, Patr. Gr., XCVII, 701. —4. Cf. Pseudo-Dents,
ad ann. 853 ; Rev. de l'Or, chr., 1897, p. 481. — 5. levoôoyeïa. — 6. Ainsi d'après le Ps.-D. ; ms. :
7 mille.

LIVRE IX. CHAP. XXXIII

271

tèrent d'autres; et au matin, sans que
personne s'aperçût du mystère, Pévêque
brûla ces ossements comme étant ceux de
Montanus et de Crites 1 (?) son associé.
Mais ensuite, l'archidiacre dénonça l'évê-
que qui fut envoyé en exil.

Apollon, le compagnon de Paul, écrit
que ce Montanus  était fils de Simon
[825] le mage ; que quand son père périt,
par la prière de Pierre, il s'enfuit de
Rome, et se mit à troubler l'univers.
Alors Apollon,(poussé)par l'Esprit, alla
où il était, et le vit assis et prêchant
l'erreur. Il commença à l'invectiver en
disant : « O ennemi de Dieu, que le Sei-
gneur te châtie ! » Montanus se mit à le
reprendre, et dit :« Qu'y a t-il entre toi
et moi, Apollon? Si tu prophétises : moi
aussi ; si tu es apôtre : moi aussi ; si tu
es docteur : moi aussi. » Apollon lui dit :
« Que ta bouche soit fermée, au nom du
Seigneur ! » Aussitôt il se tut et ne put
jamais plus parler. Le peuple crut en
Notre-Seigneur  et reçut le baptême.
Ils renversèrent le siège de Montanus
qui prit la fuite et s'échappa. — Ce ré-
cit est fini, ainsi que Vautre.

rent et reçurent le baptême par les soins
de Justinianus, et par l'entremise de
Jean d'Amid, qui fut appelé « d'Asie »,
parce qu'il avait baptisé plus tard en
Asie, vingt-trois mille (païens).

En l'an 35 de Justinianus, on vit dans
la ville impériale le paganisme, l'idolâ-
trie, des livres de magie. Cinq de leurs
prêtres furent saisis : un d'Athènes en
Hellade, deux d'Antioche, et deux de
Ba'albek. [32o] On apporta leurs idoles
et leurs livres de paganisme, qui furent
brûlés2. — Jean en fit brûler environ
deux mille en Asie.

En l'an 857 des Grecss, il y eut des
troubles au sujet du commencement du
Carême. Les uns avaient commencé le
jeûne deux semaines auparavant, les
autres une semaine après. Dans la ville
impériale, l'empereur et les grands étant
revenus une semaine après qu on avait
commencé le jeûne, jugèrent qu'il ne
devait commencer que la semaine sui-
vante. L'empereur ordonna aux bou-
chers de vendre de la viande; mais ils
ne voulaient pas tuer les moutons et les
bœufs, et les habitants, excepté quel-
ques gourmands intempérants, regar-
daient cette (viande) comme de la chair
morte4. Quelques-uns répandaient dessus de la chaux et de la poussière, et la gâ»
taient pour qu'elle ne pût être vendue. L'empereur força les (bouchers) de tuer d'autres
(animaux), et leur en donna le prix sur le trésor public.

En l'an 39 de Justinianus5, apparut pendant trois mois une comète, comme une
lance de feu ; lorsque l'empereur mourut, elle [disparut] et n'apparut plus de nouveau".

1. Ps.-Den. : « de Montanus, et de Qratis (ûû^Iwj) et de Maximilla et de Priscilla ses prophé-
tesses ».

2. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. XLIX, § liv. — 3. Ps.-Denys, ad ann. 857. Cf. Malala, P. Gr.,
XCVII, 700 ; Cedr., ad ann. 18 Justiniani ; Theoph., ann. Chr. 538.— 4. Ps.-D. : U^P'o l&^xia»

Cf. Act. Ap.t xv, 29. — 5. Ps.-Den., ad ann. 885. Texte : Rev. de VOr. chr., 18)7, p. 492. - 6.
-U.L! oot IJo uSU.L| (Ps.-D.).

272

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

CHAPITRE [XXXIV]. — De l'hérésie des Phantasiastes ; et comment
Justinianus s'y laissa entraîner avant sa mort.

Justinianus, tout le temps de sa vie,
pressait et obligeait tout le monde de
recevoir le concile de Chalcédoine ; ce-
pendant, il anathématisaitla lettre d'Ibas
et ne croyait pas qu'elle avait été accep-
tée par le concile de Chalcédoine. Quand
Vigilius de Rome vint le trouver et lui
dit que la lettre d'Ibas avait été acceptée
à Chalcédoine, l'empereur devint fu-
rieux et dit : « Trois fois maudit soit le
synode qui a admis la lettre d'Ibas ! »
mais quoique son sentiment s'écartât en-
tièrement du synode de Chalcédoine, il
n'affermit pas bien l'orthodoxie. Un
évêque stupide, de la ville de Joppé en
Palestine, s'attacha à lui et pervertit
son esprit par l'hérésie des Phanta-
siastes. Il se mit h dire que le corps de
Notre-Seigneur n'était pas passible et
corruptible. Il écrivit de nombreux
livres qu'il envoya aux patriarches et
aux évêques, en tous lieux, et les pres-
sa de recevoir cette doctrine1.

Mais Apollinarius d'Alexandrie et
les évêques de sa juridiction n'accep-
tèrent point son livre : il les menaça de
l'exil. De même, ni celui de Jérusalem,
ni Eutychus de la ville impériale ne l'ac-
ceptèrent.  Anastas[iusj * d'Antioche et

Démonstrations des Docteurs de l'E-
glise contre les Phantasiastes 3 :

Ignatius, dans sa Lettre aux Ephè-
siens, écrit ceci* : « Un seul médecin
corporel et spirituel, créé et incréé,
Dieu en l'homme, auparavant impassible
et ensuite passible, Jésus-Christ Notre-
Seigneur ».

Gregorius de Nysse distingue pareil-
lement les temps par les faits, dans le
IIIe livre Contre Eunomius" : « La vie 6
véritable placée dans la chair revint à
elle-même après la passion, et la chair
en laquelle elle se trouve a été exaltée
avec elle, puisque par l'immortalité di-
vine elle a été transportée de la corrup-
tion à l'incorruptibilité 7 ».

Epiphanius des Cypriotes,interchange
et emploie pareillement les mots ; il
dit8 : « Pourquoi est-il entré, les portes
étant fermées? Pour montrer que ce qui
était grossier était devenu subtil9, le
mortel immortel, le corruptible incor-
ruptible ».

Ces mêmes oppositions, qui se rencon-
trant dans de fréquentes locutions, où il
est question du « corruptible », impli-
quent seulement « l'incorruptible »;
mais les Docteurs de l'Eglise n'oppo-

1. Litt. : « cette composition ». — 2. Évêque orthodoxe ; cf. Ntceph. Call., H. E., XVII, xxx.

3. Ces citations, comme on le voit clairement par le contexte, appartiennent à la lettre adressée à
Justinien par Anastase et les évêques du synode d'Antioche. — 4. Ad Ephes., cap. vu (Cuketon,
Corpus Ignatianum, p. 24). — 5. Patr. Gr., t. XLV, col. 708 (lihr. V). — 6. Lire : — 7. outw

xoù tîj; à)of]8ivîjc Çw/jç xvjç lyxet[xévy)i; xîj 'aocpxi irpo; èaurrjv [xetà to 7iâ6o; àva8pauoûcrY]ç ' xoù r\ itep'i axnrp <ràp|
auv£Tc^p6yj Û7îb tîjç ôsixîj? âôavacrîa;, oltCo vr\ç çôopàç ovvavaxïôstca Itïi rb atpôapTov. — 8. Patr, Gr., t. XLIII,
col. 184. — 9. to 7iaxu(iepè; X£uxo(x£pé;.

LIVRE IX. CHAP. XXXIV

273

les évêques qui étaient avec lui, ayant
lu l'écrit de l'empereur, furent émus et
quelques-uns faiblirent. Sur l'ordre de
l'empereur, 195 évêques se réunirent à
Antioche, près d'Anastasius. On lut
[326] l'édit1. Leonti[us] de Haiçarta et
Abraham deReçapha dirent :« Si cetédit
est accepté, l'Eglise périt. Il anathéma-
tisé ceux qui disent que lecorpsdu Christ
était corruptible et passible, et il n'ex-
prime pas en quel sens il réprouve le
mot corruption ». — Ensuite, comme on
lui demanda de quelle corruption parlent
les Pères lorsqu'ils disent que le corps
du Christ fut corruptible, il leur répon-
dit : :< Nous trouvons le mot « corrup-
tion » employé en douze sens » ; car il
lisait les extraits, insérés dans la lettre
faite par Daniel, archimandrite du mo-
nastère de Beit Çeliha, pour les moines
de Mar Bas[sus], Ils apportèrent en-
suite les livres du grand Severus contre
Julianus, écrits en grec et en syriaque.
Comme on discutait, Anastas[i]us et tous
les évêques s'écrièrent : « Nous sommes
prêts à abandonner nos sièges pour ne
pas suivre l'opinion des Phantasiastes. »

[Le synode adressa à l'empereur une
relationj 8 qui est ainsi conçue :

« Lacouronne dejustice, ô le plus chré-
tien des empereurs! est la récompense
du cours accompli de la piété, et de la
foi orthodoxe conservée intégralement.
Le témoin autorisé de ces choses, Paul
le théologien, après avoir combattu le
bon combat, étendant déjà la main pour

sent pas seulement l'incorruptible à la
corruption, mais ils opposent l'incor-
ruptible à la passion et a la mort, con-
naissant leur affinité naturelle. De sorte
que nous ne nous exposons pas seule-
ment à une contradiction mais à tous les
dangers, [326] en faisant disparaître le
mot de corruption. Nous allons le mon-
trer brièvement à Votre Piété.

Jean Chrysostôme, dans l'homélie
lxxxii0 du Commentaire sur VEvangile de
Matthieu, à propos de cette parole* : « Je
ne boirai plus de ce jus de la vigne, jus-
qu'au jour où je le boirai nouveau avec
vous », s'exprime ainsi* : « Que signifie
« nouveau? » Nouvellement, c'est-à-dire
étrangement5; lorsque j'aurai un corps
non plus passible, mais désormais im-
mortel et incorruptible ». — Ici, au
passible sont opposés l'incorruptible et
l'immortel,

Le sage Cyrillus, dans Y E pitre à Suc-
census, met pareillement en opposition
le corruptible, en disant6 : « Après la
résurrection c'était le même corps qui
avait souffert ; cependant il n'avait plus
en lui les infirmités humaines, mais (il
était) désormais incorruptible ».

Comme ceux-ci, Gregorius le Théolo-
gien oppose l'immortel au corruptible,
dans l'homélie Sur les Lumières, lors-
qu'il s'exprime ainsi7 : « A cause de cela
des choses qui étaient distinctes sont
mélangées ; non seulement Dieu à la
naissance, l'esprit8 à la chair, l'éternel
au temps, l'infini à la mesure9; mais en-

1, Lire : ^a^ûâ,.!, v)8cxxov. — 2. Il y a probablement une ligne de perdue dans le texte Cf.
Evagr., H. E., IV, xl. La rédaction de ce document est attribuée à Anastasius.

3. Matth., xxvr, 29. — 4. Patr. Gr., LVIII, 739. — 5. Katvwç, Tovxlcm Slvw;. — 6. Patr. Gr.,
LXXVII, 236. — 7. Patr. Gr., t. XXXVI, col. 349. — 8. Lire : \>aw (voOç). — 9. Lire : I&-û«».
II. 35

274

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

la récompense de la victoire, et incli-
nant sa tète sous la couronne, prépare 1
manifestement les autres par ses pieuses
paroles à lutter avec lui. II écrit, en effet,
à Timothée * : « J'ai achevé la course ;
j'ai gardé ma foi; déjà la couronne de
la justice m'est réservée, que me rendra
le Seigneur, juste juge, en ce jour-là ; et
non seulement à moi, mais à tous ceux qui
ont recherché son apparition. » — Nous
sommes bien convaincus que cette cou-
ronne de justice sera placée au-dessus de
la couronne honorable de votre pieuse
tête, en jugeant des choses futures par
celles qui ont précédé. Tu as parcouru
comme un géant la voie des commande-
ments d'une extrémité du ciel à l'autre ;
tu as prêché le précepte de celui par qui
tu fus empereur; tu as ramené à l'union
les enfants de Dieu qui étaient disper-
sés ; tu as procuré la paix à ceux qui
étaient au loin et à ceux qui étaient
proches; tu as conservé intègres les
sceaux de la foi marqués des empreintes
apostoliques; et dès lors, ô pieux empe-
reur1! [327] par dessus la couronne du
temps présent, vous aurez celle du temps
futur pour l'éternité, ainsi que la ré-
compense promise à la course accomplie
de la foi inébranlable.

« Qu'il en soit encore ainsi, par la grâce
du Christ, pour vous ami de Dieu, par la
continuité des labeurs, pour vous ami du
Christ, surtout maintenant, ô le plus
fidèle de tous les hommes! à propos de

core l'enfantement à la Vierge, le mépris
à celui qui est plus élevé que tout hon-
neur, l'impassible au passible, et l'im-
mortel au corruptible ».

Jean de Constantinople, dans le Com-
mentaire sur le psaume xlvi, à propos de
cette parole4 : « Dieu est monté dans un
cri (de joie) », dit5 : « Mais, si avant la
croix il marchait sur les eaux, alors
qu'il était encore enveloppé d'un corps
passible et pesant, que personne ne
s'étonne si après [l'avoir rendu incor-
ruptible, il fendit les airs]4. »

Les Pères placent donc indifférem-
ment « incorruptible », en opposition
avec « mortel » et « passible » ; de
sorte que le même doit être regardé
comme immortel en même temps qu'in-
corruptible ou impassible'.

Nous sommes persuadés, à cause de
l'opinion des Phantasiastes, qui fait dis-
paraître avec l'incorruptible ce qui est
passible et mortel, que nous retombe-
rons dans l'inefficacité première; mais,
préférant nous en tenir aux paroles apos-
toliques : « Si le Christ est passible, s'il
est le premier de la résurrection des
morts8 », et : « le Christ a souffert dans
la chair* », nous avons fait tout ce traité.
Si quelqu'un entend le mot de « pas-
sion » dans le sens de corruption, [327]
qu'a-t-il à rougir de ceux qui l'ont dit?
Car ce sont les saints Pères ; et telle est la
coutume du Livre inspire de Dieu. « Pas-
sible » et « mortel » ne doivent pas être

1. Litt. : « ungit ». — 2. II Tra., îv, 8. — 3. Ms. : « Vos timentes Deum », au pluriel.

4. Ps. xi.vi, 5. — 5. Patr. Gr., LV, 214. — 6. Le texte a évidemment omis cette phrase qui paraît
indispensable à l'argumentation : ft GavuaoTov eî xat \j.zxk to acpôapxov aùtô Xa6ïîv, xov àépa gts^ve ; — 7.
Lire : t*Q«— U, d'après le contexte. — 8. Act. Ap., xxvr, 23. — 9. I Petr., iv, 1.

LIVRE IX. CHAP. XXXIV

275

la constitution1 ecclésiastique établie
par nous, que nous déclarons être ainsi
(conçue) :

« Un traité, qu'on appelle en langue
italique edictum, a été apporté à vos
sujets et nous a été lu lorsque nous
étions tous assemblés. Certes, beaucoup
des choses qui ont été lues étaient la
condamnation des anciennes hérésies;
car VotrePiété acoutume non seulement
d'observer siquelque racineamère germe
et pousse pour empoisonner plusieurs,
mais aussi de travailler, par la parole, à
ce que les hérésies déjà supprimées n'é-
mettent pas quelque rejeton qui pourrait
croître avec le temps. Mais, nous avons
aussi entendu  des   choses nouvelles,
inaccoutumées et très étranges. Par la
grâce du Christ, le troupeau du Dieu de
l'Univers était dirigé dans la simplicité
du cœur, et grâce à vous, il paissait
tranquillement* dans un lieu de pâturage
et de joie spirituelle,  avec des eaux
suaves, incapablesd'abreuver d'aversion.
Or, nous avons appris, comme Votre
Piété nous l'a fait connaître, que des
loups féroces se sont jetés sur le trou-
peau, et ont enlevé non pas quelque
chose de peu d'importance, mais l'âme
même et le corps de Notre-Seigneur
Jésus, voulant mettre en pièces le mys-
tère de l'Incarnation divine; ils s'atta-
quent ensemble très audacieusement et
criminellement à ces choses précieuses
que s'est unies hypostatiquement3, dès
le sein virginal de Notre-Dame la Mère

employés ainsi abstraitement. Pour que
ce dont on parle existe, cela doit se
trouver dans la nature des choses dont
on parle*. Il en est ainsi des passions
volontaires, naturelles et non blâmables.
Si elles n'existent pas dans la nature,
elles existent (seulement) dansl'opinion ;
et si elles existent (seulement) dans l'o-
pinion, elles sont une fiction.

Telle est manifestement la préoccu-
pation particulière d'Athanasius, dans
sa Lettre à Epictète, vis-à-vis de ceux
qui disent que la divinité même du Fils
a souffert, et non le corps. Il allègue le
contraire et repousse la fiction des
Phantasiastes lorsqu'il s'exprime ainsi6 :
« Ces choses n'ont point eu lieu en
fiction, comme certains l'ont pensé ; loin
de là ! mais notre Sauveur s'est fait
réellement homme, et le salut en est
résulté pour l'homme tout entier. Si le
Verbe était seulement en fiction dans la
chair, comme ils le prétendent, et si
« en fiction » signifie « en apparence » *,
il faut dire comme Mânî, le pire des scé-
lérats, que la résurrection et la rédem-
ption des hommes étaient une fiction.
Mais notre rédemption n'est pas une fic-
tion ; elle ne doit pas être attribuée au
corps seul; mais à l'homme tout entier :
à l'âme et au corps. En réalité, la ré-
demption fut « humaine », par consé-
quent dans cette nature (qui vient) de
Marie, selon les Livres divins; et le
corps de notre Sauveur était réel ; il était
réel parce qu'il était le même que le

1. xaTâffTaai;. — 2. Litt. : « per mansuetudinem ovium ». — 3. Ms. : « dans les hypostases ».
4. Passage très obscur dont le sens n'est pas absolument certain. — 5. Patr. Gr., XXVI, 1061.
— 6. to ôà Ôéffct Xeyâfievov çomacri'a ivzi.

276

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

de Dieu, le (Fils) unique, Verbe de
Dieu, l'un delà Trinité égale en essence
et en nature. Par (les expressions de)
« science » et « ignorance » ils boule-
versent ce qui concerne l'âme divine ; par
(celles de) « corruption » et « incorrup-
tion », ils s'en prennent au corps pré-
cieux. Ces choses nous inquiètent, nous,
vos [328] sujets; elles troublent beau-
coup le peuple fidèle, qui croit qu'on in-
troduit une nouvelle doctrine et qu'on
qu'on détruit l'ancienne. De sorte que

plusieurs courent vers1...........

Certes, Notre-Seigneur et notre Dieu!
« sait » ; lui, en qui sont cachés les tré-
sors de la sagesse2! mais il disposait
judicieusement ses paroles et répartis-
sait l'ignorance selon les capacités hu-
maines, parce qu'il ne nous appartient
pas, à nous hommes, de rechercher les
temps et les moments que le Père a
fixés dans sa puissance 3.

« Nous disons le corps de Notre-Sei-
gneur « incorruptible », non dans le
sens d'impassible ou d'immortel, mais
dans celui d'impeccable et d'imputresci-
ble. En effet, « corruption » s'emploie en
des sens différents : en celui de « péché »,
d'après ce qui est dit4 : « Ils furent cor-
rompus et abominables dans leurs agis-
sements8»; et en celui de « dissolution
totale de tout l'être », d'après ce qui est
dit8 : « Tu (les) feras descendre dans le
puits de la corruption ». — Or, nous ne

nôtre : Marie, en effet, est notre sœur;
car tous nous venons d'Adam. »

Que l'élévation de ton esprit, très
fidèle empereur, considère ce qui vient
d'être dit, et applique son attention sur
la fin du chapitre; il dit, en effet : Or,
notre rédemption n'est pas une fiction,
ni (l'œuvre) du corps seul, mais de
l'homme entier : du corps et de l'âme.
En réalité la rédemption, ajoute-il, ap-
partient au tout, par conséquent, à la
nature (prise) de Marie, selon les Livres
saints. Puis, contre la doctrine des
Phantasiastes, il établit que le corps de
notre Rédempteur était naturel et véri-
table7. On trouve ici l'excès de bonté
et le soin de cet Esprit « qui scrute tout,
même les profondeurs divines8 ». En
effet, il ne s'en est pas tenu à cette ex-
pression : « véritable », qui peut par-
fois [328] être entendue en un autre
sens, selon les Phantasiastes; mais il
ajoute expressément : « Il était vérita-
ble, parce qu'il était le même que le
nôtre » ; il n'était pas seulement appa-
rent, mais il existait dans la nature,
« puisque Marie est notre sœur ».

Le grand Basilius, qui parle comme
par l'Esprit lui-même et par la grâce
elle-même, oppose les passions natu-
relles, à celles qui ne sont qu'appa-
rence. Dans une homélie aux gens de
Sozopolis, il s'exprime ainsi9 : « De là,
il est évident que Notre-Seigneur a subi

1. La suite de phrase me paraît inintelligible sans une modification quelconque du texte. — 2.
Cf. Coloss., n, 3. — 3. Cf. Act. Ap., i, 7. — 4. Ps. xm, 1. — 5. U'-*>h. — 6. Ps. liv, 24.

7. 'Av6p(Ô7ttvov cpyuet... ocXy]0ivov 8è ifjv tô awjia. — 8. Cf. I Cor., îr, 10. — 9. Patr. Gr., XXXII, col.
972. "O0ev cpaîvsxat ô Kùpto; -rà uiv cpuaixà 7ia9y] uapaSeÇa[xevo; sic peëat'watv tt|ç àVrçQivYiç, xa\ où xarà
çavxacrtav Èvav9pco7tricrECi><;.

LIVRE IX. CHAP. XXXIV

277

proclamons pas que le corps de Notre-
Seigneur Jésus-Christ est « corrupti-
ble » dans l'un des sens qu'on vient de
dire. En effet, « il n'a point commis le
péché1 », et « son corps n'a point connu
la putréfation 2 ». Dans le premier (sens)
nous estimons 3 que le Verbe [avait ac-
cordé] à sa chair la résurrection dans
l'impassibilité, et l'[in]corruptibilité du
péché dès (sa) conception. Cette autre
(acception), qui signifie l'indissolubilité
complète, nous la reconnaissons dans la
résurrection. Mais ce n'est pas parce que
le corps a été préservé de la dissolution
par le Verbe, que nous ne le devons pas
dire auparavant corruptible, en ce sens
quele Verbe ne lui avait accordé ni d'être
impassible ni d'être immortel, dans la
manière qu'il apparut incorruptible après
la résurrection avec laquelle il reçut en
même temps l'impassibilité et l'immorta-
lité. Mais s'il lui avait accordé cela, com-
ment donc auraient pu exister les pas-
sions irrépréhensibles? comment aurait
eu lieu la mort de la croix? Les choses de
la foi disparaissaient pour nous. Car s'il
n'y a pas eu de mort, il n'y a pas non
plus de résurrection; si le Christ, n'est
pas ressuscité : vaine est notre prédica-
tion *, vaine est notre foi. Mais le Christ
est ressuscité des morts : il a été le com-
pagnon de ceux qui dorment. Le corps
était donc passible et mortel avant la ré-
surrection; il était capable de corrup-
tion, comme on peut le connaître [329]

les passions naturelles [pour montrer] la
réalitéetlanon-fictionde l'incarnation. »
Or, la « non-fiction » est diamétrale-
ment opposée à la « fiction ». On parle
de « passion naturelle », et on ne se
contente pas de la dire « réelle »; car
tout ce qui est naturel, doit être consi-
déré comme réel; mais tout ce qui est
réel n'est pas nécessairement naturel.

Saint Cyrillus confirme aussi le sens
de ce qui vient d'être dit, dans le Corn-
mentaire sur F Evangile de Jean5, au
livre VIIIe, lorsqu'il s'exprime ainsi6 :
« Il fallait, pour ces (deux motifs)
mêmes, qu'on vît que le Christ était,
non pas selon l'opinion ou l'apparence,
mais bien selon la nature, un homme
né de la femme et subissant tout ce qui
est humain, excepté seulement le péché.
Ainsi la crainte et la terreur sont chez
nous des passions naturelles, qui sont
loin d'être comptées parmi les péchés. »

Proclus7, qui (fut) avec le saint évê-
que de la ville de Constantinople8, se
rapproche de la même opinion. Dans
sa Lettre aux Arméniens, il s'exprime
ainsi9 : « Qu'ils choisissent de deux
choses l'une : ou rougir des passions et
nier la nature; et ils seront comptés
parmi les impies, puisque c'est là l'opi-
nion des Manichéens ; ou bien accep-
ter le bienfait10 de l'incarnation,en con-
fessant la nature, sans rougir des pas-
sions qui conviennent à la nature ».
Et qu'avons-nous besoin, nous vos

1. II Cor., v, 21. — 2. Act. Ap., xur, 35. — 3. ^.*ox*> (?), ^u<w>3 (?). Le texte paraît un peu al-
téré dans ce passage; nous en rétablissons le sens incontestable d'après le contexte. — 4. stoioP.
Cf. I Cor., xv, 14.

5. In cap. xn, 27.-6. Patr. Gr., t. LXXIV, col. 88. — 7. Lire : >»^o;9. — 8. Avec S. Jean
Chrysostôme. — 9. Patr. Gr., LXV, 864. — 10. tb xépôoç.

278

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

par ces choses, afin qu'on ne le supposât
pas une fiction ou une apparence1. En
effet, la passion naturelle est double :
l'une est le corruptible, l'autre le cons-
tituant; le corruptible subit la corrup-
tion ; le constituant maintient l'essence;
c'est ainsi qu'il est dit2 : « Ils se multi-
plieront encore dans une vieillesse abon-
dante et ils supporteront bien les pas-
sions.  » Nécessairement d'après cela,
l'être animé est constitué pour la pas-
sion corruptible, la mortalité du corps.
S'il n'en était pas ainsi, la mort ne pour-
rait avoir lieu ; ou plutôt, la mort n'est
que cela, étant la séparation de l'âme et
du corps, et comme la dissolution de
tout l'être 3 qui s'effondre (?). Dès lors,
l'apôtre divin, Paul, joignant* la mort à
la passion, dit5 : « A cause de la passion
de la mort » ; et le grand Synode des 318
(Pères), voulant faire profession de foi
de la mort, dit : « Il est descendu, s'est
incarné, s'est fait homme, a souffert, est
ressuscité le troisième jour. » Comme
si l'expression de la passion suffisait
pour indiquer la mort.   De   là, nous
croyons que les saints 6 Pères, la plu-
part du temps, joignent ensemble le
mortel et le corruptible lorsqu'ils consi-
dèrent la passion qui surtout peut pro-
duire la corruption.

« Cyrillus, dans le second Livre ap-
pelé Trésor, dit ceci7 : « Puisqu'il a pris
un corps mortel et corruptible et qu'il
s'est ainsi soumis à la passion ; néces-
sairement il a fait siennes, avec la chair,

sujets, de parler longuement à un sage
empereur, capable non seulement de
s'instruire, mais même d'enseigner?

Vous-même, instruit par Dieu, dans
l'éditque vous avez maintenant envoyé,
vous avez proclamé très bien et sage-
ment qu'autre chose est ceci : « par la
nature » et autre chose ceci : « par la
grâce ». A côté de l'expression « na-
ture », [329] vous avez placé « réelle-
ment8 », mais non pas à côté de l'expres-
sion « par la grâce » ; car l'idée « d'adop-
tion » vient aussitôt h l'esprit. C'est ainsi
que Grégoire le Théologien prouve9
que Dieu est « réellement » père, par
l'exemple du Christ qui a la nature du
Père, mais non pas par notre (exemple),
car nous sommes appelés (ses) fils seu-
lement par l'adoption et la grâce. » Il est
donc rigoureusement vrai que « réelle-
ment » ne peut s'employer que selon
la nature. Nous avons appris à dire que
les passions de Notre-Seigneur, notre
Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ,
sont « naturelles », en présupposant
nécessairement l'expression « volontai-
rement », car le Verbe permettait que
les passions naturelles et non répré-
hensibles fussent dans son très saint
corps.

Le témoin exact de ces choses, Am-
brosius, évêque de Milan, s'exprime
ainsi dans le Ve livre Sur la Foi10 : « La
chair a souffert; la divinité exempte de
la mort a permis que le corps souffrît
selon la loi de la nature ».

1. cpavxaiTÎa. — 2. Ps. xci, 15. — 3. |LaAa3 (?). — 4. Lire : &ûx>. — 5. Hebr., ir, 9. — 6. Oeôqsopoi.
- 7. Patr. Gr., LXXV, 396.

8. xuplwç. — 9. Patr. Gr., XXXVI, 80. — 10. Patr. Lat., XVI, 594 (in libr. II, c. 7).

LIVRE IX. CHAP. XXXIV

279

les passions de celle-ci. Quand celle ci
les subit, on dit que lui les subit. Car
nous disons qu'il a été crucifié et qu'il
est mort, bien que le Verbe n'ait pas
souffert en réalité1, ni proprement. »

«Semblablement, le grand Athanasius,
dans le IIP livre sur la Trinité, contre
les Ariens, s'exprime ainsi* : « Ce qui
est du corps ne pourrait être attribué à
l'incorporel, s'il n'avait pris un corps
corruptible et mortel. En effet, Marie,
de qui vient le corps, était mortelle.
Pour cela, il faut, lorsqu'il souffre,
qu'il pleure, qu'il se fatigue dans le
corps, que ces (actions) lui soient attri-
buées en même temps que le corps et
tout ce qui est le propre de la chair. »
On voit, par tout ce qui a été dit, la
synonymie de : incorruptible [330], im-
passible, et immortel; puisque passible
et mortel, implique nécessairement cor-
ruptible, on voit que la théorie des
Phantasiastes rejette la réalité naturelle
dans le sens du (mot) passion.

« Prosternés aux pieds de Votre pieuse
Sérénité, nous cherchons à ne rien dire
sans discrétion. Nous avons appris, et
de l'Écriture Sainte, et des Saints Pères,
à regarder le corps de Notre-Seigneur
comme passible et mortel avant la ré-
surrection ; mais comme impassible et
immortel après la résurrection. Corrup-
tion et incorruptibilité s'appliquent à
chacundestermes, et marquent en même
temps la séparation entre le temps de

Basilius, dans son homélie Sur l'action
de grâces*, suit ceux-ci et dit* : « De
sorte que Notre-Seigneur supporta la
faim, quand les aliments solides étaient
digérés; il supporta la soif, quand l'hu-
meur du corps était épuisée ; il était
fatigué, quand les muscles et les nerfs
étaient trop distendus par la route.
Certes, la divinité ne fut pas sujette
à la fatigue ; mais le corps a subi les ac-
cidents inhérents à la nature. De même,
il a subi les larmes5, permettant qu'un
accident naturel se produise dans la
chair ».

A l'exemple de Basilius, son frère
Gregorius, évêque de Nysse, s'exprime
ainsi dans la IV° homélie Sur les Béati-
tudes 6 : « Celui qui a participé à tout ce
qui est de notre nature, excepté le péché,
a eu aussi avec nous les mêmes [pas-
sions] \ Il n'a pas jugé que la faim fût un
péché, et ne s'est pas refusé à la subir;
mais il a supporté l'acuité du désir na-
turel de la nourriture8. Après être resté
quarante jours sans nourriture, ensuite
il eut faim; car il permettait, quand il
le voulait, à la nature d'accomplir son
office ».

A ceux-ci nous ajouterons encore,
attendu qu'il emploie l'expression même
de «passion volontaire » et «naturelle »,
le bienheureux Athanasius, qui, dans le
Traité qu'il écrivit en faveur de la Foi,
contre Apollinarius, dit ceci9 : « Telle
fut (sa) mort : le corps la subissait na-

1. oùx l5ia xat xaô' la\>TÔv. — 2. Patr. Gr., XXVI, 440.

3. Uep\ £ÙxaPtffXia?. —4. Patr. Gr., XXXI, col. 228. — 5. Lire : |kvx>*, gr. : tô Sâxpvov. — 6. Patr.
Gr., t.XLIV,1236.— 1. xat crujxjxsTaaxwv y||jùv twv aù-rwv 7ta6Yi(JiaTwv. — 8. tt|V ôpsxTtxYjv 6p(ay|v xîjç qpùasws
ty)v è7» Tîj Tpocpî) yivo[JtivY)v. — 9. Pair, Gr., XXVI, 1104.

280

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

turellement ; le Verbe l'acceptait volon-
tairement et livrait spontanément* le
corps à la mort, pour qu'il souffrît natu-
rellement pour nous, et ressuscitât divi-
nement ».

Nous vous avons présenté ces (témoi-
gnages), en en  laissant beaucoup de
côté, ô très [330] fidèle (empereur!),
afin que jamais la doctrine des Phanta-
siastes ne puisse se développer et (in-
troduire) sous le nom d incorruptibilité,
la fiction des passions. En effet, si nous
reconnaissons comme absolument saint,
auteur de la vie5, et incorruptible en ce
sens qu'il n'a pas péché, dès le sein (de
la Vierge), le corps uni hypostatique-
ment au Verbe par le moyen d'une âme
raisonnable et intelligente ; cependant,
nous le savons aussi passible et mortel
de sa nature. Car le motif pour lequel
la chair a été prise fut que, dans une
chair capable de souffrir, le Verbe im-
passible,supportât notre condition,payât
pour nous la dette de la  mort, nous
fît exempts de dette, afin que, grâce à sa
chair, nous arrivions à 1 incorruptibilité.
Jean de Constantinople confirme également ce qui a été dit, lorsqu'il s'exprime
ainsi dans le Commentaire sur VEpîtreaux Romains* : « Le Christ n'avait point une
chair pécheresse, mais qui ressemblait à notre chair pécheresse, sans péché; la même
que la nôtre par la nature. De sorte que par là, il est évident que la nature de la chair
n'est pas mauvaise : carie Christ n'en a pas pris une autre que cette première,.il n'a
point changé la substance de celle ci pour la préparer à combattre7 de nouveau8,
mais il l'a laissée subsister dans sa (propre) nature et lui a obtenu de ceindre la cou-
ronne contre le péché, et, après la victoire, l'a ressuscitée et l'a rendue immortelle ».

Suivant les traces des saints Pères, nous avons rappelé ces choses à Votre9 Piété.
D'un commun accord, pour ainsi dire, tous déclarent (le Christ) passible et mortel

la passion et celui de la résurrection.
C'est ainsi que Paul l'emploie en par-
lant de la passion et de la mort1 : « Il
l'a ressuscité des morts, et il ne retour-
nera pas à la corruption. » En vue de la
résurrection, sa chair n'a pas subi la
corruption. Pareillement, Paul compare
les termes de passion et d'impassibilité
lorsqu'il dit* : « Si nous avons connu le
Christ selon la chair, maintenant nous
ne le connaissons plus. » Et JeandeCons-
tantinople dans la xne homélie du Com-
mentaire sur la IIe Epitre aux Corin-
thiens, explique* : « selon la chair »,
c'est-à-dire subissant les passions natu-
relles. Et comment cela ?En ce qu'il eut
faim, en ce qu'il eut soif, en ce qu'il se
fatigua, en ce qu'il dormit. Et « non
selon la chair », c'est-à-dire qu'il est
désormais délivré de ces passions; mais
non pas qu'il est séparé de la chair, car
il viendra avec elle, désormais impas-
sible et immortelle, juger l'Univers. » —
Fin.

1. Act. Ap., xtir, 37. — 2. II Cor., v, 16. — 3. Patr. Gr., LXI, 475.

4. ê£ou<Tta<mxwç. — 5. Sic ms. Probablement à corriger : Javse, « supérieur aux passions ». —

6. Patr. Gr., LX, 515. — 7. Lire : v*&»3k>, — 8. oûtwç ocÙttjv àva[xax^(7a(7t3» 7tapE<7xsva<js. — 9. Lire :

LIVRE IX. CHAP. XXXIV

281

avant la résurrection, impassible et immortel après la résurrection. En même temps,
ils désignent la passion et la mort par le mot corruption; l'immortalité et l'impassi-
bilité par le mot incorruptibilité. Nous pensons qu'en apportant leurs témoignages,
nous fatiguerions l'attention de Votre Piété; mais en vous présentant ces Pères les
plus illustres1, pour toute pétition, prosternés en larmes aux pieds de Votre Piété,
nous vous demandons des choses honorables devant Dieu : que vous sévissiez contre
ceux qui suscitent des difficultés étranges et inaccoutumées à l'Église de Dieu ;
que vous empêchiez les discussions de paroles vaines, qui ne sont utiles à rien et sont
prononcées pour la subversion de ceux qui les entendent2; de sorte que, dans un
cœur parfait, la foi admirable, que jusqu'à présent vous avez gardée en paix, soit
votre glorification, et que vous puissiez dire avec Ézéchias à Notre-Seigneur, en toute
liberté8 : « Souviens-toi, Seigneur, que j'ai marché devant toi dans la vérité et la foi,
et que j'ai fait le bien enta présence, avec un cœur parfait ». Le chef des Pasteurs vous
donnera, à cause de son troupeau, la couronne des amis, dans la justice, après vous
avoir auparavant mesuré le temps de la vie selon la justice. Et toute l'assemblée des
pasteurs dit : Amen, et Amen! ô empereur, pardessus tout chrétien et pieux!

Quelques-uns disent que quand l'empereur reçut cette relation4, [331] il fut trans-
porté de colèreB contre les évêques, et voulut les chasser tous en exil ; d'autres disent
qu'il fut touché de repentir, se détourna des deux hérésies6, et fut affermi dans l'or-
thodoxie. Mais sa fin approcha, et, par la permission de Dieu, il mourut après avoir
régné 38 ans.

A l'époque de la mort de Justinianus, un homme pieux et digne de foi eut la vision
que voici : Il y avait une grande plaine et au milieu une fournaise de feu dont les
flammes s'élevaient jusqu'au ciel. Saisi de crainte, il interrogea, et on lui répondit :
« Elle a été allumée pour que Justianus y soit jeté, parce qu'il a introduit la « cor-
ruption » dans la foi, par son ignorance; mais il y a échappé à cause de son abon-
dante miséricorde pour les pauvres, et à cause des églises qu'il a bâties. »

Fin du Livre neuvième, qui renferme l'espace de 108 ans, pendant lesquels
six empereurs ont régné sur les Romains, et cinq rois sur les Perses. — Cette
année est l'an 6013 depuis Adam, l'an 567 depuis Notre-Seigneur et, selon les
années des Grecs, (l'an) 811.

1. Ceux qu'on vient de citer. — 2. Cf. II Tim„ rr, 14. — 3. IV Reg., xx, 3. —
5. Lire : l&&a**=>. — 6. Des phantasiastes et des diophysites.

II.

4. àvaçopâ. —

36

LIVRE X

J'appelle a mon aide Notre-Seigneur Jésus, Dieu, qui a voulu être dé-
signé dans la chair par la lettre J, qui est la dixième en nomrre1, en
commençant   ce   dixième   livre,   qui   part   de   l'an   568   de   la   naissance de

notre Sauveur de la Vierge Marie, (qui est) l'an 6073 depuis Adam, et, se-
lon le comput appelé des grecs, l'AN 878.

CHAPITRE PREMIER. — [Du commencement du règne de Justinus II.]

En l'an 878 des Grecs, Justinianus, étant mort, le fils, de sa sœur, qui s'appelait
aussi Justinus* commença à régner. — Il commença à régner avec Sophia, sa
femme, au mois de tesrîn (octobre). — Il n'y eut plus aucune vexation dans
l'empire des Romains, et les malfaisants disparurent grâce à sa fermeté. Il était
Thrace d'origine. Il était podagre.

A cette époque le roi des Perses était Kosrau. Au commencement3, ils jouis-
saient d'une paix véritable. Pour ce motif, en la 2° année de Justinus, selon
l'usage des rois de s'envoyer * mutuellement des présents lorsqu'ils commencent
à régner, le patrice Jean de Callinicefut envoyé porter des présents d'honneur
au roi des Perses3, et faire la paix et Punion des Eglises.

Après [332] cela, les Perses se mirent de nouveau à opprimer le peuple des
Arméniens, afin qu'ils adorassent le feu, comme les Mages; car les Arméniens
étaient soumis aux Perses à cette époque. Pour ce motif, les Arméniens se
révoltèrent contre contre les Perses et cherchèrent du secours près des Ro-
mains6. Les Romains aidèrent les Arméniens, et les Perses furent vaincus.

Kosrau manda à Justinus de lui restituer 1 les Arméniens, disant : « Il n'est
pas bien que tu donnes la main au peuple qui s'est révolté contre son roi. Et si
tu ne me rends pas ce peuple, rends-moi le pays tributaire. » — Justinus
répondit : «Je ne livrerai pas entre tes mains un peuple chrétien qui a aban-
donné le culte des démons et m'a demandé protection. » — Kosrau revint à la
charge et écrivit une seconde fois à Justinus, en disant : « Si tu ne donnes pas

1. Selon le système de numération des Syriens. Eu d'autres termes : « En commençant le
Xe livre, j'invoque Jésus dont le nom commence par la 10° lettre de l'alphabet. » — 2. Cf. ci-dessus,
p. 169, n. 1. Par suite de cette confusion entre les noms de Justin et Justinien, Justin II est appelé
parles écrivains syriens Justin ou Justinien III. — 3 : — 4. Lire : vp»»*»». — 5. Cf. Hist. du

Bas-Empire, 1. L, § vr. — 6. Cf. lbid.,§ xxxv; Joh. Ephes., III, n, 18 sqq. ; vi passim. — 7. Lire :

LIVRE X. CHAP. I

283

le peuple et si tu ne nous rends pas le pays, donne l'or que vos rois donnaient
en tribut pour l'Arménie1, et que la paix soit maintenue entre nous. » — Justi-
nus répondit encore de dures paroles, en disant : « Je vous réclame même le
tribut que vous avez reçu autrefois. C'est à celui qui demande la paix de don-
ner le tribut; et puisque vous nous demandez la contrée du Nord2, de notre côté
nous vous demandons Nisibe; car elle appartenait aux Romains, et elle a été
donnée aux Perses sous condition, comme il est écrit dans les archives. » — Ce
récit du milieu3 est fini.

En la lre année de Justinianus (Jus-
tin II), qui est l'an 878, au mois de ta-
mouz (juillet), on vit une grande lumière
dans la région du Nord. Elle était placée
au sommet des airs, comme une flamme
terrible. — La même année, une sorte
'de lance de feu, parut dans le ciel pen-
dant longtemps.

L'empereur fit venir de Smyrne une
grande machine de bois solides, sur la-
quelle quelques hommes portant du feu
volaient, montaient et descendaient avec
adresse : c'est ce qu'on appelle un
xaTa§po;j.cç. Des multitudes de gens se
préparaient à ce spectacle diabolique :
Mais pendant la nuit le feu embrasa le
ciel dans la région du nord et de l'est.
Par crainte, cet amusement fut supprimé
ce jour-là et le lendemain. Le jour sui-
vant les foules s'assemblèrent de nou-
veau et plusieurs moururent pendant
ce spectacle de morts lamentables et
très cruelles. [332] En effet, les cor-
des s'étant rompues sous le poids de
grosses pierres, ils tombèrent en bas et
leur cervelle se répandit sur leurs osse-
ments.

Quand Justinus commença à régner, il
voulut faire la paix dans les Eglises. Il
s'en préoccupait beaucoup dès le temps
de son oncle *.

C'est pourquoi, quand le pape Theodo-
sius se disposa à venir le trouver, il or-
donna qu'il entrât avec les honneurs dus
au patriarche. Lorsqu'il vint, l'empereur
le reçut avec joie5. Il lui promit de faire
la paix, et le renvoya à son siège. Mais
saint Theodosius mourut la même année.

L'empereur, ayant appris sa mort, or-
donna qu'il fût enseveli avec pompe ;
et le moine Athanasius, de la famille im-
périale, prononça à sa sépulture une ho-
mélie dans laquelle il anathématisa ou-
vertement le synode de Chalcédoine.

L'empereur ayant entendu parler des
évêques qui étaient retenus à Antioche
les fit relâcher en paix.

Ayant appris que Theodosius avait
été accueilli honorablement par l'empe-
reur et que celui-ci avait promis la paix
et l'union, plusieurs archimandrites et
des hommes notables se réunirent dans
la ville impériale. De son côté, [332]
l'empereur rassembla les évêques qui se

1. Sic BH ; ms. : « pour les Arméniens ». — 2. J-^k^* l»t| (BH). — 3. C'est-à-dire : Écrit dans
la colonne du milieu.

4. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L, § m. — 5. M*»-.

284

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Le même feu apparut de nouveau dans
le ciel aux mois d'éloul et de tesrî (sept.-
oct.) ; il semblait encore plus terrible-
ment embrasé. — Le 5 de tesrî ier (oct.),
il y eut un tremblement de terre qui
secoua la terre comme des arbres. Il en
fut encore de même quelques jours plus
tard.

Encore au mois de tesrîn, des char-
bons embrasés, comme par un incendie
des airs, tombèrent du ciel; ils ressem-
blaient à des débris de roseaux qui
brûlent où à du papier embrasé. Ils
étaient longs d'environ trois doigts ; de
sorte qu'on en recueillit pour remplir
des corbeilles 1 qu'on conserva dans les
maisons. Beaucoup de gens se conver-
tirent de leur malice à cause de ce pro-
dige.

L'empereur, qui se rendait2 aux
Thermes *, quitta la ville à cause du
tremblement de terre et entra dans
l'église de la Mère de Dieu appelée des
[B]lachernes 4 ; on fit des rogations dans
toutes les églises ; même les enfants,
les écoles les femmes libres : tous
pleuraient amèrement et priaient avec
ferveur. Quand la procession arriva à
cette grande église, à l'aurore du ven-
dredi, on aperçut tout à coup à la neu-
vième heure, une grande croix dans le
ciel, sous l'aspect d'un nuage lumineux
dans lequel se trouvait un feu très bril-
lant. Alors, l'empereur, le patriarche
et tous les assistants se mirent à crier :
Kyrie eleison \ Et tout le peuple fut

trouvaient à Constantinople ; il ordonna
aux deux partis de rechercher la vérité
et leur demanda de s'unir. Ils s'assem-
blèrent pendant toute une année dans le
palais patriarcal, parlant et écoutant;
mais à cause des péchés, l'Eglise ne fut
pas pacifiée.

Les fidèles, c'est-à-dire le parti des
Orthodoxes, présentèrent de nouveau
une supplique à l'empereur en vue de la
paix. Il répondit : « Nous sommes sur le
point d'envoyer en Orient le patrice 8, et
nous lui avons donné7 des instructions en
vue de la paix de l'Eglise. Donc, allez-
vous en tous en paix, et quand il descen-
dra en Orient, assemblez-vous tous au-
près de lui ». Ayant entendu ces paroles,
tous gagnèrent l'Orient, avant l'ambas-
sadeur, attendant la venue de cet envoyé.

L'évêque Jacques8 se trouvait aussi
dans la ville impériale avec les moines
qui y étaient réunis. — Or, Jacques alla
trouver en secret l'impératrice, et lui
persuada qu'il désirait ardemment la
paix des Eglises. L'impératrice Sophia
accueillit le vénérable avec honneur.
Elle appela Jean, et, en présence du vé-
nérable, lui ordonna de s'appliquer à
pacifier l'Eglise. Elle demanda à Jacques
de se présenter à l'empereur et d'écouter
sa parole; mais le vénérable s'y refusa.

L'empereur voulut envoyer Jean
d'Asie avec Jean le patrice; mais, comme
il était occupé à baptiser les païens, il
n'y alla point.

Il y eut à cette  époque un autre

1. aTruptôs;. — 2. Ms. : « qui se rendaient » (l'empereur et la cour?). — 3. Cf. Joh. Eph., III, i, 26.

— 4. Restituer : p^ai, BXayepvwv. Voir la description de Niceph. Caix., H. E., XV, xxv, xxvr.

— 5. Ms.  : kourilos.

6. Jean de Callinice ; cf. ci-après, ch. n. —7. ,j*,ûâ*>. — 8. Jacques Baradée.

LIVRE X. CHAP. II

285

dans une grande angoisse jusqu'à ce
qu'elle eût disparu. — Le [333] lende-
main, le patriarche se rendit près de
l'empereur et lui dit : « De même que
la croix est apparue dans le ciel à Cons-
tantin, de même elle s'est montrée à
toi. Il faut donc que tu fasses venir la
parcelle du bois de la crucifixion qui
est à Apamée de Syrie. » — Sur l'heure,
l'empereur écrivit, et envoya un de ses
généraux, qui se rendit à Apamée. Avec
beaucoup de violence, malgré celui chez
qui elle était cachée, et malgré l'évêque
de l'endroit, il s'en empara de force, et
l'amena à Antioche. Là, on la scia dans
sa longueur. La moitié fut mise sous
scellé et resta à Antioche pour être
renvoyée à Apamée, et l'autre moitié
fut envoyée à la ville impériale1. L'em-
pereur et toute la ville sortirent pour la
recevoir avec honneur le 10 de ka-
noun ier (déc.). Pendant dix jours on
l'exposa dans les églises à la vénéra-
tion des peuples. L'empereur lui fit
faire un reliquaire d'or qu'il orna de
pierreries de toute sorte. Il fut rangé
dans la grande église de la ville. — Fin.

schisme. Paulus, qui demeurait près du
pape Theodosius, reçut [333] l'ordination
de Jacques et d'Eugène, pour le siège
d'Antioche; ensuite il désira celui d'A-
lexandrie. Mais les Alexandrins deman-
daient Athanasius, fils de la fille de l'im-
pératrice Theodora. Paulus écrivit aux
Alexandrins des reproches contre
Athanasius. Athanasius en ayant eu con-
naissance se mit à examiner la conduite
de Paulus; ensuite les Alexandrins ré-
digèrent un acte2 d'accusations très
odieuses, contre Paulus ; et ils les affir-
maient en disant qu'il était leur conci-
toyen. Athanasius les montra lui-même
à l'empereur. Paulus chercha à corrom-
pre les Alexandrins par de grands pré-
sents, à l'aide des richesses de Theodo-
sius dont il avait hérité. Voyant qu'il
n'avançait à rien, il descendit près de
Héret, fils de Gabala; et celui-ci or-
donna que son nom fût proclamé dans
les églises des Auxpivojjiivot, c'est-à-dire
des Orthodoxes. — Or, les Alexandrins
étaient scandalisés non seulement à
cause de Paulus, mais aussi à cause du
vénérable Mar Jacques qui l'avait or-
donné sans le consentement de toutes
les provincess.

CHAPITRE [II], qui expose ce qui eut lieu lors de la descente du patrice Jean

dans la contrée orientale.

Lorsque le patrice Jean fut envoyé
par l'empereur Justinus près de Kosrau,
il reçut l'ordre de procurer la paix des
Eglises.

Les évêques, ayant pris connaissance
de Vèdit, rédigèrent une pétition ainsi
conçue : « Nous avons confiance, car
nous sommes tous assurés que Votre

1. Cf. Cedren., ad ann. 5 Justini.

2. irpo&iç. — 3. Cf. Joh. Ephes., III, n, 3 ; Ps.-Den. ad ann. 889 (B. O., II, 69).

286

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Il pavint à Callinice, et là, une foule
de persécutés se réunit. Il leur annonça
que l'empereur était disposé à (leur)
procurer la paix; et de leur côté, ils lui
firent connaître avec des pleurs et des
gémissement lamentables, la persécu-
tion et les angoisses qu'ils avaient su-
bies de la part des Synodites.

L'évêque Jacques vint aussi en ce lieu.
Le patrice dit à Jacques : « Quand nous
reviendrons de chez les Perses, une as-
semblée aura lieu dans la ville de Dara ».
Alors Jacques prit soin de faire assem-
bler les évêques, les archimandrites et
les moines ; et quand Jean revint, Jacques
et ceux qui Paccompagnaient allèrent à
sa rencontre à Dara. Tandis qu'ils par-
laient de la paix, arrivèrent de nouveau
des lettres de l'empereur qui pressaient
Jean de faire la paix des Eglises, de
l'achever par tous les moyens possi-
bles, et de remonter ensuite. II exhorta
donc Jacques et ceux qui l'accompa-
gnaient à le précéder à Callinice, tandis
qu'il terminerait les affaires de l'empe-
reur.

Sur l'ordre de l'empereur, Eugène,
évêque de Cilicie, et Aboui, prêtre et
moine, furent aussi envoyés de la ville
impériale. La nouvelle de la paix se ré-
pandit en tous lieux : des gens de toutes
les classes s'assemblèrent à Callinice.

C'était en vue de la paix [334] qu'ils
étaient assemblés; mais une autre ques-
tion fut agitée parmi eux. Quelques-uns
étaient opposés à Eugène et exigeaient
qu'il anathématisàt quiconque emploie
l'expression de « substances1 ». Celui-ci

Altesse, o âmidu Christ Notre-Seigneur !
poursuivant le bien de la religion, place
la sollicitude suprême de l'union des
Eglises et les choses spirituelles avant
toutes les autres affaires; nous avons
aussi bon espoir que Dieu vous secon-
dera, et dirigera cette affaire glorieuse.
Nous vous prions, puisque les questions
agitées concernent la foi, de laquelle
dépend le salut de toutes les âmes,
d'accueillir* nos paroles avec longani-
mité et mansuétude; car toute chose
doit être examinée3, et celle-ci avant
tout.

« Nous vous faisons savoir que ledit
rédigé par Votre Altesse est parfait en
y ajoutant deux mots. Nous voulons
dire : « de deux natures ou hypostases
a été constituée une seule nature ou
hypostase de Dieu le Verbe incarnée » ;
et là où on dit : « et non pas deux fils,
ni deux personnes, ni deux hypostases »,
qu'on ajoute : « ni deux natures ». —
Et puisqu'on confirme dans l'édit les
XII Chapitres de Cyrillus, (il faut) qu'on
anathématisé à la fin de l'édit ceux qui
pensent des choses contraires à celles
qu'il renferme, ainsi que les personnes
qui sont anathématisées par les deux
[334] partis.

« Il est évident qu'en replaçant saint
Severus dans les diptyques, l'ordon-
nance4 portée contre lui, contre Anthi-
mus, contre Petrus et contre Ze'ôra,
se trouve annulée, en tant que portée
illégalement.

« S'il est difficile d'ajouter ces deux
mots à l'édit, nous accepterons Vffeno-

1. oàffta;.

2. Lire : và^ai>L?. — 3. Cf. I Thess., v, 21. — 4. St&ragiç.

LIVRE X. CHAP. II

287

répondît : « Ce n'est pas le moment ».
Mais ils ne cessaient point. Ce qu'ils
agitaient depuis longtemps en secret se
produisit alors au grand jour, et devint
une cause de dissentiment pour les fidè-
les. Il y eut deux partis. D'un côté : Co-
non, Eugène, Theonas, évêques; Atha-
nasius, Aboui et Phocas, moines; de
l'autre : Jacques, Theodorus d'Arabie,
Paulus, Jean d'Asie, Stephanus, Lon-
ginus, Elisée et Ptolomaeus1. Il y eut
donc un schisme parmi les fidèles. Ils
se vilipendaient les uns les autres. Les
partisans de Jacques accusaient ceux de
Conon de polythéisme; et les partisans
de Conon appelaient ceux de Jacques
« sabelliens ».

Quand le patrice Jean arriva, il réunit
Pallad[ius], archimandrite de Mar Bas-
sus], Antiochius d'Arabie, Jean de Qàrta-
mîn, et d'autres hommes et clercs célè-
bres. II leur dit affableme.nt : « Notre
empereur ami de la paix, veut que nous
fassions la paix dans les Eglisesa ; je suis
persuadé que vous y mettrez vous-mêmes
de la bonne volonté. Nous savons par
les histoires écrites que non seulement
les Pères se sont écartés en plusieurs
choses de la rigueur d'une exactitude3
absolue et ont avisé à de semblables
moyens de faire la paix pour l'utilité du
grand nombre; mais les Apôtres eux-
mêmes, comme l'attestent les Livres
saints. Paul voulant instruire Timothée
commença par le perfectionner dans la
pratique du judaïsme, c'est-à-dire la
circoncision4;  ensuite il   l'amena au

ticon de Zenon, puisqu'on y trouve :
« que ceux qui [feront] une autre défi-
nition, ou doctrine, ou symbole de la
foi, en quelque synode, lieu, temps ou
manière que ce soit, en dehors de la
définition des 318 Pères, sont anathé-
matisés, avec les personnes qui sont
anathématisées par les deux partis 3. —
Ici encore, quand Severus sera replacé
dans les diptyques, quand l'ordonnance
précitée aura été rapportée en tant
qu'injuste et illégale, quand l'union sera
rétablie, les vénérables (évêques) morts
dans la persécution devront tous être
rétablis dans les diptyques. Et si Anas-
tasius] accepte l'union, il occupera6 son
siège; sinon un autre l'occupera8. »

Quand cet écrit fut donné, du con-
sentement de toute l'assemblée réunie
dans le couvent de Mar Zakai, pour être
envoyé au patrice Jean, beaucoup de
moines vociféraient, disant : « Montrez-
nous ce que vous avez écrit ; car si c'est
orthodoxe nous l'acceptons, sinon,
nous ne l'acceptons pas ». Alors, sur
l'ordre des évêques, on commença à lire
l'écrit. Aussitôt les moines excitèrent
du tumulte. Un moine appelé Cosmas,
et surnommé Bar-Hraniata, du monas-
tère de Mar Cyrus de Callinice, osa
déchirer le libelle' au milieu de l'assem-
blée, et il y eut une confusion générale
dans cette affaire. Quand le patrice
apprit ce qui s'était passé, il bouillonna
de colère, et passa aussitôt de l'autre
côté de l'Euphrate, sans goûter la nour-
riture qui lui avait été préparée.

1. Ms. : Pâtôlâmos. —2. Lire : ItV*3. — 3. àxpigsca — 4. Act. Apost., xvr, 3.
5. Uhenoticon anathéniatise nommément (outre ceux qui feront une nouvelle définition) Nesto-
rius et Eutychès. Cf. ci-dessus, p. 152. —6. Lire : oCm. — 7. x^P^î.

288

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Nouveau-Testament. Il fit cela parce que
le judaïsme se maintenait encore et que
le christianisme n'avait pas atteint son
développement. Mais plus tard, quand
il vit que le christianisme s'était dilaté,
et que la circoncision était abolie, il dé-
clara que Titus, qui était un païen,n'avait
pas besoin d'être circoncis1. Et quand il
vit que la Prédication du Christ avait pris
une grande extension, il écrivit aux Ga-
lates* : «Voici que moi, Paul, je vousdis :
Il ne vous sert de rien pour le Chrit d'ê
tre circoncis. » Celui qui autrefois avait
circoncis Timothée par crainte, prêchait
ensuite aux hommes que la circoncision
était inutile. De même, saint Cyrillus
accepta Jean [336] d'Antioche qui par-
tageait3 l'opinion de Nestorius, unique-
ment parce que Jean confessa Marie
« Mère de Dieu », et il lui envoya une
lettre de concorde et de communion4.
Il fit cela non pas en maintenant une
exacte rigueur, mais en usant de con-
descendance, pour l'utilité d'un grand
nombre. Il n'est pas possible, tandis
que vous êtes hors de vos sièges, que
tout ce que vous désirez se fasse dans
les Eglises. Mais dès que Notre-Seigneur
en donnera la possibilité à notre empe-
reur victorieux, il ordonnera que cela
s'accomplisse. Tous, vous êtes acceptés,
vous devenez ses familiers ; avec le temps
le reste sera redressé; car je sais quelle
est la volonté de l'empereur, et qu'il n'y
a pas d'autre moyen plus efficace de
faire la paix dans les Eglises, que celui
qui lui convient. Je vous conseille d'ac-
cepter, de peur qu'en persévérant dans

Or, cette affaire avait eu lieu par l'o-
pération du démon. Plusieurs furent af-
fligés de ce que les Églises n'étaient
point unies; et aussitôt, les notables
passèrent trouver Jean et le prièrent de
recevoir les évêques qui rédigeraient
un autre libelle à la place de celui qui
avait été déchiré. Il y consentit, et
Jacques, Theodorus, Eugène, Aboui,
Phocas et les autres se rendirent près
de lui. Ils le supplièrent en disant :
« Que la paix de l'Eglise ne soit pas
anéantie à cause de la dispute de quel-
ques ignorants ennemis de la paix ! »
Ils calmèrent son ressentiment [3315] et
firent un écrit semblable à celui qui
avait été déchiré.

Quand Jacques et ceux qui l'accompa-
gnaient revinrent vers les moines, ceux-
ci, ayant appris qu'ils avaient fait et donné
à Jean un écrit, s'insurgèrent en disant:
« Si tu n'annules pas cet écrit par l'ana-
thème, si tu ne jures pas sur ta tête que
tu ne l'acceptes pas, nous t'anathémati-
sons tous, et nous n'accepterons jamais
que tu sois notre évêque». En voyant
cela, il anathématisa aussitôt par écrit le
libelle.

Quand le patrice Jean l'apprit, il re-
tourna en grande colère près de l'empe-
reur et lui fit savoir ce qui s'était passé.
Celui-ci cessa de s'occuper de la paix et
se remit à persécuter les fidèles.

Les persécutés s'assemblèrent, firent
une prière, maudirent le patrice Jean,
et un jour où il se tenait devant l'empe-
reur, un démon s'empara de lui; il
tomba, et se mit à bêler comme une

1. Gai., ir, 3. — 2. Gai., v, 2. — 3. Lire : looi r\. — 4. Cf. ci-dessus, p. 110-112.

LIVRE X. CHAP. II

289

une trop grande rigueur vous n'em-
pêchiez ainsi la paix des Eglises, et
que vous ne vous en repentiez ensuite ;
que vous n'en veniez aux extrémités, et
que vous ne désiriez plus tard ce que
nous vous proposons maintenant d'ac-
cepter, alors qu'on ne vous l'accordera
plus ». — Quand il eut ainsi parlé lon-
guement aux archimandrites et au peu-
ple, on lui demanda de faire connaître
ce que l'empereur avait prescrit comme
moyen, et il leur envoya ledit de l'em-
pereur, par Zacharias, l'archidiacre,
médecin en chef1.

Edictum : « Nous n'admettons qu'une
seule définition de foi : celle qui fut
établie par les 318 Pères, et qu'ont con-
firmée les Pères réunis à Constantinople
et à Ephèse. Nous ne connaissons pas
d'autre définition que (celle-ci) : Nous
croyons en un seul Dieu, le Père... Et
le reste de la définition. — Nous admet-
tons les deux naissances de Dieu le
Verbe : sa naissance du Père, avant les
mondes, et sa naissance à la fin (des
temps) de la vierge Marie. Nous confes-
sons que Dieu le Verbe est véritablement
le Fils unique, demeuré immuable dans
sa divinité, qui a souffert dans la chair,
et a fait des miracles divinement. Ce ne
sont point deux : le Christ n'est pas
autre, et Dieu autre, mais un seul et
même (composé) de deux natures divine
et humaine : hypostase unique et per-
sonne unique, et non pas deux hyposta-
ses, ni deux personnes, ni deux fils, mais
une seule hypostase de Dieu le Verbe
[336] incarnée. — Nous anathématisons

chèvre, et mourut. La crainte s'empara
de tout le monde.

L'empereur, ayant appris que l'affaire
avait été troublée par l'hostilité des
moines, s'occupa de nouveau de la paix
et écrivit une lettre ainsi conçue :

« Ordre de Notre Majesté : à Jacques
et à Theodorus, de venir ici pour l'af-
faire de l'Eglise.

« Toi, Sergona, commandant en chef2
de Dara, conseille-leur, autant que tu
le pourras, de faire cela; car nous vou-
lons, Dieu en est témoin, qu'il n'y ait
qu'une Eglise. C'est pourquoi, n'ap-
porte aucune négligence à cette affaire,
pour le salut des âmes. Nous ne serons
point le persécuteur des Atcaptvo[jiivot, et
nous voulons que rien de semblable
n'ait lieu de nos jours, mais nous vou-
lons établir la concorde.

« A cause de nos péchés quelques
hommes méchants se trouvèrent prêts à
s'interposer et empêchèrent la paix.

« A propos de Paulus le bègue, ap-
prends ses œuvres perverses : Dès qu'il
eut pris les biens de feu le pape Theo-
dosius, il s'en alla à Alexandrie et
se proclama évêque, mais il ne fut pas
accepté ; il revint à Antioche, et ne fut
pas accepté. Et qui accepterait ce dé-
mon? Car, si tout ce qu'on dit de lui est
vrai, il est l'Antéchrist que le Seigneur
doit bientôt faire disparaître. — Nous
défendons que son nom soit nommé dans
les Églises, et nous enjoignons à chacun
d'effacer son nom des diptyques.

« Nous avons maintenant emprisonné
Stephanus et Longinus, qui sont les apo-

1. àpx'aTpoç. Il est qualifié ailleurs de « sophiste ». Cf. Joh. Ephes., III, i, 19 ; vi, 12, 26.

2. crrpaTY)}.aTY)ç.

II. 37

290

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

crisiaires1 de Paulus; parce qu'ils l'ont
empêché de venir et qu'il n'est pas venu.
A cause de cela, nous nous sommes em-
paré d'eux. De peur que, selon leur cou-
tume, [336] les partisans de Paulus ne
disent qu'ils ont été saisis à cause de la
foi, il était nécessaire de vous faire savoir
que Notre-Seigneur et notre Dieu ne nous
permet pas de saisir ou d'emprisonner
quelqu'un à cause de la foi. Prends donc
soin d'engager Jacques et Theodorus à
monter près de nous. Nous écrivons à
Stephanus de leur donner les frais (du
voyage)».

Ensuite, Sergouna envoya diligem-
ment un exemplaire de la lettre en tous
lieux. Tout le monde fut dans la joie. Theodorus monta, et fut reçu en grand hon-
neur. Jacques suivit le conseil des moines; il ne monta pas. L'empereur fut fort
irrité* et se laissa aller à la colère.

CHAPITRE [III]. — De la dispute qui s'éleva parmi les évêques Sévériens ; et de
la confusion qui survint à propos du Carême.

En l'année 881, qui est l'année 4 de Justinus, dernière d'une période de 19 ans
de la Chronique d'Eusèbe, selon le comput de 532 ans3, il y eut de la confusion
à propos du Jeûne. On écrivit d'Orient à ce sujet à Jean, patriarche de Con-
stantinople. D'après le comput que nous avons cité, on avait fixé soigneusement

1. Littér. : « qui font les réponses », àTtéxpursiç. — 2. Lire : ûsa-LI.

3. Le cycle de 532 ans (— 19 X 28), dont il est ici question, est'généralement appelé cycle pascal,
dans le comput ecclésiastique, parce qu'au bout de ce temps la fête de Pâques revient exactement
dans le même ordre de dates. La période de 19 ans {cycle lunaire ou nombre d'or) est celle après
laquelle la lune est supposée revenir au même point; la période de 28 ans (cycle solaire [ainsi ap-
pelé du dimanche : dies solis] ou des lettres dominicales), est celle après laquelle les lettres do-
minicales reviennent les mêmes et dans le même ordre. Le plus petit commun multiple de ces deux
nombres donne le cycle de 532 ans. Son point de départ varie avec les différentes chronologies, qui
le font commencer, les unes à la création du monde, les autres à la naissance de J.-C., ou en l'an
30, de manière que le premier cycle finit en l'an 562 ; Denys le Petit, dont le comput fut adopté dans
les Églises occidentales, le fait partir de l'an 1 avant J.-C, de sorte que l'an 532 de notre ère cor-

toutes les hérésies, principalement :
Arius, Eunomius, Macedonius, Nesto-
rius qui fut déposé et anathénuitisé par
les Pères. Nous anathématisons pareil-
lement Celestinus et Cyrillus, et Theo-
dorus, et la lettre d'Ibas, ainsi que les
écrits de Theodoretus, et tous ceux qui
pensent comme eux et imitent leur im-
piété. Nous recevons le bienheureux
Severus, patriarche; nous abolissons
l'anathème porté contre lui iniquement
et sans motif. Nous abolissons les ana-
thèmes portés depuis le temps de saint
Cyrillus jusqu'à présent. »

LIVRE X. CHAP. III

291

toutes les fêtes : celle de la Nativité et celle de l'Epiphanie furent célébrées régu-
lièrement, mais les autres dans la confusion.

Il fallait commencer le Jeûne de cette année le 23 de sebat (février) ; quelques
uns le commencèrent le 16 de ce mois ; d'autres le 9 A la fin, tout le monde
reçut l'ordre de célébrer la (fête de) Pâques en même temps. Les Juifs, faisant la
Pâque, à la fin de la période de 19 ans, le 6 de nisan (avril), de sorte que la
période suivante de 19 ans commence le 25 d'adar (mars), et en cette année ter-
minale de la 5e période* de 19 ans, le 6 de nisan (avril) étant un dimanche,
notre fête de Pâques devait être reportée au 13.

[337] Une confusion du même genre eut lieu de nouveau en l'année 976, c'est-
à-dire 95 ans plus tard, en la 209e année du cycle de 532 ans. — Après 190 ans,

respond à Tan 1 d'un nouveau cycle (cf. Chron. Paschale, Patr. Gr., t. XCVII, col. 1035, 952, et
§ xxxii, xxxni de la Préface de Ducange). Selon la chronologie indiquée par notre auteur, le cycle
commençait en l'an 768 des Séleucides, comme on peut s'en rendre compte par le tableau que nous
plaçons ici et qui marque la date à laquelle devait régulièrement être célébrée la fête de Pâques, aux
trois années indiquées par l'auteur dans ce chapitre, et à d'autres années à propos desquelles les
chroniqueurs syriens mentionnent la même confusion :

Cycle de 532 ans.
	Ère des Séleucides.
	Ère chrétienne.
	Date de Pâques.
	Auteurs qui parlent de la confusion au sujet de cette date.

1
	768
	457
	31 mars
	

90
	857
	546
	8 avril
	MrcHKL, liv. IX, ch. xxx ; cf. B. O., II, 88.

114
	881
	570
	6 avril
	Michel, livre X, ch. m.

209
	976
	665
	6 avril
	Michel, livre X, ch. in.

304
	1071
	760
	6 avril
	Ps.-Denys, ad ann. 1070 ; éd. Chabot, p. 63.

399
	1166
	855
	7 avril
	Michel, liv. X, ch. m.

532
	1299
	988
	8 avril
	

1
	1300
	989
	31 mars
	Matthieu d'Edesse, trad. Dulaurier, p. 37.

19
	1318
	1007
	6 avril
	
114
	1413
	1102
	6 avril
	Matthieu d'Edesse, trad. Dulaurier, p. 245.

209
	1508
	1197
	6 avril
	Bar Hebk., Chr. eccl., I, 602 ; B. O., II, 369.

Pâques étant le 6 avril, le lundi de la Quinquagésime, jour auquel les Orientaux commencent le
jeûne, se trouve le 17 février (le 18 dans les années bissextiles).

1. Ms. : le 29. — 2. L'auteur indique ici la cause de ces controverses. Le concile de Nicée avait
décrété que la fête de Pâques serait célébrée le dimanche qui suit le 14e jour de la lune de mars
(celle qui commence du 8 mars au 5 avril), pour éviter la coïncidence de la fête chrétienne avec la
Pâque juive qui est toujours célébrée le 14e jour. Ainsi, quand la lune commence le 17 mars, le
14e jour se trouvant le 30, si ce jour est un dimanche, la fête de Pâques doit être reportée au
6 avril; si le 14e jour se trouve être le dimanche 6 avril, elle est reportée au 13. Une semblable
coïncidence se reproduisait au bout de 95 ans (5 périodes de 19 ans, comme on peut s'en rendre
compte par les dates indiquées dans le tableau de la note précédente), après lesquels la lune pas-
cale revenait au même jour du mois selon le comput alexandrin. Mais pour faire concorder

292

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

il y eut de nouveau une semblable confusion, à propos du commencement du
Carême, en l'an 1166 des Grecs, qui était l'an 399 de ce cycle de 532 ans.

A cette époque, il y eut un violent et terrible tremblement de terre entre
Samosate et Edesse \ Beaucoup de gens moururent, et il y eut de grandes cala-
mités. — Fin.

Au commencement du troisième Livre
de son Histoire ecclésiastique, Jean d'Asie
dit* : « Au début de l'histoire (renfermée)
dans ce volume, il convient d'employer
les paroles plaintives et les lamentations
de Jérémie, concernant Jérusalem, pour
pleurer nous aussi pareillement sur ce
qui arriva dans l'Eglise de Dieu, et sur
les calamités qui s'abattirent tout à coup
sur tous les fidèles ».

En l'an 6 de Justinus III (II)s, alors
que les Orthodoxes étaient depuis 40 ans
dans le repos, même dans la ville im-
périale, et que leurs assemblées se réu-
nissaient librement, Jean de Sirimin,
aux jours du Carême, excita contre eux
par sa malice la colère de l'empereur,
qui ordonna que leurs églises fussent
fermées et leurs autels renversés, que
leurs prêtres et leurs évêques fussent
pris et jetés dans les liens. Dès lors,
pour ainsi dire, comme une violente et
noire tempête [337] produite par l'a-

A cette époque, Anastasfius] qui était
patriarche d'Antioche pour les Chalcé-
doniens, fut chassé par eux; et ils
eurent un certain Gregorius, ascète pa-
cifique et humble, qui visitait les ma-
lades et les étrangers, rendait soigneu-
sement les jugements et accueillait bien
les moines. Il agissait même charitable-
ment avec nous, Orthodoxes, et se préoc-
cupait de faire la paix avec tout le monde.

Paulus et Eugène étaient en dispute,
et s'injuriaient mutuellement sans pu-
deur ; ils ne communiquaient point l'un
avec l'autre dans les mystères.

En certains lieux circulaient les par-
tisans de Conon, qui proclamaient l'ex-
pression de « substances », et recueil-
laient dans les écrits des Pères des
démonstrations en faveur4 de leur
dogme.

Jacques circulait en Syrie, passant
d'un lieu à un autre, par crainte de l'em-
pereur. Il accomplissait en secret les

l'année solaire avec l'année lunaire, il fallait ajouter un jour au nombre des épactes de l'une des
années du cycle de 19 ans. Les Alexandrins et les Orientaux ne faisant pas cette addition à la même
époque, il s'ensuivait que le 14e jour de la lune, à la dernière année de la 5e période, se trouvait
être pour les uns le samedi, pour les autres le dimanche : et de là la confusion. Il nous paraît hors
de propos d'entrer ici dans l'exposé scientifique de ces divers computs. La chose est amplement
expliquée par Duxaurier, Recherches sur la chronologie arménienne, t. I,p. 90-92. (Cf. Bar. Hebr.,
Chr. eccl., I, p. 602, n. 4.)

1. Je ne trouve pas ailleurs mention de ce fait, probablement emprunté à la Chronique de Jacques
d'Edesse. La construction est un peu obscure ; littéralement : « Fuit motus vehemens et terribilis
inter Samosatenos et Edessenos; mortui sunt in eo populi, et calamitates magnae fuerunt ».

2. Part. III, livre î, ch. 4. — 3. Cf. page 282, n. 2.
4. Lire :

LIVRE X. CHAP. III

293

moncellement des nuages obscurs qui
laissent pleuvoir la grêle, ainsi s'éleva
la tempête contre la barque pacifique
de la sainte Eglise des Orthodoxes. Ils
furent jetés en diverses prisons. Les
uns dans la prison avec les assassins,
d'autres dans le prétoire1, d'autres dans
le diaconicon; d'autres dans les cellules*
placées sous le palais épiscopal, d'au-
tres dans d'autres dépendances* (?) des
églises. Beaucoup s'enfuirent et se sau-
vèrent en tous lieux.

Ce qui est plus fort, c'est qu'ils or-
donnaient de nouveau les pieux ponti-
fes, et exigeaient que ceux-ci leur don-
nassent un libelle (d'adhésion).

La parole ne peut suffire à raconter
ce que les chrétiens ont souffert dans les
prisons. Ce qui est plus cruel : ils ne
laissaient aucun des familiers des évê-
ques emprisonnés entrer près d'eux ni
même parler avec eux. On leur donnait
de la nourriture pour conserver leur vie.
Quant à ceux qui étaient enfermés dans
les monastères, si toutefois on peut les
appeler monastères, ils leur infligeaient
les plus cruelles afflictions. Ils les re-
gardaient avec colère; ils leurs jetaient
les rinçures de leurs plats4, et, au lieu
de vin, ils leur donnaient à boire du vi-
naigre ou un jus infect provenant d'une
lie troublée, de manière qu'ils ne pus-
sent vivre.

Le vieillard Stephanus, prêtre, homme
transporté du zèle divin, les maudit en
face lorsqu'on l'emprisonna. Dans leur
colère, ils le livrèrent au préfet5 . Il dit

ordinations. Ayant appris par lettres ce
que disaient les partisans d'Eugène, et
qu'ils ne cessaient pas de se disputer,
[3371 il leur écrivit deux fois ; mais ils
ne se laissèrent pas persuader. A la fin,
il rassembla les évêques de la Syrie, qui
souscrivirent aux anathèmes contre Co-
non, Eugène et quiconque admet des
« essences » dans la Trinité. Il leur fixa
un délai de trois jours.

Quand les partisans d'Eugène et de
Conon apprirent ces choses, de leur côté,
ils envoyèrent par écrit en Orient, des
anathèmes contre Jacques et ses parti-
sans. Les évêques du parti de Jacques
étaient plus nombreux que ceux du parti
de Conon. Ils s'anathématisèrent ainsi
mutuellement. Ensuite, les partisans
d'Eugène et de Conon présentèrent une
pétition à l'empereur. Ils lui deman-
daient de faire examiner pour quel mo-
tif ils avaient été anathématisés par
Jacques, ajoutant que celui-ci, comme
Sabellius*, n'admettait qu'une hypostase
(dans la Trinité). L'empereur les ren-
voya au patriarche Jean pour l'examen
de leurs affaires.

Quand ils se présentèrent devant Jean
pour discuter, il se laissèrent emporter
à des calomnies et des injures les uns
contre les autres, et Jean ne put aucu-
nement les pacifier '. Et ainsi, ils s'en
allèrent couverts de mépris. Comme
Jean n'accorda la victoire à aucun des
partis, et comme les partisans de Paulus
et de Jacques appelaient ceux d'Eugène
et de Conon « trithéites », tandis que

1. TtpaiTo&ptov. — 2. Cellules de prison plutôt que cellules de reclus. — 3. C'est ainsi que l'auteur
paraît avoir compris le mot êSopîa (!). Cf. Joh. Eph., III, i, 11. — 4. Asxavï). — 5. ênap^o;.

6. Lire : ^^sW, — 7. On a déjà parlé plus haut de cette discussion. Cf. ci-dessus, p. 258.

294

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

au préfet : « Impie scélérat, comme ceux
qui m'ont envoyé près de toi1, pourquoi
observes-tu le christianisme alors que
tu juges les chrétiens comme un païen?
Tu [338] n'es pas un homme vivant, si tu
ne me fais pas sur le champ brûler, moi
vieillard chrétien, et si tu ne me manges
pas quand je serai rôti. » — En enten-
dant cela, le préfet fut ému et le ren-
voya à l'évêque. Celui-ci, dans sa colère,
l'envoya en prison, à Hcraclée3 de
Thrace. Il demeura emprisonné pendant
deux ans. Ils ne permettaient jamais à
quelqu'un de sa connaissance de le
voir ; on ne lui donnait aucune tunique
de rechange ; il était maintenu par des
entraves aux pieds; et il tomba mortel-
lement malade. Il défendit que les
Synodites l'ensevelissent, et qu'aucun
d'entre eux fît une prière sur lui. Dieu
avait disposé quelques soldats qui étaient
orthodoxes, et ceux-ci l'ensevelirent.

La tempête* atteignit aussi les mo-
nastères d'hommes et de femmes de cet
endroit5. — Ils se jetaient, comme des
loups, sur les couvents de femmes, et
maltraitaient les brebis du Christ.
Ils portaient avec eux leurs oblations,
pour les leur donner. Mais celles-ci
s'enfuyaient devant eux, comme des
oiseaux. Quelques-unes furent prises, et
on leur mettait de force la communion
dans la bouche6; d'autres tombaient la
face contre terre, et maudissaient en
pleurant ceux qui voulaient les faire
communier de force. Ils en livraient

les partisans d'Eugène et de Conon
appelaient ceux de Jacques « sabel-
liens », tous furent méprisés par l'empe-
reur. Lorsqu'ils s'adressaient à lui pour
la paix, il leur disait : « Comment voulez-
vous que je vous procure la paix, lorsque
vous-mêmes vous n'êtes pas en paix
entre vous? »— Et pour ce motif l'empe-
reur se mit à nous persécuter davantage.

Enfin, les partisans de Conon et d'Eu-
gène vinrent à résipiscence et deman-
dèrent dans une supplique : a Puisque
tout ce scandale a eu lieu à cause de
l'expression « essences », nous nous
en abstiendrons, pourvu que les ana-
thèmes portés soient levés. » —Jacques
[338] et ses partisans disaient : « Si ces
anathèmes sont enlevés, ce sera l'occa-
sion pour plusieurs de faire ce qu'ils
voudront dans la confession de la Tri-
nité. » — Les deux partis restèrent ainsi
en opposition.

L'empereur voyant que, d'une part :
Paulus, Stephanus, Jean d'Asie, Ptolo-
mseus, Longinus et Elisée, et d'autre
part : Eugène, Conon et Theonas, se
combattaient les uns les autres avec
une certaine passion, crut qu'ils étaient
en lutte à cause du désir de certains
sièges et des honneurs temporels; et
il fut transporté de colère. Il en força
quelques-uns et amena les autres, en
leur promettant de faire la paix dans les
Églises, par l'intermédiaire du pa-
triarche Jean, à accepter le Synode et
ledit que lui-même avait rédigé. En

1. Joh. Eph., III, i, 9. Ce qui précède se trouvait dans la partie mutilée de cet historien. — 2.
J. E. : « pourquoi sièges-tu comme chrétien... ». —3. Lire : U^oil; J. E. ; U^ojw, — 4. |!S.aoir.
Joh. Eph., III, i, 10. — 5. De Cple (J. E.). — 6. Lire <w^'-»oûa3.

LIVRE X. CHAP. IV ET V

295

d'autres aux mains des soldats, leur di-
sant de faire des choses que nous pas-
sons sous silence.

présence de tout le peuple, dans la
grande église, ils reçurent la commu-
nion. Et l'empereur écrivit dans toutes
les villes que les Orthodoxes devaient
être méprisés. -— Fin.

CHAPITRES [IV ET V]. — Sur ledit que fit l'empereur Justinus. — Sur la per-
sécution des fidèles par les hérétiques, et sur ce que les Orthodoxes eurent à
souffrir dans la ville impériale.

Edit* de Vempereur Justinus 1 : « Je
vous donne ma paix », a dit Notre-Sei-
gneur Jésus, le Christ Dieu; « je vous
laisse ma paix* », a-t-il annoncé lui-
même aux hommes. Cela ne signifie pas
autre chose si ce n'est que tous ceux qui
croient en lui, c'est-à-dire nous, se ras-
sembleront dans une seule et même
Eglise, faisant tous profession de la
même foi chrétienne et méprisant ceux
qui parlent à l'encontre. Le premier sa-
lut pour les hommes consiste dans la
confession de la vraie foi. C'est pour-
quoi, nous aussi, suivant les saints com-
mandements et les définitions des Pères,
nous exhortons chacun à se réunir dans
l'unique Eglise. — Nous croyons en
un seul Dieu, [339] Père, Fils et Esprit-
Saint : Trinité qui est une seule nature,
une seule divinité, une seule essence,
nominalement et réellement. Nous con-
fessons une seule vertu, une seule
puissance, une seule opération, en trois
hypostases5 et trois personnes*. En elles

Ainsi que nous l'avons dit, pendant
l'espace de quarante ans, les Ortho-
doxes, appelés Ataxptvo[A£Voj, furent en
paix et en tranquillité dans la ville im-
périale. Maintenant, une tempête de co-
lère se leva. Le principe6 et l'auteur
de ce mal fut Jean de Sirimin, qui avait
été établi patriarche dans la ville impé-
riale par les Synodites. Quand il vit que
l'empereur Justinus, se préoccupant de
la paix, voulait envoyer à Rome pour
ce motif, et que Paulus, auparavant pa-
triarche d'Antioche, Jean d'Asie, Theo-
dorus, Longinus, Stephanus, Elisée et
Ptolomœus6 étaient sur le point de par-
tir, il fut frappé du trait de la jalousie,
parce que lui et ses partisans n'avaient
pas été chargés de cette affaire. Il ras-
sembla ceux de sa secte, et ils allèrent
trouver [339] l'empereur et lui dirent :
« Si le pape de Rome n'adhère pas à ces
(envoyés), ils le déposeront et en met-
tront un autre à sa place. Et de même à
Alexandrie ; car le patrice Narsès tient

*Note marginale : Que la lettre soit écrite dans la colonne supérieure ; car c'est là sa place.
1. Texte grec dans Evagr., H. E,, V, iv; et Niceph. Call., H. E., XVII, xxxv. — 2. Cf. Joh.,
xiv, 27. — 3. ûnrô<TTa<r»tî. — 4. îtpôfftoira,

5. Joh. Eph., III, i, 11, 12, — 6. Ms. : Pawtwlwmaws.

296

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

nous avons été baptisés : nous croyons
en elles. Nous adorons l'unité dans la
trinité et la trinité dans l'unité1 : sa dis-
tinction et son union étant au-dessus de
l'intelligence; l'unité est dans l'essence
et la divinité ; la trinité dans les pro-
priétés des hypostases ou personnes. Car
elle est distinguée indistinctement et
unie distinctement : attendu que la di-
vinité est dans les trois (personnes) et
que ces trois (personnes) dans lesquelles
est la divinité ne sont qu'un, ou pour
parler avec exactitude, elles sont la di-
vinité même : le Père est Dieu, le Fils est
Dieu, le Saint-Esprit est Dieu, quand
l'une de ces personnes est considérée sé-
parément; car l'intelligence distingue
même les choses inséparables. Ils ne sont
touslestrois qu'un seulDieu, par l'unique
mouvement de sa nature*. Ainsi, on doit
confesser un seul Dieu, et proclamer trois
hypostases ou propriétés. — Nous con-
fessons que le Verbe, Fils unique, est
antérieur aux mondes et supérieur aux
temps; (qu'il est) « engendré » du Père
et non pas « fait » ; qu'à la fin des temps,
pour notre salut, il est descendu du ciel ;
qu'il s'est incarné pour notre salut de
Marie toujours Vierge, qu'il est né d'elle :
(étant) un seul et même Jésus-Christ
Notre-Seigneur, l'un de la Trinité, qui
doit être glorifié avec le Père et l'Esprit-
Saint. En effet, la Trinité n'a pas été
augmentée d'une quatrième personne
par l'incarnation de l'une (de ses per-
sonnes). Mais notre unique et même Sei-
gneur Jésus-Christ est consubstantiel

la même confession qu'eux. » —- L'em-
pereur ajouta foi à leur méchanceté,, et
supprima le voyage. Il en vint même à
les violenter pour les contraindre (d'ac-
cepter le Synode); comme ils n'y con-
sentirent pas, il fut rempli de colère
contre eux. Il les livra aux mains de
Jean, leur ennemi. Dès lors, Jean de Si-
rimin, lui-même circulait par les églises
et les couvents; il fit en sorte que l'em-
pereur lui-même les visitât, et par la
violence il entraînait de force tout le
monde dans la fosse. Ainsi donc, cet
évêque était rempli de l'esprit d'émula-
tion et d'opposition ; il se laissait con-
duire par l'ardeur de la colère. Etcomme
celui dont les yeux sont aveuglés, ainsi
celui-ci s'aveuglait lui-même par la pas-
sion de l'inimitié de nos prêtres. Plu-
sieurs embrassèrent son parti, et chacun
d'eux exerça son office, h son rang, plu-
sieurs fois. Ensuite, il lui vint une autre
idée de méchanceté, attendu qu'il était
un jeune séculier qui s'enorgueillissait
superbement dans l'ostentation, et était
enivré par l'autorité et l'élévation. Il
prescrivit que ceux qui avaient accepté
sa communion, fussent ordonnés prêtres
de nouveau. Ainsi.il les destitua tous,
après qu'ils eurent exercé le ministère
sacerdotal avec lui et en sa présence,
trente-six fois, dans leur sacerdoce pre-
mier ! — 11 écrivit qu'on fît la même
chose en d'autres lieux, afin de ne pas
tomber seul sous le blâme et la répri-
mande.

En ces jours-là, un bienheureux eut

1. Lire : |ta*ûvXû^. |i.o**a**3o. — 2. Grec : @éov ta tpc'a jxet' àXXiqXwv voujxeva • tù Tauxw tyjç xiv^dew; xa\

TÎJÇ (pu<j£0>Ç.

LIVRE X. CHAP. IV ET V

297

au Père, dans la divinité, et consubstan-
tiel à nous, dans son humanité, passible
dans la chair, et en même temps impas-
sible dans la divinité. Nous ne disons
pas qu'autre est le Verbe qui fit les
miracles et autre celui qui a souffert ;
mais nous confessons que c'est un seul
et même : Notre-Seigneur Jésus Christ,
le Verbe de Dieu incarné et fait homme
parfaitement ; qu'à ce seul et unique
appartiennent les prodiges et les pas-
sions qu'il a subies volontairement dans
la chair pour notre salut. Ce n'est pas
un homme quelconque qui s'est livré
lui-même pour nous ; mais le Verbe,
[340] fait homme sans changement, a
subi volontairement pour nous, dans la
chair, les passions et la mort. En con-
fessant qu'il est Dieu, nous ne nions pas
qu'il soit homme ; et en confessant que
le même est homme nous ne nions pas
qu'il soit Dieu. Par conséquent, quand
nous confessons qu'un seul et même Sei-
gneur Jésus-Christ est composé de deux
natures : divine et humaine, nous n'in-
troduisons pas la confusion dans l'union.
Car, en se faisant homme semblable à
nous, il n'a point cessé d'être Dieu
parce qu'il est devenu homme. De même
que Dieu persiste dans l'humanité, de
même aussi l'homme persiste dans la
sublimité de la divinité. Elles existent
toutes les deux ensemble : un seul Dieu
et homme, Emmanuel. Nous (le) confes-
sons un seul et même, parfait dans la
divinité et l'humanité, desquelles il est
composé. Nous n'introduisons pas de di-

une révélation 1 : il vit une grande mon-
tagne, sur le côté sud de laquelle étaient
les fondations de très belles églises.
Tout à coup Jean de Sirimin arriva, les
arracha et les détruisit toutes.

Jean fit amener un évêque, vieillard
simple, du nom de Paulus2, et le fit jeter
dans les fers. L'ayant soumis par la vio-
lence, il prescrivit de le réordonner pour
Antioche de Carie. Ils le dépouillèrent,
pensaient-ils, de son premier sacerdoce
et le réordonnèrent comme un laïc!
Cela parut honteux même aux siens et
ils l'appelaient « retrempé »3. Il en
mourut de douleur.

Jean opprimait Elisée*. Celui-ci lui
dit : « Alors que j'en étais digne, j'ai été
fait évêque et toi, tu ne m'as absolument
rien fait. Si tu penses qu'il est régulier
que tu me dépouilles du sacerdoce et
que tu m'ordonnes de nouveau, [340]
alors prive-moi aussi du baptême! » —
Jean lui dit avec astuce : « Je placerai
seulement sur toi le pallium »> ; et comme
Elisée n'y consentit pas, il l'envoya en
exil.

Il fit aussi amener de sa prison Ste-
phanus qui avait eu à supporter de sa
part de nombreuses afflictions5. Celui-ci
le blâma fortement à cause des réordi-
nations. Pour ce motif, il le fit remettre
en prison et envoya un bourreau4 qui le
frappa violemment, au point qu'il vomit
le sang. Après cela, il le fit ramener et
le pressa de recevoir de nouveau l'ordi-
nation. Celui-ci s'écria et dit : « Malheur
à  moi! Jamais je   ne consentirai à

1. Joh. Eph., III, i, 13. — 2. Év. d'Aphrodisias ; op. cit., III, r, 14.
rum ». — 4. Joh. Eph, i, 15. — 5. Ibid., r, 16. -—6. Qu.sestonarius.

II.

— 3. Littér. : « Tinctus ite-
38

298

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

vision ou de séparation dans son unique
hypostase composée ; mais nous admet-
tons la différence des natures qui n'est
pas enlevée à cause de l'union. En effet,
sa nature divine n'a pas été convertie en
sa nature humaine, ni sa nature hu-
maine confondue avec la divinité. Cha-
cune d'elles est considérée et existe réel-
lement dans l'essence et la définition
de sa propre nature1. Ainsi, nous con-
fessons une union hypostatique ; car
l'union hypostatique signifie que Dieu
le Verbe, c'est-à-dire une des trois hy-
postases de la Trinité, ne s'est pas uni*
à une hypostase qui existait auparavant,
mais a créé pour lui, dans le sein de la
Vierge et de celle-ci, dans sa propre
hypostase, son corps consubstantiel à
nous, passible comme nous, à l'excep-
tion du péché, et animé d'une âme rai-
sonnable et intelligente. Et il est un
seul et même Seigneur, qui doit être
glorifié avec le Père et l'Esprit-Saint.

— Or, quand nous considérons son
union ineffable, nous confessons qu'une
est la nature du Verbe-Dieu incarnée' ;
au contraire, quand nous regardons spé-
culativement la différence des natures,
nous disons qu'elles sont deux ; mais
nous n'introduisons pas de division, car
chacune des deux natures est en lui : et
nous proclamons que le Christ Notre-
Seigneur est un seul et même, un (seul)
Fils, une (seule) hypostase, une (seule)
per sonne,en même temps Dieu et homme.

— Nous anathématisons tous ceux qui

être dépouillé du sacerdoce; à moins
que vous ne vouliez aussi me dépouiller
du baptême. » — Il y eut alors une
grande sédition4; Stephanus put entrer
près de l'empereur et s'écria : « Le
Christianisme a péri ! il a péri ! les règles
et  les  canons sont pervertis ! Voici
vingt ans que je suis évêque, et mainte-
nant que je me suis appliqué à accomplir
votre ordre, je suis condamné5; il veut
me dépouiller du sacerdoce de l'ortho-
doxie pour me réordonner dans le sien !
Qu'il montre les canons qui l'autorisent
à cela! Ou il ne connaît pas, il ignore
les canons de l'Eglise; ou, les connais-
sant, il les méprise dans sa tyrannie. Il
attire le blâme sur Ta Majesté. Si c'est
sur ton ordre qu'il fait cela, ordonne
donc qu'il enlève aussi le baptême et
qu'il fasse  rebaptiser!  Le canon xix
des 318 Pères statue au sujet de l'héré-
sie de Paulus de Samosate et de ses sem-
blables qu'ils seront rebaptisés avant
d'être ordonnés prêtres. Qu'il montre
d'où vient qu'il peut nous déposer et
nous réordonner ! » — L'empereur fut
stupéfié, comme en sortant d'un som-
meil. 11 défendit que cela se fît, et pro-
mulga aussitôt un édit6, pour que nul
n'osât destituer du sacerdoce (d'autres)
que les hérétiques prévus par les canons.

Jean fit aussi venir le patriarche Paulus,
Jean, Stephanus et Elisée : il les fit ve-
nir par le mensonge et la ruse, sous
prétexte de l'union — Ils le blâmèrent
longuement et disputèrent avec lui au

1. lv t<S tîjç '.8(«; çy(iea); opu> te xa\ X6ytp. — 2. où «pouitiffTavtt àvOpcoTtw yjvcoÔV). — 3, ffeffapxtofjtivrç.
4. <n&ait. — 5. Il faut probablement lire avec Jean d'Asie : Poi v».*;* fij « et cet impie » veut etc.
— 6. tjiïouç «payjiattxoûç. — 7. Joh, Eph,, III, i, 17, 18.

LIVRE X. CHAP. IV, V ET VI

299

pensent autrement; car ils sont étran-
gers à la sainte Eglise de Dieu. [341]
Nous pressons, ou plutôt nous supplions,
chacun de se réunir à l'unique Église.
Nous ne nous refusons pas, bien que
nous soyons dans la grandeur impériale,
à employer de telles paroles, en vue de
l'union des chrétiens. D'ailleurs, que nul
ne prenne occasion des personnes ou
des définitions1 pour susciter des diffé-
rends* ».

L'empereur Justinus fit cet édit ou
Traité, et ordonna  que personne ne
pourrait discuter aucunement sur la foi,
que ceux qui ne l'accepteraient pas serai

sujet de la foi et de la destitution du sa-
cerdoce. « D'où as-tu appris (lui dirent-
ils), que tu peux abolir le sacerdoce
d'hommes plus âgés même que ton père
dans leur sacerdoce*, pour les réordon-
ner de nouveau ? [341] et, ce qui est en-
core plus honteux pour toi, que tu as
destitués après qu'ils eurent exercé leurs
fonctions avec toi et en ta présence
trente-six fois! » Il fut confondu, et
balbutia quelques paroles.

is que chacun devrait accepter l'édit, et
; partout poursuivis.

CHAPITRE VI. — Sur U époque de la persécution qu'excita V empereur Justinus ;
et sur les évêques qui apostasièrent et ensuite firent pénitence et revinrent à
V orthodoxie.

L'empereur Justinus4 ayant rédigé
l'édit, l'envoya à tous les évêques qui
étaient emprisonnés, et ordonna que
s'il s'y trouvait quelques défauts, ils les
corrigeassent. Ceux-ci y firent des cor-
rections. Or, celui qui portait l'édit le
montra au patriarche Jean et à toute
leur assemblée s. Lorsqu'ils virent les
corrections, ils prirent peur, excitèrent
du tumulte, se réunirent et allèrent
bruyamment trouver l'empereur. Quand
l'empereur lut les corrections, elles lui
plurent. Ceux-ci vociféraienthautement.
Alors l'empereur connut qu'ils pen-
saient comme les Nestoriens. En colère,

Quand on eut lu la définition contenue
dans l'édit, ils • adhérèrent au synode de
Chalcédoine7.

Paulus d'Antioche, n'ayant pas obtenu
ce qu'il désirait, apostasia. Ensuite il
se repentit, et après avoir communiqué
une seule fois avec les Synodites, il se
convertit, anémathisa le Synode, s'en-
fuit pour ne pas être pris, et alla se ca-
cher.

Stephanus ayant accepté de recevoir
le Synode et ayant communiqué avec ses
partisans, ils l'envoyèrentcomme évêque
en Chypre; mais il s'enfuit de là, ayan
été pris de repentir.

1. Lire : Uoôl-I.(?). — 2. [Arriva 7ipoça<7tÇ6(Ji£vov nept 7tp6<TO)7ta r\ (ju/Xagà; Çvyo|xaxeîv.

3. Sens : qui ont passé dans le sacerdoce plus d'années que n'en compte ton père dans sa vie.

4. Joh. Eph., III, i,19. — 5. avvISptov.

6. Les évêques monophysites ; cf. ci-après, p. 301-302. — 7. Cf. Job. Eph., III, ir, 2, 3.

300

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

il donna des ordres au questeur Anas-
tas[ius] et lui dit : « Situ ne m'apportes
pas ce soir dix exemplaires de l'édit
renfermant ces corrections, je te fais
couper la tête ». — Les Nestoriens et
les Semi-nestoriens tremblèrent. Ils
bourdonnaient comme des guêpes agi-
tées1, et, par leur ardente supplication,
ils molestaient l'empereur, qui aban-
donna l'affaire à leur volonté.

Quand l'édit revint aux évêques*,
voyant que les corrections n'y avaient
point été insérées, à l'exception de quel-
ques extraits, ils le rejetèrent; car, les
adversaires y avaient introduit la con-
fusion ; dans un endroit, il combattait le
Synode, autre part, il militait en sa fa-
veur. Les évêques répondirent : « Situ
mets hors de l'Eglise le synode de
Chalcédoine : l'union est déjà faite; tant
que son nom sera proclamé, nous ne
consentirons pas à nous unir à vous.
Nous sommes très vivement contrits d'a-
voir dit que nous nous unissions, alors
qu'il n'était pas encore rejeté. »

Au sujet de Jean d'Asie, spéciale-
ment3. — Tandis que Jean d'Asie, qui
avait converti les païens, était gardé en
prison, l'empereuret le patriarche luien-
voyèrent dire : « Viens près de tes frères
Paulus et Elisée, et fais cesser ton afflic-
tion présente ». [342] Celui-ci reçut les
envoyés avec des imprécations. Le len-
demain, ils lui mandèrent de venir « pour

Ils instituèrent Ptolomœus xapau.ova-
p»oç d'un martyrion.

Elisée continua d'habiter dans la ville
impériale.

Longinus s'enfuit dans le pays de
.......*; où il était célèbre aupara-
vant comme évêque, chez un peuple ap-
pelé Blemyes5.

Jean d'Asie, après avoir communiqué
une fois avec les Synodites, parce qu'il
ajouta foi à l'empereur qui promettait de
faire disparaître le Synode, voyant que
cela n'avait pas lieu, se repentit et se sé-
para d'eux. Pour ce motif, l'empereur le
fit jeter en prison, en le menaçant. Loin
de se laisser convaincre, Jean signifia, au
contraire ouvertement, que la seule fois
où il avait communiqué avec eux, c'était
sur la foi de leurs promesses, mais qu'il
n'avait pas accepté (le Synode) quant
à la foi. — C'est pourquoi on l'envoya
en exil.

Eugène et Theonas s'enfuirent.

Conon de Cilicie, vivement pressé par
eux, n'adhéra point. L'empereur le confia
à Photius9 qui était dans la région de
Palestine, et là il fut jeté en prison.

Jacques demeura seul en Orient, sou-
tenant les églises. — Theodorus y ter-
mina sa vie.

Et ainsi prit fin cette affaire, en l'an
5 de Justinus 7.

Au sujet des évêques persécutés, le
Chroniqueur, qui est Jean d'Asie, rap-

1. L,-** (J. Eph.). — 2. Joh. Eph., III, i, 21. — 3. Ibid., III, n, 4.

4. Le ms. porte : Lwgmn ; une mauvaise lecture d'un nom désignant une région de la Nubie. Cf.
ci-dessus, p. 267. — 5. BXe|j.vsç. — 6. Le beau-fils de Bélisaire ; cf. Joh. Eph., III, i, 31. — 7. Il est
presque impossible d'établir un ordre certain dans la succession des faits mentionnés ici. L'auteur
a puisé chez Jean d'Asie, qui, comme il le dit lui-même, n'observe aucun ordre chronologique.

LIVRE X. CHAP. VI

301

l'union de l'Église » ; et il les renvoya
pareillement avec des malédictions. —
Stephanus vint en secret le trouver1 et
lui fit connaître les supplices dont il
était menacé, mais sa constance n'en fut
point ébranlée ! — Tandis qne Jean
était dans les angoisses de la prison*, il
fut pris de la goutte3 des pieds et des
mains, et devint comme mort; il ne pou-
vait pas se tourner. Il était incommodé
par les poux et les puces dont la cellule
était remplie, et, pendant le jour, par
des essaims* de mouches et de mousti-
ques, réunis par la puanteur de l'hôpi-
tal5. Pendant la nuit6, une autre épreuve
(l'affligeait) : les punaises sortaient et
couvraient son ventre et son visage, au
point que ses yeux étaient enflammés, à
cause des piqûres de celles-ci et des
moustiques nocturnes, qui étaient plus
brûlantes que le feu. Une autre épreuve
était celle des souris qui avaient fait leur
nid sous l'oreiller de sa tète, et qui grat-
taient et grinçaient toute la nuit. Peut-
être ceux qui n'ont pas éprouvé ces maux
seront-ils portés à rire à leur souvenir?
mais priez, selon le précepte de Notre-
Seigneur, que vous ne soyez pas mis à
l'épreuve.

Au milieu de ces épreuves, il eut une
apparition de la sorte"1 : Pendant le jour,
à midi, tandis que les portes étaient
fermées, tout à coup, un beau jeune
homme entra près de lui, vêtu d'une
tunique ornée de broderies blanches. Il
lui dit : « Paix h toi, Père ! Quel est ton

porte d'autres faits, antérieurs à ceux
que nous avons rapportés plus haut,
[342] pour exposer leurs vicissitudes :
Ils disputèrent les uns contre les
autres pendant trente-trois jours 8. Ils
rappelèrent les évêques de prison et
leur dirent : « Venez, unissez-vous, ou
exposez votre opinion. Voici que vous
troublez et que vous faites cesser l'u-
nion. » Les évêques répondirent, dans
le deuil et la douleur : « Si les choses
sont jugées avec équité, ce n'est pas
nous qui mettons obstacle à l'union,
mais vous, dont le cœur est rempli de
la lèpre de la division chalcédonienne;
vous voulez nous faire passer pour en-
nemis  de l'union,   alors qu'en vous-
mêmes il n'y a pas le moindre désir
d'union; mais vous voulez nous entraî-
ner à embrasser la fausseté chalcédo-
nienne. » — Alors le patriarche Jean et
ceux   qui  l'accompagnaient  dirent :
« Nous et l'empereur, en présence de
Dieu, nous vous donnons la parole, avec
serments, que quand vous serez unis à
nous, nous rejetterons aussitôt le con-'
cile de Chalcédoine; et rien de ce qui
sort de nos lèvres ne sera changé ».
Quand ces choses furent sanctionnées,
les deux partis se mirent à blâmer les
évêques, comme ne voulant pas la paix..

Ils acceptèrent donc de communiquer,
anathématisant toutefois le Synode à
haute voix. Alors les séducteurs com-
mencèrent à changer de ton, en disant
astucieusement : « Nous avons écrit au

1. Lire : wL<k RI (J. Eph.). _ 2. Joh. Eph., III, h, 5. — 3. Troôarpa. — 4. U^* (J. Eph.). — 5.
uc»*V-3      (J. Eph.). — 6. Lin; ; l^Vse. — 7. Joh. Eph., III, ri, 6.
8. Joh. Eph., III, i, 23, 24.

302

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

cri? » En le voyant, (Jean) fut saisi
d'étonnement, car il crut que c'était un
des douze grands qui se tiennent devant
l'empereur. Et pour ce motif, dans une
grande douleur, affaibli et désespéré,
presque mort, il dit : « Vois dans quelle
affliction, je suis! » — Le jeune homme
reprit : « Prends courage, Abbas! loue
le Seigneur. Sois sûr que j'exposerai
aux oreilles de l'empereur toutes les
angoisses que je te vois supporter ». Il
le réconforta de la sorte, et après avoir
longuement parlé, il lui demanda : « As-
tu soif, Père ?» — Il répondit : « Oui ».

— Le jeune homme sortit et revint por-
tant une coupe1 de breuvage qu'il lui
présenta. Il but : et il fut soulagé de sa
douleur; ses membres furent allégés, et
il loua Dieu. Il dit au jeune homme :
« Que Dieu aie pitié de toi, mon fils,
parce que tu m'as visité et consolé ! »

— Celui-ci continua de parler longue-
ment avec lui, l'exhortant et l'invitant à
ne pas faiblir, lui montrant que la con-
fession de l'orthodoxie est exacte et
vraie, et quel dommage subissent ceux
qui s'en écartent. [.343] Comme il le
confirmait par les témoignages des Écri-
tures, Jean était dans l'admiration et se
disait en lui-même : Comment un sol-
dat, jeune, peut-il connaître ainsi toute
l'Écriture? — Pendant huit jours, le
jeune homme vint ainsi près de lui,
une fois chaque jour, au même moment. Il
lui disait ; « Sois courageux et tressaille
d'allégresse; car une grande récom-
pense t'est réservée en échange de toute

pape de Rome pour savoir s'il y consent ;
ensuite nous le rejetterons. » — Les
évêques dirent alors cette parole de
Jonas*: « Est-ce que telle était notre pa-
role, etc.? » — Et il devint manifeste
que les évêques ne mettaient pas obstacle
à la paix.

Qui pourrait raconter* la douleur que
ressentirent les évêques d'avoir commu-
niqué avec les hérétiques? Leurs yeux
furent gonflés de larmes, de telle sorte
qu'ils étaient consumés et épuisés, pas-
sant les nuits sans repos et restant sans
nourriture; au point que l'empereur
l'ayant appris, les appela et leur dit :
« Pourquoi êtes-vous tombés dans un si
grand désespoir, comme si vous aviez
sacrifié aux idoles ? Nous espérons, grâce
à Dieu, vous satisfaire. » Et comme ils
lui reprochaient de les avoir trompés,
il leur dit : « Attendez-moi, jusqu'à ce
que j'aille aux bains chauds, et quand
je reviendrai, je vous donnerai satisfac-
tion. »

Au bout de trente jours*, l'empereur
revint. Avant qu'il n'entrât dans la ville,
il rencontra Jean de Sirimin et ses par-
tisans qui continuèrent d'accuser les
évêques. Et ils s'ingénièrent à les en-
traîner de nouveau par la séduction. Ils
leur firent dire : « Nous [343] désirons
votre tranquillité. Voici que nous vous
envoyons la liste6 de certaines villes;
que chacun de vous s'établisse où il
voudra. » — Les évêques répondirent :
« Nous ne nous sommes pas sacrifiés
nous-mêmes pour être évêques, mais

1. J. Eph. : |û*eur>.

2. Joh., iv, 2. — 3. Joh. Eph., III, r, 25, 26. — 4. Op. cit., r, 27, 28, 29. — 5. rvuenç.

LIVRE X. CHAP. VI

303

cette affliction. » Au bout de huit jours,
le syncelle du patriarche vint vers [lui] *,
pour connaître sa volonté. Il l'accueillit
par des anathèmes et des malédictions,
disant : « Si même vous étiez véri-
diques dans votre confession, nous ne
devrions pas nous unir à vous qui êtes
si cruels que de ne pas permettre à un
de mes disciples de me servir dans ma
maladie. » Le syncelle lui répondit :
« Ne nous injurie pas ; nous ignorions ta
maladie. » Et il lui envoya son disciple
le servir. Quand son disciple vint près
de lui, le jeune homme ne lui apparut
plus. Jean s'informa de lui auprès du
geôlier. Celui-ci répondit qu'il ne l'avait
pas vu. On fit venir tous les jeunes gens,
et ils affirmèrent qu'ils n'avaient vu per-
sonne de cet aspect entrer dans la pri-
son. L'intendant8 (de la prison) lui dit :
Si un des hommes qui peuvent se mon-
trer sous l'habit et l'aspect que tu dis
était venu ici, la moitié de la ville serait
accourue à son arrivée. Sois donc as-
suré que Dieu a envoyé ou un des saints
te visiter, ou un des anges. »

Alors8 Jean se rappela la parole que
lui avait dite le jeune homme qui lui
était apparu : « Tel jour tu sortiras ! »
Ce jour-là, après qu'il eut passé en pri-
son un an et neuf jours, ils le firent
3ortir, l'envoyèrent dans l'une des îles
de la mer. Il y prêcha aux païens, pen-
dant huit mois, et ils le firent revenir
à la ville impériale. Il fut gardé pendant
trois ans, jusqu'à la mort de Jean de
Sirimin. — Jean (d'Asie) confirme lui-

dans l'espoir de l'union que vous nous
avez promise (en disant) que le Synode
serait rejeté et que l'union se ferait ; si le
Synode n'est pas rejeté, nous n'aurons
jamais de participation avec ceux qui le
mentionnent. » — L'empereur en appre-
nant ces choses fut fort troublé. Le len-
demain, les évêques furent de nouveau
appelés au tribunal, pour communiquer
avec les Synodites. Ils se plaignirent
énergiquement de ce que la vérité avait
été altérée, et de la promesse fraudu-
leuse. Devant tout le sénat, ils anathé-
matisèrent le synode de Chalcédoine.
Le patriarche fut irrité, et ordonna de
les entraîner dehors, de les séparer les
uns des autres, de les jeter en exil, et
d'empêcher qu'aucun des leurs ne les
vît. — L'écrivain de ces choses est Jean
d'Asie, qui était l'un d'entre eux. 11
écrivit, non pas par ouï-dire, une partie
de leur discussion avec l'empereur et le
patriarche, et quelque chose de ce qu'ils
eurent à subir*.

Les évêques ayant juré qu'ils n'accep-
teraient jamais le Synode furent envoyés
en exil pour la troisième fois.

Paulus le moine5 fut enfermé dans le
couvent d'Abraham, et se mit à écrire
ce qui était arrivé dans l'Eglise par le
fait de Jean de Sirimin. Il fut surpris:
on s'empara de l'écrit, et Jean de Siri-
min lui-même le fit passer à l'empereur,
parce qu'il y avait dedans un passage
concernant l'empereur. — L'empereur
fut troublé. Il fit demander à Paulus s'il
en était l'auteur. Celui-ci répondit affir-

1. Lire : ©iL<i^. — 2. p&ïaxçoz- — 3. Joh. Eph. III, it, 7.
4. Cf. Joh. Eph., III, i, 30. — 5. Ihid., ir, 2.

304

CHRONIQUE DÉ MICHEL LE SYRIEN

mativement et ne nia point. Alors, des
menaces de mort furent proférées contre
lui, (disant) qu'il ne serait pas laissé
davantage en vie. — Ensuite", Stepha-
nus supplia l'empereur en sa faveur.
L'empereur dit : « S'il est d'accord avec
nous dansla[foi] et s'il accepte le Synode,
son crime lui sera pardonné! » — Ste-
phanus enjôla Paulus, et par crainte, celui-ci accepta (le Synode). Alors Jean de
Sirimin rassembla les Alexandrins, et fit en sorte que Paulus communiquât et se
rendît méprisable en leur présence. Dès lors, Paulus devint le familier de l'empe-
reur; car il était très versé dans la lecture des Ecritures. C'est pourquoi Jean le
redouta, et le laissa sans surveillance ; et Paulus s'enfuit4 pour ne plus communiquer
avec les Synodites.

même ces choses par des serments, en
disant : « Devant Dieu, ces choseseurent
lieu en vérité, très manifestement dans
une apparition réelle, et non pas comme
dans un songe1. » — Ce récit est ter-
miné, ainsi que le précèdent*.

CHAPITRE [VII]. — [344] Sur les soldats et les laïcs qui furent persécutés, à
cette époque, à cause de la foi. Sur la persécution qui fut excitée contre les
chrétiens dans les régions des Perses, pour le même motif. A propos du catho-
licos d'Arménie, qui vint à Constantinople à cause de la persécution.

Andréas5, cubicularius et a^oXaptûç
de la reine6, fut saisi par l'empereur pour
l'obliger à adhérer au Synode. Il n'y
consentit point. Tandis que beaucoup
reculèrent devant les seules menaces,
celui-ci résista et ne céda pas même aux
coups. — Alors l'empereur décida qu'il
devait recevoir d'eux la communion ou
sortir du palais. Cet homme quitta
promptement sa paragaude7, et la jeta
devant eux en disant : « Jamais vous ne
m'avez fait une plus grande grâce que de
me délivrer du service des hommes pour
me permettre de me consacrer au ser-
vice de celui qui m'a créé ». Il alla s'en-

Les Mages8 dirent à Kosrau, roi des
Perses : « Voici que les Romains, dans
toute Pétendue de leur empire, requiè-
rent, et contraignent par force, tout le
monde de se soumettre à leur croyance.
Un édit a été porté, condamnant à mort
ceux qui s'y refuseraient. Et pourquoi ne
ferions-nous pas de même ?» — Alors
Kosrau commença la persécution des
chrétiens.

Il fit saisir trois évêques, et avec eux
une multitude de chrétiens , aux-
quels il infligea de grands supplices.
Les évêques furent écorchés vifs, et
moururent dans le   martyre9. On dé-

1. Joh. Eph., III, ir, 6. —- 2. Cette elausule, écrite en arabe, n'est pas dans lems. de Londres.
3. Joh. Eph., III, n, 3. — 4. Cf. lbid., u, 8.

5. Joh. Eph., III, rr, 9. — 6. Iki^o*, d'après J. d'Eph. — 7, •ftapaYaOStç. Costume de sa charge.
8. Joh. Eph., III, h, 18-23. — 9. liions.

LIVRE X. CHAP. VII

305

fermer dans le palais de Hormizdas.
L'empereur envoya des gens pour l'ex-
horter à communiquer avec eux ; mais
il n'y consentit pas. On ordonna de le
conduire et de l'enfermer dans le mo-
nastère de Dalmatius*, qui était au-des-
sus de tous les monastères. Au bout de
trois ans, il fut délivré, mais sortit du
palais2.

Trois consuls3 : Jean, Pierre et Eu-
dœmon résistèrent également ; et après
qu'ils eurent subi beaucoup de tour-
ments et de supplices, ils furent rétablis
dans leur charge.

Sergius le prêtre et l'écrivain, et un
autre prêtre du nom de Sergius 4, résis-
tèrent grandement aux afflictions des
Synodites : ils subirent de cruels châti-
ments, mais ne faiblirent point. A la fin,
ils furent jetés en prison.

On fit sortir Andréas le reclus5 et on
démolit sa cellule *. Comme on l'entraî-
nait et qu'on le faisait passer par les
bazars, il s'écriait : « Malheur à moi! je
suis chrétien : et voici que je suis per-
sécuté ! » Plusieurs (témoins) se réuni-
rent, pris de zèle, pour tuer les persécu-
teurs. Les persécuteurs s'enfuirent et se
cachèrent; alors il se trouva délivré, prit
la fuite et s'en alla.

Les Orthodoxes avaient dans la ville
impériale deux grandes diaconies" : l'une
avait été instituée par Paulus d'Antioche,
et jamais les diophysites ne s'y étaient
assemblés. Les Orthodoxes furent accu-
sés, par quelques méchants, d'y tenir

truisit les églises et les monastères.

Il donna l'ordre de bâtir en Arménie8
un temple du feu, et que tous les Armé-
niens l'adorassent. Le peuple se sou-
leva et ne laissa pas bâtir le temple du
feu. — Pour ce motif, il y eut une guerre
violente entre les Perses et les Armé-
niens, durant l'espace de six ans.

Le catholicos de Dovin, ville de la
Grande-Arménie, soumise aux Perses,
vint avec des évêques à la ville impé-
riale. Avec naïveté, ils se joignirent au
patriarche de la ville; car ils ne savaient
rien de la corruption du Synode, qui
régnait chez les Romains. — Quand on
apprit la chose dans leur pays, tous les
évêques adressèrent des menaces au ca-
tholicos et à ceux qui l'accompagnaient :
« Si vous communiquez avec les Syno-
dites et si vous vous joignez h eux, c'est-
à-dire au synode de Chalcédoine, nous
ne vous recevrons plus ; bien mieux,
nous vous anathématiserons ». — Dès
lors, ils se séparèrent, et ils s'assem-
blaient à part dans des monastères.

Le catholicos des Arméniens mourut
à Constantinople au bout de deux ans.

La persécution des chrétiens sévit
dans l'empire des Perses pendant toute
la vie de Kosrau. Plus on recevait de
nouvelles de la persécution chez les
Romains, plus elle s'aggravait chez les
Perses.

A cette époque9, les sophistes et les
scholastiques montèrent d'Alexandrie
dans la ville impériale. Ils discutèrent

1. û.§oà\>> (J. Eph.). — 2. Fut privé de sa charge. — 3. Joh. Eph., III, n, 11. — 4. Ibid., ir, 13.
- 5. Ibid., n, 14. — 6. Littér. : « la maison de sa réclusion ». — 7, Joh. Ephes., III, n, 15.
8. Li»U:>. — 9. Joh. Eph., III, i, 33.

II. 39

306

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

des réunions. Thallus, le président,
pour ne pas donner prétexte aux ana-
thèmes, fit sortir les clercs et les moines
qui s'y trouvaient.

Dans la seconde1 habitait Qomîta, qui
avait fait une diaconie [346] de son pa-
lais. On y accomplissait* tout le service
des pauvres. Dans cette persécution,
l'édifice fut confisqué et les bulles de
confiscation^?) y furent affichées. Ladia-
conie fut enlevée (de ce lieu). Les quel-
ques-uns qui restèrent choisirent un
autre lieu, où ils servaient et lavaient ré-
gulièrement les pauvres.

Antipatra et G[e]orgia *, zélatrices de
la foi, souffrirent beaucoup de la part
des Synodites. On les jeta sur la rive
de Chalcédoine ; on leur rasa la tête et
on en fit des balayeuses du couvent.

L'impératrice orthodoxe, Sophia, re-
cevait la communion du prêtre An-
dréas5. Il consacrait dans sa demeure ;
comme il recueillait l'oblation, elle lui
dit de laisser une parcelle consacrée
sous le voile, parce qu'elle était persua-
dée que Justinus la prendrait; car il
s'écartait de la communion des Syno-
dites. — Par la suite, Sophia accepta
leur communion.

Avant que l'impératrice Sophia n'ac-
ceptât la communion des Synodites,
elle avait été favorisée de glorieuses ré-
vélations, ainsi qu'elle l'a elle-même
raconté. Alors que les discussions et

pendant toute une année; on n'osa s'em-
parer d'eux, à cause du blé qu'on en-
voyait8 de cet endroit; et ainsi ils s'en
retournèrent en paix, sans que rien n'ait
été fait.

A cette époque7, on s'empara [346] de
Conon, le chef de l'hérésie des Tri-
théites, qui comptent des essences, des
natures, des dieux et des divinités8. On
exigeait de lui qu'il présentât un libelle
(de rétractation), en qualité d'hérétique,
et l'empereur jura : « Il ne sera pas reçu
par nous, s'il ne fait le libelle9 ! »

Photius10, fils de la femme de Béli-
saire, qui était militaire, coupa sa che-
velure et se fit moine. Peu de temps
après il courut trouver l'empereur. Il
devint pillard et voleur; il s'emparait
des richesses et les envoyait à l'empe-
reur. Il imposait les évêques d'une cer-
taine quantité de litre, et celui qui ne la
donnait pas était livré sans pitié à la
torture. Celui qui se montrait trop
difficile était aussitôt hissé à une corde
et suspendu ou la tête en bas, ou par les
épaules. Il persécuta avec une telle fé-
rocité, surtout les Orthodoxes, pendant
12 ans; puis il cessa : car, ayant été
frappé d'une plaie cruelle, il souffrit
amèrement et périt.

Alors, Jean de Sirimin, voyant que
le ministre de la persécution11 des Or-
thodoxes avait péri, retourna trouver
Pempereur12, et se mit à l'exciter de nou-

1. Joh. Eph., III, u,16. — 2. Ux>k**>. _ 3. J. Eph. : loJIgâMOf u-olLa. — 4. Joh. Eph., III, n, 12.
— 5. lbid., ii, 10.

6. ^ji^», — 7. Joh. Eph., III, r, 31. — 8. Lire : Uooï^. — 9. Lire : comme à la 5a ligne. —

10. Joh. Eph., III, r, 31, 32. — 11. Lire : i»3o»v oh***ûo. — 12. Jean d'Asie qui raconte le fait par
deux fois (III, r, 37 ; m, 12) dit que le patriarche alla trouver le Qésar Tibère.

LIVRE X CHAP. VIII

307

les troubles au sujet des Trithéites sé-
vissaient dans la ville (impériale), que
les églises, les prêtres et le peuple
couraient le danger, cette impératrice
était dans une grande inquiétude d'es-
prit. Or, Sophia elle-même vit, pendant
la nuit, dans une vision, la Mère de
Dieu qui lui disait : « Vois, ma fille;
prends garde à l'hérésie des Trithéites
qui proclament trois dieux en trois
natures. » — Celle-ci répondit : « Que
Dieu m'en fasse la grâce, ô ma Dame ! »
— De nouveau (la Vierge) lui demanda :
« Quelle est ta confession ? >> — Et elle
répondit : « Père, Fils et Esprit-Saint :
un seul Dieu. » —Alors (la Vierge) la prit par la main et lui dit : « Tu tiens une bonne
confession (de foi). » — Aussitôt l'impératrice, saisie d'admiration, éveilla l'empe-
reur et lui raconta la vision.

CHAPITRE [VIII], qui expose ce qui se passa entre les Romains et les Perses, en
Van 8 de Justinus. — Sur les évêques.

En l'an 8 de son règne, Justinus créa César1 Marcianus, fils de sa tante mater-
nelle, et l'envoya avec l'armée de ses soldats, contre Nisibe. — Quand il
arriva à Dara, il envoya une partie de ses troupes dans la région des Perses. Elles
(la) dévastèrent, [346] firent de nombreux captifs, et revinrent à Dara2.

Quand les Perses virent les Romains, ils furent pris d'une grande terreur.
Le marzban de Nisibe usa de ruse et vint trouver Marcianus à la frontière ;
et par ses messagers, il le retarda pendant quatre mois. Les Perses firent ainsi
jusqu'à ce qu'ils aient eu le temps d'informer leur roi et d'introduire des vivres
dans Nisibe. Ils coupèrent, à une portée de flèche, les jardins qui sont aux alen-
tours ; et ils chassèrent les chrétiens qui étaient à l'intérieur de la ville. — L'em-
pereur écrivit de nouveau à Marcianus de descendre à Nisibe sans retard.
Marcianus, ayant célébré la fête3 à Dara, campa devant Nisibe à la fin de nisan
(avril). De tous côtés 4 on était persuadé qu'après quelques jours les Romains
s'en empareraient ; ils étaient très appliqués au combat. Mais voici qu'un homme

1. Lire : « patrice ». Joh. Eph., III, vi, 2. — 2. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L, § xxxvm. — 3.
La fête de Pâques. Cf. Hist. du Bas-Emp., 1. L, § xian. — 4. A l'intérieur et à l'extérieur (J. Eph.).

veau contre les Orthodoxes. L'empereur
lui dit avec colère : « Ceux que tu
m'exhortes à persécuter sont-ils des
païens ?» — Il répondit ; « Non. » —
L'empereur lui dit de nouveau : « Sont-ce
des hérétiques? » — Il répondit : « Non
plus, seigneur! » —L'empereur reprit:
« Ainsi donc, tu m'attestes toi-même
que ce sont des chrétiens! Comment
peux-tu m'engager à devenir le persé-
cuteur des chrétiens, comme Dioclétien
et les autres? Va, reste en paix dans ton
église, et ne nous tourmente plus ».

308

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

sauvage, Acacius, arriva en grande hâte, de la part de Justinus, pour des-
tituer Marcianus. Marcianus, comprenant que cet homme inique était venu
contre lui sans raison solide, lui dit : « Accorde-nous un peu de temps ; car tu
vois combien de palissades1, de machines1, de grandes tours nous avons
bâties; la ville est réduite à une grande extrémité, et bientôt, par la grâce de
Dieu, elle sera livrée entre nos mains. Attends deux jours, que nous l'ayons
prise; et alors, en ta présence, l'ordre de l'empereur à mon égard sera exé-
cuté. » Mais cet homme s'emporta brutalement, jeta les mains sur lui, le tirant de
côté et d'autre, et lui coupa sa ceinture. Les troupes, voyant ce qui se passait,
furent exaspérées de cette injustice, et se mirent à fuir de tous côtés; parce
que l'enseigne8 du général avait été enlevée. Ils crurent même que l'empereur
était mort*. Le motif de la colère de l'empereur contre Marcianus ne fut connu,
pour le moment, de personne. Par la suite, on apprit que c'était le suivant5 :

Mondar était devenu roi des Taiyayê, après la mort de Héret, [347] son père, et
les Taiyayê persans vinrent camper à Hirta. Les Taiyayê persans, c'est-à-dire
arabes, comprenaient alors deux fractions : les uns étaient des Taiyayê chré-
tiens, les autres des Taiyayê persans. Les Taiyayê persans envahirent la région
des Taiyayê chrétiens et prirent tous leurs pâturages et leurs troupeaux de
chameaux. Mondar rassembla ses troupes, fondit sur eux et les massacra. Un
petit nombre d'entre eux seulement échappa. Mondar les poursuivit et campa
dans la terre de Qabous. Les bandes 6 de Qabous, en venant et voyant les tentes
fixées en ce lieu, pensèrent que c'était Qabous leur roi. Lorsqu'elles arrivèrent,
Mondar les prit, les massacra et s'empara de leurs richesses. Après un certain
temps, comme Mondar s'en retournait avec un butin de richesses et de cha-
meaux, Qabous se présenta pour combattre avec Mondar, et fut vaincu7. Il s'en
retourna chez les Perses pour ramener des troupes. Mondar fit connaître toutes
ces choses à l'empereur, et lui demanda de l'or pour donner aux troupes, en
prévision de l'arrivée des Perses. L'empereur conçut le dessein abominable de
faire tuer Mondar, parce qu'il avait demandé de l'or.

L'empereur Justinus écrivit donc deux lettres ; une à Mondar, dans laquelle
il s'exprimait ainsi : « Au sujet des affaires difficultueuses, nous avons informé
Marcianus de conférer avec toi des choses qu'il ne convient pas d'écrire dans
une lettre. Donc, aussitôt après la lecture de notre présente lettre, va près de
lui au camp établi autour de Nisibe. » L'autre était adressée à Marcianus; il y
disait : « Nous avons écrit à Mondar de venir près de toi. Fais en sorte, lorsqu'il
arrivera près de toi, de lui enlever la tête, et écris-nous. » —Le crime ayant été

1. -/apâxw[jia. — 2. Lire |.£sa.iaio r: (j,Y)-/av^[Ji.aTa. — 3. (JâvSov. — 4. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L,
§ xLiv. —5. Joh. Eph., III, vi, 3, 4. — 6. u©iaa_i_ûbo. — 7. Lire : u3»i|. Sur ces événements, cf. Nœl-
deke, Gesch. der Perser und Araber, p. 345, n. 4.

LIVRE X. CHAP. VIII

309

ainsi préparé1, il arriva ensuite, soit par erreur, soit par quelque artifice ou par
la permission divine, que l'affaire fut changée : le nom de Mondar fut écrit* sur la
lettre de Marcianus, et le nom de Marcianus sur celle de Mondar. Et le [xaYicrTptavoç,
ayant reçu les ordres, partit5. Il se rendit d'abord près de Mondar, qui ouvrit la
lettre et la lut en sa présence. Il frémit et dit : « En échange de mon labeur en
faveur du pays des Romains, on me récompense par l'amputation de la tête! »
Il fut rempli de colère et défendit que jamais aucun des soldats romains ne
soit admis à se joindre à ses troupes. Les Taiyayê persans, en apprenant cela,
comprirent qu'ils n'avaient rien à craindre de Mondar; ils entrèrent dans le
pays des Romains, dévastèrent et incendièrent jusqu'à Antioche *. Pour ce motif,
l'empereur fut irrité contre Marcianus, pensant que celui-ci avait averti Mondar.

Marcianus fut pris et envoyé à Dara. — Le camp, envoyant sa tente arrachée,
crut qu'il avait pris la fuite devant les Perses, et pour cela, ils abandonnèrent
leurs tentes et s'enfuirent. Les Perses sortirent de Nisibe et pillèrent le camp
des Romains qui recueillirent ainsi le comble de la honte.

En l'an 8 de Justinus, au mois de
haziran (juin), il y eut un violent trem-
blement de terre par tout l'Univers.
Toute la terre fut secouée comme les
feuilles des arbres par le vent. On n'en-
tendit pas dire qu'il y eût eu quelque
part aucune [346] ruine. Par là surtout,
on connut la providence divine à l'égard
de cet Univers qu'elle gouverne selon
sa volonté toute-puissante. Et cela eut
lieu à cette époque, afin que ceux qui
sont privés de la foi comprennent et
sachent que Dieu lui-même, dans le
temps, le lieu et la manière qu'il veut
et sait nécessaire, permet que ce châti-
ment arrive et cause des ruines dans la
mesure qu'il lui impose. Or, comme ce
fléau du tremblement de terre n'avait
point effrayé les hommes de cette géné-

A Rome, le 57e évêque fut Pelagius5.

A Jérusalem, le 59e fut Eustathius6.

A Antioche, le 55e fut Anastas[ius]7.

A Constantinople, le 25e était Jean de
Sirimin, qui infligeait des maux aux
Orthodoxes8. —Quand il mourut, [346]
Eutych[us] revint.

Cet Eutych[us] était un moine, et
passait pour pieux9. Après avoir occupé
le siège pendant 12 ans, il fut chassé,
parce qu'il fut dévoilé. Alors, vint Jean
de Sirimin, pendant 13 ans. Il mourut,
et Eutych[us] revint10. Il fut reçu avec
pompe, car ils étaient (satisfaits d'être)
délivrés de l'énorme malice de Jean,
orgueilleux et très cruel. — L'archi-
diacre de Rome écrivit11 en ces termes :
« Si Eutych[us] est accepté, Jean doit
absolument être déchu du sacerdoce; si

1. Lire : bo-i (?). — 2. otoLI. — 3.        — 4. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L, § xlv.

5. Jac. Edess., ad ann. 228. — 6. Ibid,, ad ann. 233 (corriger : Eustochius). — 7. Ibid., ad
ann. 236 ; (le 53e). — 8. Ibid., ad ann. 238. — 9. Corriger : |aa»(J4 Eph.). — 10. Joh. Eph., III, n,
31. — 11. Jean d'Asie {ibid., 32) dit : « parla ». Le pape Pelagius avait alors à Constantinople,
comme « apocrisiaire », le diacre Grégoire qui devint son successeur.

310 CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

ration, mais avait été considéré comme Jean est compté parmi les pontifes, Eu-
un songe ou comme s'il n'avait pas eu tych[us] ne peut être évêque ; car tous les
lieu, à cause de cela, le Seigneur éten- deux se sont anathématisés mutuelle-
dit de nouveau sa main, dans la colère, ment et se sont privés l'un l'autre du sa-
et châtia les hommes par le mal de la cerdoce. II est absolument impossible
peste bubonique, qui sévit plus ou que tous les deux soient appelés patriar-
moins sur toute la terre habitée. Pen- ches; mais, de toute nécessité, l'un doit
dant ce fléau, la mortalité fut telle h être destitué. Si tous les deux sont pro-
Constantinople qu'on emportait chaque clamés, ils n'ont point le souverain pon-
jour environ trois mille morts. — Fin.       tificat selon la vigueur des canons. »

L'empereur le blâma et lui dit : « Dé-
partis-toi de la rigueur1 des canons. » Et
ainsi les canons furent totalement foulés aux pieds chez eux.

Eutych[us] étant dans son monastère, à Amasia du Nord, fit des livres d'Extraits,
dans lesquels il enseigne une quaternité au lieu de la Trinité*. Quand il vint dans
la ville impériale, il se mit h envoyer ses écrits en tous lieux. Une grande pertur-
bation s'éleva; pris de peur, il ramassa ses écrits, mais persévéra lui-même dans
son opinion. Après cela, il se convertit à l'opinion de l'hérésie des partisans de
Jean Grammaticus d'Alexandrie, qui comptent des essences et des natures dans la
Trinité. Il disait que les corps actuels ne ressusciteront pas, mais [347] d'autres à leur
place. 11 était auparavant dans l'hérésie des Sabbatiens. Il fit une chose qui ameuta
et excita contre lui toute la ville*. Il fut pris de crainte et se calma un peu de son in-
sanité. Ayant été tourné en ridicule par tout le monde4, il pensa qu'il était méprisé par
les seuls Orthodoxes. Il résolut de les supprimer. Il excita quelques hommes barbares
à se jeter sur eux au moment de la célébration; ils les entraînaient et détruisaient
leurs autels, ils renversaient leurs oblations, ils pillaient leurs biens et les jetaient
eux-mêmes en prison; ayant été accusés de fouler aux pieds les oblations, comme des
païens, ils les jetaient ensuite ouvertement dans le feu et les faisaient brûler. Euty-
ch[us] était entièrement disposé à faire périr les Orthodoxes, s'il n'Sn avait été
empêché par l'empereur. Il alla en effet, un jour, trouver celui-ci6, et se mit à l'exci-
ter à la guerre contre les fidèles. Mais Pempereur répondit : « Nous avons assez des
guerres contre les Barbares; nous ne pouvons exciter une autre guerre contre nous,
ni faire en sorte que les chrétiens soient aux prises les uns avec les autres. Allez et
restez tranquilles. Tâchez de les persuader en les exhortant par la parole. Sinon,
cesse de persécuter. » C'est pourquoi il se ralentit et se calma6.

1. àxpigda. — 2. Joh. Eph., III, n, 35, 42. — 3. Cf. lbid., m, 18. — 4. Lire : «ai^o ,*>, Joh. Eph.,
III, ii, 37.— 5. Tibère. Joh. Eph., III, i, 37;cf. m, 12. Comp., p. 306.— 6. Lire : ll*o <a*»3 (J. E.).

LIVRE X. CHAP. IX

311

CHAPITRE [IX]. — Du châtiment qui frappa Jean de Sirimin, et ensuite Justi-
nus lui-même, et tous ceux qui comme eux avaient persécuté les fidèles. De
la calamité qui fondit sur tout Vempire1.

Les Synodites ayant détruit les autels2 [348] et les églises des fidèles
dans la ville impériale, le Seigneur excita contre eux le peuple barbare, à che-
velure inculte, des Avares3, qui parvinrent jusqu'au mur de la capitale. Ils dé-
pouillèrent, spolièrent, incendièrent les églises de Thrace, en démolirent même
un grand nombre, et dévastèrent les pays4. — Ainsi leurs œuvres furent récom-
pensées au quadruple !

Ensuite, en l'an 886, qui est l'an 9 de Justinus5, Kosrau, roi de Perse, ayant
appris que l'armée des Romains s'était enfuie de Nisibe, vint et trouva les ma-
chines de guerre6, les niangoneaux7 et les autres choses que les Romains avaient
abandonnées dans leur frayeur; il les prit et alla assiéger la ville de Dara. Il
établit des tailleurs de pierre pour entamer le mur oriental, et pour couper
l'aqueduc8 ; mais il se trouva solide. Ils y mettaient le feu en y jetant du vinaigre,
et ils le broyaient. Il assiégea la ville pendant six mois. Il éleva deux mules9 et
les entoura d'un mur de briques. Voyant qu'il ne pouvait s'en emparer, il demanda
aux habitants 5 fcevcqvapioe d'or, qu'il prendrait pour s'en aller. Qomita10, qui avait
été envoyé pour traiter avec lui11, ne leur fit pas connaître (ces conditions).
Comme l'or ne lui fut pas donné, Kosrau devint très furieux et ne cessa de com-
battre. Les Romains crurent la ville imprenable, descendirent du mur, et res-
tèrent à manger et boire. Les Perses, voyant que le mur était évacué, relièrent
les mules au mur par des bois. Les Romains virent le mur couvert de Perses,
[349] et ils coururent à la porte pour sortir. Les chefs cachèrent les clefs, et les
Romains furent contraints de combattre. Le combat dura sept jours; et la ville
fut remplie des cadavres des tués. Les Perses, voyant qu'ils ne pouvaient s'em-
parer des Romains, montèrent sur le mur et dirent : « Venez, faisons la paix! ».
Les malheureux Romains ajoutèrent foi aux serments des Perses ; ils firent trêve
aux armes et les deux partis se mélangèrent11. Alors, les Perses, païens, fail-
lirent à leurs serments, jetèrent les mains sur les Romains et s'emparèrent
d'eux. Il emmenèrent le peuple en captivité. Ils réunirent environ 200 xevT^vaçia
d'or. Kosrau, voyant cela, dit aux gouverneurs de la ville : « Dieu vous deman-

1. itoXiTeta. — 2. Lire U*»       Cf. Joh. Eph., III, rr, 30. —3. >«u^a| ^ç»*;^»» ^.çn Up^a

(J. Eph.) ; « who from their unshorn hair are called Avars » (Trad. Payne-Smith, p. 142). — 4.
Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L, § xlvu. — 5. Joh. Eph., III, vi, 5. — 6. u.r)xavyi|i.ai;a. — 7. u-ayyavov.

_8. àywyoç. — 9. ^»a3, Xôçoî. — 10. J. Eph. : ^oao; KofWTaç. — 11. Lire :        "^om a*^*n —

12. Lire : ona- (J. Eph.).

312

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

dera compte du sang du peuple qui a péri, parce que vous n'avez pas voulu
donner une partie de tout cela pour le rachat des âmes. » Ils lui jurèrent que
Qomita ne leur avait pas parlé de donner de l'or. Kosrau s'irrita contre lui et lui
fit crever les yeux. 90 mille âmes s'en allèrent en captivité; il y avait eu
150 mille tués; et beaucoup de Perses avaient péri1.

Aussitôt*, Kosrau envoya le marzban Adarmôn*, qui pilla et fît de nombreux
captifs à Beit Balas, à Qasrin(?), à Beit Dama (?), chez les Gaboulayê, dans les
environs de Qennésrin, à Gazara, dans la montagne et dans la région d'An-
tioche.

Déjà une fois, quand le roi de Perse était venu à Apamée, le peuple était sorti
au devant de lui ; le roi était entré dans la ville, avait assisté aux jeux du cirque4
et n'avait fait aucun mal aux habitants. A cause de cela, ils sortirent aussi main-
tenant au devant du marzban, vêtus de blanc. Celui-ci entra frauduleusement;
puis les Perses occupèrent les portes. Il fit sortir hommes et femmes enchaînés,
pilla cette ville opulente et l'incendia. Le nombre des captifs fut de 292 mille,
qui tous furent envoyés en Perse. Adarmôn revint à Dara près de Kosrau.

Les Perses qui accompagnaient Kosrau étaient au nombre de 123 mille cava-
liers, et de 104 mille pour le reste. —Depuis la construction de la ville de Dara,
du temps d'Anasta[sius]5, jusqu'à sa présente destruction, il y a en tout 72 ans.
— Kosrau fit tout le peuple captif, et pilla tout ce qui se trouvait dans la ville.
Il y laissa cinq (?) armées6 et partit.

En apprenant que Dara avait été prise, le 15 de tesrin n (nov.), l'empereur
fut affligé. Il fît (fermer) les boutiques et cesser le commerce. Au moment
où l'empereur réunissait (une armée) pour descendre en Orient, il fut possédé
du démon. — Zacharias fut envoyé vers Kosrau pour faire la paix, avec 650 litre
d'or. On convint de ne livrer aucun combat dans la région de Dara pendant
15 mois. Et il en fut ainsi7. — Fin.

A cette époque un prodige apparut
[348] dans la ville impériale. Le voici8 :

Toutes les fois que les éléphants, qui
avaient été donnés aux chrétiens par
suite de la victoire que Dieu leur avait
accordée sur les Mages9,passaientdevant

De violentes persécutions, [348] des
exils terribles, étaient décrétés contre
les chrétiens par les Synodites, ainsi
que d'autres maux innombrables; mais
bientôt le châtiment de la colère fut en-
voyé du ciel, par Dieu, sur ceux qui

1. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L, § xLvr. — 2. Joh. Eph., III, vi, 6; cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L,
§ xlv. — 3. Ms. : Ardmôn ; J. Eph. : vovxsj*l ; Theophylacte : 'A8opi/.aàvï]ç. — 4. îrenixôi;. — 5. Cf.

ci-dessus, p. 160. — 6. ©îa ">->*¦ (J. Eph.). — 7. Ou bien : « et la paix fut faite ». Cf. Hist. du
Bas-Empire, 1. LI, § m,

8, Joh. Eph., IIIe part., n, 48. — 9. Après la bataille de Mélitène, dont il est question ci-après,
p. 318. Ct. Hist. du Bas-Empire, 1. LI, § xrn.

LIVRE X. CHAP. IX

313

les églises, le premier se tournait vers
l'Orient, inclinait la tête et saluait ; puis
il levait sa trompe, et, en la tournant, tra-
çait le signe de la croix. Puis ainsi de
suite, chacun de ceux-ci, qui étaient au
nombre de quarante. Le Chroniqueur1
dit qu'il a vu cela de ses yeux.

Toutes les fois qu'il y avait un jeu hip-
pique*, c'est-à-dire des courses de che-
vaux, un homme montait sur chacun des
éléphants, et quand ils voyaient l'empe-
reur, autant que la nature le leur per-
met, ils s'inclinaient et le saluaient. Cha-
cun d'eux tournait sa trompe et faisait
le signe de la croix en face de l'empe-
reur.

Tandis que toutes ces choses se fai-
saient à la gloire de Dieu, il y avait des
hommes qui (le) déshonoraient, surtout
(parmi) les chefs des églises et les rois.

Quand Justinus tomba dans la dé-
mence*, pour avoir fait le mal, il fut
atteint d'un cruel châtiment, qu'on ne
peut considérer que comme venant de
Dieu. En effet, comme il avait tué les
prêtres et démoli les autels, par l'inter-
médiaire de Jean de Sirimin, Dieu en-
voya sur lui la colère, la fureur, et l'op-
pression, par un mauvais ange; il per-
dit l'esprit et son corps fut livré au
tourment. II poussait des cris de bêtes :
il aboyait comme les chiens, ou imitait
les chèvres, ou les chats ou les poules.
Il fuyait d'un lieu à un autre ; mais le
châtiment le poursuivait, de sorte que
même [349] il entrait sous le lit ou dans

usaient de cruauté et de méchanceté,
sans les freins de la crainte de Dieu,
c'est-à-dire sur Jean de Sirimin et sur
l'empereur Justinus lui-même. Tous les
deux furent possédés du démon.

Outre ce qui lui était déjà arrivé,
Jean fut encore frappé d'autres mala-
dies4 : de la dyssenterie5, de la goutte6;
et il n'obtenait aucun soulagement des
médecins. Alors il s'aperçut .qu'il était
frappé par le doigt de Dieu ; il disait aux
médecins, en pleurant : « Pourquoi vous
fatiguer après moi ? Vous ne pouvez
guérir mes maux; car un juste châti-
ment m'a été envoyé. De même que j'en
ai frappé plusieurs sans pitié, ainsi je
suis frappé sans pitié par la main de
Dieu ». A la fin ses intestins se déchi-
rèrent. Après que son tourment se fut
prolongé pendant deux ans, il se perça
enfin lui-même d'un couteau et mourut.

Une fois7, l'orgueil de ce Jean avait
fait descendre les images des Pères pour
mettre les siennes à la place. Or, après
sa mort, quand vint Eutych[ius], celui-
ci fit descendre celles de Jean et les
remplaça par les siennes. Abimelek fut
récompensé selon ce qu'il avait fait 8.

Le diacre Theodulus0 passait pour
humble et vertueux, et l'empereur Jus-
tinus lui avait confié de l'or pour distri-
buer aux indigents. Mais lui aussi, du
temps de Jean, avait imité celui-ci dans
l'impiété. Il se complaisait dans les op-
pressions [349] qu'il faisait subir aux
fidèles. C'est pourquoi le Seigneur lui

1. Jean d'Asie (loc. cit.), — 2. Itctiixôç. — 3. Joh. Eph., III, m, 2.

4. Joh. Eph., III, n, 26.— 5. Lll»o? — 6. It^&â, itoSàrpa. — 7. Joh. Eph., III, n, 27. —

Cf. Jud , ix, 56. — 9. Joh. Eph., III, n, 28.

II. 40

314

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

envoya aussi de cruelles afflictions. Sa
femme et ses enfants se noyèrent dans
la mer. Il fut pendant trois ans dans les
douleurs. Il s'écriait et disait : « Malheur
à moi! car les malédictions des persé-
cutés s'accomplissent sur moi ». Sur
ces entrefaites, son valet de chambre6 se
révolta contre lui et alla informer l'em-
pereur de l'or qu'il avait amassé. L'em-
pereur lui envoya demander 3 x,evTY]vapcoc.
Il jura qu'il n'en possédait pas même
un; et bientôt après il mourut. On lui
trouva plus de 100 xsvTYjvàpia d'or. Il fut
enseveli dans les malédictions.

Anastas[ius], questeur de l'empereur,
avait aussi infligé des maux aux fidèles7.
Le jour de la fête de la Croix, il s'avança pour la vénérer ; mais un démon s'empara
de lui, et dévoila qu'il ne vénérait pas la Croix, car il était samaritain. Ayant été
formé (par) Jean de Sirimin, il persécutait beaucoup les fidèles, pour lui être agréable.
Or, quand le démon entra en lui, tout le peuple se mit à crier : Kyrie eleison. Il fut
abandonné, mourut et périt. La terreur s'empara de toute la ville, c'est-à-dire de tout
le peuple. —Fin.

CHAPITRE [X]. —Sur V ambassadeur envoyé aux Turcs par Justinus6; et sur9
les vierges chrétiennes envoyées en présent par le roi des Perses au roi des
Turcs, qui se précipitèrent10 dans un fleuve.

Le premier motif pour lequel la paix fut rompue et la guerre eut lieu entre
les Romains et les Perses, fut le peuple des Arméniens. Le second fut que Jus-
tinus avait envoyé, en la septième année de son règne, comme ambassadeur au
roi des Turcs, un homme appelé Zemarkus11, pour les engager dans la guerre
avec les Perses. — Il y avait à cette époque neuf rois des Turcs. Le premier

1. Lire l^ûaao, cubicularii. — 2. Restituer L'auteur résume Jean d'Asie (III, m, 3) qui

porte : |»av.| « un petit char » sur lequel ils le traînaient assis sur son trône. —» 3. uov**». —

4. ^spo     (Joh. Eph.). — 5. Imitant les marchands qu'il voyait dans les rues (J. Eph.).

6. (kimaptoç, vestiarius. — 7. Joh. Eph., III, n, 29.

8. Joh. Ephes., III, vr, 23. — 9. ^o. — 10. u^lj. — 11. Lire : «*>o3;*^l; j, Eph. : ls;*u|,

Zïî(jLapxoç. Ms. ; JDemarkos.

les armoires. Quand on le prenait, on
lui criait : « Voici Héret qui vient ! » et
il s'en allait en tremblant. Il fut ainsi
éprouvé pendant cinq ans. Ses chambel-
lans1 l'amusaient avec un petit char de
bois* qu'ils traînaient, ou en jouant de
la cithare. Le patriarche se rendit près
de luiet voulut l'exorciser ; mais Justinus
le frappa3 et (lui) dit : a Va t'exorciser
toi-même; car tu es aussi possédé d'un
démon ». Et il pris son étole qu'il mit
autour de son cou. — Il criait ; « Qui
achète* des pots? », et beaucoup de
choses semblables5.

LIVRE X. CHAP. X

315

ayant rencontré l'ambassadeur des Romains et ayant appris le motif de sa
venue, se mita pleurer un moment. Quand il cessa de pleurer, l'envoyé et les
soldats lui demandèrent le motif de ses pleurs. Il répondit : « Nos pères
disaient : Quand vous verrez l'envoyé du roi des Romains, qui sont en Occi-
dent, venir vers les Turcs, il y aura une grande dévastation par toute la terre,
et les hommes se détruiront les uns les autres. Et moi, en vous voyant, je me
suis rappelé cette parole néfaste des anciens. La douleur et l'affliction se sont
emparées de moi, et j'ai pleuré à cause de la ruine1 qui va arriver. » Il in-
terrogea ensuite les envoyés, en disant : « Les Perses sont-ils véridiques en
disant : Les Romains sont esclaves et nous paient le tribut. » — Il lui ré-
pondit : « Ils ne sont pas véridiques, mais menteurs. Les empereurs romains
les ont continuellement tenus captifs; ils ont dévasté leurs pays; quand Tra-
janus* descendit il les soumit; il érigea dans leur pays, une statue devant
laquelle, jusqu'à ce jour, aucun d'entre eux ne peut passer à cheval ». — Le
roi des Turcs fit venir quelques Persans qui discutèrent avec les Romains en sa
présence. Les envoyés des Perses furent couverts de confusion par ceux des
Romains. C'est pourquoi, le roi des Turcs chassa avec colère les envoyés des
Perses et honora beaucoup les Romains*.
[La suite manque*].

Kosrau5, roi des Perses, enivré par l'orgueil, à cause du butin qu'il avait recueilli
de Dara et des autres pays des Romains, ordonna de choisir deux mille jeunes filles
vierges. Les ayant fait orner de vêtements princiers et riches6, il les envoya comme
présent aux Barbares, c'est-à-dire aux Turcs de l'intérieur (au-delà) de la Perse,
afin de les entraîner à la guerre contre les Romains. 11 ordonna de les conduire
doucement « de peur qu'elles ne soient exténuées et amaigries. » — Lorsque ces
chastes (filles) furent choisies et envoyées, elles étaient dans une cruelle angoisse
(en songeant) qu'elles perdraient le christianisme et que leur corps serait souillé par
l'impureté des Barbares. — Continuellement elles demandaient toutes à Dieu la mort,
en gémissant. Elles parvinrent à la cinquième étape7 en deçà des Barbares, et ren-

1. Jjpl. — 2. "»a.u;£ (J. Eph.). — 3. Jean d'Asie termine son chapitre en disant que les
envoyés du roi des Perses ayant raconté leur rencontre avec les envoyés des Romains, le roi des
Perses fit détruire la statue de Trajan et se disposa à la guerre. Les envoyés des Romains revin-
rent au bout de deux ans et parlèrent des pays et du peuple des Turcs, de sa multitude, de son or-
ganisation et de ses mœurs. Sur cette ambassade, cf. Hist. du Bas-Empire, 1. L, §§ xxx-xxxiti.

4. La lacune commence exactement au même point dans la version arabe. Mais cette dernière a
de plus négligé les fragments du haut de la page 353 de notre texte, et ne reprend qu'au début de
notre chapitre XII.

5. Joh. Eph., III, vi, 7. — 6. l^w»?o (?). Joh. Eph. ; ....'soluoso laowao : 1-11*» .*îfc.o £a**s

— 7. mansio.

316

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

contrèrent un grand fleuve. On y dressa le camp. Elles se concertèrent toutes et
furent d'un même avis pour mépriser la mort et ne pas perdre la foi de leur âme et
la pureté de leur corps, par le mélange des peuples sans dieu.

Après s'être mutuellement entendues sur cette affaire, elles demandèrent aux
Perses, leurs gardiens, de s'éloigner d'elles afin qu'elles pussent se baigner dans le
fleuve. Pour leur être agréables, ils s'éloignèrent. Alors ces chastes (filles), fortifiées
par le Seigneur, signèrent leur visage du signe de la croix salutaire et s'écrièrent
d'une même voix : « Christ, notre Dieu, aie pitié de nous, et reçois-nous! » Et elles
se précipitèrent ainsi dans ce grand fleuve et se noyèrent. Les gardiens, au cri de
leur clameur, accoururent et virent que la plupart d'entre elles étaient déjà suffo-
quées par les eaux.

[CHAPITRE XI. — De Vépoque à laquelle Tiberius fut associé à Vempire.}

(Le début manque1.)

[Jusqu'à cette époque, tous les empereurs avaient été Romains, c'est-à-dire
Francs; le premier fut Augustus et le dernier Justinus. Bien que la langue des
citoyens et des scribes* fût le grec, cependant, les empereurs et les soldats
étaient Francs. A partir de ce Tiberius commence le second empire des Grecs,
qui fut établi 598 ans3 après que leur premier] [353] empire eut cessé. Trente-
huit rois avaient existé dans ce premier empire, qui commença avec Caranus le
Macédonien et finit avec Persée *, en l'an 288. Il recommença ensuite à cette
époque, en l'an 886 du même comput, lorsque Tiberius commença à régner.

......[333] et par les évêques égyptiens contre ceux qui n'anathéma-

tisent pas le blasphémateur Jean Grammaticus, mais au contraire pensent comme

1. L'étendue de la lacune (deux pages et demie) donne à penser qu'il ne manque qu'un cha-
pitre. Il est à croire, d'après la teneur des chapitres précédents et des suivants, que la majeure
partie du texte disparu résumait quelques passages de la IIIe partie de l'Histoire de Jean d'Asie.
A l'endroit où cesse la lacune, la première colonne présente la fin d'une notice chronologique re-
produite par Bar Hébréus (Chron. syr., éd. Bedjan, p. 86-87); nous la complétons en traduisant le
début d'après cet auteur. La seconde colonne donne la fin d'une lettre dogmatique, dont nous ne
connaissons ni l'auteur ni les destinataires.

2. voiA'.xot. — 3. Bar Hébréus dit : 602 ans ; parce qu'il place la première année de Tibère en l'an
890. — 4. Bar Hébréus reproduit le même texte sans se préoccuper plus que Michel du désaccord
entre ces données et celle des premiers livres de sa Chronique. Il y a confusion entre l'empire des
Macédoniens et celui des Ptolémées. La date 288 doit être, d'après une chronologie quelconque, celle
de l'avènement d'Auguste. Persée, selon Michel, mourut en l'an 146 (Cf. tome I, p, 128; et le Ta-
bleau chronologique, tome Ier, p. 234).

LIVRE X. CHAP. XII

317

lui et prêchent des doctrines impures1; évêques, prêtres et diacres. En faisant cela,
mes bien-aimés, sans vous retourner, courez avec empressement vers la sainte Eglise
de Dieu, votre mère, munis de la ceinture de la foi orthodoxe dont vous êtes entou-
rés. Ainsi vous garderez la foi et vous obtiendrez le royaume du ciel, par la grâce, la
miséricorde et la philanthropie du Christ notre Dieu. » Et le reste. — Fin.

CHAPITRE [XII], qui expose*les événements accomplis lorsque Justinus fut
tombé dans la maladie et que Tiberius César dirigeait Vempire* des
Romains.

A cette époque', Kosrau, roi des Perses, exalté d'orgueil à cause de la vic-
toire qu'il avait obtenue dans la dévastation de la ville de Dara et dans la prise
des biens des contrées des Romains, vint en Arménie. Les armées des Ro-
mains s'opposèrent à lui et l'arrêtèrent. Tandis qu'il se dirigeait vers une
autre ville*, les Romains le suivirent et le chassèrent. Voyant que les choses
n'arrivaient pas selon son désir, il abandonna les montagnes du Nord et jeta
les regards vers la Cappadoce, pour s'emparer de Césarée. Les Romains le
rejoignirent et l'enfermèrent dans les montagnes5 mêmes. Il ne put leur résis-
ter dans le combat. Il fit semblant de s'enfuir dans son pays, et se retira vers
Sébaste qu'il brûla par le feu, parce que le peuple avait fui devant lui. Les Ro-
mains le rejoignirent de nouveau. Il abandonna son pavillon8, c'est-à-dire sa
tente et tout son bagage, et prit la fuite. Les Romains s'emparèrent du camp
des Perses ; ils pillèrent et enlevèrent même le sanctuaire du feu qu'il portaient
avec vénération. Si ce n'eût été la division des Romains, en cet endroit
[334] ils auraient anéanti les Mages et leur roi; mais les Romains se divisèrent
entre eux, selon leur coutume, et Kosrau se réfugia vers Mélitène qu'il brûla
par le feu.

Comme il se disposait à passer l'Euphrate, les Romains lui firent dire : « Il
ne convient pas à un roi de brûler les villes, il ne sied pas à un roi de causer
des ruines7 (?) et de s'en aller. Pour nous, serviteurs de l'empereur, ces choses
seraient très honteuses : combien plus pour toi! C'est le propre d'un roi de
livrer bataille, et de triompher quand il a remporté la victoire; mais non pas
d'entrer comme un voleur et d'incendier. » — En entendant ces choses, Kos-
rau ordonna de livrer bataille dès le lendemain dans la plaine8, à l'est de la
ville, au loin de celle-ci. — A l'aube, les deux partis se rangèrent en bataille,

1. Cf. Niceph. Call., H. E., XVIII, xlvii.

2. uoXiTsîa. — 3. Joh. Eph., III, vi, 8, 9. — 4. En abandonnant le siège de Theodosiopolis. — 5.
Lire : |»a£o (Joh. Eph.). — 6. papilionem. — 7. Lire : t^sam^o (J. Eph.); Ylda^cnza. — 8. x<x[Mtov.

318

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

en face l'un de l'autre; ils restèrent jusqu'à neuf heures sans engager le combat
et sans que personne fît un mouvement. Pendant la nuit Kosrau prit la fuite;
et, avant le jour, les Perses étaient arrivés au bord de l'Euphrate qui est à
six milles de Mélitène. Les Romains le poursuivirent; une multitude de ses
soldats se noyèrent dans le passage, et un petit nombre1 se sauva. Ils traver-
sèrent l'Arménie des Romains, et se réfugièrent dans des montages dénu-
dées (?)4 : Kosrau s'échappa de là avec diificulté. Étant revenu dans son pays,
couvert de confusion, il porta la loi qu'aucun roi.ne devait s'avancer au combat
si ce n'est contre un autre roi.

Les Romains ayant remporté la victoire, s'emparèrent des peuples du Nord*.
Ils pillèrent et ravagèrent la région [358] des Perses, et prirent leurs éléphants «.
Voyant que le roi des Perses était retourné à son pays, ils se crurent affran-
chis des combats ; ils envoyèrent leurs chevaux et les laissèrent aux pâturages ;
ils déposèrent leurs armes. Mais voici que tout à coup leurs sentinelles8 c'est-
à-dire leurs espions (arrivèrent)6 et s'écrièrent : « Voici les Perses qui
viennent ». Mais ils ne le crurent point et ne se tinrent pas sur leurs gardes.
Tout à coup, les armées des Perses survinrent. La terreur s'empara des Ro-
mains qui se mirent à fuir à pied, parce que leurs chevaux étaient au loin ; bien-
tôt après, ils jetèrent même leurs armes pour s'enfuir. Les Perses les poursui-
vaient en les tournant en dérision, et ils ramassèrent les armes, les cuirasses7,
et les boucliers 8. — Fin.

A cette époque, une grande crainte
des Perses régnait dans tous les pays
des Romains, situés dans la région
orientale. Jour et nuit, fêtes et diman-
ches, les ouvriers et le peuple travail-
laient assidûment à rebâtir les murs
des villes et des forteresses. On demeu-
rait 9 dans l'angoisse et la crainte.

A cette époque10 aussi, les païens
qui étaient dans la ville d'Héliopolis u,
attaquèrent les chrétiens et voulurent
les détruire par le fil de l'épée. En ap-

A cette époque, où les guerres se
multiplièrent entre les empires, la
guerre de l'Eglise se calma un peu.

Jacques était en Syrie. — Paulus,
qui était appelé patriarche d'Antioche,
communiqua avec les Chalcédoniens,
dans l'espoir de l'union : il fut méprisé.
S'étant enfui en Syrie, il présenta un
libelle de rétractation et, au bout de
trois ans, il fut accepté par le vénéra-
ble Jacques, à la demande de Mondar,
fils de Héret. — Paulus lui-même anathé-

1. Ull^p (B. H.). — 2. J. Eph. : l*>» |»a^.. Payne-Smith traduit (p. 398) : « the lofly

mountains of Carkh » ; et propose de restituer : en observant que Kosrau s'enfuit à travers

l'Arzanène, selon Theophylacte. — 3. Joh. Eph. , III, vr, 10. — 4. Cf. ci-dessus, p. 312. — 5. <7xou)>xyî.
— 6. tckoôao LL|. — 7. Çdcêaç. — 8. Sur toute cette campagne d'Arménie, cf. Hist. du Bas-Empire,
1. LI, §§ xi-xtv.

9. o(X.. — 10. En l'an 2 de Tiberius. Joh. Eph., III, m, 27, 28. — 11. Ba'albek.

LIVRE X. CHAP. XII

319

prenant cela, Tiberius César envoya
Theophilus, avec une armée. Il en prit,
en fit crucifier et en fit mettre à mort
un grand nombre.

On lui signala alors une multitude
de païens qui étaient dans tous le pays
sans être connus, et Rufinus dAntioche,
vice-préfet1, lieutenant du préfet*. Il
fit rechercher le païen Rufinus, qu'on
trouva à Edesse, célébrant une fête en
l'honneur de Zeus. Les païens, s'étant
aperçus de la chose, prirent tous la
fuite. Rufinus voyant qu'il était pris, et
qu'il n'y avait aucun moyen de s'enfuir,
tira son couteau et s'en perça le cœur,
il s'ouvrit le ventre et mourut.

[334] Anatolius (était) vice-préfet d'É-
desse 3 ; quandTheodorus son secrétaire*
vint, il fit une déposition et dévoila tous
les païens. On dit même qu'il fit une dé-
position contre Gregorius, patriarche
d'Antioche, etcontreEulogius5 quipassa
de cet endroit à Alexandrie, (les accusant)
d'avoir sacrifié avec eux un enfant à Daph-
né. Au moment où ils le sacrifièrent,
toute la ville fut agitée et secouée par un
tremblement de terre. Quand la ville
apprit cela, ils fermèrent l'église, et
vinrent trouver le César avec les actes6 de
ces dépositions. Ensuite on jugea, pour
la dignité etl'honneur du christianisme,
et pour que le sacerdoce ne soit pas mé-
prisé et vilipendé, que ces choses de-
vaient être dissimulées.

Anatolius, cherchant à tromper, plaça

matisa le synode de Chalcédoine et qui-
conque dit que le Christ est en deux na-
tures après l'union 7.

Les Égyptiens, ayant appris que
Paulus avait été accepté par le synode
des Orientaux, voulurent faire un
schisme. A cause de cela, les Syriens
furent contraints de déposer Paulus.

Tandis que Jacques s'en allait d'un
lieu à un autre, les Alexandrins lui
écrivirent, disant : « Si tu reçois Paulus,
nous nous séparons tous (de toi), et
nous n'admettrons pas que tu sois ap-
pelé évêque pour nous ». — Jacques
fut dans une grande perplexité; car les
moines de la région d'Antioche vou-
laient Paulus (pour évêque). A cause de
cela, Jacques répondit aux Alexandrins :
« Nous nous disposons à nous rendre
près de vous ; et [334] nous ferons ce
qui paraîtra bon à toute l'assemblée. »
— Et ainsi, la querelle entre les deux
partis fut calmée.

La raison pour laquelle les Alexan-
drins étaient si fort scandalisés à cause
de Paulus est la suivante :

Deux évêques8, Jean de Mar Bas[sus] et
Georgius l'Ourtéen, avaient été envoyés
par le synode des Orientaux, vers Lon-
ginus et Theodorus de Philae, à propos
de la réception de Paulus, (pour leur
demander) : « Consentez-vous à ce qu'il
soit accepté ou non? » Quand ils arrivè-
rent près de Longinus, à Mareotis, celui-
ci se réjouit de leur venue, parce qu'il

1. àvTtémxpxoç. — 2. ^nap^oç. — 3. Joh. Eph., III, nr, 29. L'auteur résume avec trop de conci-
sion. Jean dit qu'Anatolius et son secrétaire ayant été emprisonnés et torturés, ce dernier avoua,
etc. — 4. voxàpioç. — 5. U»a»^oH (j. Eph.). — 6. ueTipàY(Jieva.

7. Cf. Joh. Eph., III, n, 8 ; iv, 15, 20, 21. — 8. Ibid., iv, 10.

320

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

l'image de Notre-Seigneur1 dans sa mai-
son; les chrétiens étant entrés pour la
voir, l'image, se retourna d'elle-même
miraculeusement. Anatolius redressa le
côté de l'image, mais elle se retourna en
arrière : et cela arriva par trois fois. On
prit l'image, et on trouva à l'intérieur
une figure d'Apollon faite avec art. Alors,
Anatolius fut mis à mort. —Theodorus
(son secrétaire) futaussi misa mort pour
qu'il ne dénonçât pas l'évêque8.

Dans la ville impériale elle-même, les
païens étaient recherchés, et beaucoup
étaient poursuivis pour rendre compte
de leur conduite s.

Le peuple était enflammé de zèle; il
fit une sédition*, voulant incendier la
ville entière « pour brûler les païens ».
Ils firent brûler un païen dont ils s'empa-
rèrent, ainsi que sa femme. Ils brisèrent
les prisons5et les portes, et firent sortir
les prisonniers en disant : [355] « Pour-
quoi les chrétiens seraient-ils emprison-
nés, tandis que les païens sont libres? »
Le César, en entrant dans la ville, permit
de faire brûler les païens 6.

Eutychus1, évêque de Jérusalem,
s'étant signalé par son zèle contre les
païens, ceux-ci formulèrent contre lui
d'iniques accusations, et il fut déposé
de son office.

Dans la montagne 8 deTralles, se trou-
vait un monastère, qu'avait bâti Jean le

était sur le point d'ordonner le patriar-
che d'Alexandrie9. Il les informa de ces
choses; mais ceux-ci lui répondirent :
« Nous ne pouvons faire cela10 sans le
patriarche d'Antioche, qui est le nôtre. »
Il les renvoya chercher Paulus, et, lors-
qu'ils étaient assemblés, Longinus or-
donna patriarche Theodorus, qui ne fut
pas accepté par les Alexandrins. Or,
Paulus jurait : « Je ne participerai pas
à l'ordination de Theodorus, parce qu'il
n'est pas absous de sa transgression. »
Mais les Alexandrins étaient scandalisés
à son sujet, sous prétexte qu'il leur avait
ordonné un patriarche sans qu'ils le
sussent, et alors que celui-ci n'était pas
absous.

Or, les lettres de Longinus arrivèrent
à Alexandrie, et on apprit que Theodo-
rus avait été ordonné patriarche ; mais
il ne put entrer dans la ville, par crainte
de ceux qui l'occupaient. Ils devinrent
encore plus furieux contre Paulus. Ils
firent venir Petrus, homme âgé, dont
ils firent leur patriarche, ainsi que nous
l'avons exposé plus haut11.

Par suite de la perturbation et du dé-
règlement de ce peuple brouillonl2, le mal
régna entre les partis pendant l'espace
de 8 ans1/.

Jean le Chroniqueur dit14 : [355] « De
même que celui qui souffre et a mal aux
yeux ne peut pas facilement bien voir,

1. Le soi-disant portrait du Christ envoyé à Abgar. —¦ 2. Le récit est différent dans Jean d'Asie.
— 3. Joh. Eph., III, ni, 30, 31. — 4. ô'xào;. — 5. Lire : io&à.o9, cpu),axâç (J. Eph.). — 6. Sur l'his-
toire d'Anatolius et la sédition de Constantinople, comp. le récit d'Evagrius, H. E., V, xvni, très
différent de celui de Jean d'Asie (Hist. du Bas-Empire, 1. LI, § xxxvii). — 7. J. Eph., correctement :
"sa^vi»ol, Euslochius (III, m, 35). — 8.

9. Cf. ci-dessus, p. 267. — 10. Participer à cette ordination. — 11. Cf. ci-dessus, p. 285. — 12.

barbare loquens. — 13.        "Zy |,v0. Cf. Joh. Eph., III, iv, 11. — 14. III, îv, 12.

LIVRE X. CHAP. XII

321

ni celui qui est consumé par une fièvre
violente accomplir une œuvre comme
celui qui est en bonne santé ; de
même, ceux qui sont mus par un sen-
timent de violence, et entraînés par
l'impétuosité de la colère, ne peuvent
juger et examiner avec équité pour
accomplir ensuite leurs actions : ainsi
en arriva t il aux sages et aux clercs
dAlexandrie. Ils n'étaient pas inférieurs
par l'intelligence, si la lie de la colère
ne les avait troublés et si la haine ne les
avait agités. Ils confirmèrent la parole
écrite qui dit de ceux qui sont ballottés
au milieu des vagues par les vents et les
tempêtes2 : « Ils ont tremblé et chancelé
comme des hommes ivres, et toute leur
sagesse a péri. » C'est ainsi que la chose
se passa maintenant, contrairement à la
règle ecclésiastique, et avec animosité.
N'ayant pas compris que l'évêque avait
été créé sans leur avis3 parce que le
temps ne le permettait pas, ils furent
troublés et ils en établirent un autre.
Certes, ils pouvaient en faire un autre
pendant le cours des dix années qui ont suivi la mort de Theodosius, mais non pas
quand ils apprirent que Theodorus avait été établi.

Dans un accès de colère, ils établirent Petrus, qui fut considéré par plusieurs
comme un adultère, parce qu'il se jeta dans l'adultère sur l'épouse de son pro-
chain. Dans leur empressement déréglé, contraire à la règle et aux canons de l'Église,
ils en firent un second (évêque). Et pour affirmer* sa position, il ordonna des
évêques, à ce qu'on dit, au nombre de soixante-dix. Si quelqu'un cherchait un pareil
nombre d'ouvriers5 pour travailler les champs, il lui serait difficile6 de les trouver
prêts en même temps. Que devons-nous dire de ceux qui doivent être choisis après
un examen minutieux pour devenir évêques! Mais, de même que cette affaire com-
mença dans le trouble, ainsi finit-elle. Ils excitèrent7 malignement Pierre à con-

Chroniqueur lui-même, du temps de
Justinianus1. 11 y avait là mille cinq
cents idoles. Elles furent détruites,
par la grâce de Dieu, et ce monas-
tère fameux, appelé Dârîra, fut bâti.
Quand il eut été bâti, les démons re-
belles étaient cruellement tourmentés
par l'envie, et voltigeaient autour de lui
comme des mouches autour d'une plaie
purulente. Ces démons enlevèrent un
des clercs et le portèrent au haut d'un
rocher, puis de ce rocher sur un autre.
On le voyait qui volait par les airs, mon-
tant et descendant. Chacun pensait que
ses os et leur moelle allaient être dis-
persés : car il tomba de plus de mille cou-
dées ; mais on le trouva vivant et assis.
Tous louèrent le Dieu tout puissant qui
avait ainsi délivré cet homme des dé-
mons. — Dans ce monastère s'accom-
plirent de grands prodiges et des gué-
risons, tant qu'il fut aux Orthodoxes.
— Fin.

1. Joh. Eph., III, ut, 36.

2. Ps. cvrr, 27. — 3. Lire : ^poviko Uartt.°>oi9 (J. Eph.), <\ir\<pi<j\).a. — 4. oijjoà. (J. Eph.). — 5.
IpyocTï]:. — 6. Lire : — 7. Lire : n«a£&- (J. Eph.).

II. 41

322

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

courir au schisme entre les Syriens et Alexandrie. Il participa à la déposition de Pau-
lus qui avait été institué légitimement1 patriarche pour la Syrie. Il répandit des
accusations contre Jacques, comme si celui-ci avait poussé Paulus et les autres vers
les Synodites. Ceux qui furent (ainsi) calomniés jurèrent, dans l'apologie qu'ils
adressèrent8 à toute l'Eglise sur ce sujet, sur leur propre tête3, que jamais, en
secret ou en public, ils n'en avaient eu le soupçon ou la connaissance.

CHAPITRE [XIII]. — Du scandale occasionné à propos de la querelle de
Jacques et de Paulus par Petrus d'Alexandrie.

En l'an 889 *, les armées des deux empires, [356] de celui des Romains et de
celui des Perses, s'assemblèrent, à côté de la ville en ruines de Dara. Ils dis-
cutaient ensemble au sujet des motifs qui avaient excité la guerre, et ils s'adres-
saient mutuellement des reproches, pendant l'espace d'un an. Ensuite, les
Perses [demandaient] aux Romains de l'or. Le César Tiberius ne consentait
point à en donner. On convint de faire la paix. Le César demanda Dara, et les
Perses demandèrent l'Arménie pour livrer Dara. Cela contrista beaucoup le
César, parce qu'il ne voulait pas livrer les chrétiens de l'Arménie. Pour ce
motif, les partis en vinrent de nouveau aux injures et se préparèrent à la guerre8.

Quand les Perses furent retournés en Perse, et les Romains dans la Roma-
nie, le marzban Adarmôn6, général de Kosrau, roi des Perses, rassembla de&
troupes, envahit, pilla et ravagea les pays de Beit Darayê,de Telia, de Res'ayna,
de Tell Besmê, et s'en retourna avec un grand butin \

Tiberius envoya comme général le comte Maurici[us], pour administrer et
organiser l'armée8. Les Perses, en apprenant cela, eurent peur et s'empressèrent
de descendre astucieusement vers l'Arménie. Ils mandèrent à ceux qui étaient
àTheodosiopolis : « Après trente jours, acceptez (le combat). » Les Romains, en
recevant cet avis9, se préparèrent. Mais les Perses rassemblèrent leur armée et
se retirèrent en secret vers Maipherqat [357J dans le territoire des Romains.
Us se mirent à dévaster tout le Beit Sophénayê. Ils brûlèrent les églises et les
monastères qui étaient dans la région d'Amîd, jusqu'aux murs de cette ville. Ils
l'assiégèrent pendant trois jours ; ils pillèrent toute la contrée de Mésopotamie,
et s'en retournèrent dans leur pays.

1. û>»taooaaj. — 2, op^-j (J. Eph.). — 3. Litt. : « en s'anathématisant eux-mêmes ».

4. Joh. Ephes., III, vr, 12 (ann. 887). — 5. Cf. Hist. du Bas-Empire, 1. LI, § xiv. — 6. 'AgopjAaâvY];.
(Theophyl.) ; J. E. : ,^po»»l. — 7. Joh. Eph., III, vr, 13. — 8. Ibid., vi, 14 ; cf. vi, 27,1e même récit;.
Hist. du Bas-Empire, 1. LI, § xvu-xvm. — 9. monitum; J. E : « mandatum ».

LIVRE X. CHAP. XIII

323

En apprenant ces choses1, Mauric[i]us rassembla (une armée) et se dirigea
vers Arzôn, (dans la région) des Perses. Il fit de nombreux captifs, jusqu'au
Tigre, et il emmena dans le pays des Romains les chrétiens qui se trouvaient là,
leur tendant une main salutaire.

Ensuite8, Mondar et Mauric[i]us envahirent de nouveau le pays des Perses.
Ils parvinrent à un grand pont qu'ils trouvèrent coupé, et ils revinrent. Mauri-
c[i]us soupçonna Mondar d'avoir mandé aux. Perses de couper le pont. Gela fut
trouvé faux.

Les Perses3 virent que les Romains et les Taiyayê qui étaient avec Mondar et
Mauric[i]us pénétraient à l'intérieur de leurs terres, et (alors) le marzban Adar-
môn s'avança de nouveau et envahit le Beit Roumayê. Il détruisit et ruina Telia
etRes'ayna. Il passa dans le pays d'Edesse, brûla et ravagea toute la province
d'Osrhoène.

Les armées des Taiyayê partisans des Perses se réunirent de nouveau pour
monter contre Mondar4. S'en étant aperçu, celui-ci fondit sur eux à l'improviste
et les anéantit. A peine quelques-uns purent-ils s'échapper.

Mauric[i]us rassembla de nouveau les armées des Romains avec Mondar et
les Taiyayê leurs partisans, et ils envahirent les contrées des Perses. Ils (les)
brûlèrent, et (les) pillèrent; ils prirent de nombreux captifs et des richesses et
s'en retournèrent.

Toutes ces choses arrivèrent en l'an 889 des Grecs, dans ces deux empires.

A la vérité5, la persécution des fidèles par les Chalcédoniens se calma à cause des
guerres entre [336] les empires; mais Satan excita un autre scandale parla division
entre les partisans de Jacques et ceux de Paulus de Beit Oukamîn. Chacun d'eux
avait ses adhérents parmi les couvents, les monastères et les évêques. lisse couvraient
mutuellement d'injures et divisaient le peuple. Ainsi, les deux partis exaspérés par
l'esprit d'opposition, se séparaient et se déchiraient mutuellement dans le désordre,
sans souci de la religion. Celui qui désirait « les vanner comme le froment6 », les
amena aune confusion et une haine telles que même celui qui est féroce ou sauvage
n'oserait pas injurier de la sorte les païens, les juifs ou les hérétiques; bien que
cependant il n'y eût aucune divergence entre eux sur la foi.

Tandis1 que ces choses étaient menées avec férocité, Paulus fit dire à Jacques : « A
quoi bon toute cette perturbation dans l'Église? Réunissons-nous ensemble et exa-
minons, selon les canons, ce qui nous divise. Si je suis condamné, par une seule
sentence, j'accepte trois fois le double. Si la condamnation porte sur toi, j'accepte
volontairement la punition à ta place. » Mais ceux qui entouraient Jacques ne lui
permettaient ni d'aller voir (Paulus), ni de faire la paix avec lui; c'est pourquoi

1. Joh. Eph., III, vi, 15. — 2. Ibid., vr, 16. — 3. Ibid., vr, 17. — k. Ibid., y\, 18. — 5. Joh. Eph.,
III, iv, 19. — 6. Cf. Luc, xxn, 31.'— 7. Joh. Eph., III, iv, 20.

324

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Jacques répondait : « Je ne le verrai point sans nos frères d'Alexandrie, car je me suis
mis d'accord avec eux par écrit. »

Mondar1, fils de Héret, homme fidèle, les engageait à faire la paix ; mais les parti-
sans de Jacques n'y consentaient point ; et Paulus de son côté ne réclamait pas sincè-
rement un examen. — Comme les instances de Mondar ne furent point écoutées, il y
eut une division parmi le peuple des Taiyayê : les uns suivirent Jacques, les autres
Paulus.

Le chroniqueur de cette affaire, qui est Jean d'Asie, dit* : « Nous nous abstiendrons
d'innocenter un parti et de couvrir l'autre de blâme. » De fait, quarante ans aupara-
ravant, Jean d'Amid, lui-même, avait été créé évêque à Ephèse, par le vénérable
Jacques, et, après la mort du pape Theodosius, on lui avait confié le soin des Ortho-
doxes dans tout le diocèse dépendant de la ville impériale, où il résidait. Quand
il vit que des motifs futiles et les passions humaines excitaient les partisans de
Jacques contre Paulus, il ne se sépara point d'eux; mais il avertit et blâma les deux
partis. Comme chacun d'eux s'efforçait de l'attirer à soi, il dit : « Un serviteur du
Christ ne doit pas combattre contre la vérité »; et pour cela, il ne cédait pas à leurs
sollicitations3.

Mais Jacques, qui étiit simple et droit*, étant parvenu à une profonde vieillesse,
devint encore plus naïf et on le retournait comme un enfant. Ainsi, après avoir
plusieurs fois rejeté Petrus d'Alexandrie parce qu'il n'avait pas été établi légitimement
et l'avoir même appelé, dans une lettre, « un (nouveau) Gaianus5 et un orgueilleux »,
il fut ensuite amené à s'unir avec lui et à rejeter Paulus.

[357] Ceux6 qui étaient ses partisans, amis de la perturbation, entraînèrent le vieil-
lard à Alexandrie, sous prétexte, assuraient-ils, qu'il devait faire l'union entre les
Alexandrins et les Syriens. Or, on sait que l'inimitié des Alexandrins venait de leur
haine à l'égard de Paulus. Plusieurs lui conseillaient de ne jamais consentir h y aller
seul. Il se laissa séduire, et y alla. Il tomba au milieu de ce peuple « barbare7 » ;
on l'amena par séduction à la communion de Petrus, et il consentit à la déposition de
Paulus. La passion perverse de leur haine fut satisfaite: parce que le joug de leur pa-
triarche Paulus fut enlevé de leur cou. Jacques cependant demanda que la déposition
de Paulus soit prononcée sans une sentence d'excommunication. Quand8 ils eurent
causé une telle confusion, ils envoyèrent trois évêques qui allèrent proclamer en Syrie
la déposition de Paulus. Alors le schisme régna dans l'Église. Plusieurs étaient
d'accord avec le vieillard Jacques, parce qu'ils lui étaient très attachés. De là, ils
furent appelés Jacobites.

Longinus et Theodorus9 descendirent de nouveau dans la contrée d'Orient. A cause

1. J. Eph., III, iv, 21. — 2. Ibid., îv, 13. — 3. -nda^oL (?). — 4. Joh. Eph., III, iv, 15. — 5. J.
E. : \Lr M<^. — 6. Joh. Eph., III, iv, 17. — 7. Ps. cxm, 1. — 8. Joh. Eph., III, iv, 18. — 9. Ibid.,
iv, 22.

LIVRE X. CHAP. XIV

325

de la perturbation qui existait en tous lieux, Theodorus demeurait à Tyr près des
partisans de Paulus, voulant discuter avec ceux de Jacques. — Longinus descendit
jusqu'à Hirta, capitale de Héret, fils de Gaboula, près de Mondar, et lui exposa la
vérité. Mondar s'appliqua de nouveau à les pacifier. Les partisans de Jacques n'y
consentirent point. Ils tinrent une assemblée dans le couvent de Beit Hanania, qui
est dans le désert ; Jacques 1 était avec eux. Ils envoyèrent astucieusement à Longinus
un évêque, nommé Jean, qui lui dit : « Moi, Jacques et toi, nous devons conférer
tous les trois en vue de la paix. Viens donc promptement près de nous. » — Il
les crut et s'y rendit. Ils le firent entrer au milieu d'une nombreuse assemblée de
moines. Ils tirèrent un papier et lui dirent : « Lis ceci ». Longinus répondit :« Comme
vous m'avez fait venir par fraude, je ne (le) lirai pas »; et il voulut sortir, mais ils
s'emparèrent de lui. Comme on (le lui) lisait8, il se boucha les oreilles avec ses doigts
pour ne pas entendre. Comme ils l'entraînaient, il s'écria : « Hélas! Ma réso-
lution est prise. Pourquoi mourrais-je assassiné ? »; et comme il y eut une sédition,
il se retira et prit la fuite. Il ne vit point Jacques.

Longinus, après avoir passé une année en Syrie, sans avoir rien fait, retourna en
Egypte. Petrus mourut au bout de trois ans.

Les Alexandrins, violemment irrités, ne voulurent pas accepter Theodorus. Ils
instituèrent un certain Damianus, qui était Syrien d'origine. Il accepta tout ce
qu'avait fait Petrus. Il fit une lettre circulaire qu'il adressa à Jacques, et celui-ci lui
en envoya une. — Le chroniqueur Cyrus dit que ce Damianus était un homme
instruit et qui s'était adonné dès l'origine aux œuvres du monachisme3.

3o8]  CHAPITRE [XIV], qui est tout entier (consacré) au synode* du pape
Damianus d'Alexandrie. Extrait de la lettre.

« A nos frères fidèles et très saints,
diligents et véridiques : Jacques et les
évêques, prêtres, diacres, archiman-
drites et pieux moines qui sont avec lui,
et à tout le peuple de l'Orient. Damia-

Maintenant que nous avons dit ces
choses au sujet de la Théologie5, comme
nous en avions l'intention, il est né-
cessaire que nous disions aussi quelques
mots à Votre Charité au sujet de l'incar-

1. Sic ms.; mais dans Jean d'Asie on lit : oûûx»  û-a» $o\| N l^avo a et une foule nom-

breuse de Jacobites » ; ce qui est conforme à la vérité. — 2. Compl, : s<>;ûj> a*;* (J. E.) — 3.
Ces deux derniers alinéas répondent probablement aux chap. 23 et 24 (perdus) du rve livre de
Jean d'Asie.

4. Peut-être faudrait-il lire ; synodicon ?

5. Après avoir parlé de la Trinité et de l'Unité de Dieu, l'auteur traite de la Christologie. Ce texte
devait faire suite, dans le document primitif, à la partie renfermée dans l'autre colonne.

326

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

nus, par la miséricorde de Dieu évêque
d'Alexandrie.

Il convient véritablement en ce mo-
ment que nous répétions avec louange
et admiration la parole du divin pro-
phète David1, en disant : « Qui est
comme le Seigneur notre Dieu, qui ha-
bite dans les hauteurs et regarde les pro-
fondeurs, qui élève le malheureux de
la terre et le pauvre pour le réunir aux*
princes du peuple? » C'est ce qu'il a
aussi fait pour moi, le plus petit et le
dernier (des hommes), qui dès l'enfance,
aimant la vie solitaire et isolée, ai tou-
jours recherché de toute ma force le si-
lence qui conduit à la perfection, qui ai
voulu avec un soin continuel purifier*
mes fautes dans les larmes de la péni-
tence, et qui me suis préparé à sortir de
ce monde et à paraître devant le tribu-
nal * redoutable qu'aucun homme ne peut
déjouer. Je gémis et je pleure amère-
ment de ce que j'ai réellement été appelé
par le prince de cette cité du silence,
qui m'était chère, sur les instances de
l'athlète, l'archevêque notre père Petrus,
qui m'a placé parmi le saint clergé de
cette grande ville d'Alexandrie et m'a
jugé digne de l'honneur du sacerdoce,
non par une ordination contrainte,
[mais], pour ainsi dire, par l'affection de
notre bienheureux Père 5.

Et après son départ auprès de Dieu,
selon la science de celui qui, dans ses
miséricordes incompréhensibles, dirige
nos affaires sagement et d'une manière
supérieure à notre entendement : par la

nation de l'une (des personnes) de la
Trinité, Dieu le Verbe.

Celui qui est sorti de l'essence du
Père avant tous les temps et tous les
mondes, Fauteur de toute la création
visible et invisible, celui qui possède
tout ce que possède le Père, excepté
d'être Père, voyant que nous étions dé-
chus de la ressemblance divine dans la-
quelle nous avions été créés, que nous
avions perdu, avec les délices du Paradis,
l'immortalité qui nous avait été donnée
par la grâce de notre Créateur, et que
nous étions condamnés à une juste mort,
nous a rappelés, dans son amour pour
nous, à cette image que nous possédions
tout d'abord et aux joies du paradis ; il a
voulu que nous montions au ciel : et
cette volonté s'est réalisée. Il est, en
effet, venu du ciel et est descendu sur la
terre sans cependant quitter le ciel. Sans
quitter le sein de son Père, celui dont
tout est rempli, qui est en tout et au-
dessus de tout, qui n'est limité par rien,
s'enferma dans le sein virginal, l'oc-
cupa, et en naquit de l'Esprit-Saint.
S'étant fait chair et consubstantiel à
nous, souffrant comme nous en dehors
du péché, du changement et de la con-
fusion, doué d'une âme raisonnable et
intelligente : ainsi Dieu naquit lorsqu'il
s'incarna et se fit homme, comme le fit
connaître celle qui demeura Vierge
après l'enfantement.

Et à cause de cela, la Vierge doit
être confessée vraiment et proprement
« Mère de Dieu »; car ce n'est pas un

1. Ps, cxrr, 5-8. — 2. Note marginale : « pour le faire habiter avec les.....       ». — 3. Lire

— 4. $r\y.x. — 5. Ainsi d'après l'arabe : ).<aa| ov^-via ^.feaa.v^.ta ^.a.

LIVRE X. CHAP. XIV

327

signature et le choix des chefs du saint
clergé, des pieux archimandrites, des
chastes [moines] adonnés aux divins
labeurs, et des autres notables et rhé-
teurs appartenant au peuple fidèle et
aimant le Christ, du consentement de
tous les évêques, assez nombreux, qui se
trouvaient présents à ce moment, (il m'a
choisi) pour le siège, c'est-à-dire pour
le trône de ce siège primati il du théo-
logien Marcus, le bienheureux apôtre.
Considérant la sublimité du trône de
l'Évangéliste, et méditantla grandeur de
la fonction du souverain pontificat, quelle
vertu est nécessaire à celui qui s'en ap-
proche1, [3o9] ce que prescrit la règle
apostolique et quelle diligence elle
exige : je suis plongé dans une grande
crainte, et je rampe sur terre en son-
geant à ma faiblesse sans égale. Mais
aussi, quand je considère l'Église de
Dieu, les troubles et les combats que les
hérétiques et le schisme lui suscitent,
ma faiblesse est réconfortée parce qu'il
« donne, comme il est écrit*, aux pusil-
lanimes la longanimité, et la vie à ceux
qui ont le cœur brisé ». Je place mon
refuge dans les prières, capables de
faire violence à Dieu, de Votre Sainteté,
et dans les oraisons efficaces auprès de
Dieu que vous ferez monter avec solli-
citude et diligence, comme il convient,
vers le Dieu de la victoire % en faveur
de votre collègue, vous, qui honorez
Dieu, et vos collègues les pieux évêques
qui sont avec vous. Réconforté par vous,
je m'encourage moi-même, et je me re-

homme ordinaire qui est né d'elle,
comme le disent ceux qui portent at-
teinte à notre salut en faisant dispa-
raître la réalité de son corps, et le pro-
dige qui suivit sa naissance (à savoir) :
que la mère après son enfantement de-
meura vierge.

Nous confessons deux naissances d'un
seul Fils : l'une du Père, en haut, anté-
rieure aux mondes, et sans mère ; l'autre
dans la chair, à la fin des temps, de la
Vierge Marie, sans union et sans père.
C'est le même Fils, et nous ne procla-
mons point deux Christs, ni deux Fils,
ni deux natures, ni deux opérations,
[3o9] mais un seul Fils et une seule na-
ture du Verbe incarnée, une seule hypo-
stase, une seule personne, une seule opé-
ration. Celui qui était et qui est, est né ;
il a pris la ressemblance de l'esclave ; il a
accepté, pour nous, d'être semblable à
nous, lui qui est au-dessus de toute créa-
ture, et il s'est fait chair. Il ne s'est pas
transformé en la nature de la chair, mais
il est demeuré ce qu'il était et a pris ce
qu'il n'avait pas; et ainsi on le considère
avec ce qu'il a pris, comme une seule
(nature) formée de deux, parfaite en elle-
même, c'est-à-dire qu'il est composé de
la divinité, qui existait avant les mondes
et a tout amené du néant à l'existence, et
de l'humanité, qui a été formée par le
Verbe lui-même et a été prise par lui dès
le premier moment, comme dit l'apos-
tolique Athanasius dans la Lettre à l'em -
pereur Jovinien 4 : « Aussitôt la chair,
aussitôt ce fut la chair de Dieu le Verbe ;

1. Lire : }i] \>o\ d'après l'arabe. — 2. Cf. Is„ lvii, 15. — 3. Lire : Ua»»» loî^H.
4. Cf. Patr. Gr., t. XXVI11, col. 532.

328

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

pose sur un bon espoir, puisque j'aurai
pour aide, après Dieu, Votre Sainteté et
votre prière qui m'accompagnera, ainsi
que je l'ai dit, avec celles de toutes les
autres assemblées spirituelles.

Quels sont, en effet, les plus fameux
parmi les pontifes de l'heure présente?
Tous ceux qui ont habité parmi vous et
s'y sont formés à la vertu. Quant à vos
combats prodigieux et apostoliques, que
vous avez supportés depuis longtemps
pour l'amour de Dieu, et qui ne le cèdent
en rien à ceux des saints Pères : je les
passe sous silence, et il serait superflu
que je les énumère ici, car en tous
lieux tous les enfants de l'Eglise les
proclament d'un même accord ; mais (je
dirai seulement) ce qui est nécessaire
et urgent, et, me conformant aux règles
paternelles, je fais cette lettre frater-
nelle, parlant de la paix, d'abord pour
me faire connaître moi-même à votre
pieuse Sainteté ; ensuite au sujet de la foi
orthodoxe.

Je manifeste ma pensée qui est d'ac-
cord avec la vôtre. J'adhère à la foi qui
fut proclamée par les 318 Pères de
Nicée, par les 150 de Constantinople et
par l'assemblée des Pères d'Ephèse. Je
confesse un seul Dieu : Trinité sainte,
consubstantielle et incréée, qui est une
seule nature, en parole et en réalité,
selon l'apostolique [360] Athanasius,
en trois hypostases lumineuses et par-
faites ; qui subsistent sans confusion et
se distinguent par leurs propriétés. —
Le Père n'est pas Fils, le Fils n'est pas

aussitôt qu'elle fut animée et intelli-
gente, aussitôt ce fut la chair animée et
raisonnable de Dieu le Verbe; car elle
subsiste en lui.

C'est pourquoi nous le confessions I*
§ûo ©uffswv, qui subsistent pleinement
en elles-mêmes, selon leur définition,
ainsi qu'il a été dit précédemment
(et nous le confessons) un seul fils, une
seule nature, une seule hypostase ; et
nous attribuons à un seul et même les
miracles et les passions.

Quant à ceux qui divisent le Christ
en deux natures après l'union, ou qui le
définissent de quelque façon en deux na-
tures après le concept de cette union,
en demandant laquelle des natures a été
crucifiée sur la croix1, nous les ran-
geons avec les Juifs déicides, qui lui di-
rent 2 : « Nous ne te lapidons pas à cause
des bienfaits, mais parce que, étant
homme, tu te fais Dieu». Montrent-ils
vraiment qu'ils abandonnent le dua-
lisme en s'abstenant de parler de « na-
tures » ? (alors) qu'ils confessent vérita-
blement Dieu celui qui est né de la
Vierge ; abandonnent-ils le dualisme,
s'ils nient l'union hypostatique, en
n'appelant pas la Vierge « Mère de
Dieu »? Car il n'est pas possible que
les deux choses persistent l'une à côté
de l'autre. Ils n'ont pas réussi à en trom-
per un autre qu'eux-mêmes; et en ima-
ginant une union fictive, [360] un con-
diment impur, ils ont bouleversé la
conscience des gens simples.

A cause de cette même astuce mau-

1. Allusion à la lettre de S. Léon ; cf. ci-dessus, p. 96. — 2. Joh., x, 33.

livre x. chap. xiv

329

Père ; le Saint-Esprit n'est pas Père ou
Fils. Chaque personne subsiste stricte-
ment dans sa propriété, sans être mé-
langée ou confondue avec une autre.
La propriété du Père est la paternité ;
il n'est pas engendré d'un autre, mais
il est innascible. La propriété du Fils
est la filiation, indépendante des temps ;
par laquelle il existe éternellement
engendré du Père sans aucune posté-
riorité de temps. La propriété du Saint-
Esprit est, qu'en dehors du temps, éter-
nellement et ineffablement, il existe
toujours procédant, sans séparation, du
Père. Le Père ne peut devenir le Fils
ou l'Esprit; le Fils ne peut aucunement
changer pour devenir le Père ou l'Es-
prit ; l'Esprit-Saint ne peut avoir la pro-
priété du Père ou du Fils. Les propriétés
des personnes demeurent invariables,
subsistent sans confusion, et ne sont pas
divisées : dè sorte que, dans une unique
et même essence existe la Trinité sainte,
consubstantielle et incréée. Elle admet
le nombre dans les personnes ; mais
dans une seule et même essence, qui est
la divinité, elle subsiste en dehors de
tout nombre. C'est pourquoi les trois
personnes du Père, du Fils et du Saint-
Esprit subsistent sans confusion et sans
séparation dans leurs propriétés.

Quand nous disons : Nous confessons,
en parole et en réalité, une seule es-
sence, c'est-à-dire une seule divinité, en
trois personnes, nous suivons l'aposto-
lique Athanasius qui a écrit dansï Exposé
de la Foi1 : « Nous confessons que le

vaise dans la foi, nous anathématisons
le synode pernicieux de Chalcédoine et
tous ceux qui disent que le Christ a deux
natures après le concept de l'union ;
car ce synode qui avait été assemblé pour
condamner l'impie Eutychès en profita
pour confirmer les vaines maximes de
Nestorius, et rejeter les paroles de notre
Père l'archevêque Cyrillus, paroles que
chacun peut appeler la règle de la foi or-
thodoxe, sans sortir des convenances. Ils
ont méprisé cette expression : èx Suo, et
celle-ci : [x(a tpuutç Oéou Aôyou asaapxw^ivY],
à propos desquelles il y eut une grande
discussion entre notre Père et l'impie
Nestorius ; et à leur place, ils acceptèrent
celles qui leur étaient contraires ; au lieu
d'une nature, ils ont introduit deux na-
tures; au lieu de éx, §uo, (ils ont dit) :
èv àuo considérât mens illum qui e re
diversa compositus est et etiam comple-
mentum quod in unitate tenet to ex
8ûo.

Il n'était pas possible, en effet, de
mieux détruire l'union par d'autres pa-
roles que par la vaine expression dont ils
se sont servis. Nous plaçons sous l'ana-
thème l'inventeur 8 de cette astuce per-
nicieuse : Diodorus, et Theodorus, Nes-
torius, Theodoretus, Ibas, Andréas,
Irenœus appelé bigame, le Tome de l'im-
pie Léon, et leurs collègues.

Nous approuvons l'acte » qu'a fait le
saint archevêque Dioscorus, auquel ont
adhéré aussi ses successeurs orthodoxes
et les présidents de l'assemblée ecclé-
siastique :   Timotheus d'Alexandrie,

1. Citation probablement tirée d'un ouvrage apocryphe; on ne la trouve pas textuellement dans
le traité qui porte ce titre. Patr. Gr., t. XXV, col. 200.

2. Lire : ^i*»o. — 3. irpàSiç.

II. 42

330

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYRIEN

Fils est consubstantiel au Père et à
l'Esprit-Saint, et si quelqu'un ne con-
fesse pas que la Trinité sainte est une
seule essence, en parole et en réalité,
nous l'anathématisons. »

Grammaticus mérite doncl'anathème,
lui qui a prononcé la pluralité des es-
sences et des natures dans la Trinité
sainte, divisant et séparant avec les per-
sonnes l'unique essence indivisible qui
n'admet pas de parties, qui est la divi-
nité même. En parlant d'essences con-
substantielles, il proclame une doctrine
impudente et (montre) qu'il ignore com-
plètement les Pères1.

Mais pour que nul de ceux [361] qui
aiment à calomnier, ne pense que nous
l'accusons en vain, et que nous le blâ-
mons sans qu'il soit répréhensible, nous
demanderons (?) premièrement s'ils ont
examiné même superficiellement l'insa-
nité de ses écrits ; et ensuite nous pro-
poserons ses blasphèmes : non2 pas tous
ceux qui méritent de le faire condamner,
mais ce qui suffit pour nous éviter le
blâme de ceux qui pensent sagement.

Et, en effet, qui ne couvrirait d'ana-
thèmes celui qui a eu l'audace de par-
ler avec tant d'impiété et de combattre
delà sorte, contre les Pères théologiens
de l'Eglise, en disant dans ses commen-
taires, que « la divinité et l'essence qui
est dans la Trinité adorable n'est pas
une en réalité, mais seulement dans la
pensée et l'expression. Ainsi on conçoit
un seul Dieu, mais il y a trois essences
de Dieu. Les essences et les natures se

Theodosius et Petrus, toujours dignes
d'éloges.

Nous anathématisons aussi les impies
diviseurs 3, ceux qui affirment les appa-
rences, les chefs de l'opinion phanta-
siaste, Marcion, Vale[n]ti[n]us, Mânî,
Eutychès, et tous ceux qui ont bu de
cette bouteille boueuse ; de même aussi,
ceux qui ont dit que dès l'union, la
chair du Christ Notre-Seigneur était
impassible et immortelle, et qui ne
confessent pas qu'il a subi volontaire-
ment les passions naturelles et irré-
préhensibles : la faim, la soif, le som-
meil, la fatigue, les angoisses, le trou-
ble, la douleur, la croix volontaire et
vivificatrice, [361] qu'il a souffert clans
une chair capable de souffrir et de mou-
rir ; mais disent (au contraire) qu'il a
subi nos passions dans une chair impas-
sible et immortelle : ce qui est une
insanité et une démence. Car légale-
ment et non obligatoirement, il a ac-
cepté notre dette, descendant volontai-
rement au combat; il s'est uni notre
chair débile, sans le péché et en dehors
de la corruption, pour vaincre par
cette chair affaiblie Forgueil qui avait
prévalu contre nous, pour nous acquérir
l'impassibité par ce (corps) passible et
l'immortalité par ce (corps) mortel. Ce
ne serait pas chose grande ni étonnante
qu'il ait anéanti la mort avec une chair
impassible et immortelle. Mais la mort ne
pouvait être vaincue par une semblable
passion : car elle se serait éloignée d'un
corps immortel, très saint et vivifiant.

1. Peut-êlre faut-il lire :        « et complètement inconnue des Pères ». — 2.     (et non pas !¦<&.);.
dans tout cet alinéa, l'arabe suit servilement le syriaque, il porte ici : .j-*-.
3. Peut-être faudrait-il corriger : tilL\.so « Messaliens » (?)

LIVRE X. CHAP. XIV

331

divisent selon les personnes. Et ainsi,
autre est Dieu le Père, autre Dieu le Fils,
autre Dieu le Saint-Esprit. — De même
que par la généralisation de ce mot
« essence », nous concevons que nous
n'avons tous qu'une seule essence, bien
que nous comprenions que nous sommes
en réalité et de fait plusieurs hommes,
de même aussi, il n'y a un seul Dieu que
par la généralisation de l'essence et seu-
lement dans notre esprit, tandis qu'en
réalité et de fait il y en a trois. — La
divinité se divise avec les personnes ; elle
n'estelle-mème qu'une généralisation ».

Du moins, il s'en est tenu uniquement
à ces blasphèmes, et n'est pas allé au
delà, à l'encontre des théologiens de
l'Église? Non ! Il a au contraire formulé
contre eux de multiples accusations. En
effet, dans son second Traité de la Tri-
nité, il écrit de telles choses : « Grego-
rius, dit-il, ne nie pas trois essences con-
substantielles, car telle est la croyance
commune de tout le monde ; mais bien
des essences qui ne sont pas consubstan-
tielles et sont de différentes natures. On
voit l'invention astucieuse de ceux qui
nous font en vain des objections (?).
Partout ces mots : « Nous ne devons pas
parler d'essences », excluent celles qui
ne sont pas consubstantielles et sont de
différentes natures. » — Il ne parle pas
autrementdansle premier chapitre inti-
tulé De la Trinité. Il dit : « Qu'au nombre
[362] plurieldes personnes corresponde
celui des natures et des essences, et que
les docteurs les appellent ainsi : nous
l'avons suffisamment démontré. » Et

La chair dans laquelle Dieu le Verbe
s'est fait homme pour nous, était avant
sa résurrection passible, mortelle, su-
jette à la corruption, aux passions irré-
préhensibles, sujette à la fatigue résul-
tant de la peine de la route. Mais après
la résurrection, elle fut changée et devint
incorruptible, immortelle, impassible,
exempte du besoin de nourriture et de
sommeil. Et si après la résurrection il
parut prendre de la nourriture, il ne
faisait pas cela par besoin, mais pour
prouver et confirmer sa résurrection;
car en ressuscitant d'entre les morts, il
abandonna la corruption et tout ce qui
est sujet à la corruption, comme dit
quelque part le théologien Cyrillus.

Si quelqu'un, d'après ces paroles,
suppose ou attribue l'ignorance à celui
duquel découlent des sources de science
et de sagesse, il méprise cette science
et ne songe pas que la chair animée et
raisonnable de Notre-Seigneur a été, par
l'union, enrichie de la gloire divine et
de toute opération qui convient à ladivi»
nité, entre autres de la science. Nous
réprouvons et anathématisons tout cela,
ainsi que les autres hérétiques, et Arius
avec Eunomius et Aetius, et l'insensé
Sabellius de Libye; nous réprouvons
également ses commentaires et nous ac*
ceptons ceux de l'archevêque Theodo-
sius et de son successeur Petrus.

Ces choses doivent être pour vous le
présent [362] d'ordination : elles sont
inspirées par le zèle de la foi, avec la
grâce de Dieu.

J'accepte1 la  déposition prononcée

1. Lire : ^ooso.

332

CHRONIQUE DE MICHEL LE SYREN

un peu plus loin : « Si ce qu'on ap-
pelle les trois hypostases de la Trinité
ou de la Divinité ne sont pas des acci-
dents, de toute nécessité ce sont des es-
sences et des natures. C'est donc à bon
droit que j'ai partout parlé en employant
le nombre pluriel, et que j'ai appelé les
personnes « des natures », au pluriel.
Car celui qui fait disparaître le nombre
de celles-ci détruit toute la foi véritable
des chrétiens. » — Et son fiel amer vo-
missant1 encore de semblables choses, il
dit dans le même livre : « Ce n'est pas
de la propriété, c'est-à-dire de ce que
celui-ci est Père, celui-ci Fils, celui-ci
Esprit-Saint : car ces choses diffèrent
spécifiquement etsont distinctes l'une de
l'autre ; ce n'est pas non plus des choses
communes, c'est-à-dire de ce que le
Père est Dieu, que le Fils est Dieu, que
le Saint-Esprit est Dieu, qu'ils tirent
leur consubstantialité ; car quand, à
cette expression : « Dieu », est ajoutée
la propriété d'une personne respective-
ment à l'autre, elle la constitue dans une
espèce différente à l'égard de l'autre.
De même que l'animalité en général
est attribuée à tous ceux qui diffèrent
spécifiquement par l'addition de « rai-
sonnable » ou « non-raisonnable » : de
même, dans la divinité, l'addition de
« Père », de « Fils », de « Saint-Es-
prit », constitue un Dieu Père, un Dieu
Fils, un Dieu Esprit-Saint ».

Nous avons puisé ces quelques paroles
parmibeaucoup d'autres: comme une cou.
pe dans la mer, pour montrer par leur
goût amer, à ceux qui pensent comme
lui, toute l'amertume de sa doctrine et

par vous, vénérables, et par les évêques
égyptiens, contre ceux qui "n'ont pas
souscrit à l'anathème contre Grammati-
cus. Surtout, nous ne compterons point
parmi les pontifes Paulus qui a trahi la
foi et blessé l'Eglise.

Réjouissez-nous par votre réponse.
Voici que nous envoyons N. et N., qui
sont capables de faire connaître de vive
voix à Votre Sainteté l'affection de notre
volonté, qui nous attache et nous lie
maintenant à votre amitié. Regardez-les
avec un visage joyeux, et renvoyez-nous
des nouvelles de votre santé précieuse
aux églises, pour laquelle nous prions
continuellement, ainsi que pour le
maintien de votre tranquillité et de celle
de tout l'Univers : qu'il ne forme qu'un
seul corps soumis à vous. Pour vous,
demandez à Dieu, par son Christ, de
parler à vos cœurs en vue de la paix et
de l'union de l'Eglise, et pour que nous-
même, vivant d'une vie calme et pai-
sible, nous nous conduisions en toute
justice et sainteté. »

Signatuj-e : « Damianus par la miséri-
corde de Dieu, évêque d'Alexandrie,
demandant la paix de Votre Sainteté,
j'ai signé de ma propre main. Que
l'Unité dans la Trinité, c'est-à-dire notre
Dieu, conserve l'union qui vient d'elle,
indissolublement. Amen! »

Damianus envoya cette lettre à Jac-
ques, dit Qoura de Batna. Jean d'Asie
dit aussi que Jacques envoya, avec em-
pressement et joie2, une réponse à Da-
mianus. Cette réponse de Jacques ne se
trouve pas chez nous. Elle est conservée
chez les Égyptiens. — Fin.

1. Lire : ou 1**^; ar. : <û9>. — 2. Lire : ILo- (?)

LIVRE X. CHAP. XIV

333

combien elle diffère de la douceur des sources des Pères. — Où donc rejette-t-il1 le
divin * Basilius qui dit3 : « Commune est la divinité : propre la paternité. » Et que fait-il
de l'apostolique Athanasius qui blâme ces paroles insensées en disant: « Une est Pes-
sence, c'est-a-dire la divinité des trois personnes du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint :
hypostases consubstantielles. Unique est l'essence, parce que la divinité est unique ».
Et en effet, les docteurs de l'hérésie arienne ont toujours laissé paraître les signes de
leur impiété en ce qu'ils nomment les hypostases « essences », afin d'introduire la diver-
sité d'essence, lorsqu'ils veulent établir leur impiété et déchirer la prédication de la
foi orthodoxe. — Et Severus, en qui parlent les Pères, dans le premier livre contre
Jean de Césarée, enseigne ces choses : « De même dans la Trinité sainte, l'essence
unique contient toute la divinité des trois hypostases du Père, du Fils et de l'Esprit-
Saint ; [363] chacune des hypostases participe également à l'essence, et est Dieu par-
fait. A l'égard des hypostases consubstantielles4, il n'y a aucune différence. Par la
notion particulière de l'innascibilité, de la filiation, de la procession, elles se distin-
guent, chaque propriété demeurant incommunicable. » Et un peu plus loin : « De
ceux-ci, nous avons appris qu'il n'y a aucune convertibilité mutuelle des hypostases
dans la Trinité sainte; mais chacune des hypostases existe dans l'essence de la divi-
nité, par sa notion propre. A la communauté d'essence qu'elle possède, relativement
aux autres personnes consubstantielles, elle doit d'être immuable, d'être tout à fait
semblable, d'être une seule et même; à la propriété, d'être sans confusion ».

Pour nous, d'accord avec les théologiens de l'Église, nous confessons que les
hypostases du Père, du Fils et de l'Esprit-Saint sont une seule divinité et non pas
trois essences de même nature ou différentes, ni trois natures ou trois espèces de
nature5, soit égales, soit différentes, soit semblables, soit dissemblables; ni trois
dieux ou trois espèces de dieux, ni trois divinités ou trois espèces de divinité, selon
le misérable Grammaticus, qui s'est plu à dire non pas des choses théologiques mais
des fictions qui ne sont ni communes ni particulières, ni absolument des essence